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La Vie des Diocèses - émission de KTO du 24 juin 2019

Homélie : Ordinations d’Henry Hyvernat, Pierre-Marie Crespin et Damien Haas

4 juin 2016 à la cathédrale des Invalides

ordinations juin 2016Un jeune prêtre, M. l’abbé Gustave Lapierre, fait partie du 46ème Bataillon de chasseurs alpins en qualité d’infirmier. Mobilisé le 3 août 1914 à 27 ans, il écrit à son évêque (de Viviers) le 22 avril 1915 :

« Si, au soir de mon ordination, le 29 juin 1914, je vous avais demandé : « Monseigneur, quel poste me réservez-vous ? » et que vous m’eussiez répondu : « une aumônerie militaire », j’aurais pris votre réponse pour une plaisanterie. Et pourtant c’est la réalité…/… Ma paroisse comprend 250 âmes environ. Les plus jeunes de mes paroissiens ont 24 ans : aucun n’a dépassé la quarantaine…/… Le 46ème Bataillon de Chasseurs se recrute dans deux départements assez religieux (Ardèche, Gard). Aussi, chaque fois que nous sommes au repos, tous nos alpins assistent aux offices. Je les aime beaucoup, mes alpins ! J’ai entendu dire que le premier « poste » était celui auquel on s’attachait le plus.

Je ne sais pas si c’est pour cette raison que je me suis attaché à eux. Peut-être encore est-ce pour cette raison : jamais notre ministère ne s’exercera dans des circonstances plus favorables, vivant de la même vie, partageant les mêmes espérances, supportant aussi les mêmes souffrances, on n’a pas de peine à agir sur ces âmes foncièrement bonnes. Nous avons passé 80 jours consécutifs dans les tranchées de 1ère ligne. Et c’était les jours les plus rigoureux de l’année. J’ai vu plusieurs fois des hommes pleurer de froid… »[1]

Son bataillon est déplacé à Verdun. Déjà décoré de la croix de guerre et de la médaille militaire, il suit sa compagnie dans une mission extrêmement risquée. Il raconte le 15 mars 1916 :

« Ma compagnie avait une mission un peu différente, je vous l’ai dit : elle devait aller fouiller les baraquements suspects situés en face de nous. … Nous rampâmes en silence, par bonds successifs. Un clair de lune magnifique dirigeait notre marche ; mais nous aurions préféré une lumière plus discrète. La prairie qui se trouve entre les deux lignes était toute trouée par les obus, une odeur âcre s’élevait de ces lieux. Chose bizarre, la mort planait au-dessus de nous et cependant nous n’éprouvions pas de trop graves émotions. Pourtant les oraisons jaculatoires jaillissaient tout naturellement. J’avais l’impression que nous ne risquerions rien… / … Et voilà comment nous nous sommes encore tirés d’affaire. Dieu y a été pour beaucoup. Un loustic disait à son retour : « on dit qu’il n’y a pas de Bon Dieu ! Oh si, il y en a un ». J’avais le matin dit ma messe pour mes camarades, et aujourd’hui j’ai célébré une messe d’action de grâce. »[2]

Il survivra à la guerre. Ses citations de guerre louent un « dévouement inlassable » et une « bravoure au-dessus de tout éloge » qui lui valent de faire «l’admiration de tout le bataillon. »

Une fois pour toutes : le monde n’admire pas notre piété ou le nombre de nos dévotions, fort utiles par ailleurs. Mais il sait reconnaître la vraie valeur humaine et par-dessus tout, le courage. Un jeune catholique ardéchois rapporte la scène suivante, le 1 août 1916 :

« Il y a quelques jours, nous étions en réserve près de la route par laquelle les ambulances sont obligées de passer pour évacuer nos blessés. Soudain, un obus de gros calibre éclate près de l’une d’elles, tue le conducteur et endommage gravement les roues avant. La plupart des blessés sautent tant bien que mal, et vont se réfugier dans le fossé ; mais il restait encore trois zouaves couchés et qui ne pouvaient se dégager ; les obus tombaient toujours. Nous étions à nous demander comment nous pourrions porter secours à ces malheureux, quand nous vîmes apparaître un prêtre au milieu de la route. C’était l’Aumônier divisionnaire qui avançait, impassible sous la mitraille qui faisait rage… Personne ne le quittait des yeux, croyant qu’à chaque instant il allait être broyé. Tandis qu’il se hâtait vers l’auto, une  grosse marmite tombe sur celle-ci et tue les trois survivants… L’aumônier a voulu faire le tour des décombres, et ne revenir qu’après s’être assuré qu’il n’y avait malheureusement plus personne à sauver. Je vous assure que les assistants ont été impressionnés de ce magnifique et simple courage ; lorsque, en revenant des tranchées, nous l’avons revu au repos, tout le monde l’admirait sur son passage. »[3]

Nous ne sommes pas là pour rapporter à nous-mêmes cette admiration mais le courage qui la suscite ouvre la porte des cœurs pour y semer l’amour du Christ.

Le père Léon Cabaret note dans ses carnets au 31 janvier 1915 alors qu’on lui annonce qu’une des lettres qu’il a envoyée à son évêque a été publiée dans la revue diocésaine : « Cela me laisse froid. Je me contente de constater qu’autour de moi on ne se défie point. La confiance naît d’elle-même : soldats et officiers ne me marquent que de la sympathie ; ce soir encore je suis demandé au château pour chanter devant le colonel une marche composée en l’honneur du 44ème. En somme je me félicite de mon initiative qui m’a conduit au titre d’aumônier volontaire. Je ne connais rien de plus noble que le métier de prêtre-soldat : l’idée de religion et celle de patrie sont sœurs. Elles supposent le sacrifice, le dévouement à la cause du bien et du bon. Elles sont la négation de l’égoïsme, synthétiseur de la fraternité réelle et non de la fraternité théorique. Il me semble que, de cette guerre terrible, nous sortirons tous meilleurs. A vivre ainsi, confondus de tous rangs, de toute situation sociale, on apprend à se mieux connaître et à s’estimer, autrement que par des conventions établies. En particulier le prêtre y gagnera beaucoup parce qu’il aura l’occasion de gagner à la cause religieuse bien des braves gens qui se sont sentis réconfortés, à certaines heures critiques, par le secours matériel et moral que le prêtre peut apporter. » Il comprend avec un admirable équilibre l’essence même de sa pastorale de prêtre-soldat.

Quelques jours plus tard, le dimanche 21 février 1915, il approfondit l’importance et la forme de sa mission. Il nous fournit un véritable Vade-mecum de l’aumônier militaire : « Nous rentrons un peu avant la nuit, renouvelés d’élan, d’entrain, de gaieté. En surnaturalisant tout cela, quel bon soldat l’on fait ! D’abord à la caserne et, a fortiori, en campagne, j’ai toujours considéré la gaieté comme un devoir. Souvent j’ai remarqué que la tristesse déprime : cela prépare le découragement, les fatigues et jusqu’aux maladies. Voulons-nous être forts ? Soyons enthousiastes. J’ai lu quelque part « hilarem datorem diligit Deus » (2 Cor 9, 7 : «  Dieu aime ceux qui donnent avec joie ») et un saint triste est un triste saint. Le soldat morose est un mauvais troupier. Et c’est pourquoi je crois que la lutte actuelle aura fait du bien aux prêtres. Le monde qui veut nous juger à sa mesure doit aussi modifier son jugement s’il voit dans l’aumônier volontaire ou dans le séminariste aux tranchées, un homme de devoir, de discipline, de sacrifice. Vis à vis de ses camarades il suffit d’être serviable, franc et dévoué. Vis-à-vis de ses chefs respectueux, ouvert et obéissant. Avec ça on devient l’ami de beaucoup, à l’occasion confident et le conseiller de la plupart. »

On devient aussi une offrande au Père par le sacrifice librement consenti de sa vie. M. l’abbé T. vicaire du diocèse de Viviers est caporal brancardier. Depuis deux mois, il combat à Verdun d’où il écrit le 9 avril 1916 :

« Vous savez combien rude a été la bataille de Verdun, sur les deux rives de la Meuse. Jamais les Boches n’avaient accumulé sur un coin du front, matériel aussi formidable …/… C’est sous un déluge de fer et de feu que nous devions aller chercher les blessés…/… J’avais ordre d’aller prendre avec quatre hommes un artilleur blessé et de le ramener. Un guide nous accompagnait. Nous marchions gardant un silence presque religieux. Arrivés sur une crête, je me tourne vers le guide et lui pose la question : « Où se trouve la batterie que nous devons atteindre ? » « Vous voyez, me dit-il, sur le sommet d’en face, cet endroit où les obus éclatent sans interruption. C’est là ! » Malgré le danger, je n’eus point peur, je crois, mais j’avoue que je sentis un léger frisson me courir sur la peau. Visiblement nous allions à la mort. Je fis à Dieu le sacrifice de ma vie, mes hommes en firent autant, et nous nous acheminâmes vers la fournaise. Combien nous fûmes protégés, je n’en sais rien : toujours est-il que nous revînmes tous indemnes, avec en plus notre blessé. Jugez de ma joie quand j’ai ramené mon équipe ! …/… Jusqu’à présent le bon Dieu n’a pas voulu de moi. S’Il lui plaît de me choisir comme victime dans les combats futurs, que Sa Sainte Volonté s’accomplisse. « On n’est jamais plus prêtre que quand on s’immole soi-même ». »[4]

Il ne semble pas qu’on puisse rétrécir d’un mot ces témoignages ou réduire d’un centimètre la pastorale qu’ils suggèrent.

Dans les tranchées de Verdun ou les plaines de la Champagne, le prêtre militaire, aumônier ou soldat, a gagné les cœurs avant de prêcher la Parole.

Il a ouvert les portes à l’Evangile par sa proximité, sa disponibilité, son courage, sa gaieté, sa liberté et l’offrande de sa vie. Il serait étrange qu’il en soit autrement aujourd’hui.

Confions-les, confions-nous à Notre-Dame des tranchées, mère du sacerdoce.

+ Luc Ravel

[1] Les prêtres et la jeunesse catholique d’Ardèche dans la « grande » guerre. Correspondances, Centenaire de la guerre de 1914 à 1918, diocèse de Viviers, 2015, p. 51-52

[2]Les prêtres et la jeunesse catholique d’Ardèche dans la « grande » guerre. Correspondances, Centenaire de la guerre de 1914 à 1918, diocèse de Viviers, 2015, p. 72

[3] Ibid. p. 121

[4] Ibid. p. 75

Mots-clés: jeune prêtre, aumônerie militaire, abbé, religieux, offices, croix de guerre

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Saint du Jour

Nominis

3 août 2020

Tous les saints du jour Nominis
  • Sainte Lydie - Commerçante en pourpre convertie par Saint Paul (I siècle)
    Elle venait de la Grèce d'Asie et s'était installée à Philippes, port de la mer Egée pour son commerce de tissu et de pourpre. C'est là qu'elle rencontra saint Paul et saint Luc (Actes des Apôtres 16. 11). Ils vinrent habiter chez elle "Si vous voulez bien me considérer comme une servante de Dieu, descendez chez moi."Les Églises d'Orient fêtent cette païenne qui professait la foi juive et qui fut convertie au Christ par saint Paul lors de son passage à Philippes en Macédoine. Elle l'accueillit avec ses compagnons Silas et Luc (Actes 16. 11 à 15). Elle dut mourir vers 50-55, puisque Paul écrivant aux chrétiens de Philippes ne la mentionne pas dans sa lettre.Au 20 mai, commémoraison de sainte Lydie, la marchande de pourpre de Thyatire, qui, à Philippes de Macédoine, fut la première dans cette ville à croire à l'Évangile, après la prédication de l'Apôtre saint Paul.
  • Sainte Salomé la Myrophore - épouse de Zébédée et mère des apôtres Jacques et Jean (I siècle)
    Epouse de Zébédée, un des patrons pêcheurs de Bethsaïde, mère des apôtres Jacques et Jean, elle était de celles «qui suivaient Jésus et le servaient». Elle avait mis en avant ses deux fils pour qu'ils soient de chaque côté du Messie (Matthieu 20. 17 à 28) aux meilleures places dans le Royaume. Au jour de la Passion, elle était au pied de la Croix. Elle fut aussi de celles qui achetèrent des aromates pour embaumer le corps du Christ et qui le dimanche matin de Pâques trouvèrent le tombeau vide. Elle cherchait peut-être la meilleure place pour ses enfants, quelle mère n'en ferait pas autant? mais elle sut aussi venir à l'aube du matin de Pâques, alors que ses enfants n'y étaient point, et c'était pour Jésus. Illustration: Les Saintes Femmes (les Myrophores) se rendent au Sépulcre pour embaumer le corps du Christ - Abbaye Saint-Pierre de Mozat ou Mozac (Auvergne)Le culte des Saintes Maries Jacobé et Salomé est confirmé, en Provence, entre autres témoignages, par le concours de nombreux fidèles en l'église des Saintes Maries de la Mer, où des grâces abondantes ont été obtenues par leur patronage.Elles furent parmi les femmes qui accompagnaient Jésus au cours de sa vie apostolique et lui venaient en aide par leurs biens matériels.Marie Jacobé était mère de Jacques le Mineur, de José et peut-être de Simon le Zélote et de Jude.Salomé était mère de Jean et de Jacques le Majeur.Fidèles, avec Marie et Marie-Madeleine, au temps de la Passion, elles vinrent au sépulcre, le matin de Pâques, où un ange leur déclara que Jésus est vivant. Elles furent ainsi les premiers témoins de la Résurrection. (source: Les Saints du diocèse de Nîmes)