Messes
Fêtes d'armes
Soutenir

Je soutiens

Madame, Monsieur, chers Amis,

Vous accompagnez avec fidélité et générosité le Diocèse aux Armées Françaises par vos pensées, vos prières, vos dons et je tiens ici à vous redire toute ma gratitude. Votre soutien est infiniment précieux. Il nous donne les moyens de vivre notre si belle vocation : « servir la force d’âme » des militaires français et par-là même celle de notre pays.

UN ÉPISODE PLANÉTAIRE EXCEPTIONNEL

En touchant le monde entier et ses habitants, la crise sanitaire du Covid-19 a attisé la question de la mort dans notre quotidien… Nous avons pu méditer dans toute leur profondeur les Écritures. Ainsi de ce psaume : « L’homme ici-bas n’est qu’un souffle ; il va, il vient, il n’est qu’une image. Rien qu’un souffle, tous ses tracas ; il amasse, mais qui recueillera ? » (Ps 38, 6b-7). Nous avons dû reconsidérer la fragilité de la vie humaine mais aussi celle de la Terre, ou encore celle des relations entre nations. Je vous recommande ici l’excellent article de J-B Jeangène Vilmer paru dans le n° 168 « Eté 2020 » de « Politique internationale ».

UNE ACCENTUATION DES TENDANCES EXISTANTES

L’effet du Covid-19 sur l’ordre international ne sera probablement pas une « rupture » mais plutôt une accentuation des tendances existantes : remise en cause de la mondialisation engagée depuis la crise financière de 2008, crise migratoire, montée des protectionnismes (avec demande de barrières douanières) et prise de conscience d’une dépendance excessive vis-à-vis de la Chine.

L’importance de l’écologie dans un rapport renouvelé à la nature avait déjà été soulignée, en particulier par le Pape François dans « Laudato Si’ », et notamment pour les risques environnementaux et climatiques aux évidentes implications en termes de défense et de sécurité.

Par ailleurs, la crise sanitaire actuelle qui a accru les pouvoirs exceptionnels des États au nom de « l’état d’urgence climatique » favorise chez certains une récession démocratique, une renaissance autoritaire (Chine, Russie…) et la volonté d’étendre leur influence à l’étranger. Loin de susciter une vague de solidarité et de coopération entre les pays, la pandémie a engendré un manifeste « retour des frontières ».

UN RENFORCEMENT DE LA CRISE DU MULTILATÉRALISME

Bien qu’appelant une action collective puisque mondiale, cette pandémie n’a fait qu’aggraver la crise du multilatéralisme. Les principales réponses ont été nationales ou infranationales mais pas internationales.

Les États-Unis se sont ainsi retirés de l’OMS en juillet 2020 après s’être retirés de l’accord de Paris sur le climat, de l’UNESCO, du pacte mondial sur les migrations, de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI) et enfin du traité Ciel ouvert. Le G7 et l’OTAN sont aussi menacés.

La Russie et la Chine ont de leur côté largement œuvré pour détricoter l’ordre international « libéral ».

La rivalité sino-américaine s’est exacerbée, chacun des deux camps n’hésitant plus à parler d’une « nouvelle guerre froide », voire d’un véritable « affrontement civilisationnel » bien qu’ils soient les premiers partenaires commerciaux l’un de l’autre.

Effet collatéral, les États-Unis se désintéressent de la Russie et donc de l’Europe. Enfin, la Chine ressort fragilisée par les dissimulations et les falsifications caractérisant sa gestion de la crise. Par ses manipulations aussi qui dépassent la simple propagande. Autant de faits révélés amplifiant un sentiment antichinois planétaire de plus en plus fort qui s’accompagne d’une correction de la mondialisation à son détriment.

UN MONDE EN QUÊTE DE CHARITÉ, DE JUSTICE ET DE PAIX

« Ma crainte, c’est que le monde d’après ressemble au monde d’avant, en pire » a déclaré Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Soit un monde moins ouvert, moins prospère et moins libre. La prochaine crise pourrait ne pas être sanitaire mais militaire. La réalité, et c’est une tendance lourde, témoigne d’un réarmement généralisé, d’une montée des tensions et des menaces ainsi que d’un net raidissement des relations internationales. Quels acteurs étatiques ou non-étatiques pourraient tenter de profiter de la pandémie sous forme de diversion ? Où et pour faire quoi ?

C’est à cette situation internationale très concrète que sont confrontées nos armées au quotidien. Qu’il s’agisse de la bande sahélo-saharienne ou du Moyen-Orient, des tensions en Méditerranée orientale ou des manœuvres dans la Baltique, du cyber ou de l’espace, l’armée de Terre, de l’Air et la Marine mobilisent leurs hommes sans relâche. Elles assurent notre sécurité diplomatique, économique, technique ainsi que nos solidarités et valeurs les plus essentielles qui font de nous un peuple libre et digne. Nos « Padrés » veillent en permanence à leurs côtés, sur les bases, Outre-mer, embarqués, en opérations extérieures…

Soutenir le moral de chacun est essentiel quand les enjeux sont tout proches mais les familles, les amis et les repères sont au loin. Chaque jour, je reçois du terrain des nouvelles des uns et des autres et ne cesse d’être impressionné par le dévouement, l’engagement, l’abnégation des aumôniers militaires qui engagent leur vie pour témoigner d’une transcendance qui soutient et donne sens.

Dans ce contexte parfois sombre ne cessent de percer des rayons de lumière. Quelle joie d’avoir ordonné prêtres pour le service de l’aumônerie militaire Maxime Corpechot et Romain Gandhour le 20 juin, diacres en vue du sacerdoce Nicolas Provoyeur et Edwin Mangin le 3 octobre, en la cathédrale Saint Louis des Invalides. Je rends grâce pour le don de leur vie. Je prie pour que la foi et l’espérance rayonnent de leur ministère, pour la gloire de Dieu et le salut d’un Monde en quête de charité, de justice et de paix.

Je vous assure de ma prière et de mon cordial et religieux dévouement,

+ Antoine de Romanet
Évêque aux Armées françaises