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La Vie des Diocèses - émission de KTO du 24 juin 2019

Homélie du 21 septembre 2014 - Dans la cathédrale de Reims

Il y a cent ans, la cathédrale de Reims s’enflammait, un fameux 19 septembre 1914. Cent après, notre mémoire chrétienne pourrait nous faire faire quatre pas sur le vrai chemin du vrai Dieu. (Pour ne pas nous errer aujourd’hui, à chaud, en face de nos guerres actuelles, il est bon de relire, à froid, nos guerres du passé.)

 

  1. 1. Premier pas : Dieu n’est pas dans la guerre comme on le pense.

« Mes pensées ne sont pas vos pensées » nous dit la première lecture. S’il y a bien un cas révélateur de cette grande vérité, c’est bien nos pensées sur Dieu dans la guerre. 

Les tragédies que nous voyons et celle que nous commémorons, les conflits de notre temps et les guerres du passé, nous poussent devant un mur de questions redoutables et inévitables : Dieu est-il dans la guerre ? Si oui, comment ? Soutient-il la guerre ? Y-a-t-il une guerre sainte ? Etc.

A ces questions, que de réponses approximatives, tordues à des fins de propagande ou simplement fausses parce que nos vues sont bornées ! Au cours de cette grande guerre, Dieu aura été mis à toutes les sauces par notre fébrilité à Le désigner ou à Le dénoncer. Dans quel camp était-il ? Celui des français, celui des allemands ? Celui des justes, nous, ou celui des injustes, les autres, en face ?

Certains expliquent la guerre par une défaillance des chrétiens eux-mêmes : « Cette guerre n’est pas la faillite du Christ, elle est la faillite du chrétien ; il y a des siècles que les hommes prêchent l’Evangile, et ces disciples n’ont pas encore assez eu d’influence  pour que de pareilles atrocités deviennent impossibles. » (Robert Cazalis, protestant, cité dans Annette Becker, La guerre et la foi…p. 19) Est-ce si simple quand on voit ces communautés ferventes massacrées dans leur innocence ?

A propos de Reims et de sa cathédrale, que n’a-t-on dit, dans toutes les bouches croyantes ! «La destruction de la basilique de Reims est un odieux blasphème contre Dieu, notre père à tous, et dénote chez ses auteurs l’absence de tout sentiment religieux et humain. » soutient le Grand Rabbin de France, Alfred Levy (cité par Annette Becker, La guerre et la foi, Armand Colin, 1994, p.21-22) avec beaucoup d’autres. Et pour laisser visible à la mémoire des hommes la barbarie des ennemis, certains préconisent de ne pas reconstruire la cathédrale de Reims : « Il faut la laisser comme témoin de la barbarie teutonne… » (Cité dans Annette Becker, la guerre et la foi p. 24) Ce qui a été dit de Reims pourrait être étendu à tout ce qu’on a dit de la guerre elle-même : punition divine, pédagogique certes mais punition quand même, méritée par des hommes et de peuples infidèles à Dieu, etc.

Est-ce la bonne réponse à la question intemporelle qui naît devant les drames : « Où est-il ton Dieu ? »

  1. 2. Deuxième pas : Dieu est présent dans la guerre par sa bonté pour tous.

Oui, Dieu était dans cette guerre comme Il est dans toutes les guerres. Et Il est dans les guerres comme Il est dans ce monde tissé de drames : pensons aux virus, aux famines, aux catastrophes naturelles. Mais Il n’y est pas comme nous aimerions qu’Il soit, une puissance à notre service, une division de plus pour massacrer l’adversaire, une justification de notre violence, une caution de notre barbarie.

Il y est par sa bonté. Ainsi s’exclame le Psaume 144 que nous venons d’entendre :

« Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour ; la bonté du Seigneur est pour tous, … Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu'il fait. Il est proche de ceux qui l'invoquent, de tous ceux qui l'invoquent en vérité »

Dieu ne fait pas ici-bas le tri entre les hommes. Il fait briller son soleil sur les bons et les méchants. Il est bon pour tous. Il a des fils dans tous les camps. Il sait que la victoire ne grandit pas nécessairement les vainqueurs et que la défaite n’abat pas nécessairement les vaincus. Il projette son amour au cœur de nos drames non pour régler nos comptes mais pour élever les cœurs.

Alors surgit une objection terrible : mais alors où est la justice là dedans si Dieu jette sa bonté aussi sur les méchants ?

  1. 3. Troisième pas : Dieu y est par une bonté qui n’élimine pas la justice.

J’entends bien que nous opposons souvent la bonté à la justice. Et c’est sûrement parce que nous sommes du côté de la justice sans bonté que nous avions placé Dieu dans notre camp ; c’est sûrement parce que nous voulions que Dieu applique sa justice vengeresse sur les autres que nous nous trompions de Dieu. L’évangile de ce jour nous déroute précisément parce que le Seigneur arrive à conjuguer la justice et la bonté ; il arrive à combiner le respect de la justice et le surplus de la bonté.

Quand il embauche, le Maître précise bien : « 'Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste.' Ils y allèrent. » Mais au paiement final, il rajoute en raison de celui qui maugrée : « Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi : n'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ?' »

Dieu qui parfois révèle sa bonté par des signes étonnants (les miracles), injecte sa bonté à tous moments. Comment insère-t-il son amour au cœur de notre histoire ? A travers les chrétiens brûlant de sa grâce. Les chrétiens au cœur du monde.

 

  1. 4. Quatrième pas : Dieu est dans la guerre par les hommes qui partagent la communauté de destin :

Le reflet actif de cette bonté de Dieu dans le monde, quelque soit la situation du monde, c’est l’homme qui accepte d’en être, d’y être de tout son poids, de toute sa chair ; en se situant au milieu du monde non comme un sous-marin dans la mer, étanche au milieu extérieur, mais comme une barque en mer débordé par les flots qui la submergent.  C’est l’homme imprégné des soucis et des joies du monde, disposé à la même destinée. Paul s’exprime ainsi en écrivant aux philippiens :

« Je voudrais bien partir pour être avec le Christ, car c'est bien cela le meilleur ; mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire. »

Rentrant à Reims, de retour du conclave à Rome, dans la nuit du 21 au 22 septembre 1914, le cardinal Louis Luçon ne trouve que des ruines : ruine de la cathédrale incendiée le 19 septembre, ruines de la ville écrasée sous les obus. Dans son récit de Reims pendant la guerre, il n’hésite pas à écrire : « j’étais content quand-même, car si je ne pouvais préserver mes chers diocésains des coups qui les frappaient, du moins je serais là pour partager leurs dangers, pour soutenir leur courage, pour consoler leurs douleurs, pour prier pour eux. » (La plume de l’ange, n°3 juin 2014, p.32)

Quelques mois plus tard, invité à participer à une réunion à Paris, le 24 novembre 1915, il décline l’invitation dans les mêmes termes :

« A ces moment-là, je ne voudrais pas être absent (de Reims). Sans doute ma présence n’est point un préservatif pour mes chers diocésains ; mais si je ne puis les protéger contre le danger, du moins je le partage avec eux. » (10 novembre 1915. Cité dans « la plume de l’Ange, p.31)

Voilà la communauté de destin, plus profonde que la communauté de ressemblance. Ce que les religieux et prêtres ont choisi et vécu dans les tranchées… La bonté de Dieu prend chair dans notre chair et dans nos actes. Mais d’abord dans notre chair en vivant à plein cette communauté de destin. Puis dans nos actes, les actes concrets de celui qui ne sent pas sorti d’affaire tandis que ses frères sont encore dans le drame, les gestes de celui qui partage la même condition jusqu’au bout.

Ces prêtres dans les tranchées, ces croyants en partage du monde, voilà le levain dans la pâte. Nous rêvons d’être des étoiles dans le ciel : soyons déjà des lumières dans le monde.

+ Luc Ravel, évêque aux armées

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Messe du 14 septembre 2014, fête de la Croix glorieuse

Présidée par Mgr Luc Ravel, évêque aux armées
en la chapelle du Val de Grâce

Homélie

Faisons donc mémoire de la mort du Christ et de nos morts. Le 3 août 1914, la guerre ouvre sa gueule monstrueuse. Des torrents humains s’engouffrent dans les ravins de la mort. Dans ces quatre premiers mois, plus de 450 000 soldats français sont tués. Le tiers de nos pertes totales.

Certains hésitent à faire mémoire de la Guerre. Par peur de fêter la guerre aux dépends de la paix, par peur de revenir au passé aux dépends du présent, par peur de réveiller des haines aux dépends de la réconciliation. Je comprends ces craintes mais la mémoire appartient à la dignité de l’homme : nous ne sommes pas des petits poissons rouges. Notre futur et notre espérance ne sont pas plus assurés parce que nous avons perdu la mémoire. Au contraire, en taisant notre passé, nous risquons d’affaiblir notre foi en « l’unique Dieu qui agit dans l’histoire » (Pape François, La joie de l’Evangile, § 247).

Durant ces quatre ans qui viennent, nous ne remuerons pas la boue lentement décantée au fond d’un étang. L’histoire est un fleuve et non une eau morte. Nous allons remonter à la source pour voir comment coule claire l’eau de Dieu dans le lit des siècles. Et nous allons chanter les miséricordes de Dieu non pas à côté mais dans les tragédies. Notre Dieu meurt sur une croix pour nous dire qu’il n’est pas absent de nos maladies, de nos deuils, de notre folie, de nos guerres. Souvent, c’est même plutôt là que nous le trouvons. Nous allons faire mémoire jusqu’à retrouver Dieu au creux de la guerre. C’est là notre foi : Il est le Seigneur du Cosmos et de l’histoire.

Faisons mémoire jusqu’au bout : c’est en allant jusqu’au fond du puits qu’on trouve l’eau cachée par l’obscurité. C’est ainsi qu’en affrontant notre histoire jusqu’au bout que nous pourrons toucher l’amour de Dieu.

Si nous savons Le trouver Lui, le vrai Dieu d’amour, si nous savons reconnaître sa présence à froid dans l’horreur de nos guerres passées, alors nous pourrons le reconnaître à chaud dans les tragédies actuelles. Je pense aux horreurs commises en Irak et en Syrie contre les chrétiens mais pas seulement, je pense à tous ces pays tourmentés par les virus, les guerres ou les famines. Nous avons eu un été de sang. Les incroyants nous demandent : « Où est-il ton Dieu ? » dans ces catastrophes. Que répondons-nous ?

Si nous ne reconnaissons Ses traces dans ces guerres éteintes, si nous ne savons pas voir Dieu de dos, après son passage, saurons-nous Le voir de face dans ces drames actuels ? Rien n’est moins sûr. Et le pire n’est pas à exclure. Le pire n’est pas d’oublier Dieu mais de Le mettre là où Il n’est pas. Le pire est de confondre Dieu avec une idole de violence. En égorgeant au nom de Dieu. En torturant au nom de Dieu. Ceux qui commettent ces actes au nom de Dieu, ne sont pas des croyants mais des idolâtres.

N’ayons pas peur de ce qui fut. Cet homme dans la guerre, fixons-le dans notre mémoire. Blessé dans sa chair par le fer, cabossé dans son âme par la peur, déformé dans son esprit par la haine, c’est l’homme « baptisé dans le réel ». Aucun de nous ne peut le juger. C’est lui que nous sommes. Nous abritons tous un amas de violences sous des carapaces de bienséance. Que fait Dieu avec cet homme là ?

Le 5 septembre 1914 au premier jour de la première bataille de la Marne. Il a 41 ans, il commande sa section, il s’appelle Charles Péguy. Il a écrit :

«Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,

Couchés dessus le sol à la face de Dieu…/…

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés

Dans la première argile et la première terre.

Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre.

Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés.»

(Eve, Collection La Pléïade, Œuvres poétiques complètes p. 1028).

Ce jour-là, il reste debout, suprêmement libre : « Dans toutes ces grandes épreuves, dans toutes ces grandes histoires, c’est beaucoup plutôt la force intérieure, la violence d’éruption qui fait la matière, historique, que ce n’est la matière qui fait et qui impose l’épreuve. » (Notre jeunesse, …….. p. 287) Il a découvert ce quelque chose en l’homme qui est plus fort que les conditions atroces imposées de l’extérieur. Il tient cela de sa foi : « la mort temporelle comme rien, comme insignifiance, comme un zéro au prix de la mort éternelle. » (Notre jeunesse, ………, p.294) Mais Richard Hoffmann, artilleur dans l’armée allemande, écrit la même chose à sa mère le 22 septembre 1914 : « Pense au vieux dicton des chevaliers… « Parce qu’il est le seul à pouvoir regarder la mort dans les yeux, seul le soldat est un homme libre ! » » (Paroles de poilus, éd. E.I.L, 2012, coll. Librio, p.28)

Quelle foi en la vie éternelle ! Quelle liberté en face de la mort ! Dieu est là.

En cet été 1914, tous n’en sont pas à ce stade, comme l’avoue Henri Aimé Gauthé. Il monte au front en août, il n’a pas encore connu le feu, il a peur : « La foi me manque ; j’ai une foi stérile et creuse. Elle ne sert pas de moule à ma vie. Elle n’entretient pas une mystique à mes actions. Elle n’éveille qu’occasionnellement ma soumission. » (Paroles de poilus, éd. E.I.L, 2012, coll. Librio, p.22)

Ce jour là, Péguy reste debout. Une balle le frappe en plein front. Il tombe. Son fils Charles-Pierre naîtra cinq mois plus tard.

Mémoires des hommes, présence de Dieu. Dieu n’a jamais abandonné l’homme. Il ne l’abandonnera jamais.

+ Luc Ravel, évêque aux armées

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Homélie pour la Saint Louis 2014

7 septembre 2014 aux Invalides

Impressionnés devant certains saints, nous pouvons restés admirateurs plus que imitateurs, regardant plus que progressant, stupéfaits plus que remués. La façon presque excessive de pratiquer l’Evangile jusqu’au bout remue en nous de la boue et de la vie.

  1. 1. Le calcul de Dieu devant le saint et le pécheur.

La boue de nos médiocrités et de nos « à peu près » ne se laisse pas facilement filtrer par l’estime de la sainteté des autres. Elle se défend par des fausses prudences, des arguments pourris mais qui jouent bien le rôle d’avocat de notre mollesse. Cette boue, décantée au fond du cœur maintenant soulevée par l’exemple des saints, contamine tout et opacifie la vie et ses élans.

La vie véritable, qui stagne en nous avec ses désirs du meilleur, se réveille à mesure que le saint nous devient proche ; à mesure qu’il nous devient amical.

Pour réguler la levée de la boue et la délivrance de la vie revenons au texte de Péguy dans « le mystère des saints innocents » où il reprend le dialogue de saint Louis avec le sire de Joinville à propos du péché mortel. On connaît la scène mais c’est l’interprétation qu’en donne Charles Péguy qui parle aux modernes pécheurs que nous sommes :

« Dans leur histoire de la lèpre et du péché mortel, voici comme je calcule, dit Dieu.

Quand Joinville aime mieux avoir commis trente péchés mortels que d’être lépreux

Et quand saint Louis aime mieux être lépreux que de tomber en un seul péché mortel,

Je ne retiens pas, dit Dieu, que saint Louis m’aime ordinairement.

Et que Joinville m’aime trente fois moins qu’ordinairement.

Que saint Louis m’aime suivant la mesure, à la mesure.

Et que Joinville m’aime trente fois moins que la mesure.

Je comte au contraire, dit Dieu. Voici comme je calcule. Voici ce que je retiens.

J’en retiens au contraire que Joinville m’aime ordinairement.

Honnêtement, comme un pauvre homme peut m’aimer,

Doit m’aimer.

Et que saint Louis au contraire m’aime trente fois plus qu’ordinairement. » (p. 723)

«Voilà comment le saint parle au pécheur

Pour son salut. Jésus même

N’a jamais été plus tendre aux pécheur…/…

Les pharisiens trouvent toujours les autres indignes et tout le monde indigne.

Mais moi qui ne vaux peut être pas ces hommes de bien, dit Dieu

Je suis moins difficile, je trouve

Que ce Joinville est un homme et que c’est saint Louis qui a trente fois vaincu,

Trente fois surmonté, trente fois remonté, trente fois surpassé la nature de l’homme.

Je trouve que ce Joinville est commun, que c’est un bon chrétien, un bon pécheur de l’espèce commune.

Et que c’est ce saint Louis au contraire qui est trente fois hors du commun, trente fois saint, trente fois hors de l’espèce ordinaire. » (p. 734-735)

  1. 2. Saint Louis le « Rex pacificus » (Boniface VIII) (Le Goff p. 644 et ss)

« Cette descente des valeurs du Ciel sur la terre », cette « collaboration de la terre avec le Ciel dans la conduite des affaires du monde », explique Jacques Le Goff (p. 649) se réalise en particulier dans la mise œuvre de la Paix. Louis IX, l’ « apaiseur » va offrir à la France le bienfait d’une longue période de paix (du retour de la croisade en 1254 jusqu’à sa mort en 1270) au cours de laquelle un développement économique pourra s’inscrire.

« Cher fils, je t’enseigne que les guerres et les luttes qui seront en ta terre ou entre les hommes, que tu te donnes la peine, autant que tu le pourras, de les apaiser, car c’est une chose qui plaît beaucoup à Notre Seigneur. » (Enseignements à son fils, Le Goff p. 648)

« Quand il oyait dire qu’il y avait guerre entre de nobles hommes hors de son royaume, il leur envoyait des messages solennels pour les apaiser, et non sans grandes dépenses… Et ainsi il apparaît qu’il n’entendait pas seulement former en bien son prochain mais encore le réformer en bien. » (Guillaume de Saint-Pathus, vie de saint Louis. Le Goff p. 648)

  1. 3. La justice. Une paix fondée sur la justice car seule la paix fondée sur la justice peut durer. «  C’est sans doute cela le secret de Saint Louis : ne pas séparer le politique de l’éthique » concluait Jacques Le Goff (p. 704).

« La justice et la paix vont ensemble et il a si bien siégé dans la justice que son royaume a reposé dans la paix. » (Boniface VIII dans Le Goff p. 647)

« Combien grande fut sa justice, cela apparut manifestement non seulement par des exemples mais on pouvait le toucher du doigt. Il s’asseyait presque continûment par terre sur un tapis pour entendre des causes judiciaires, surtout celles des pauvres et des orphelins et il leur faisait rendre complètement justice. » (Boniface VIII, sermon d’Orvieto. Dans Le Goff p. 645)

Joinville nous rapporte qu’au retour de la croisade en 1254, le franciscain Hugues de Digne l’impressionne par un sermon sur la justice : « il n’avait jamais vu ni au livre des croyants ni aux livres des mécréants, que nul royaume ou nulle seigneurie fût jamais perdue, ou passée d’une seigneurie à une autre, ou d’un roi à un autre, excepté par défaut de justice. » « Or que le roi prenne garde, fit-il, puisqu’il s’en va en France, à faire si bien justice à son peuple qu’il en conserve l’amour de Dieu, de telle manière que Dieu ne lui ôte le royaume de France avec la vie. » (Le Goff p. 645)

C’est aussi l’enseignement qu’il donne à son fils : «  s’il advient que tu deviennes roi, prends soin d’avoir les qualités qui appartiennent aux rois, c’est à dire que tu sois si juste que, quoiqu’il arrive, tu ne t’écartes jamais de la justice. » Dans tous les cas, même là où on lui reprochera sa sévérité, « il s’agit pour lui de montrer que la justice est la même pour tous et que les puissants seigneurs n’y échappent pas. » (Le Goff p. 646) « La justice royale de Saint Louis n’est plus une justice différente selon le rang. » (p. 647)

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Messe pour la Paix aux Invalides - 12 janvier 2014

mitre-crosseHomélie de la Messe pour la Paix du 12 janvier 2014

Dans un monde aux apparences civilisées et humanisées, un esprit sauvage se rallume : ici en Syrie, là en Centrafrique. Aujourd’hui en Irak, demain là où monte la virulence des mots avant que naisse la violence des actes. Il y a urgence : le monde brûle encore.

1. Le monde en souffrance. Sous nos yeux, les ténèbres pénètrent l’espace de la lumière. Sans cesse, des peuples, des clans, des régions se laissent toucher par une idée terrible que je formule...

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Lettre de Noël de l’évêque aux armées

mgr-luc-ravel-treillisChers soldats, solidaires dans la mission, camarades dans le courage,

Tout ne va pas si mal… puisque vous existez, audacieux et vivants.

Seuls les morts sont morts. Il n’y a pas d’état intermédiaire : le goût des cinéastes pour les zombies, les morts-vivants, condamne ceux qui y croient. Il ouvre une fausse piste, celle de la résignation, du découragement ou de la démission. Le zombie vit en n’étant plus vraiment un homme : il travaille sans enthousiasme, meurt sans amour, sert sans lendemain. Fuyons un tel modèle.

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Homélie pour la messe des ailes brisées

 

Invalides 19 octobre 2013

 

La foi, moyen de quitter l’horizontalité de la terre et de prendre son envol dans le Ciel de notre âme. Voilà ce que nous avions médité l’année dernière. Avançons sur ce thème de la foi.

 

« Non pas en accomplissant la loi mais en devenant des justes par la foi. » (Rm) Saint Paul brise le tabou de la loi : il n’abolit pas la loi et les lois mais il en casse le totalitarisme, il en réduit l’influence, il la recadre dans son domaine et il ré-ouvre d’autres espaces, celui de la foi où l’homme trouve effectivement sa liberté.

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Homélie pour la messe de fondation des Invalides du 22 septembre 2013

mitre-crosseMonseigneur Luc Ravel

La mémoire de la France

« Depuis sa création, en 1674, l’hôtel des Invalides n’a jamais failli à ses missions. Eglise, hôpital, musée, panthéon des gloires militaires, il a pourtant été malmené par l’Histoire qui l’a menacé de disparition à plusieurs reprises. » (« Les grandes heures des Invalides », Anne Muratori-Philip, p. 11) Bousculé mais jamais anéanti, telle la branche de l’arbre sur laquelle on est assis et qu’au dernier moment le bon sens nous empêche de scier. Contre les idées appauvries, négligentes des symboles, il y eut toujours des hommes pour rappeler la vocation remarquable de cette « petite ville » dans la grande Capitale. Le rappel opportun de sa vocation lui a permis d’arriver jusqu’à nous, intacte, splendide et surtout vivante. Les pierres, les objets et les hommes y gardent et y chantent encore  la mémoire de la France sous l’œil complice du Ciel.

Car les Invalides forment tout à la fois le « disque dur » et la « mémoire vive » de notre Nation : qui y passe y puise les trésors du passé, qui y vit augmente la beauté de son présent. Par le passé et par le présent, tout parle ici du courage et de l’honneur.

1. Le Musée de l’armée : la mémoire exposée

« Chaque génération a déposé, comme les alluvions de l’Histoire, tous les sédiments du courage. » (Maurice Druon préface p. II in Muratori) « Le musée de l’armée constitue la plus étonnante, la plus fascinante, la plus lumineuse leçon d’histoire. » (Druon ibid p. III) Ici se porte la Mémoire de la France. Cette Mémoire de la France, souvent oubliée dans nos archives, se propose aux regards en ces lieux pour rafraîchir la nôtre. Dans ces pierres vibrantes encore de nos sonneries aux morts, des plaques, des vitrines et des tombes concentrent nos esprits sur un passé dont personne n’oublie l’actualité.

Car ce musée enregistre notre Histoire en continu : il commence et il s’achève à ciel ouvert, dans la cour d’honneur. Une mystérieuse transformation se réalise sur les pavés inégaux : ici, nos faits d’armes et nos héros français, s’intègrent à notre histoire nationale. Etrange transmutation d’une « petite » histoire personnelle en une pierre ciselée, jamais oubliée, de la grande Histoire de France.

Pensons à nos morts récents, d’Afghanistan et du Mali mais aussi à ce 2 novembre 1983 et aux  58 cercueils du Drakkar, alignés sur les pavés de la cour : «… cet hôtel où le France accueille ceux qui ont survécu dans l’honneur et ceux qui sont morts dans la gloire. » (ibid Druon IV)

2. L’Hôpital de l’institution : la mémoire respectée

Car il y a ceux qui ont survécu dans l’honneur. Nos chers Invalides d’hier, nos pensionnaires d’aujourd’hui. « Je crois que c’est le lieu le plus respectable de la terre. » écrivait Montesquieu dans une des lettres persanes (p 51).  Il se combine à l’INI la tendresse délicate et le courage formidable.

Le 23 avril 1791, l’abbé Maury dans son plaidoyer devant la convention pour la sauvegarde des Invalides défendait ainsi cet hôtel :  « Tout me persuade que je ne me suis point trompé, en regardant ce monument comme l’honneur de mon pays… Le citoyen qui a perdu ses membres au service de la patrie doit appartenir à la nation tout entière. » (p.158) On voulait fermer l’Institution et répartir les invalides dans 83 hôpitaux de province. Mais les blessés de nos guerres appartiennent à la nation comme nos morts au champ d’honneur appartiennent à ce champ d’honneur. Un même principe guide nos attentions à leurs égards : tous ceux qui ont combattu pour la  France, ceux qui sont morts, ceux qui ont survécu, blessés dans leur chair ou leur esprit, ceux qui luttent encore pour elle sont tous sous la responsabilité directe de la Nation. Elle ne peut déléguer ce droit et ce devoir. Déroger à ce principe politique serait mentir à nos soldats et, par eux, à toute la Cité. Le « Souvenir Français » veillent à nos cimetières, l’institution des Invalides  sur nos pensionnaires.

3. L’Eglise des soldats : la mémoire consacrée

Au-dessus de ces quadrilatères parfaits, s’élève une coupole, élégante le jour, fascinante la nuit. Au centre géométrique de l’espace, l’église des soldats occupe un côté de la cour d’honneur. Rien n’est dû au hasard. L’homme blessé, honoré par les hommes, y vénère son Dieu. Et la grande Mémoire de la France trouve là son apogée.

« Quelle beauté dans cette cour, qui n’est pourtant qu’un cloître militaire où l’art a mêlé les idées guerrières aux idées religieuses… Pénétrez plus avant, le bruit s’affaiblit par degrés, et va se perdre à l’église, où règne un profond silence…», ainsi se souvient Chateaubriand dans son « Génie du Christianisme ».

En lui remettant les clefs du dôme qu’il venait d’achever, Jules Hardouin-Mansart disait à Louis XIV « Ce superbe monument de votre religion marquera à la postérité la plus reculée la grandeur de votre règne. ». Cette expression de l’architecte est rappelée par Maurice Druon. Elle peut nous surprendre en ces périodes où la laïcité oscille sur elle-même pour trouver son équilibre. Un « monument de votre religion » scintille donc au cœur de Paris : il rend à l’éternité la mémoire du temps. Il sculpte la mémoire du cœur avec des élancements divins. C’est ainsi qu’il fut pensé et c’est ainsi qu’il survivra.

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Homélie du 25 août 2013 Au Grand pardon de sainte Anne la Palud

Centenaire du couronnement de la statue de sainte Anne

Monseigneur Luc Ravel, évêque aux armées

La foi d’avant le Christ

Tous se posent aujourd’hui la question de la foi : les catholiques pratiquants, en connexion avec l’année de la foi ; les chercheurs de Dieu, bousculés par une douleur ou une douceur ; les opposés à la religion, recroquevillés sur leur conviction que la foi est source d’intolérance etc. Je ne sais pas si Dieu attire mais ce dont je suis sûr c’est que la religion interpelle, ne serait-ce qu’à travers des histoires de voiles, de prières et de signes ostensibles. Nous-mêmes sommes appelés à fonder à nouveau notre foi pour la répandre comme une joie : cet approfondissement et ce partage s’appellent « nouvelle évangélisation ».

Alors posons-nous en face de sainte Anne et de saint Joachim, les parents de la Vierge, la question suivante : avaient-ils la foi, eux qui précédaient Jésus ? Ils ne l’ont probablement jamais vu, en tous cas l’évangile ne parle pas d’eux. L’occasion nous est donnée de reprendre conscience de l’existence voire de la nécessité de ce que nous pourrions appeler « la foi avant le Christ », la foi préchrétienne : elle a touché des millions d’hommes avant Lui et elle en touche encore des millions après Lui. Elle forme le socle de notre foi chrétienne.

L’Evangile du jour nous indique déjà cette foi d’avant le Christ : il oppose ceux qui n’ont pas vu mais qui ont souhaité voir, les prophètes et les justes, à ceux qui ont vu de leurs yeux et qui ne se rendent pas compte de leur bonheur : « quant à vous heureux vos yeux parce qu’ils voient, vos oreilles parce qu’elles entendent » (Mt 13, 16)

Anne, Joachim font partie de cette immense lignée dont nous parle la lettre aux hébreux citant Abel, Hénoch, Noé, Abraham, Isaac, Jacob, Moïse jusqu’à Samuel et les prophètes. Cette vaste filière humaine vient tout doucement s’achever en Sainte Anne comme la marée ou la vague finissent leur course sur le bord de la plage. A ce moment là elle rebondit d’une manière formidable dans la Vierge Marie. Si nous ne voyons pas Sainte Anne dans les évangiles, nous y lisons la présence de ces justes croyants tels la prophétesse Anne, qui porte le même nom ou le vieillard Siméon, « homme juste et pieux. »

Le pape François, dans sa première encyclique (à quatre mains !), aborde à frais nouveaux toutes ces questions. Avec lui, nous pouvons réfléchir à cette foi d’avant le Christ à laquelle participe sainte Anne, ultime maillon de la chaîne des croyants qui précèdent son petit-fils : « La foi nous ouvre le chemin et accompagne nos pas dans l’histoire. C’est pourquoi, si nous voulons comprendre ce qu’est la foi, nous devons raconter son parcours, la route des hommes croyants.(Lumen fidei 8) »

2. Abraham : la personne, l’appel, la promesse et la vie

Quatre traits émergent du parcours d’Abraham pour ne prendre que lui :

a. Tout se concentre sur la personne ce qui est une nouveauté par rapport aux religions primitives où la nature occupe une place première : « Une place particulière revient à Abraham, notre père dans la foi. Dans sa vie se produit un fait bouleversant : Dieu lui adresse la Parole… De cette façon la foi prend un caractère personnel. Dieu se trouve être ainsi non le Dieu d’un lieu, et pas même le Dieu lié à un temps sacré spécifique, mais le Dieu d’une personne, précisément le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, capable d’entrer en contact avec l’homme et d’établir une alliance avec lui. La foi est la réponse à une Parole qui interpelle personnellement, à un Toi qui nous appelle par notre nom. (§8)» Je me rappelle ma première expérience d’Afrique noire en Tanzanie où nous allions installer noter première communauté. Sur le terrain donné, l’évêque et les gens du village nous avaient bien recommandé de ne pas touché à un immenses acacias, un arbre sacré des barbaïcs, la tribu du lieu encore majoritairement animiste. Interrogeons-nous. Si je m’intéresse davantage aux choses qu’aux êtres humains, si je bafoue ou néglige la personne humaine à commencer par celle que je suis, ne vais-je pas ruiner la réalité de ma foi ? La piété la plus vive ne remplace jamais le manque d’attention à la personne concrète.

Mais le pape poursuit : « Cette Parole dite à Abraham est un appel et une promesse.(§9) »

b. Abraham, en terre lointaine, entend un appel : « (cette parole) est avant tout appel à sortir de sa propre terre, invitation à s’ouvrir à une vie nouvelle, commencement d’un exode qui le conduit vers un avenir insoupçonné. La vision que la foi donnera à Abraham sera toujours jointe à ce pas en avant à accomplir. La foi « voit » dans la mesure où Abraham marche, où il entre dans l’espace ouvert par la Parole de Dieu. (§9) » Comme la dynamo de nos vélos ne produit du courant que lorsque nous pédalons ! Marche, nous répète le pape François depuis le début de son pontificat. Bouge-toi : si tu ne cherches pas à changer, l’évangile se meurt en toi. La foi n’est lumière et vision que si tu avances, que si tu progresses. Comment progresser ? Voilà la bonne question à poser à son recteur ou à son évêque ! Car si, au plan spirituel, rien ne bouge dans nos vies, c’est que notre foi en état de survie. Si aujourd’hui je suis comme hier, à quoi bon vivre ? Si, désespéré ou fatigué de croire, je reste assis au bord du chemin, à quoi bon avoir pris la route ?

c. Abraham part sur un promesse : « Cette parole contient en outre une promesse : ta descendance sera nombreuse, tu seras le père d’un grand peuple. (Cette) mémoire ne fixe pas dans le passé mais, étant mémoire d’une promesse, elle devient capable d’ouvrir vers l’avenir, d’éclairer les pas au long de la route. On voit ainsi comment la foi, en tant que mémoire de l’avenir, memoria futuri, est étroitement liée à l’espérance. (§9) » L’expression étonnante doit nous suivre : au-delà de mes propres souvenirs, venant d’une époque passée, je garde en mon cœur de croyant le souvenir d’une promesse, comme si je me souvenais de mon avenir ! La foi ne vit pas en moi sans l’attente d’une terre mystérieuse, vers laquelle Dieu me guide. Si je n’attends rien de Dieu, ma foi s’est transformée en conviction morale ou politique : elle n’a plus rien à voir avec celle d’Abraham, le père des croyants. Car la foi marche toujours avec l’espérance d’une terre nouvelle et d’un ciel nouveau. Garder la promesse vive, c’est avoir la mémoire de l’avenir !

Mais cette terre, quelle est-elle ? L’espérance, que porte la foi et qui lui donne son élan, éloigne-t-elle de la vie sur terre par l’attente obsessionnelle du Paradis éternel ? L’Espérance que le monde attend de nous, l’espérance collée à la foi, l’espérance qui nous accroche à Abraham et à l’immense lignée des croyants, cette espérance ne vise pas un paradis artificiel fait de plages blanches, de touffes de cocotiers et de lagons turquoises. Le Ciel, ce n’est pas la tranquillité. Le Ciel éternel, ce n’est pas la tranquillité éternelle : « Je passerai mon Ciel à faire du bien sur la terre » disait Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Le Ciel sur terre, ce n’est pas la tranquillité terrestre où l’on me fiche la paix, où je me repose sans souci ni stress. Non.

d. Abraham s’associe à la vie : « Dieu associe sa promesse à ce « lieu » où l’existence de l’homme se montre depuis toujours prometteuse : la paternité, la génération d’une vie nouvelle - « Ta femme Sara te donnera un fils, tu l’appelleras Isaac » (Gn 17, 19). Ce Dieu qui demande à Abraham de lui faire totalement confiance se révèle comme la source dont provient toute vie. De cette façon, la foi se rattache à la Paternité de Dieu de laquelle jaillit la création. (§ 11) » Le croyant est un amoureux de la vie. Aimer la vie ne nous retourne pas sur nous mêmes au sens de « profite de la vie, éclate-toi ». Aimer la vie jusqu’à la transmettre : la paternité ou la maternité prennent plusieurs formes : la forme physique en donnant naissance à un enfant mais aussi des formes plus spirituelles par l’éducation, l’accompagnement. Notre espérance nous emporte vers un monde où on aime la vie, où elle déborde de l’homme sur l’homme par un élan d’amour, sans crainte d’être menacés par la famine. Le Ciel n’est autre qu’une vie éternelle, où l’homme s’active dans l’amour à partager les fruits de la terre et ceux du Ciel.

L’homme croyant se trouve confirmé dans sa vie et confirme les autres dans leur existence : « Pour Abraham la foi en Dieu éclaire les racines les plus profondes de son être, lui permet de reconnaître la source de bonté qui est à l’origine de toutes choses, et de confirmer que sa vie ne procède pas du néant ou du hasard, mais d’un appel et d’un amour personnels. (§ 11) »

Avec Abraham, avec Moïse et avec sainte Anne, sans même encore parler du Christ, nous pouvons déjà vérifier notre foi, son existence et sa vitalité. Certains font des bilans de compétence ou des bilans de santé : avec nos pères et nos mères dans la foi, avec le pape François, faisons un bilan de foi.

Les saints ne manqueront pas de nous y aider par leur prière et leur exemple.

Sainte Anne priez pour nous.

 

Homélie pour les vêpres du 25 août 2013

A Sainte Anne la Palud

Nous avons entendu que la foi était liée à l’Espérance. Maintenant l’évangile du bon samaritain guide maintenant nos pensées et notre prière. Appelons la grâce pour qu’il forme aussi notre vie et nos actes. Cette parabole nous invite à poursuivre notre réflexion sur la foi à partir de deux considérations.

1. La première : ce prochain, celui qui fait du bien à l’homme blessé au bord du chemin, celui que nous devons aimer parce qu’il nous a fait du bien en nous sauvant, nous devons l’aimer. Or notre foi nous pousse à une lucidité nouvelle et un lieu nouveau où porter notre amour : le Christ nous sauve et nous guérit, nous avons à l’aimer comme notre prochain : « La foi chrétienne est centrée sur le Christ, elle est confession que Jésus est le Seigneur et que Dieu l’a ressuscité des morts (cf. Rm 10, 9). … L’histoire de Jésus est la pleine manifestation de la fiabilité de Dieu. … Désormais la vie de Jésus apparaît comme le lieu de l’intervention définitive de Dieu, la manifestation suprême de son amour pour nous. (Lumen Fidei § 15) »

Nous ne pouvons pas faire une lecture simplement horizontale de l’évangile du bon samaritain : en expliquant qui est le prochain, l’objet d’un commandement d’amour, Jésus entend d’abord tourner le regard vers Lui, qui est le bon samaritain de tout homme et, à ce titre, LE prochain par excellence que nous devons aimer.

Interrogeons-nous : Ce Jésus-Christ auquel je crois, est-il un de ce ceux que j’aime ? Un de ceux vers qui je me tourne avec amour pour lui dire ma joie qu’il existe, pour lui dire ma disponibilité : « me voici, Seigneur, parle ton serviteur écoute » ? Est-ce que je prends du temps pour le prier, pour le contempler sur la croix, dans son eucharistie ?

2. La seconde : notre foi dont nous avons appris avec Abraham qu’elle était liée à l’Espérance, est aussi inséparable de l’amour en acte. Elle ne croit pas simplement que Dieu existe et qu’Il est formidable. La foi nous fait croire à un Dieu d’amour, qui nous aime et nous pousse à aimer : « La foi chrétienne est donc foi dans le plein Amour, dans son pouvoir efficace, dans sa capacité de transformer le monde et d’illuminer le temps... La foi saisit, dans l’amour de Dieu manifesté en Jésus, le fondement sur lequel s’appuient la réalité et sa destination ultime. (Lumen Fidei § 15) »

C’est là un point essentiel quand nous parlons de la lumière de la foi, quand nous expliquons à nos proches ou à nos contradicteurs que la foi est une connaissance. Rajoutons immédiatement : la foi n’est pas une science qu’on apprend à l’université, une méthode rigoureuse ou une somme de connaissances précises. La foi loge dans le cœur, elle est un amour qui connaît : « Il est nécessaire de réfléchir sur le type de connaissance propre à la foi. Une expression de saint Paul peut y aider, quand il affirme : « croire dans le cœur » (cf. Rm 10, 10). Le cœur, dans la Bible, est le centre de l’homme, le lieu où s’entrecroisent toutes ses dimensions : le corps et l’esprit ; l’intériorité de la personne et son ouverture au monde et aux autres ; l’intellect, le vouloir, l’affectivité. ... La foi transforme la personne toute entière, dans la mesure où elle s’ouvre à l’amour. C’est dans cet entrecroisement de la foi avec l’amour que l’on comprend la forme de connaissance propre à la foi, sa force de conviction, sa capacité d’éclairer nos pas. La foi connaît dans la mesure où elle est liée à l’amour, dans la mesure où l’amour même porte une lumière. (Lumen Fidei § 26) »

Interrogeons-nous : suis-je un homme qui connaît avec les yeux de l’amour ? Suis-je de ceux qui aiment avec les yeux de la foi ? Si ma foi est aujourd’hui instable et pleine de doutes ne serait-ce pas simplement parce que j’aurais oublié d’aimer ?

Oui, seul l’amour couronne tout.

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Catéchèse à Lalouvesc 24 juillet 2013 pour les JMJ

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« Je crois en Dieu le Père Créateur » 

Cette catéchèse vise bien sûr à une meilleure « entente » de la foi. Mais elle se veut aussi une pédagogie pour la mission, le partage de cette foi « entendue », et une réponse au doute moderne sur la bonté de ma personne. J’ai un prix inestimable non parce que je me pose en prince ou en star. Non parce que les autres m’admirent et cautionnent mon ego démesuré mais parce que Dieu existe comme ...

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Homélie pour la messe internationale du 55ème PMI

messe-internationaleDimanche 26 mai 2013

La fête de la sainte Trinité nous appelle à un élan de foi. Seule la foi découvre ce mystère des Trois Personnes en un seul Dieu. Qu’il est beau de croire ainsi ! En cette année de la foi, l’Eglise contemple à nouveau la porte de la foi. La nouvelle évangélisation nous invite à la franchir et à la faire franchir. Evangéliser, c’est proposer d’habiter la demeure de la foi. Le Christ nous donne « par la foi, l’accès au monde de la grâce » (Rm 5, 3), disait saint Paul....

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Saint du Jour

Nominis

3 août 2020

Tous les saints du jour Nominis
  • Sainte Lydie - Commerçante en pourpre convertie par Saint Paul (I siècle)
    Elle venait de la Grèce d'Asie et s'était installée à Philippes, port de la mer Egée pour son commerce de tissu et de pourpre. C'est là qu'elle rencontra saint Paul et saint Luc (Actes des Apôtres 16. 11). Ils vinrent habiter chez elle "Si vous voulez bien me considérer comme une servante de Dieu, descendez chez moi."Les Églises d'Orient fêtent cette païenne qui professait la foi juive et qui fut convertie au Christ par saint Paul lors de son passage à Philippes en Macédoine. Elle l'accueillit avec ses compagnons Silas et Luc (Actes 16. 11 à 15). Elle dut mourir vers 50-55, puisque Paul écrivant aux chrétiens de Philippes ne la mentionne pas dans sa lettre.Au 20 mai, commémoraison de sainte Lydie, la marchande de pourpre de Thyatire, qui, à Philippes de Macédoine, fut la première dans cette ville à croire à l'Évangile, après la prédication de l'Apôtre saint Paul.
  • Sainte Salomé la Myrophore - épouse de Zébédée et mère des apôtres Jacques et Jean (I siècle)
    Epouse de Zébédée, un des patrons pêcheurs de Bethsaïde, mère des apôtres Jacques et Jean, elle était de celles «qui suivaient Jésus et le servaient». Elle avait mis en avant ses deux fils pour qu'ils soient de chaque côté du Messie (Matthieu 20. 17 à 28) aux meilleures places dans le Royaume. Au jour de la Passion, elle était au pied de la Croix. Elle fut aussi de celles qui achetèrent des aromates pour embaumer le corps du Christ et qui le dimanche matin de Pâques trouvèrent le tombeau vide. Elle cherchait peut-être la meilleure place pour ses enfants, quelle mère n'en ferait pas autant? mais elle sut aussi venir à l'aube du matin de Pâques, alors que ses enfants n'y étaient point, et c'était pour Jésus. Illustration: Les Saintes Femmes (les Myrophores) se rendent au Sépulcre pour embaumer le corps du Christ - Abbaye Saint-Pierre de Mozat ou Mozac (Auvergne)Le culte des Saintes Maries Jacobé et Salomé est confirmé, en Provence, entre autres témoignages, par le concours de nombreux fidèles en l'église des Saintes Maries de la Mer, où des grâces abondantes ont été obtenues par leur patronage.Elles furent parmi les femmes qui accompagnaient Jésus au cours de sa vie apostolique et lui venaient en aide par leurs biens matériels.Marie Jacobé était mère de Jacques le Mineur, de José et peut-être de Simon le Zélote et de Jude.Salomé était mère de Jean et de Jacques le Majeur.Fidèles, avec Marie et Marie-Madeleine, au temps de la Passion, elles vinrent au sépulcre, le matin de Pâques, où un ange leur déclara que Jésus est vivant. Elles furent ainsi les premiers témoins de la Résurrection. (source: Les Saints du diocèse de Nîmes)