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LETTRE AUX AMIS – TOUSSAINT 2021

Madame, Monsieur, chers amis,

Avec générosité vous soutenez le diocèse aux armées françaises et je suis heureux de vous retrouver aujourd’hui. Je tiens ici à vous redire toute ma reconnaissance pour la fidélité qui est la vôtre. Ce sont vos contributions qui permettent non seulement d’apporter un soutien précieux aux militaires et aux aumôniers
actuellement en mission sur le terrain mais aussi de former ceux qui leur succèderont demain.

Le 1er semestre 2021 a été marqué par l’élaboration et la promulgation sous l’égide du Chef d’État-Major des Armées d’un document majeur de Politique générale des aumôneries militaires qui constitue un texte de référence sur leur rôle et leur place au cœur des armées françaises.

 

UN DOCUMENT MAJEUR DE POLITIQUE GENERALE DES AUMONIERS

Ce texte que nous reprenons et résumons ici, souligne d’emblée que le métier militaire est comparable à une vocation qui comporte une relation à la mort, au sacrifice, et donc transcende l’action humaine. Depuis des siècles, l’homme d’armes est accompagné de l’homme de Dieu pouvant lui rappeler les règles morales qui président à l’usage de la force, et qui ont fondé de saint Augustin à saint Thomas d’Aquin les concepts du droit de la guerre : du jus ad bellum (entrée en guerre) au jus in bello (conduite de la guerre) jusqu’au jus post bellum (droit d’après-guerre) visant à inscrire la paix dans un temps long.

Notre pays a été pionnier dans la mise en place, il y a plus de 150 ans, d’un service d’aumônerie militaire représentatif de la diversité des principales religions de la société française. Le retour de conflits de haute intensité (Afghanistan, Centrafrique, Mali…) témoigne que donner la mort de manière délibérée et accepter le risque de la recevoir sont des fondements de la singularité militaire qui requiert une force morale et une éthique servies par les aumôniers militaires.

Les aumôneries militaires concourent à plusieurs des facteurs de supériorité opérationnelle réaffirmés par le Concept d’emploi des forces de 2020 : la force morale, individuelle et collective ; l’endurance qui associe patience et persévérance ; la compréhension qui permet l’anticipation optimale et l’action pertinente ; l’agilité ; la performance du commandement, influx nerveux qui s’appuie sur le principe de subsidiarité.

 

LES TROIS PILIERS DE LA MISSION DE L’AUMÔNIER MILITAIRE

Les aumôniers militaires apportent cette contribution au travers des trois volets de leur mission : la pratique religieuse, le soutien spirituel et moral et le conseil au commandement dans leur domaine de compétence. Au principe de son action quotidienne dans chacune de ces trois dimensions se trouve l’identité cultuelle de l’aumônier, attestée par la lettre de pouvoir religieux de l’aumônier en chef (identifié à l’évêque aux Armées, pour le culte catholique).

La pratique religieuse : individuelle et collective, elle est la mission première de l’aumônier militaire. Il s’agit du droit fondamental de toute personne à la liberté de pensée, de conscience et de religion proclamé par la loi du 9 décembre 1905, dite de « séparation des Églises et de l’État ». L’objectif est de garantir à chaque soldat la pratique de son culte rendue difficile par les contraintes de son engagement étant entendu que l’exécution des missions prime toujours sur l’exercice du culte.

Le soutien spirituel et moral : être à l’écoute en tout temps et en tout lieu de ceux qui le souhaitent, croyants ou non-croyants, personnel militaire ou civil, constitue une mission permanente de l’aumônier. Fidèles à leurs convictions, les aumôniers font preuve au quotidien d’une ouverture et d’une fraternité qui prévalent au sein tant d’un même culte qu’entre les cultes. La cohésion et la fraternité d’armes obligent l’exemplarité.

Les aumôniers sont des interlocuteurs privilégiés pour accueillir et assister les questionnements relatifs au sens de la mort donnée, ordonnée, reçue ou côtoyée. Ils le sont aussi pour parler de l’usage moral de la force légitime, de la violence, de l’acceptation de la contrainte, du sacrifice suprême, de l’engagement et des raisons qui le motivent.

Par leur présence attentive et leurs conseils, les aumôniers militaires peuvent répondre à ceux qui désirent évoquer un problème personnel, une prise de décision ou encore l’acceptation d’un échec. Ils contribuent ainsi à l’accompagnement et au traitement de souffrances qui n’ont pas nécessairement d’autres canaux d’expression. Ils aident à porter le poids des exigences de la vie en collectivité, de la fatigue et de la tension nerveuse. Les militaires ne peuvent être pleinement sereins que s’ils savent leur famille protégée et entourée lors des multiples absences qu’engendre la vie militaire.

Les aumôniers sont aussi pleinement impliqués dans le suivi des blessés physiques ou psychiques ainsi que des familles endeuillées. Dès la prise en charge sur les théâtres d’opérations, au sein des hôpitaux d’instruction des armées et jusque dans les unités, ils participent au parcours de guérison et de reconstruction des blessés.

Le conseil au commandement : troisième mission cardinale de l’aumônier militaire, il repose sur des liens réguliers et étroits avec tous, à commencer par le chef de corps. Sur le terrain, le positionnement singulier des aumôniers, leur statut, parfois leur âge et leur expérience, offrent un regard d’autant plus utile qu’il est différent. Leurs liens avec les autorités religieuses locales apportent au commandement des possibilités d’interactions et de dialogue avec nombre d’interlocuteurs. Ils constituent un vecteur spécifique d’analyse du moral et de l’impact des décisions du commandement ainsi que de tout événement concernant les unités. En opération extérieures, ils peuvent utilement conseiller sur la dimension religieuse de l’environnement de la force et des différents belligérants.

Par sa position spécifique de ministre du culte et de militaire, l’aumônier s’associe à la réflexion éthique des cadres qui interroge la nature des actes, leurs conséquences mais également le système de valeurs dans lequel ils s’inscrivent. Ce point de vue est précieux pour aborder les paradigmes de la guerre, notamment dans ses formes les plus nouvelles. En effet, l’usage d’armes robotisées n’exposant plus systématiquement la vie de militaires, remettant en question la fonction dite « du risque consenti en échange de la mort donnée », ainsi que les développements militaires des technologies dites de rupture bousculent les référentiels intellectuels des soldats. Or ces derniers doivent être expressément renforcés alors que nous tendons de plus en plus vers une « guerre hors limites », globale et au milieu des populations. La guerre asymétrique se jouant aussi sur le champ de l’éthique est à même de malmener d’autant plus nos conceptions qu’elle se déroule sous le seuil des perceptions conventionnelles.

Acteurs précieux du lien armées-nation, les aumôniers militaires nourrissent utilement de leurs réflexions les religions qu’ils représentent, tant par leurs compétences académiques que par leur expérience du terrain. En portant l’image d’unité de la coexistence des quatre cultes au sein des armées, ils constituent une source d’inspiration positive pour la société tout entière : le témoignage d’une pratique de la laïcité dans les armées qui permet à chacun d’être reconnu dans sa spécificité sans laisser la pluralité des convictions religieuses entamer l’esprit de cohésion.

 

DU GRADE MIROIR AU REFLET DE LA TRANSCENDANCE

Les aumôniers assument toutes les contraintes de la vie militaire et la richesse d’une fraternité d’armes pleinement partagée. Membres non combattants des forces armées, au titre des Conventions de Genève, ils acceptent d’affronter le danger et la peur ; ils se préparent à être confrontés à la violence extrême et au dérèglement des consciences qui peut en découler. Avec gravité, ils jouent un rôle décisif en partageant la responsabilité de tout officier veillant à ce que le métier des armes ne soit jamais mécanique ou sans âme, ce qui conduirait à commettre les pires atrocités. Ils contribuent à construire une force morale particulière pour vivre l’obligation de donner la mort sans passion, sans haine, sans exaltation ni inhibition lorsqu’il faut le faire, tout en acceptant le risque de la recevoir.

Les aumôniers font partie intégrante de l’équipe de commandement. Ils sont présents sur le terrain avec les unités lors de leurs activités, préparatifs comme missions intérieures. Ils sont tenus au devoir de réserve exigé par l’état militaire.

Forts du « grade miroir » qui leur permet de s’adresser à chacun sur un pied d’égalité quels que soient les grades portés ou les fonctions exercées, ils agissent en tant que relais et facilitateurs à la fois à destination du commandement et du personnel des formations de rattachement. Ils n’ont ni grade ni rang dans la hiérarchie militaire en tant que telle mais uniquement des appellations en lien avec leurs fonctions.

Voilà qui met en perspective et déploie toute l’ampleur de la devise de l’aumônerie catholique des armées françaises : « Servir la force d’âme ». Celle de chaque militaire, celle des armées, celle de tout un pays. Ce n’est que par la force morale et spirituelle que peut s’affermir la cohésion du corps, de l’âme et de l’esprit, facteur de sens et d’unité, faute de quoi tout se délite, les personnes comme les nations. C’est bien l’Esprit qui fait vivre, et assure les principales victoires, celles du cœur et de l’âme ouverts à la transcendance, pour le meilleur de tous.

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, chers amis, l’expression de mon cordial et religieux dévouement.

+ Antoine de Romanet
Evêque aux Armées françaises