Plaques commémoratives 14-18 dans les Eglises

plaques commemoratives

Les plaques commémoratives
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    Suivez…faites suivre !

    gg carte postale vers la victoireIl vient, l’an nouveau…Dans quelques heures il se lèvera sur son berceau de froidure et de neige…Seras-tu celui dont nous rêvons tous ? Ton chiffre brillera-t-il en traits d’impérissable  gloire ? 

    Dira-t-on dans l’Histoire : 1918, défaite de l’Allemagne ? Comme on dit : 454 défaite des hordes d’Attila, 496 défaite des Alamans de Tolbiac,… 1214 défaite des Allemands de Bouvines,… 1712 défaite des Allemands de Denain ?  Ou seras-tu 1918, comme les années précédentes, le temps dur qui prépare l’enfantement du monde nouveau ?  Que d’interrogations vont monter aux lèvres bavardes, en ces jours fatidiques ! Combien d’autres seront maintenues dans le silence des âmes plus profondes !

    Mères vaillantes, épouses fatiguées d’espérer, soldats des tranchées, vous vous tairez… Intérieurement vous penserez : « A quoi bon ? »  Et c’est vous qui aurez raison, car « demain » est à Dieu, et à Dieu seul.

    Les anciens le savaient  bien. Leur sphinx est là, au seuil de l’immensité du désert, éternellement mort. Et pourtant s’en est-il vu passer, des générations, depuis les Pharaons et les légions de César jusqu’à la jeune gloire de Bonaparte !  Mais il symbolise un Dieu tellement altier, tellement au-dessus de tout, que rien ni personne, pas même les plus effroyables  souffrances humaines, ne peut amener un signe de pitié sur son frigide visage de pierre… La statue Mammon frémissait quand la frôlaient les  premiers rayons du soleil.  Le sphinx n’a jamais pleuré.

    Nous, chrétiens, nous croyons à un Dieu vivant, aimant, qui pleure avec nous.  C’est le Christ qui a dit : « Venez à moi vous tous qui souffrez… Mes délices à moi, c’est d’être avec vous, enfants des hommes… je vous ai aimés, comme une mère n’aime pas son enfant… »

    Aussi  notre situation vis-à-vis de lui est tout autre.  Nous savons qu’un jour, montrant les oiseaux de la campagne, il disait : « Pas un seul ne tombe sur la terre  sans la permission de mon Père… Ayez confiance, vous valez mieux que l’oiseau des champs. »

    Alors quand nous voyons tomber nos petits soldats sur la terre de France, nous ne doutons pas de sa parole, et nous nous inclinons devant les raisons mystérieuses qui permettent à la mort de frapper. Nous croyons que le Christ reçoit en plein cœur les blessures de ses enfants. Nous croyons qu’il souffre de notre souffrance,  qu’il pleure avec toutes les épouses et toutes les mères.

    Au travers du voile rouge des tueries et des explosions, nous distinguons son visage d’angoisse.  Nous l’entendons nous crier des explications : « Il est nécessaire –puisque les hommes sont libres- que le scandale puisse arriver sur la terre, mais malheur à celui qui le déchaîne ! Il vaudrait mieux, pour cet homme-là, qu’il ne fût jamais né ! »…  «Quand une femme enfante, elle est dans la douleur, car son heure est venue.. »  Celle de la France, Seigneur, dure depuis trois ans !
    1918 sera-t-elle l’année de la naissance de l’humanité nouvelle ? de celle où l’on ne se battra plus ?

    Et c’est parce que nous croyons en lui, parce que nous sommes sûrs qu’il ne peut pas donner le dernier mot à la notion d’hypocrisie et de haine, que nous supportons, comme il les a supportées lui-même, les longues heures du Vendredi Saint.  Le Christ est devant nous… nous n’avons qu’à  suivre.

    Tout dernièrement, me racontait un officier, je regardais une compagnie monter en ligne vers le bois des Caurières. C’était la nuit, le froid, les éclatements parmi les boyaux bouleversés et recouverts de neige. Les hommes surchargés et grelottants, marchaient péniblement, les uns derrière les autres. Tous les dix pas, le lieutenant se retournait vers le soldat le plus proche et lui murmurait : «Suivez… faites suivre !»  Le soldat répondait : «Je suis» Et à son tour se retournant vers le camarade d’après, il répétait  la phrase : «Suivez… Faites suivre». Le même mot d’ordre, alors, ne s’arrête plus ; il va de soldat en soldat, repris, répété «Suivez… Faites suivre !». Le poilu aguerri répond d’une voix tranquille : «Je suis». Mais il y en a d’autres, des petits jeunes, qui montent pour la première fois et qui dans ce noir et ce froid, répondent d’une voix blanche «Je suis». Pourtant, peu à peu, en répétant toujours la même parole, la voix s’affermit, et la voix affermit l’âme.  C’est ainsi que, malgré un terrible barrage allemand, la compagnie parvint en ligne sans qu’un seul homme, pas même un bidet ne restât en arrière !
    Et le Colonel, qui me racontait la chose, ajoutait : «En voyant ce lieutenant entraîner ainsi ses hommes, j’avais l’impression du Christ entraînant l’humanité vers le combat, la douleur et la mort.»

    Ce colonel avait raison. Le Christ ne cesse de nous répéter la même parole : « Sequatur ! »  Suivez… faites suivre ! »  Les bons soldats répondent avec fermeté : « Je suis !» Et ils font suivre aussi. Car les deux ordres se tiennent comme les anneaux de la même chaîne. Mais il y en a d’autres, des âmes molles ou fatiguées – la vôtre peut être – qui  voudraient, et qui ne peuvent plus.  Or, il FAUT pouvoir… Il FAUT suivre et faire suivre.  « Ce n’est pas celui qui commence le sillon qui sera couronné, mais celui qui va jusqu’au bout. »

    Jusqu’au bout !  Il n’y a pas d’autre souhait à se faire, cette année, entre Français.  Si Dieu veut, ce bout peut être demain.  Cette guerre a été la déroute de toutes les prévisions humaines, aussi bien allemandes que françaises. Elle peut finir brusquement, par un coup de surprise, malgré ceux qui croient à la guerre d’usure absolue. Cette surprise possible, sachons la mériter par notre foi et notre résolution. Suivez… Faites suivre !
    Et que 1918 soit enfin l’année de nos rêves  celle où les larmes seront essuyées dans la beauté de la victoire, celle où la France remettra au fourreau l’épée glorieuse qu’elle n’a tirée que pour la plus juste et a plus sainte des causes

    Pierre l’Ermite
    prêtre-journaliste

    In :  La Croix dim 30, lundi 31 décembre 1917   (source Gallica.fr)

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