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L'Eglise et l'arme nucléaire - Réflexions de Mgr Antoine de Romanet

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La Vie des Diocèses - émission de KTO du 24 juin 2019

Homélie pour la messe de l’initiation chrétienne - Samedi 25 mai 2013

Il y a du nouveau dans l’air.

Malgré le temps pluvieux, nous gardons le souvenir de ces moments chauds et printaniers où la sève monte. Sans que nous la voyions, nous la sentons à travers les parfums de la nature puis les premiers bourgeons. Il en est ainsi ce matin : de la sève nouvelle tire l’Eglise vers le Ciel sans l’arracher à la terre. Des grâces nouvelles vont pousser à l’air libre les feuilles puis les fruits.

Nous le vivons ce matin. Ce qui était au fond du cœur, caché dans les racines, sous la terre et le manteau de l’hiver, va maintenant prendre forme et s’exposer au grand vent. Ce qui était tapis au fond du cœur, mal identifié puis reconnu enfin énoncé ; ce qui était comme une pâte, pure mais sans forme, une sorte de courant souterrain, de lumière visible sans soleil vu, tout cela devient sacrement du baptême, de la confirmation, de l’Eucharistie. Le fonds chrétien prend la forme chrétienne et la nouveauté percute le monde.

Il y a de la nouveauté dans l’air. L’Evangile nous le rappelle : « celui qui n’accueille pas le Royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. » (Marc 10, 15) « A la manière d’un enfant » signifie que l’Esprit nous remet dans la nouveauté de l’enfance. Devant un sage docteur, Jésus insiste : « A moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. » (Jn 3, 5) Pour chacun de ceux qui vont être baptisés ou confirmés mais aussi pour tous ceux qui s’ouvrent à la grâce, Dieu propose la nouveauté fantastique de l’enfance. Davantage encore : Dieu offre l’extraordinaire nouveauté de la naissance.

Naître, c’est passé d’un état à un autre. C’est passé d’un milieu à un autre, du sein maternel à l’air libre. Nous n’avons pas le souvenir du moment où nous sommes sortis de notre mère. Mais imaginons-nous nous réveillant un matin sans savoir où nous sommes et découvrant un paysage absolument inconnu. Comme si durant notre sommeil, un inconnu nous avait transportés là. Nous irions étonnés à chaque endroit, découvrant un monde entièrement nouveau, les yeux écarquillés, les sens dilatés, l’esprit complètement renouvelé. Un peu comme lors d’un voyage dépaysant mais en bien plus fort encore. C’est à cette nouveauté là que nous sommes appelés.

« Il y a urgence à penser à neuf, à apporter du neuf, à créer du neuf, à pétrir la vie avec le levain nouveau de la justice et de la sainteté. (1 Cor 5, 8). » (Pape François, « Seul l’amour nous sauvera », éd. Parole et Silence, 2013, p.98) Et le futur pape, alors Cardinal archevêque de Buenos Aires, ajoute : « Franchir le seuil de la foi comprend une conversion permanente de nos attitudes, de notre manière et de notre style de vie : reformuler et non pas mettre des rustines ou du vernis, mettre la forme nouvelle qu’imprime Jésus-Christ à tout ce qui est touché par sa main et son évangile de vie, avoir le courage de faire quelque chose de nouveau pour la société et pour l’Eglise. Car « celui qui est dans le Christ est une créature nouvelle. »(2 Cor5, 17-21) » (ibid. p.99) Notre pape est hanté par cette nouveauté, par cette nouvelle évangélisation. Lui-même introduit un style nouveau jusqu’au Vatican.

Nouveaux baptisés et confirmés, aidez-nous ! Aidez l’Eglise à injecter cette nouveauté en elle-même et dans le monde. Peut être que, nous chrétiens de longue date, nous sommes trop habitués à nos manières de penser et de faire. Nous ne voyons plus comment faire autrement parce que nos yeux sont usés, parce que nos cœurs sont encroûtés, parce que nos mains sont fatiguées.

2. La nouveauté de la grâce. Pourtant, nous avons en nous ou autour de nous l’expérience de véritables rebonds. Nous connaissons tous des résiliences formidables. Nous savons que la nouveauté de la vie humaine ne se laisse pas ternir par les ans. Cette nouveauté de la vie agit comme le scribe de l’évangile qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. Sans fidélité au passé, la vie s’interrompt. Mais sans foi dans le futur, elle tourne en rond.

Que dire alors de la nouveauté de la grâce, de la nouveauté de la vie chrétienne introduite par les sacrements ? Ecoutons encore le pape François : « Rendre tout nouveau… Jésus a le pouvoir, avec la force de son Esprit, de rénover le cœur. Nous devons avoir confiance en cela… Jésus ne t’oblige pas à être chrétien. Mais si tu dis que tu es chrétien, tu dois croire que Jésus à toute la force. Il est le seul qui a la force de rénover le monde, de rénover ta vie, de rénover ta famille, de rénover tous les hommes. » (ibid. p.120)

  1. ? Par la conversion et les sacrements.

La conversion a pu jaillir il y a déjà longtemps : à la manière d’une idée fixe jamais abandonnée mais laissée en jachère sans qu’on la cultive ; elle a pu aussi émerger subitement à la façon dont le soleil se lève à l’équateur, tout d’un coup. Peu importe aujourd’hui le rythme de la sève. Elle est là et elle cherche à produire du feuillage et du fruit. Les sacrements de l’initiation, baptême, confirmation, Eucharistie, donne à la sève de monter, de faire bourgeonner l’arbre.

Le baptême permet à la grâce de s’épanouir en feuillage pour donner ombre et réconfort. Il guide la grâce en nous pour offrir une force de salut, pour répandre l’évangile autour de nous. Telle est la fonction du baptisé : porter par la présence, la parole et le témoignage, l’annonce percutante de Dieu.

Ensuite, la confirmation permet à la grâce de se concentrer en fruits visibles et savoureux. Je me souviens de ses arbres à kiwis qui poussent autour de mon abbaye. Plantés, ils mettaient plusieurs années à produire du fruit. Ainsi la confirmation conduit à se donner aux autres tout en mourant à soi-même. Elle nous porte au sacrifice, à cette longue passion qui donne leur vraie fécondité aux saints.

Enfin l’Eucharistie maintient le soleil en nous et sur nous : source et sommet de notre vie chrétienne, elle est force d’entretien de la grâce, elle la renouvelle et lui donne de grandir par palier. Ce qu’est le soleil aux plantes, l’Eucharistie l’est au chrétien.

Soyons fidèles : revenons souvent à notre cœur et à nos actions. Alors le monde changera.

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Rencontre avec les catéchumènes et les confirmands - Vendredi 24 mai 2013

« A la manière d’un enfant… »

Dans la religion chrétienne, tout est affaire de don de Dieu et d’accueil de l’homme. De grâce et de mérite :

Savoir être ouvert à autre chose que nos projets ; savoir adhérer avec enthousiasme à autre chose que ce que le monde propose. Servir Dieu et son Royaume alors que le mode nous presse comme des citrons.

Et en même temps savoir décider, prévoir, tenir bon, s’engager, réfléchir de toutes ses forces. Etre des hommes solides avec nos fragilités. « Voilà un homme », disait ce cadre croisant dans le rue un moine.

Allons comme des enfants qui ne s’est pas encore brûlé et qui garde l’enthousiasme et la créativité.

Baptisés  « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit »

Le signe de la croix résume notre foi et notre vie.

Le baptême dans l’Eau et au nom de la sainte Trinité

Au cœur de notre foi : il faut aller jusque là… pour être chrétien : croire au bon Dieu ne suffit pas. Tant d’autres croient en Dieu Un et Unique. Mais les chrétiens adhèrent au Dieu Trinité. Or cette foi en Père, Fils et saint Esprit soulève de nombreuses questions :

Pourquoi tant de complications ? Ne suffirait-il pas de croire en un seul Dieu et de rejoindre ainsi les autres monothéismes ? Pourquoi s’embarrassait d’une croyance si difficile à comprendre et à expliquer ? A cause d’elle, d’autres religions nous accusent de polythéisme ? Y a t il une nécessité à proclamer encore la Trinité alors que beaucoup de nos contemporains refuse déjà de croire en un seul Dieu créateur ?

Prier comme un enfant : avec l’Esprit et la ténacité ; frappez on vous ouvrira…

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Homélie pour la messe d’accueil - Vendredi 24 mai 2013

A ceux qui invoquent la loi, Jésus propose la foi.

Face à l’expérience humaine qui souligne les défaillances et propose des compromis, face à la sagesse de la Loi biblique qui suppose l’inégalité et autorise le divorce,

face à notre histoire affective peut être douloureuse ou encore à faire,

Jésus propose le regard de la foi.

Quel est-il ? Pourquoi est-il nouveau ? En quoi nous rend-il différent ?

1. L’expérience humaine nous partage un regard de sagesse humaine. Sur la question du mariage, nous constatons une chose : l’homme est faible ; il peine à garder la même femme. C’est un fait solidement validé aujourd’hui. Et nos militaires n’échappent pas à cette difficulté. Les missions lointaines, la vie conjugale fragmentée, les fatigues et les tensions fabriquent des séparations. Il y a là un réalisme presque universel conforté par des sagesses religieuses. Ainsi la Loi mosaïque autorise un acte de répudiation, elle permet le divorce. Le bon sens préside à cette manière de voir et de faire.

Il faut savoir engranger dans nos discours chrétiens ce monde mêlé de bien et de mal, mélangé de courage et de faiblesse. Il faut éviter de proposer une vérité splendide mais irréaliste. Ainsi l’Ancien Testament montre l’homme avec les guerres, les drames, les limites. Et la loi de Moïse est une canalisation de ces énergies pétries de bien et de mal. Ainsi la loi du Talion, œil pour œil et dent pour dent, vise à contenir le mouvement de la vengeance. Laissée à elle-même, la violence devient démesurée. De même la loi sur le mariage canalise les divorces, elle les règlemente. L’homme ne peut faire n’importe quoi. En cela, elle est juste.

Si nous chrétiens, nous négligeons ce réalisme, on nous accusera d’être dans les rêves. On nous reprochera de ne pas avoir les pieds sur terre. On nous critiquera de nous couper du monde réel. On nous dira que notre parole n’a pas de force et qu’elle ne mord pas sur l’expérience quotidienne. Ainsi, en matière de mariage, on nous pourfendra avec des statistiques d’échec, de divorce, de rupture. Et le monde nous jettera à la figure le manque de miséricorde : « l’Eglise est sans pitié en refusant de marier les personnes divorcées. »

Le Christ ne fait pas mine d’ignorer cette faiblesse humaine. Il répond d’abord aux pharisiens : « c’est en raison de votre endurcissement qu’il a formulé cette loi. » Il sait mieux que quiconque nos faiblesses, nos trahisons, nos difficultés à franchir la barrière de la durée. Et pourtant, il nous propose autre chose. Mais comment pouvons aller plus loin que cette prudence pleine de réalisme ?

2. La révélation divine nous dévoile le monde de la grâce. Après avoir noté la dureté de nos cœurs, le Christ ajoute :« ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. » Il nous ouvre les yeux sur un autre élément. Cet élément, jusque là, n’avait pas été pris en compte : Dieu s’engage à nos côtés. C’est Lui qui unit l’homme et la femme. La foi nous fait voir les choses dans une autre lumière qui complète nos expériences. Il ne suffit pas de dire la faiblesse de l’homme. Il faut aussi voir la richesse de Dieu. Sans négliger la dureté de l’homme, la foi montre aussi l’absolu, la conversion possible et l’engagement de Dieu. A propos du mariage, la foi désigne le lien indissoluble entre l’homme et la femme, irréversible comme l’est l’amour de Dieu pour chacun de nous. Imaginons que nous cheminions dans une forêt, de nuit. A peine discernons-nous la piste. Les arbres autour apparaissent sombres, plein de maléfices et de dangers. Et puis, au terme de la nuit, le jour vient. Le sentier n’a pas changé mais le regard s’élargit. La lumière révèle la beauté des arbres et les angoisses des ténèbres s’éloignent pour le charme de la futaie.

Ces deux visions s’opposent-elles ? Faut-il choisir entre les deux ou, comme le Christ nous y invite, tenir l’une et l’autre ? Soyons réalistes et croyants !

La raison, fruit de notre expérience, nous dit qu’il est inhumain de marier l’homme et la femme de façon indissoluble. Mais la raison et l’expérience regardent seulement la dureté du cœur. Le mal saute aux yeux, nous le savons. Et c’est vrai que l’Evangile parle aussi des cœurs de pierres. C’est vrai que l’Eglise prolonge ce discours en parlant du péché originel, des péchés, de la convoitise en l’homme. A ne regarder que cela, il faudrait permettre à l’homme et la femme de divorcer. Le monde a les yeux fixés sur le mal et il presse l’Eglise d’abandonner son mariage indissoluble. A regarder sa tragique faiblesse, l’homme ne peut pas avoir confiance en l’autre et en lui-même.

Mais la foi, fruit de la révélation, nous fait aspirer à une fidélité totale. Parce que la foi regarde aussi l’extraordinaire grâce en l’homme. Elle n’exclue pas sa faiblesse mais elle voit aussi sa richesse. La foi lit dans l’homme sa capacité à réagir au don gratuit de Dieu. La foi nous permet d’atteindre le projet de Dieu sur l’homme, souvent caché par les échecs. Elle illumine les dons divins qui l’emportent sur nos misères. Bref, la foi englobe tout et elle pousse l’homme à avoir confiance en l’autre et en lui-même.

La foi n’est donc pas une forme d’inconscience. La foi n’est pas un rêve pour poète. La foi est réaliste mais elle voit plus loin que l’échec. Elle voit les immenses capacités que nos prudences négligent. Elle connaît les possibles rebonds, les résiliences ouvertes. Elle n’enferme jamais l’homme dans son impasse mais elle éclaire toujours l’issue nouvelle. Elle est source d’enthousiasme pour ce qui paraît impossible à l’homme. Ce qui impossible pour l’homme sans Dieu est possible pour Dieu dans l’homme.

Foi et raison. Les deux ailes de l’esprit se combinent pour nous aider à vivre en grand sans vivre au-dessus de ses moyens. Pour vivre haut sans avoir le vertige. Pour vivre loin sans avoir la nostalgie. Apprenons à regarder l’homme, le mariage, avec le regard de la raison et celui de la foi. Ne marchons pas dans ce monde comme si Dieu n’existait pas, comme si nous n’avions pas la foi. La foi nous a ouvert les yeux. Gardons-les ouverts.

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Homélie pour la Pentecôte en la fête de sainte Jeanne d’Arc - Compiègne 19 mai 2013

Sainte Jeanne d’Arc, sa fête, aujourd’hui à Compiègne, et le diocèse aux armées françaises partagent en commun d’appartenir aux singularités républicaines souvent ignorées de nos concitoyens voire de nos élus. Dans les rapports entre les églises et l’Etat, tout ne tient pas dans la loi de 1905 dite de « séparation des églises et de l’Etat » : ainsi l’aumônerie militaire est régie par une loi de 1880.

De même, celle qui disait qu’elle « avait grande pitié du Royaume de France » est reconnue par la République française dans une loi du 10 juillet 1920, publiée au Journal Officiel le 14 juillet en ces termes clairs :

« Article premier : la République française célèbre la fête de Jeanne d’Arc, fête du patriotisme.

Article deuxième : cette fête aura lieu le deuxième dimanche de mai. »

Article troisième : il sera élevé, en l’honneur de Jeanne d’Arc, sur la place de Rouen où elle a été brûlée vive, un monument avec cette inscription : « A Jeanne d’Arc, le peuple français reconnaissant. » »

Fête du patriotisme

« En elle, tous peuvent se retrouver, quel que soient leur partis-pris politiques… Elle est la France faite chair. » (Henri Pourrat Saints de France p.121)

Chaque génération doit reconquérir la valeur de la patrie, son unité, son dynamisme dans le concert des nations. La nôtre autant que celle de Jeanne, autant que celle de la grande guerre, épreuve terrible, autant que celle de 1940. La vie d’un peuple ne peut s’appuyer sur un capital fixe : elle se gagne à neuf dans la volonté de faire l’unité, de rassembler en donnant un élan, une espérance, une raison d’être ensemble. Jeanne nous pousse à ce chemin d’unité nationale, à faire et refaire à neuf la patrie française à la longue et splendide histoire. Faire et refaire la Patrie sans tomber dans des nationalismes douteux est une tâche qui nous incombe. Sainte Jeanne nous y aide.

Un « joli mois de mai » marquant pour Jeanne :

8 mai 1429 : entrée dans Orléans

23 mai 1430 : prise devant Compiègne

30 mai 1431 : brûlée vive à Rouen

C’est dire que Jeanne connaît une vie publique semblable à celle du Christ : précédée d’une longue et silencieuse préparation à Domrémy, elle fut brève, intense, avec deux parties en contraste puissant. D’abord, une longue marche semée de succès foudroyants jusqu’au sace du roi à Reims ; puis une longue passion devant des hommes décidés par avance à anéantir le prophète.

Compiègne forme charnière entre ces deux moments dont on ne sait lequel est le plus important.

« Elle a tant voulu la victoire. Mais maintenant elle voit que même sans victoire tout se fera. » (Henri Pourrat p. 120) Tout commence par l’action et la réussite mais la vraie victoire s’obtient dans la passion et le sacrifice. Que saurions-nous de Jeanne sans ses procès ?

 

Le salut ne vient pas seulement du succès : il découle aussi du sacrifice consenti par amour, le don au soi d’où sont exclues la haine et la rancœur.

 

Les voix de Dieu et la voix de la conscience :

C’est une fille de France amoureuse de liberté qui fait renaître la nation. Inspirée par Dieu, elle décide d’elle-même de partir :

« Quand j’étais âgée de 13 ans, j’ai eu une voix venant de Dieu, pour m’aider à me conduire, et la première fois j’eus grand peur. » (Procès 22 février 1431) « La voix m’enseigna à me bien conduire. » Elle ne dit pas que ses voix la conduisent mais qu’elles l’aident à se conduire : « Puisque Dieu le commandait, il fallait le faire. Puisque Dieu commandait, si j’avais eu cent pères et mères, et que je fusse fille de roi, néanmoins je serais partie. » (12 mars 1431)

C’est la liberté intérieure : l’homme pris par Dieu n’est point marionnette de Dieu mais artiste de Dieu. Voilà le propre de la grâce : aider sans remplacer l’homme de sorte que le Feu fasse jaillir le génie de chacun. Jeanne chante la liberté chérie des français, son courage et la vitalité intacte de son cœur.

Le génie du cœur :

Essayons pour terminer de saisir un peu mieux ce cœur de jeune française :

« Le don de Jehanne, c’est le génie du cœur… Elle a montré quelle force de feu prend au cœur quand il est tout embrasé de lumière… en elle affluent les ressources profondes. » (Henri Pourrat p. 118) Voilà une mystique éprise d’action.

C’est le don de la Pentecôte : un Esprit de feu pour changer une vie, pour l’irriguer d’une vitalité plus forte que la mort mais aussi pour l’engager dans le monde, dans cette sphère publique qu’on veut aujourd’hui séparée de la sphère privée. Benoit XVI parlait à propos de Jeanne d’Arc d’une mystique engagée non dans le cloître mais au milieu de la réalité la plus dramatique de l’Eglise et du monde de son temps. Elle a porté « sans peur la grande lumière de l’Evangile dans les complexes événements de l’histoire. » (Catéchèse du 26 janvier 2011)

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Homélie pour les obsèques de Yves Debay - 4 février 2013

Le 4 février 2013 à Boulogne

De nombreux témoins ont souligné la forte personnalité d’Yves, homme débordant, avec l’action pour méthode et l’objectif photographique comme arme, toujours prompt à arpenter, à tous les coins du monde, ces champs de guerre où les soldats mangent la poussière et bravent la mort. D’autres, parfois les mêmes, m’ont partagé son érudition de conteur, sa connaissance hors paire de l’histoire militaire, son écriture vive et son verbe vigoureux, parfois un peu vif mais toujours sorti du cœur.

Sous l’homme d’action, essayons aussi de saisir quelques traits de l’homme, de cet homme excessivement discret sur lui-même derrière son exubérance et sa chaleur humaine.

1. D’abord, il y a sa passion pour le soldat et le soldat français qui peut soulever une vaste question sur son professionnalisme : peut-on être à la fois un homme passionné et un journaliste objectif ? Emplis de cette idée (moderne) que seule la distance protège la compétence et que l’affectivité fait perdre le bon sens, les hommes sont naturellement enclins aujourd’hui à répondre par la négative à cette question. Et le bon journaliste apparaîtra comme l’homme qui cherche la faille et suspecte tout enthousiasme. La vraie réponse à la question que soulève la vie d’Yves n’est-elle pas à trouver dans une reformulation : est-ce le poisson dans l’eau ou le pécheur à la ligne qui sait vraiment ce que c’est que de vivre dans l’eau ? Ou encore : y a t il plus d’objectivité dans la position critique qui détecte l’erreur que dans l’affection qui valorise le bien ?

2. « Il était plus proche des militaires que de l’armée », nous confiait ensuite un témoin qui a travaillé avec lui. La formule semble anodine : elle révèle beaucoup sur Yves et la perspicacité de son regard. Car c’est bien, d’abord, de l’homme individuel dont il s’agit quand on parle de guerre. Ne l’oublions jamais, cet homme « fait à l’image de Dieu », « seule créature de Dieu voulue pour elle-même », ce soldat courageux est celui sans qui l’éblouissement pour les armes ou pour la tactique devient dérisoire et terriblement ambigu. Ne cultivons jamais auprès de nos lecteurs, surtout s’ils sont jeunes, une admiration pour la technique ou la méthode en dehors d’un intérêt singulier pour l’homme, pour chaque soldat. Il n’est de guerre que d’hommes et c’est bien la valeur de ceux-ci qui emporte la Paix. Jeunes, la passion pour la violence peut nous séduire. Hommes mûrs, approfondissons notre regard et soyons les témoins que seules les vertus comme le courage, l’honneur, la solidarité élèvent le monde au sein de la violence. Seules elles méritent notre enthousiasme et peut être nos articles de presse.

3. Enfin, j’aimerais souligner un trait plus complexe mais riche pour chacun de nous : Yves était journaliste de guerre dans l’action. Les moquettes l’étouffaient, les écrans le soulaient, et sa plume ne trouvait l’inspiration que dans le vécu des opérations. A une proposition d’événement qu’il jugeait un peu « molle et politiquement correcte » (sic), il répondait : « donnez-nous de l’action, de la niaque, de la combativité, des mecs sur des Leclerc ou faisant des poser d’assaut ou des raids commando… » En lisant cet échange, je pensais au poème de Victor Hugo qui se termine par ce vers terrible : « Ami, dit l’enfant grec,… je veux de la poudre et des balles. » Nous sommes alors en pleine guerre gréco-turque. Un même réalisme traverse ces deux pensées : la guerre est là, il faut la faire et on ne la fait pas avec des marionnettes et des roses au fusil. Elle ne se réduit pas à « garder la paix » et à apporter des vivres. Elle ne se confond pas avec l’humanitaire. Quoiqu’on en pense, elle suinte la violence et la haine ; elle entraîne le choc des armes. Il faut revenir à ce qu’elle est vraiment. Et elle est un drame singulier parmi tous les drames du monde. Je voudrais conclure précisément sur cette particularité que vivent nos militaires mais aussi nos reporters de guerre.

4. « La guerre est le domaine de la vie et de la mort. » écrivait Sun Tzu, dans « l’art de la guerre » (p.55) La guerre offre un décor très particulier pour l’homme encore jeune, elle ouvre un domaine humain strictement partagé entre la vie et la mort. D’habitude, l’homme baigne globalement dans la vie, dans une vie simplement frôlée par la mort comme une idée ou un accident. Il arrive à l’inverse qu’en raison de l’âge ou de la maladie, l’homme s’enfonce globalement dans la mort, à peine encore marquée de la vie. Mais la guerre en acte a ceci de propre qu’elle divise l’existence en deux camps égaux, celui de la vie et celui de la mort. Ce n’est plus 90-10 mais 50-50. Cette étrange situation inquiète ou séduit mais dans tous les cas elle induit une attitude intérieure extraordinaire si l’on reste dans l’action. Au cœur du conflit, au sol des opérations, la guerre est une action où la ligne de partage entre la vie et la mort passe exactement dans le cœur et dans le corps. Si l’on s’en éloigne, la proportion redevient normale et l’homme fait de la guerre une mission à remplir, une stratégie à mettre au point, un événement à couvrir mais il n’est plus sur le fil du rasoir.

Yves a toujours se voulu se placer exactement à ce point où la guerre est une action, à ce lieu où la vie et la mort coexistent à proportions égales, sur une ligne frontière fragile. Là l’homme vacille, oscille car la vie hésite sur le seuil de la mort. Et on n’y reste pas impunément.

Et c’est pour cela qu’il est « mort en pleine vie », comme me le confiait sa maman, tiré par un tueur isolé, dans un champ de ruines, au milieu de « la poudre et des balles ».

En pleine vie, au milieu de la vie, entre la part temporelle du cours de l’histoire et la part éternelle au cœur de Dieu. Car nous y croyons de toutes nos forces et bien malheureux l’homme qui voit une fin pour la vie là où il n’y a qu’un terme au temps.

Que le Christ nous ouvre la voie de la Vie où la violence s’efface devant l’amour sans bruit.

+ Luc Ravel

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Messe pour la Paix aux Invalides du 13 janvier 2013

mgr Luc RavelHomélie de Monseigneur Luc Ravel 

 

"Des guerres cessent, d'autres naissent ; le Mali flambe aujourd'hui."

 

Il y a quelques jours, en Afghanistan, je célébrais Noël à Kaboul. Au camp militaire, a été bâtie une modeste chapelle. A l’intérieur, les murs s’achèvent à hauteur de plafond par un bandeau sombre sur lequel se détachent, très nettes, 88 plaques identiques...

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La liberté, le code du dialogue vrai

Dans l'EGMIL du mois de janvier, retrouver le mitre-crossePropos de l’évêque et bien d'autres informations.

Des familles, des jeunes, des religieux ar­pentent les rues pour dire le droit à la vie, à l’amour, à la paternité, à la maternité, à la famille, à la mort (La mort, pas la fin de vie : entre les deux, un abîme que connaissent tous les militaires). Aucun ne cherche à imposer au jeu régulier de la démocratie une loi de fer ve­nue « d’en-haut » pour régler la vie des hommes malgré eux. Dieu Lui-même a respecté la liberté des hommes et de peuples tout en leur donnant avec clarté Sa Loi.

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Homélie pour la sainte Geneviève de la DGGN

mgr ravel6Invalides le 26 novembre 2012

Le cinquantenaire du patronage de la Gendarmerie nationale par Sainte Geneviève nous appelle à reprendre à frais nouveaux les enjeux véritables de notre fête, avec ses cérémonies militaires, ses temps conviviaux et ses célébrations religieuses.

Avec ses fêtes d’armes dont le caractère chrétien n’échappe à personne,

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Hommage national aux Invalides pour Thierry Serrat, Stéphane Prudhom, Pierre-Olivier Lumineau, Yoann Marcillan

consecrationMonsieur le président, mesdames et messieurs les ministres, autorités civiles, militaires et religieuses, familles de nos morts pourla Franceet vous tous ici, votre présence dans cette église des soldats élève très haut cet hommage national pour nos quatre morts. Soyez-en profondément remerciés.

Sous ces voûtes, plus de cent fois déjà a retenti la sonnerie aux morts. Cent fois déjà le silence a conquis les corps et mille fois la prière a rempli les cœurs. Ici, chacun selon...

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Saint du Jour

Nominis

3 août 2020

Tous les saints du jour Nominis
  • Sainte Lydie - Commerçante en pourpre convertie par Saint Paul (I siècle)
    Elle venait de la Grèce d'Asie et s'était installée à Philippes, port de la mer Egée pour son commerce de tissu et de pourpre. C'est là qu'elle rencontra saint Paul et saint Luc (Actes des Apôtres 16. 11). Ils vinrent habiter chez elle "Si vous voulez bien me considérer comme une servante de Dieu, descendez chez moi."Les Églises d'Orient fêtent cette païenne qui professait la foi juive et qui fut convertie au Christ par saint Paul lors de son passage à Philippes en Macédoine. Elle l'accueillit avec ses compagnons Silas et Luc (Actes 16. 11 à 15). Elle dut mourir vers 50-55, puisque Paul écrivant aux chrétiens de Philippes ne la mentionne pas dans sa lettre.Au 20 mai, commémoraison de sainte Lydie, la marchande de pourpre de Thyatire, qui, à Philippes de Macédoine, fut la première dans cette ville à croire à l'Évangile, après la prédication de l'Apôtre saint Paul.
  • Sainte Salomé la Myrophore - épouse de Zébédée et mère des apôtres Jacques et Jean (I siècle)
    Epouse de Zébédée, un des patrons pêcheurs de Bethsaïde, mère des apôtres Jacques et Jean, elle était de celles «qui suivaient Jésus et le servaient». Elle avait mis en avant ses deux fils pour qu'ils soient de chaque côté du Messie (Matthieu 20. 17 à 28) aux meilleures places dans le Royaume. Au jour de la Passion, elle était au pied de la Croix. Elle fut aussi de celles qui achetèrent des aromates pour embaumer le corps du Christ et qui le dimanche matin de Pâques trouvèrent le tombeau vide. Elle cherchait peut-être la meilleure place pour ses enfants, quelle mère n'en ferait pas autant? mais elle sut aussi venir à l'aube du matin de Pâques, alors que ses enfants n'y étaient point, et c'était pour Jésus. Illustration: Les Saintes Femmes (les Myrophores) se rendent au Sépulcre pour embaumer le corps du Christ - Abbaye Saint-Pierre de Mozat ou Mozac (Auvergne)Le culte des Saintes Maries Jacobé et Salomé est confirmé, en Provence, entre autres témoignages, par le concours de nombreux fidèles en l'église des Saintes Maries de la Mer, où des grâces abondantes ont été obtenues par leur patronage.Elles furent parmi les femmes qui accompagnaient Jésus au cours de sa vie apostolique et lui venaient en aide par leurs biens matériels.Marie Jacobé était mère de Jacques le Mineur, de José et peut-être de Simon le Zélote et de Jude.Salomé était mère de Jean et de Jacques le Majeur.Fidèles, avec Marie et Marie-Madeleine, au temps de la Passion, elles vinrent au sépulcre, le matin de Pâques, où un ange leur déclara que Jésus est vivant. Elles furent ainsi les premiers témoins de la Résurrection. (source: Les Saints du diocèse de Nîmes)