Homélie pour la messe de l’initiation chrétienne - Samedi 25 mai 2013

Il y a du nouveau dans l’air.

Malgré le temps pluvieux, nous gardons le souvenir de ces moments chauds et printaniers où la sève monte. Sans que nous la voyions, nous la sentons à travers les parfums de la nature puis les premiers bourgeons. Il en est ainsi ce matin : de la sève nouvelle tire l’Eglise vers le Ciel sans l’arracher à la terre. Des grâces nouvelles vont pousser à l’air libre les feuilles puis les fruits.

Nous le vivons ce matin. Ce qui était au fond du cœur, caché dans les racines, sous la terre et le manteau de l’hiver, va maintenant prendre forme et s’exposer au grand vent. Ce qui était tapis au fond du cœur, mal identifié puis reconnu enfin énoncé ; ce qui était comme une pâte, pure mais sans forme, une sorte de courant souterrain, de lumière visible sans soleil vu, tout cela devient sacrement du baptême, de la confirmation, de l’Eucharistie. Le fonds chrétien prend la forme chrétienne et la nouveauté percute le monde.

Il y a de la nouveauté dans l’air. L’Evangile nous le rappelle : « celui qui n’accueille pas le Royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. » (Marc 10, 15) « A la manière d’un enfant » signifie que l’Esprit nous remet dans la nouveauté de l’enfance. Devant un sage docteur, Jésus insiste : « A moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. » (Jn 3, 5) Pour chacun de ceux qui vont être baptisés ou confirmés mais aussi pour tous ceux qui s’ouvrent à la grâce, Dieu propose la nouveauté fantastique de l’enfance. Davantage encore : Dieu offre l’extraordinaire nouveauté de la naissance.

Naître, c’est passé d’un état à un autre. C’est passé d’un milieu à un autre, du sein maternel à l’air libre. Nous n’avons pas le souvenir du moment où nous sommes sortis de notre mère. Mais imaginons-nous nous réveillant un matin sans savoir où nous sommes et découvrant un paysage absolument inconnu. Comme si durant notre sommeil, un inconnu nous avait transportés là. Nous irions étonnés à chaque endroit, découvrant un monde entièrement nouveau, les yeux écarquillés, les sens dilatés, l’esprit complètement renouvelé. Un peu comme lors d’un voyage dépaysant mais en bien plus fort encore. C’est à cette nouveauté là que nous sommes appelés.

« Il y a urgence à penser à neuf, à apporter du neuf, à créer du neuf, à pétrir la vie avec le levain nouveau de la justice et de la sainteté. (1 Cor 5, 8). » (Pape François, « Seul l’amour nous sauvera », éd. Parole et Silence, 2013, p.98) Et le futur pape, alors Cardinal archevêque de Buenos Aires, ajoute : « Franchir le seuil de la foi comprend une conversion permanente de nos attitudes, de notre manière et de notre style de vie : reformuler et non pas mettre des rustines ou du vernis, mettre la forme nouvelle qu’imprime Jésus-Christ à tout ce qui est touché par sa main et son évangile de vie, avoir le courage de faire quelque chose de nouveau pour la société et pour l’Eglise. Car « celui qui est dans le Christ est une créature nouvelle. »(2 Cor5, 17-21) » (ibid. p.99) Notre pape est hanté par cette nouveauté, par cette nouvelle évangélisation. Lui-même introduit un style nouveau jusqu’au Vatican.

Nouveaux baptisés et confirmés, aidez-nous ! Aidez l’Eglise à injecter cette nouveauté en elle-même et dans le monde. Peut être que, nous chrétiens de longue date, nous sommes trop habitués à nos manières de penser et de faire. Nous ne voyons plus comment faire autrement parce que nos yeux sont usés, parce que nos cœurs sont encroûtés, parce que nos mains sont fatiguées.

2. La nouveauté de la grâce. Pourtant, nous avons en nous ou autour de nous l’expérience de véritables rebonds. Nous connaissons tous des résiliences formidables. Nous savons que la nouveauté de la vie humaine ne se laisse pas ternir par les ans. Cette nouveauté de la vie agit comme le scribe de l’évangile qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. Sans fidélité au passé, la vie s’interrompt. Mais sans foi dans le futur, elle tourne en rond.

Que dire alors de la nouveauté de la grâce, de la nouveauté de la vie chrétienne introduite par les sacrements ? Ecoutons encore le pape François : « Rendre tout nouveau… Jésus a le pouvoir, avec la force de son Esprit, de rénover le cœur. Nous devons avoir confiance en cela… Jésus ne t’oblige pas à être chrétien. Mais si tu dis que tu es chrétien, tu dois croire que Jésus à toute la force. Il est le seul qui a la force de rénover le monde, de rénover ta vie, de rénover ta famille, de rénover tous les hommes. » (ibid. p.120)

  1. ? Par la conversion et les sacrements.

La conversion a pu jaillir il y a déjà longtemps : à la manière d’une idée fixe jamais abandonnée mais laissée en jachère sans qu’on la cultive ; elle a pu aussi émerger subitement à la façon dont le soleil se lève à l’équateur, tout d’un coup. Peu importe aujourd’hui le rythme de la sève. Elle est là et elle cherche à produire du feuillage et du fruit. Les sacrements de l’initiation, baptême, confirmation, Eucharistie, donne à la sève de monter, de faire bourgeonner l’arbre.

Le baptême permet à la grâce de s’épanouir en feuillage pour donner ombre et réconfort. Il guide la grâce en nous pour offrir une force de salut, pour répandre l’évangile autour de nous. Telle est la fonction du baptisé : porter par la présence, la parole et le témoignage, l’annonce percutante de Dieu.

Ensuite, la confirmation permet à la grâce de se concentrer en fruits visibles et savoureux. Je me souviens de ses arbres à kiwis qui poussent autour de mon abbaye. Plantés, ils mettaient plusieurs années à produire du fruit. Ainsi la confirmation conduit à se donner aux autres tout en mourant à soi-même. Elle nous porte au sacrifice, à cette longue passion qui donne leur vraie fécondité aux saints.

Enfin l’Eucharistie maintient le soleil en nous et sur nous : source et sommet de notre vie chrétienne, elle est force d’entretien de la grâce, elle la renouvelle et lui donne de grandir par palier. Ce qu’est le soleil aux plantes, l’Eucharistie l’est au chrétien.

Soyons fidèles : revenons souvent à notre cœur et à nos actions. Alors le monde changera.

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