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Lettres à son épouse – Georges Chassery

Extraits de lettres adressées à son épouse par Georges CHASSERY, chef de bataillon au 36ème Régiment d’infanterie, stationné dans les bois de Beaumarais (Chemin des Dames, dans l’Aisne), décédé de ses blessures le 14 juin 1915 à St Pol sur Ternoise.

25 décembre 1914

. Ce matin à 9 heures, j’ai assisté à la messe dans une clairière de la forêt. L’autel, une pauvre petite table, était installé au pied d’un grand chêne. Je regrette de ne pas avoir eu mon appareil à ce moment-là, car c’eût été une photo unique, que ce prêtre en étole d’or disant sa messe au pied d’un chêne, et cette assistance recueillie de soldats se perdant dans les taillis.

21 mars 1915 – Printemps !

Ce matin, j’avais organisé une messe en musique. Dans un bataillon, on trouve tous les éléments voulus. C’était vraiment superbe, un groupe de chanteurs, ma foi très bons, ont fait retentir les échos de la vieille abbaye de chants à la fois guerriers et religieux, et puis un « De Profundis » a été chanté pour les morts du Bataillon. Inutile de te dire que l’église était pleine ! J’ai tellement pris l’habitude d’aller à la messe, que je crois que je continuerai pour l’édification de mes enfants, si Dieu me rend sain et sauf à ma chère petite famille. Ce soir, salut en musique.

16 avril 1915

Je fais construire ma Chapelle dédiée à Jeanne d’Arc. Notre aumônier poilu ne se tient plus de joie à la pensée d’avoir une église-cathédrale de 8 mètres sur 4 avec autel et clocher. Nous allons probablement y mettre l’autel du presbytère de Pontavert et ton étendard complétera la décoration, Quand nous quitterons nos bois, notre cantonnement deviendra certainement un but d’excursion et notre chapelle peut-être un lieu de pèlerinage. Si Dieu me prête vie, et j’ai confiance en lui, car il ne voudra pas me séparer de ma chère femme, alors tous les deux nous viendrons faire un pieux pèlerinage à la Chapelle de Jeanne d’Arc du Beau-Marais, et je te ferai revivre l’époque actuelle qui est toute vibrante des émotions de la guerre, car chaque coin, chaque arbre a presque son histoire.

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