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La vertu de charité

Quelles que soient les situations de la vie (Opex, sentinelle, stage, formation, manœuvres, vie de garnison… confinement !) l’enjeu du chrétien est d’abord de les vivre avec charité (avant peut-être de prétendre les changer ou les contester). Parfois le souci de vérité efface la charité, et c’est bien dommage.

La charité est formidable à double titre : elle est toujours possible, et c’est profondément ce qui fait de moi un véritable enfant de Dieu, image d’un Père qui nous aime d’une manière gratuite, inconditionnelle et désintéressée. Elle est la manifestation de la présence concrète de Dieu dans mon quotidien ordinaire travail/famille/loisir ou extraordinaire (en mission, loin et impuissant face à une situation qui m’échappe, ou coincé à la maison avec les enfants).

Cette charité n’est pas un sentiment, un ressenti, un élan sympathique, elle est l’écho de l’amour de Dieu pour tous les hommes. Cela n’est pas : « j’apprécie » ou « j’aime », c’est « j’assume ma part de l’amour trinitaire pour le genre humain ». Le confinement va nous aider à y réfléchir, puis à la vivre (parfait pour un carême).

Du plus près au plus loin. A commencer par moi-même : je dois m’aimer. Pour m’aimer comme Dieu m’aime. Et parce que si je n’aime pas je ne peux pas aimer autrui. Ensuite mon cercle direct : conjoint-enfants. Puis la famille. Chefs et subordonnés. Voisins. Amis, collègues de travail, connaissances que je ne peux plus voir, mais que je peux appeler. Épouse de militaire en Opint ou en Opex, militaire en instance de projection… Sans oublier nos ennemis…

Croix du militaire chrétien, mais planche de Salut. Nous le savons, les gestes et les intentions touchent souvent plus que les grands discours. Seule la charité peut faire plier les cœurs. C’est en aimant de cet amour-là, gratuit et désintéressé que je peux espérer toucher les autres, mais surtout que je me convertirai moi-même !

Jésus a mis la charité au cœur de tout : la prière, la vie spirituelle, l’apostolat, la mission, la vie sacramentelle. « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » A nous de le mettre au cœur de nos engagements professionnels ou personnels. L’Eglise s’interroge beaucoup sur ses méthodes, ses pratiques, ses structures, etc., mais la priorité n’est-elle pas d’aimer ?

Nous devons reconnaître que parfois nos choix et nos décisions sont plus rationnels ou calculés que charitables. Aimer c’est pardonner, et pardonner c’est renoncer à la vengeance, c’est laisser se volatiliser l’inimitié. Enfin, la charité a une dimension profondément trinitaire, elle est ce qui nous fait entrer pleinement dans la vie de Dieu, et donc accomplir notre baptême, réaliser notre vie baptismale : sous l’impulsion de l’Esprit, manifester l’amour de Dieu le Père que le Fils est venu nous révéler par l’Incarnation. Elle est la clef de voûte de nos multiples vocations : militaire, baptisé, époux/épouse, père/mère.

 

Padré Etienne d’Escrivan, aumônier militaire