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L'Eglise et l'arme nucléaire - Réflexions de Mgr Antoine de Romanet

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La Vie des Diocèses - émission de KTO du 24 juin 2019

Homélie - Ordination diaconale de Henry Hyvernat

Samedi 20 juin 2015

Le diacre aux armées

Il n’y a qu’un sacrement de l’ordre : pour le dire selon une métaphore, un seul plant de vigne. Mais il donne des vins différents selon le terroir où il est planté. Le terroir, c’est le diocèse où notre diacre se trouve incardiné.

Et ainsi être diacre aux armées, par l’appel et la grâce, ce n’est pas tout à fait être diacre comme ailleurs. Ailleurs, surabondent de magnifiques services. Quelle grâce de servir dans les hôpitaux, les prisons, les paroisses ! Quelle grâce de servir au plus près de la vie professionnelle, au plus proche de la vie associative, au plus précis de la vie liturgique !

A côté de tous ces ministères diaconaux, il y a celui dans l’aumônerie militaire. Devenir diacre aux armées, par la réponse à l’appel et l’accueil de la grâce, c’est entrer dans un service particulier, extrêmement singulier. C’est accepter d’être doublement différent parce qu’on est diacre, et qu’on quitte l’état de laïc, et parce qu’on est aumônier militaire, militaire avec les militaires, au service de ceux qui peinent, frère de ceux qui combattent, soutien de ceux qui meurent pour la Patrie.

Avant d’essayer d’en distinguer la spécificité, notons son importance, peut-être même son urgence. Car nous sommes entrés en guerre. Que nous le voulions ou non, que nous ne sachions le voir ou non, nous sommes en guerre : des adversaires nous ont déclaré la guerre. Avec une belle régularité, le pape François évoque « cette troisième guerre mondiale combattue par morceaux », ce « climat de guerre » d’autant plus préoccupant que l’énervement psychologique se joint à de puissants réarmements militaires. Des esprits belliqueux se font jour pour des motifs idéologiques ou des raisons religieuses ;  des situations de pauvretés et d’inégalités sociales croissent : ce mélange forme le décor très favorable à une explosion majeure, si tant est que la mèche n’en soit pas déjà allumée. Dans ce climat international, le diacre aux armées sera absolument celui qui sert les serviteurs de la nation, celui qui incarne, auprès des soldats en armes, cet Esprit de Dieu en forme de service.

Prions pour la Paix car nous ne nous préparons pas à des lendemains qui chantent.

Quels traits peuvent nous aider à tracer le portrait-robot du diacre aux armées ?

Plus que les autres, il doit d’abord bannir tout cléricalisme de sa vie et de sa tête. En toutes missions, le cléricalisme est haïssable. Il consiste à se faire servir pour le seul motif qu’on est serviteur de Dieu ! Malheureusement ce n’est pas là un paradoxe théorique : il se trouve que le cléricalisme est le cancer du diacre et du prêtre et que c’est une maladie répandue. Elle s’empare de nous sans qu’on y prenne garde…

Je ne sais si le cléricalisme est plus supportable dans des paroisses où le niveau social autorise cet embourgeoisement des clercs. Je laisse cette question ouverte. Mais aux armées, l’aumônier n’a aucune marge de manœuvre : parce qu’il est aumônier militaire, il est l’égal de celui à qui il parle, du caporal au général. Jamais au-dessus, jamais au-dessous. Et parce qu’il est diacre, ce rapport d’égalité doit être vécu comme une relation de service : « en quoi, comment et où puis-je t’être utile ? » doit-il demander à son interlocuteur. Et s’il ne le lui dit pas, il doit le penser. Avec l’habitude et l’affinement de son sens pastoral, il n’aura même plus besoin de poser la question. Dieu lui montrera le service précis qu’il a à rendre à l’homme en face de lui.

Moins que les autres, il doit croire que son service serait purement « spirituel », hors du champ de la matière. Au milieu de gens qui peinent physiquement et psychiquement, il sent lui aussi le poids du jour, la fatigue physique et psychique. Parce qu’il est diacre comme le Christ, il sent ses reins douloureux, ses pieds à vif, ses yeux usés et lourds de sommeil ; il porte sur son visage les plis laissés par le sable du désert. Le tablier du serviteur prend pour lui la forme du treillis avant celle de la dalmatique. Aux armées, il ne peut porter celle-là qu’à la condition d’avoir porté celui-ci. On n’écoute sa parole au service de la Parole de Dieu qu’après l’avoir vu à la popote, à la cuisine, à la distribution du courrier, à la marche. Son service sacramentel ne commence pas à sa table de travail devant des livres. Il commence en préparant le café et en poussant la serpillère. C’est là qu’il s’achève aussi. Le Christ ressuscité apparaissant au bord du lac prépare lui-même le petit déjeuner à ses disciples. La scène est bien douce, encore faut-il la voir dans ses aspects concrets : Jésus fait cuire sur la roche le poisson. On n’a jamais vu un saint cesser un jour le service concret pour ne pas salir ses mains de diacre ou de prêtre. C’est au milieu de ce cycle du service concret que le diacre aux armées, après avoir prié, lit et médite la Parole de Dieu. C’est seulement à ce moment-là qu’il se met à prêcher, à marier, à baptiser, à enseigner.

Regardons avec prudence les clercs aux mains propres mais au cœur dur. Car il n’y a que la fatigue du service concret qui attendrisse durablement le cœur.

Autant que les autres hommes, aussi longtemps qu’eux, il apprend à être et devenir ainsi un homme. Le père Brottier affirmait : « Devenir des hommes, tel est notre idéal. C’est si nécessaire et si difficile à la fois… Ne soyez pas de ces ombres d’hommes qui vont devant eux au hasard de la route, poussés par on ne sait quel destin mystérieux… » Le diacre aux armées se souvient que notre Seigneur a passé les trente premières années de sa vie discrètement. Trente années de vie cachée précèdent sa vie publique. Trente années certainement de services très humbles et très ignorés des puissants de ce monde. Nous y trouvons notre modèle. Notre service est pénétré de cette vie cachée. Il est enveloppé de ces longues plages de silence, de prière discrète dans ces chapelles de fortune, aux confins du désert. Tel Moïse priant sur la montagne tandis que le peuple combat dans la vallée, ainsi le diacre aux armées prie dans son cœur alors que les hommes s’agitent et combattent autour de lui…

C’est ce diacre aux armées, cet homme en oraison, dans ces paysages abrutis de chaleur, qui est  le serviteur de nos armées. Le diacre aux armées porte en lui le cœur d’un moine avec le courage du soldat.

+ Luc Ravel

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Messe de l’initiation chrétienne du 57ème PMI

Mgr Luc Ravel 57 pmi 15 05 2015Samedi 16 mai 2015

 

Depuis quelques temps déjà, me trotte dans la tête et le cœur la conviction suivante : nous donnons l’impression que notre religion est compliquée. Que seuls les sages et les savants peuvent croire et pratiquer. Que seuls les gens très formés peuvent parler de Dieu. Ainsi dans nos armées, nous voyons une proportion d’officiers pratiquants plus importante que celle des sous-officiers, plus importante que celle des militaires du rang ou des matelots. Comme si la religion chrétienne était réservée à un certain degré hiérarchique, au moins dans sa pratique.

C’est là un constat. Mais un constat douloureux parce qu’il s’oppose à la volonté du Christ : « je ne suis pas venu pour les bien-portants mais pour les malades. » Et encore : « Je te bénis, Père, d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux tout-petits. » (Luc 10,21) Dans notre Evangile de ce jour, il ajoute : « Si quelqu’un a soif qu’il vienne à moi » comme pour nous dire qu’il n’y a pas d’autre condition pour devenir chrétien que d’avoir soif de lui !

Profitant de ces baptêmes et de ces confirmations, je veux faire une catéchèse très simple sur « le mystère ».

1.La fausse idée du mystère comme énigme.

Une mauvaise compréhension du mystère nous a conduit à cette crise dans l’Eglise. Oui, il y a des « mystères » dans l’Eglise mais ce n’est pas pour autant qu’ils doivent détourner les simples du Christ. On les a vu comme une devinette à résoudre. Une énigme à déchiffrer. Un grave problème philosophique à résoudre. Du coup, il fallait s’attaquer au mystère avec son intelligence. A défaut de le comprendre tout entier, au moins fallait-il en avoir une intelligence suffisante pour ne pas être un croyant crasseux ; Ainsi les conférences, les lectures et les cercles de réflexion sont apparus comme les points de passage obligés pour être un bon chrétien. Ainsi faisant, l’Evangile s’est éloigné des petits, des simples, du tout-venant pour lesquels il est fait.

Vraiment une grave erreur s’est introduite dans nos mentalités : le meilleur chrétien semblait être le plus savant en matière religieuse. Bref, on a confondu la foi et la théologie, le cœur et l’intelligence, la sainteté et la rationalité.

Pourtant les exemples ne manquent pas de simples plus chrétiens que les autres. Comment ne pas évoquer ici Sainte Geneviève ou Sainte Jeanne d’Arc ? Henri Brémond rapporte l’histoire de cette sœur qui parcourrait les campagnes pour catéchiser et évangéliser les jeunes filles. Un jour, elle rencontre une petite bergère occupée à ses moutons. Elle s’en approche, la salue et lui demande :

« Connais-tu le Notre Père ? » La jeune bergère lui répond : « Oh ! ma sœur, j’ai bien du mal avec le Notre Père. » Croyant avoir à faire à une personne ignorante, la sœur s’apprête à lui enseigner le Notre Père, comme Jésus l’avait fait avec ses disciples. A peine a-t-elle commencé, que la jeune fille l’interrompt : « Ma sœur, je sais les paroles, mais quand je commence et que je dis « Notre Père qui est aux Cieux », et que je réalise qu’au Ciel nous avons un Père qui nous aime tant, je me mets à pleurer et je ne peux pas aller plus loin. » La sœur est vite repartie en rendant grâce au Seigneur d’avoir éclairé les simples plus que les savants.

2.Qu’est-ce qu’un mystère ? Le vrai visage du mystère.

Prenons d’abord quelques images :

Si le mystère est un océan infini, l’intelligence veut le mesurer mais la foi cherche à naviguer dessus ou dessous. Le croyant devient alors un marin de Dieu.

Si le mystère est une forêt immense, l’intelligence veut dénombrer les arbres mais la foi cherche à y pénétrer. Le croyant devient alors un terrien de la vie, un marcheur de Dieu.

Si le mystère est un ciel cosmique, l’intelligence veut compter les étoiles mais la foi cherche à voler dans l’azur. Le croyant devient alors un aviateur de Dieu.

Si le mystère est un plat extraordinaire : l’intelligence veut en connaître la composition chimique mais la foi cherche à le manger. Le croyant devient alors un gourmet de Dieu.

Ou encore, si le mystère est une source, pour rejoindre l’image de notre Evangile, l’intelligence veut analyser son eau tandis que le croyant s’approche tout simplement pour boire. La différence entre le croyant et le savant, c’est la soif. Le savant n’a pas soif du mystère, il s’en approche comme un homme repu et il admire la source ou il l’ignore. Tandis que l’homme assoiffé galope vers la source !

 Le mystère est toujours quelque chose de Dieu. Il nous dépasse donc infiniment car quelque chose de Dieu, c’est toujours Dieu mais Dieu qui se présente à nous sous un certain angle. Par exemple, le baptême, c’est Dieu dans lequel on peut plonger, comme on plonge dans une piscine. L’Eucharistie, c’est Dieu qu’on peut manger. La confirmation, c’est Dieu qui chauffe et qui enflamme, etc… Bref, il n’est pas d’abord fait pour être analysé ou compris mais pour être vécu selon son mode, selon la manière où il se présente à nous : on ne va pas manger le baptême, je veux dire on ne va pas boire l’eau du baptistère ! Ainsi Dieu veut que nous participions à Lui à travers le « mystère ». Chaque mystère est une porte d’entrée pour l’homme.

 

3.La foi nous fait correspondre au mystère.

 Pour que nous puissions participer à chaque mystère, Dieu nous a donné la foi. Imaginez un homme sourd : il ne peut réagir à la plus belle musique du monde. La foi le guérit de sa surdité à Dieu. Elle lui permet d’entendre la parole de Dieu et de l’entendre comme une douce et belle musique : Dieu m’aime plus que je ne m’aime…

La foi est la capacité à boire et à manger le mystère. Elle transforme l’homme. Elle le rend compatible avec le mystère. Sans la foi, l’Eucharistie serait comme du pétrole ou du caillou : elle ne nous serait ni appétissante ni nourrissante.

La foi est la capacité à naviguer sur la mer infinie, elle s’inscrit en nous comme un bateau, bateau de la confiance sur la grande mer de Dieu.

La foi nous fait adhérer au mystère : il y a des colles qui adhèrent à certains supports et d’autres pas. La foi nous rend adhérant au mystère. Elle nous fait entrer en résonnance avec le mystère

 

4.Avant tout, le mystère se pratique.

 Il nous faut pratiquer. Le mystère et la foi qui va avec nous poussent, nous pressent de pratiquer concrètement. Une foi sans pratique réelle, c’est un homme qui a soif et s’arrête au bord de la source ! Pratiquer, c’est faire le geste concret de se baisser et de ramasser l’eau dans ses mains pour s’en rassasier. Pratiquer, c’est monter dans la barque et naviguer. C’est mettre ses chaussures et marcher. C’est prendre la fourchette et attaquer le plat.

L’intellectualisation de notre religion a produit cette curieuse idée que l’on pouvait être croyant non pratiquant. La marche de la foi, ce sont les observances. Entendons l’appel du prophète Ezéchiel : « Je mettrai en vous mon esprit, alors vous suivrez mes lois, vous observerez mes commandements. » Il s’agit bien de cela : vivre dans la République des chrétiens avec ses lois et ses règles. Les non-chrétiens nous le demandent : que faites-vous, vous les chrétiens ? Il est juste de répondre : nous aimons. Mais qu’est-ce qu’aimer sans l’observance des lois divines ? Oui, allons à la messe le dimanche, respectons les temps de jeun et de prière, partageons concrètement nos biens matériels.

La foi de demain sera concrète ou elle ne sera pas. Ceux qui nous rejoignent ne le font pas pour une idée chrétienne mais pour une vie chrétienne. Ils ne nous rejoignent pas parce que nous sommes meilleurs ni parce que nos idées sont plus belles. Mais parce que le Mystère est vrai. Ils y trouvent la vérité de leur vie. Puissent-ils toujours y trouver sa nourriture et son sens.

Amen.

Mgr Luc Ravel

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Messe d’ouverture France du 57ème PMI à Lourdes

Mgr Luc Ravel 57 pmi 15 05 2015Vendredi 15 mai 2015

Dans une vision, le Seigneur dit à Paul : « sois sans crainte, continue à parler, ne reste pas muet. Je suis avec toi, et personne n’essaiera de te maltraiter, car dans cette ville, j’ai à moi un peuple nombreux. » (Ac 18,9) Il nous le dit aussi, aujourd’hui et à chacun de nous.

1.Le courage de parler : « sois sans crainte »

Il faut du courage pour parler de Dieu. Il peut y avoir de la peur ou de la crainte chez bon nombre d’entre nous. Crainte qu’en parlant de Jésus, nous ne soyons ridiculisés, ostracisés, maltraités et, pourquoi pas, martyrisés. Les cas sont nombreux autour de  la France et peut-être un jour chez nous… Parler entre nous de ce  qui nous fait vivre ne pose pas de problème. Entre nous, dans une équipe de partage, un cercle biblique, une assemblée dominicale. Mais hors du cercle des « captifs » du Christ, et même juste à la périphérie de ce cercle, qu’en est-il ?

Il est normal que l’annonce de la Parole provoque des remous : même dite avec discrétion et délicatesse, même prononcée dans un dialogue chaleureux, même exprimée comme réponse à une question de l’autre, la parole de Dieu demeure provoquante. C’est un piment pour nos goûts tranquilles, une lumière violente pour nos yeux habitués aux ténèbres, une sonorité dérangeante pour nos oreilles imbibées de pensées toutes faites. Disons-le autrement : la parole de Dieu n’est jamais banale, elle ne rentre pas immédiatement  dans nos catégories de pensée habituelle. Avec l’éloignement du monde par rapport à l’Evangile, nous mesurons mieux combien notre discours est décalé : sur le Christ –Dieu incarné, quel mystère !- mais aussi sur l’homme quand nous parlons de la valeur de toute existence humaine dès ses commencements jusqu’à sa conclusion ultime.

Il est donc normal que les réactions singulières de nos auditeurs puissent éveiller en nous des craintes. Mais lorsque Dieu dit à Paul : « sois sans crainte », il parle comme le Christ à ses disciples : « n’ayez pas peur ». Que veut-il dire exactement ? Nous le savons, nous ne pouvons pas contrôler l’apparition de nos peurs. Un homme qui n’aurait jamais peur, n’est-il pas un inconscient ? Le Christ veut nous dire ceci : « oui, ayez peur un peu mais pas trop. Ayez peur que la parole de Dieu ne réveille pas les hommes. Elle est faite pour cela. Je n’ai pas parlé pour conforter les hommes dans leur petite vie tranquille mais dénuée de sens. Ayez un peu peur aussi de leurs réactions violentes ; ces réactions montrent que vous avez été fidèles à une Parole dérangeante. Mais n’ayez pas trop peur, ne laissez pas la peur dicter votre vie. Ne devenez pas muets par peur. » Or, la vertu qui nous permet d’agir avec nos peurs et au-delà d’elles, se nomme le courage.

2.Le devoir de parler : «Continue à parler »

Ayons le courage de parler parce que la foi est un savoir et un savoir-faire mais aussi un savoir-parler. Madeleine Delbrel l’exprime avec génie :

« Dans les milieux les plus contemporains, croire, c’est savoir, mais croire c’est aussi parler. Je ne sais où on a pu aller chercher l’opinion si courante aujourd’hui que parler soit facultatif quand on est chrétien. Je vous disais tout à l’heure que, dans un milieu incroyant, il y a nécessité chrétienne d’évangéliser. Je vais plus loin : je dis que si on ne peut pas choisir d’évangéliser ou de ne pas évangéliser, de parler ou de se taire, on ne peut même pas choisir de quoi on parlera.

Un exemple entre mille : un soir, réunion d’une quinzaine de personnes, majorité d’hommes, je les connais bien tous. L’un me dit : « Ecoute, tu ne vas tout de même pas me faire croire que tu crois, toi, que Jésus-Christ, après avoir été mort, il a recommencé à vivre. Est-ce que tu le crois ? » Eh bien, je vous assure qu’entre dire : « est ressuscité des morts le troisième jour » dans le Credo, ou répondre : « oui, je le crois », il n’y a pas de différence pour le fond de ce que l’on dit, mais il y a une drôle de différence dans l’effet que ça vous produit … Si le choix nous était laissé, la résurrection du Christ ne serait sûrement pas le sujet que nous choisirions pour un début d’évangélisation.

 

Il faut aussi que nous sachions bien qu’évangéliser, ce n’est pas convertir. Qu’annoncer la foi, ce n’est pas donner la foi. Nous sommes responsables de parler ou bien de nous taire, nous ne sommes pas responsables de l’efficacité de nos paroles. La foi, c’est Dieu qui la donne. » (Nous autres, gens des rues – Seuil, 1966 – p. 251-252)

Qu’ajouter à ces propos tenus dans les années  1960 par une femme vivant à Ivry, dans la capitale du communisme français ?

3.Le droit de parler : « Ne reste pas muet. »

Mais on nous fait ou nous nous faisons à nous-mêmes une grave objection pour parler librement de Dieu. On nous oppose la laïcité. Au nom du respect de la laïcité, avons-nous le droit de parler ? « La laïcité » nous interdirait toute annonce sur la place publique, tout signe ostentatoire, tout prosélytisme. Dans la sphère privée, et seulement là, on pourrait discrètement partager entre nous la parole de Dieu. Les conséquences de cette « laïcité » sont évidentes : on ne peut plus parler de Dieu à ceux avec qui on travaille, c’est-à-dire ceux avec qui on passe le plus de temps ; ni à l’école, ni dans un aéroport, ni dans le train… Or, c’est là que nous rencontrons les gens !

Un exemple, il y a quelques semaines : coincé dans l’aéroport de Casablanca à mon retour d’une visite pastorale en Centrafrique, j’attends dans l’aérogare et je regarde la foule énervée crier son désarroi. Comme les autres, je suis préoccupé d’une seule chose : mon avion va-t-il partir, quand et où ? Où allons-nous passer la nuit. Bref, je ne suis pas dans les bonnes conditions pour méditer ou dialoguer… Un homme inconnu se tient à côté de moi depuis quelques instants, droit et silencieux. Il ne semble pas agité comme les autres. Brusquement, sans préparation aucune, il se tourne vers moi et m’interroge : « expliquez-moi ce que c’est que le Carême ! » Devant mon air un peu ahuri, il s’explique posément : « j’ai une compagne musulmane qui fait le ramadan. Alors je me suis dit que puisque j’étais chrétien, j’allais faire le carême. Je vois que vous êtes prêtre, aussi je me suis dit que je pouvais vous interroger. » Mes amis, quelle leçon pour moi !

Bien entendu nous avons discuté, longuement et en plein aéroport, jusqu’au moment où la foule, lasse d’attendre, s’est éclatée. Nous nous sommes séparés, moi tâchant d’obtenir une chambre d’hôtel, péniblement gagnée vers 3h00 du matin…

Cette laïcité faite d’exclusions n’est pas humaine. Ne l’acceptons pas ainsi et soyons libres de suivre le commandement du Seigneur.

Voyez comment un homme politique intelligent gère la situation, au Ier siècle de notre ère, selon les principes du droit romain. Il s’agit de cette même scène des Actes des Apôtres avec le proconsul Gallion. Les juifs le sollicitent en espérant une condamnation contre Paul. Mais Gallion réagit de façon profondément juste, dans une application parfaite de la laïcité intelligente : « S’il s’agissait d’un délit ou d’un méfait grave, je recevrais votre plainte comme il se doit ; mais puisqu’il s’agit de discussions concernant la doctrine, les appellations et la Loi qui vous sont propres, cela vous regarde. Je ne veux pas être juge de vos affaires. » (Ac 18, 14-15) Quelle sagesse ! l’Etat ne s’arroge aucun droit en matière de doctrine ou de propagation. Il s’oppose aux crimes et aux délits. C’est tout.

Conclusion. Il est donc courageux, juste et légitime de parler. Il est sain de prononcer les mots qui disent l’amour de Dieu, les mots qui disent la liberté, les mots qu’attendent sans le savoir les hommes de notre temps. Car Dieu dit enfin à Paul : « car dans cette ville, j’ai à moi un peuple nombreux ». Ne décevons pas ce peuple qui attend la parole. Si nous ne sommes pas assez motivés par le commandement de Dieu, pensons au moins à ces hommes qui sont déjà à Lui ; ces hommes qui ne peuvent encore Le rejoindre parce que nous sommes restés muets sur Lui.

Dieu les oriente vers Lui. Dieu leur donne le désir de Lui. Et nous, nous leur fournissons la voie concrète. Parlons car nos mots sont le chemin qui leur permet d’aller à Dieu.

Amen.

Mgr Luc Ravel

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Le principe de précaution et la vertu de prudence (2)

Sans vouloir contester la sincérité de ceux qui ont introduit progressivement le principe de précaution dans la pensée puis dans le droit et maintenant dans la vie courante, il est temps d’en dénoncer son application actuelle, son joug hégémonique, son carcan dans certains domaines de la vie humaine. Il est l’heure surtout d’en démonter les finalités, plus sournoises qu’on ne le pense souvent, l’antihumanisme qu’il recouvre.

Mon propos d’évêque ne se borne pas à exprimer un mouvement d’humeur. Il est vrai que ce principe de précaution m’agace profondément. Mais nos agacements passent, nos humeurs sautillantes s’évaporent avec le soleil. La vraie question se cache sous les énervements. Avec le principe de précaution, on assiste en direct à la mainmise d’une idéologie sur la transcendance humaine, à la confiscation de la responsabilité fondée sur la liberté et la conscience. L’affaire est autrement plus grave que la dénonciation d’un excès légaliste ou de l’usage du parapluie pour éviter les ennuis.

Peu différent en son point de départ de la prudence ou de la prévention, le principe de précaution s’en écarte ensuite de plus en plus, pour dériver enfin dans la caricature paralysante que nous lui connaissons. De toute évidence, un responsable digne de ce nom doit prendre en compte le risque. Mais comment ? Par la prudence, la prévention ou le principe de précaution ? Tous les trois ont en commun de se situer avant l’acte à poser, la décision à prendre, l’événement à venir. Ils se doivent d’anticiper et d’anticiper sur les risques et les dangers. A partir de là, tout diffère.

La prudence s’assure contre les risques avérés, expérimentés et quantifiables : par exemple, les accidents de voiture sont suffisamment fréquents (hélas) pour qu’on puisse calculer leur probabilité selon les circonstances (vitesse, route mouillée...). Un conducteur responsable conduit avec prudence sur une route enneigée même s’il ne connaît pas les statistiques de la sécurité routière. La prudence intègre correctement le risque en le mesurant puis en le remettant dans le contexte plus large des avantages et des inconvénients. Un risque n’est pas toujours un inconvénient : il peut donner du goût à un sport ou à une mission. De façon générale, l’homme a besoin d’aventure pour devenir lui-même. La prudence, donc, n’élimine pas le risque, elle met l’homme en demeure de le prendre  parfois ! La prise de risque de l’engagement dans le mariage en est une bonne illustration. Ce n’est pas la prudence qui nous pousse à refuser toujours l’engagement mais le principe de précaution appliqué à la vie personnelle.

La prévention fait face à des risques réels parce que déjà expérimentés, comme la rupture d’un barrage. Mais elle s’élabore contre des risques dont elle ignore la probabilité réelle. Pour le dire d’une façon « cynique », on fait de la prévention autour des centrales nucléaires parce qu’il y a eu des accidents graves (Tchernobyl, Fukushima) mais il n’y en a pas eu « suffisamment » pour qu’on puisse en donner une probabilité scientifique. La prévention avance à tâtons mais elle incarne comme elle le peut sa responsabilité, en attendant mieux. Au fond, elle n’est pas si loin de la prudence mais d’une prudence en partie aveugle donc doublement méfiante. La prévention joue un rôle très important face aux risques sanitaires. L’hygiène de vie, les vaccinations préviennent des risques flous mais réels. Nous ne savons pas exactement ce qu’il nous en coûterait si nous ne nous tenons pas à un équilibre de vie. La distance entre la prévention intelligente et la précaution maligne est courte. La différence entre les deux tient à l’invasion de l’intelligence par l’imagination.

J’en viens au principe de précaution. Au contraire de la prudence et de la prévention, légitimes, il prétend prendre en compte des risques potentiels qu’il imagine mais qui ne sont pas encore avérés. Risques jamais expérimentés et donc non quantifiables. Alors que la science véritable s’efforce de calculer un risque lié à une découverte (les recherches génétiques par exemple), le principe de précaution ne s’embarrasse pas d’attendre ses résultats hypothétiques : il fonce et interdit tout au nom de la raison d’Etat. Cette raison d’Etat, nous allons le voir, n’est que la face officielle d’idéologies masquées, à peine déguisées aujourd’hui. Mais je souligne ici l’irrespect de la raison par l’imagination. Et si celle-ci est débordante, tout est gagné à la peur. Il n’est pas de situation ou d’action où, par l’imagination, l’on ne puisse attacher quelque risque cruel. Si ce principe devient directeur de notre existence individuelle ou sociale, il paralyse.

Un bus scolaire transporte des enfants ? « Imagine le pire et agis en conséquence » énonce le principe de précaution. Un voyage à l’étranger ? « Imagine le pire et agis en conséquence », répète le principe de précaution. On peut multiplier les exemples, la conclusion sera forcément la même : mieux vaut que le bus ne parte pas, que le voyage soit annulé, que la vie soit confisquée.  Et ce pour une raison toute simple : n’ayant ni observé ni mesuré (au sens scientifique) le risque qu’il met en avant, le principe de précaution ne peut s’en protéger efficacement, comme le fait la prudence ou la prévention, sauf à interdire le geste lui-même, sauf à bloquer l’élan de la vie imprévisible par essence. Tandis que la prudence agit et laisse agir voire ordonne d’agir, tandis que la prévention offre un cadre optimal à l’action, le principe de précaution momifie. Ni l’action mesurée par la prudence, ni même le cadre créé par la prévention ne lui conviennent. En réalité sous des dehors matou, c’est une torpille contre l’homme.

Le principe de précaution finit par se dénoncer lui-même d’abord dans les choix arbitraires de son domaine d’application. Chose étrange, il ne s’applique pas à tous les domaines de la vie : pourquoi interdire au nom du principe de précaution la recherche sur l’exploitation du gaz de schiste (et ne pas permettre l’exploration de solutions nouvelles pour une exploitation moins néfaste au plan écologique) et, dans le même temps, autoriser la recherche sur les embryons humains au motif qu’il faut bien que la science progresse ? Cet exemple suffit à montrer le caractère pernicieux du principe de précaution ; il n’est qu’un instrument de plus au service de certaines idéologies comme « l’écologie totale » visant à bannir l’homme du monde. Si l’évolution de la vie sur terre avait suivi le principe de précaution, rien n’aurait dépassé le stade de la vie monocellulaire, se répétant éternellement au fond des océans.

Le principe de précaution se déjuge ensuite en ignorant volontairement le risque qu’il y a à interdire. Voyons cela. L’homme brandissant le principe de précaution cause ainsi : « Si jamais tel jeune décède, on nous reprochera d’avoir organisé son voyage. » « Au cas où la terre tremble, on nous reprochera d’avoir construit cette centrale. » Mais il ne voit jamais le risque (réel pour le coup) à ne pas organiser ce voyage, à ne pas construire cette centrale nucléaire. Il y a aussi un danger à ne rien faire. Il est borgne, il ne peut fixer en même temps le risque et l’intérêt de la prise de risque. Il ne fixe que le risque de l’ascension en montagne mais il n’aperçoit pas le gain pour l’homme de faire l’ascension. Et comme son image de marque compte plus que le bien de ceux qu’il prétend protéger, il reste l’œil collé sur le danger tel qu’il l’a imaginé. Et c’est ainsi par exemple que, malgré les appels répétés, il ignore l’avantage qu’il y aurait à exploiter sous notre sol du gaz de schiste. Dans le même mouvement, il se refuse aussi à regarder le risque d’être toujours dépendant d’apports extérieurs, onéreux et fragiles. Polarisé sur certains risques, l’homme qui agite le principe de précaution n’a du monde et de la vie humaine qu’une vision à la fois partiale et partielle.

Comme on l’a dit plus haut, il n’agit pas ainsi par manque d’information mais par conviction idéologique. Dans l’exemple cité, la chose est claire car la logique sous-jacente s’énonce sous forme d’un syllogisme. Il y a d’abord un postulat : l’homme doit se passer des hydrocarbures et en trouver sous notre sol relancerait leur avantage sur d’autres énergies renouvelables. Or les gaz de schiste sont des hydrocarbures. Donc il ne faut pas trouver de gaz de schiste en France (et ailleurs). En quoi ce raisonnement est-il idéologique ? Comme dans toute idéologie, le postulat n’est jamais démontré. Tout en considérant les effets nocifs sur la terre d’un certain usage du pétrole, pourquoi refuser ce don fait à l’homme par le Dieu Créateur ? Au nom de quoi trier a priori les richesses de notre sous-sol en jugeant les unes mauvaises et les autres bonnes ? Pourquoi tenir pour diabolique tel produit plutôt que tel autre ? Derrière l’apparente rationalité, il y a une idée fondamentale qui va se vérifiant : brider l’homme pour un jour en finir avec lui. Ainsi, le principe de précaution vise à se débarrasser de l’homme sous couvert de le protéger. Il tente de substituer à la responsabilité personnelle de chacun une loi de sécurisation valable pour tous. Un code d’interdits remplace le jugement de chacun. C’est particulièrement flagrant dans le domaine de la sécurité.

Combien de fois par jour entendons-nous : « pour votre sécurité, ne faites pas ceci ou cela ! » La formule magique semble efficace pour faire avaler les pilules amères de l’interdiction. La faute en revient pour partie à notre histoire. Depuis mai 1968, on ne peut plus interdire directement quelque chose. Il faut donc prendre deux détours. Le premier évite le mot lui-même. Le second porte à l’oreille la justification de l’interdit avant même son énoncé. Avant de dire ce qu’on vous interdit, on vous explique qu’on ne cherche que notre bonheur. L’Etat en bon père de famille agit pour votre bien personnel. Qui peut en vouloir à celui qui veille sur sa sécurité ? Pour notre sécurité, on installe des caméras, on limite la vitesse, on légifère pour tout. Personne ne conteste le point de départ. Il est fondé de filmer certains espaces publics ou de forcer à ralentir en agglomération. Mais une chose bonne à petite dose devient inhumaine à forte dose. Un peu d’eau, c’est la vie, trop d’eau, c’est la noyade…

Il serait prudent de supprimer ce principe et de revenir à la prudence. Elle ne vise pas à interdire parce qu’elle ne se laisse pas enfermer dans le tout ou rien. La prudence n’utilise pas son imagination à inventer un risque. Elle en use pour cantonner les risques de sorte que le mouvement de la vie s’épanouisse. Elle marche au soleil adaptant sa course libre aux dangers et aux beautés du chemin. Elle sert un homme debout et responsable. Celui que nous présente la Bible.

+ Luc Ravel

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Homélie pour la messe chrismale - 31 mars 2015

Cathédrale des Invalides

Une plaque sera bénie à la fin de cette cérémonie. Elle rappelle le sacrifice de milliers de prêtres, religieux, religieuses tués lors de la Grande guerre. L’installation de cette plaque n’est pas seulement un devoir de mémoire pour honorer nos anciens. Elle est une invitation pressante à recevoir à nouveau et à neuf notre sacerdoce de prêtre. Lors de cette messe chrismale, nos prêtres renouvellent leurs promesses sacerdotales. Elle forme donc un lieu idéal pour nous rappeler le sacrifice auquel nous sommes appelés. A la suite du Christ, prêtres, donnons notre vie comme nos anciens dans les tranchées : offrons-là à l’heure de notre mort mais donnons-là au quotidien dans les combats qui sont les nôtres.

Nous pourrions nous mettre aujourd’hui derrière la figure immense de l’un d’entre eux, le Bienheureux Daniel Brottier.

Né en 1876, il est réformé en 1901 pour des raisons de santé. Il a pratiquement 38 ans lorsqu’il s’inscrit comme candidat pour être aumônier volontaire dès le 8 août 1914. Agréé le 23 août, il quitte Paris le 26 août pour la 26ème DI où il restera jusqu’au 20 mai 1919 sans un jour d’évacuation. Il sera de tous les combats de la Grande Guerre, d’Ypres à Verdun.

Fait chevalier de la Légion d’honneur en juin 1916, il est cité 6 fois. Le 29 juin 1918, sa sixième citation à l’ordre de l’armée, résume la façon dont ses chefs militaires le percevaient : « Ame magnifique où s’allient harmonieusement l’ardeur du soldat et le dévouement du prêtre. Légendaire au Régiment dont il partage toutes les heures pénibles. Pendant les attaques des 1er et 2 juin 1918 à Troesnes, parcourait la ligne pour relever, panser et secourir les blessés, allant les chercher en avant de nos postes, sous le feu intense des mitrailleuses et encourageant les combattants. Est resté à Troesnes malgré deux relèves de Bataillon, subissant un bombardement très dur. Exerce sur les combattants qu’il soutient moralement, aux heures difficiles, par ses encouragements et son exemple, l’influence la plus heureuse. »  

Le ministère de la guerre ne relève pas ce qui fait l’admiration habituelle du public « captif » : la piété, la foi et ces vertus chrétiennes que les incroyants ne peuvent pas admirer puisqu’ils les ignorent. Ces citations disent ce que les gens du dehors voient et reconnaissent dans les prêtres : la bravoure (« calme et réfléchie »), le dévouement, l’abnégation, le sang-froid,… Un ancien de Verdun avouait bien après la guerre : « Jamais, homme ne m’a donné plus grande impression de force, dans la douceur et la sérénité… (Maître Lacouture)

Mais il nous est donné de voir de plus près encore son cœur et sa manière d’être prêtre dans les tranchées.

La guerre fut l’expérience fondamentale pour sa vie de prêtre et il ne se passera pas un jour ensuite où il ne fera pas souvenir de ces journées de feu : « Si j’ai fait quelque chose de bien dans ma vie, c’est là que je l’ai fait. » Il parlait de Verdun où il monte à quatre reprises : « Dans ces tranchées transformées en rivière, depuis longtemps, on ne s’est pas déchaussé. Les pieds ont macéré dans la boue, dans la neige et sont meurtris ; la chaussure mouillée comprime douloureusement les chairs ; on marche sur des épingles… jamais je n’ai autant souffert. » Verdun dont il connaît les moindres recoins du champ de bataille, allant remplir les bidons des poilus torturés par la soif dans des conditions inouïes. Ses faits d’armes font la stupéfaction des soldats. Lui se contente de noter : « nous rentrons de la côte 304 (sur le champ de bataille de Verdun) couverts de gloire, mais un peu fourbus. »

Laissons-le raconter :

« On m’appelait l’aumônier verni, il est vrai que souvent exposé, j’ai été préservé des pires dangers comme par un miracle perpétuel. Mes habits ont été troués, déchirés, je n’ai jamais eu de vraies blessures…

 

C’est que le rôle de l’aumônier, d’infanterie surtout, requiert, s’il veut être à la hauteur de sa tâche, une abnégation et une bravoure surhumaine. Et non seulement cela, mais une force physique de beaucoup au-dessus  de la moyenne. S’il fallait recommencer ce que j’ai fait à Verdun et dans la Somme, je ne pourrais plus. Je ne pourrais plus porter des blessés sur mon dos, demeurer des nuits et des journées entières dans les trous d’obus, sous des bombardements insensés, sourire et plaisanter lorsqu’on se sent abruti par le froid, par la fatigue, par le sommeil, par la peur. Non, voyez-vous, tout cela, c’est quelque chose de surhumain.

 

Je sais bien qu’il y eut des aumôniers qui se contentaient d’être les amis des officiers, qui fréquentaient leurs popotes, et qu’on ne voyait jamais là où ça tapait dur. Tout cela est humain, hélas ! Mais voyez-vous, l’aumônier qui veut rester avec le poilu, qui veut vivre la vie du fantassin des premières lignes, partager son existence, ses privations, ses dangers, et bien c’est celui-là qui est le véritable aumônier et non celui qui reste dans un hôpital de l’arrière à vider des pots de chambre… car ce n’est pas par des phrases que l’on gagne les autres, mais bien par des actes.

 

Dans les tranchées, pendant les heures de repos, je ne parlais pas de religion avec mes hommes ; j’essayais de les mettre à l’aise et en confiance. Avec cela nous devenions camarades. Ensuite quand l’heure sonnait pour l’assaut je partais le premier, en tête, et je les entendais murmurer : ‘il n’a pas peur le curé’. Et bien ! Croyez-moi, quand ils me voyaient partir en avant d’eux, et les entraîner, c’était le plus beau sermon que je pouvais leur faire et j’étais sûr de les avoir tous à la messe le lendemain. »

Faire de son prochain un camarade, le mettre à l’aise et en confiance. En avril 1915, sur la Somme, alors que les soldats s’ennuient, il achète un appareil photographique : « j’ai songé à la photographie ! On photographierait non pas un soldat isolément mais une escouade, un bout de tranchée, une batterie, et on enverrait cela à la famille : une photographie du front… »

Pour autant, il n’en oubliait pas d’être prêtre :

Ainsi, bien que patriote, personne ne l’a jamais vu faire la moindre différence entre soldat français ou allemand, blessé ou mourant. Il confiait même : « Jusqu’au bout le fantassin allemand se sera montré égal à lui-même, brave et méprisant la mort… »

Prêtre, il célébrait autant qu’il le pouvait les sacrements et il n’hésitait pas à rappeler leurs devoirs de chrétiens à tous : « Demain, c’est Pâques, les enfants, je vous attends tous en confession ! » Et tous y allaient en commençant par les officiers.

Ces souvenirs se trouvent comme condensés dans sa croix d’aumônier militaire. Lorsqu’il en fera don à ses frères, il leur dira :

« Gardez-là, gardez-là bien précieusement, car elle a été le témoin muet pendant toute la guerre. Sur cette croix, combien de lèvres de mourants se sont collées ! Elle a reçu le soupir de tant de petits soldats, elle a touché tant de pauvres poitrines trouées, labourées,  déchiquetées !

Et je puis dire que si le cordon de cette croix pouvait exprimer tout le sang dont il a été imbibé, l’eau dans laquelle on le tremperait en deviendrait toute rouge. »

La phrase est connue mais elle dit tout de sa mission de prêtre dans la guerre.

Offrons et donnons notre vie : le prêtre offre le Corps du Christ et le sien avec.

+ Luc Ravel

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L’abominable principe de précaution et la belle vertu de prudence (1)

On entend de plus en plus remettre en cause le fameux « principe de précaution » dont nous savons qu’il est arrivé dans la vie publique par la voie du supposé réchauffement planétaire. Inscrit dans notre constitution française, il n’achève pas son parcours dans le Droit mais s’insinue aujourd’hui dans nos mentalités et finit par envahir tous les domaines. Si on laisse ce virus gagner encore du terrain, c’est la vie tout entière qui va s’arrêter ou sera susceptible d’être condamnée ; s’il y a encore de la vie, elle sera contrainte à la clandestinité, constamment suspectée par le pouvoir politique.

Il y a urgence à intervenir. Il y a urgence à ce que les hommes prudents se coalisent et, évacuant avec courage pour eux-mêmes le principe de précaution, qu’ils luttent pour sa disparition totale et du Droit et des mentalités.

Le pire est qu’on se prend à l’identifier avec la noble et belle vertu de prudence grâce à laquelle l’homme et les peuples vivent et grandissent non seulement contre les risques mais aussi avec eux. On confond les deux, souvent à dessein, pour justifier l’un par l’autre, pour habiller le principe de précaution de la caution de la prudence. Ainsi déguisées, nos peurs, apparemment légitimées par la prudence, se parent de la toge flamboyante de la responsabilité. En réalité, les deux instances intérieures diffèrent profondément. L’une est une vertu souple procédant par acte distinct ; elle remet l’ouvrage du discernement à chaque nouveauté ; ses conclusions ne se répètent jamais et elle adapte ses décisions aux circonstances. Elle fait du sur-mesure. L’autre est un code rigide ajustant les circonstances à lui-même. Il fait du prêt à porter. C’est justement un principe. Les principes ne sont pas mauvais en eux-mêmes, il faut même avoir quelques principes sauf à être complètement dévoyé.  Mais le problème du principe de précaution, c’est qu’il forme et déforme les faits pour qu’ils soient respectueux de lui-même, le principe de précaution. Il s’auto-satisfait de lui-même.

On comprend le mouvement : par définition, le principe est intangible. Sa force tient de sa fidélité à lui-même. Il a pour raison ultime d’agir pour se protéger lui-même. S’il prétend s’adapter alors il meurt en tant que principe. Il est de l’ordre de la loi, ou, plus précisément il génère les lois générales. Mais avec le principe doivent être posées deux questions : d’abord, est-il bon en lui-même ? Ensuite, comment s’applique-t-il ?

Le principe de précaution est-il bon en lui-même ?

La première question se pose car il existe des principes mauvais. Vérifions donc d’abord si ce principe est un principe d’humanité c’est à dire une loi écrite ou non écrite qui protège et fait grandir l’homme. Ou au contraire ne serait-ce pas une loi qui amenuise et infantilise l’homme et dont le but (inavoué) est de mettre le responsable à l’abri de la loi et des médias (surtout des médias) ? On peut se demander si, en laissant aux innocents les arguments gélatineux toujours avancés, le principe de précaution est une précaution non pas pour les personnes « protégées » mais pour celui qui en a la charge. Prenons un exemple : on interdit purement et simplement l’accès à tel pays ou à telle région au  motif qu’il y a des risques d’enlèvement ou d’assassinat. Le fait-on vraiment pour le bien des personnes à qui l’on fait cette interdiction ou pour se mettre à l’abri de toute poursuite ? On me répondra qu’il ne faut pas opposer les deux et qu’on peut dans la même interdiction penser à l’autre et penser à soi. Mais le mot lui-même devrait nous rendre prudent : il vient du latin praecavere où nous reconnaissons le verbe cavere employé dans la célèbre formule « cave canem », prends garde au chien. La posture précautionneuse est donc celle de la suspicion, de l’alerte, de la conscience d’un danger, à l’opposé de celle du veilleur qui a confiance, couve du regard le monde sans obstruer la vie des autres par ses propres peurs. Le principe de précaution respire la peur. Il transpire le manque de courage.

Comment s’applique le principe de précaution ?

La deuxième question surgit de l’application d’un principe, intemporel, à la réalité concrète. On ne passe pas directement du moteur aux roues ; il y a un embrayage et des rouages complexes. Or le principe de précaution est directement appliqué aux réalités, à la vie humaine et sociale. Ce qui redouble sa nocivité. Il n’épouse pas les rondeurs et les subtilités de l’existence concrète et il divorce de toute prise en compte des aléas de la vie. L’incertitude le fait vomir. Immédiatement appliqué aux choses, un principe condamne les autres principes et ampute la vie de sa richesse.

A ces deux questions, j’ajoute quelques réflexions qui rejoindront nos expériences quotidiennes.

Le principe de précaution cherche donc à éviter toutes conséquences sur soi. Il court à l’abri le plus proche. Son but n’est pas de gagner la tranchée adverse mais d’éviter les éclats d’obus. Pour lui l’important n’est pas la victoire mais le « zéro mort » ou tout au moins « zéro mort » dont je puisse être tenu pour responsable. Appliquent le principe de précaution tous ceux qui ne veulent pas que leur responsabilité soit engagée en face d’un échec. Le principe de précaution s’invite aujourd’hui à la table de tout responsable. Il semble souvent être le principe premier réglant le cours des actions (sauf des actions boursières, on l’a compris).

Son procédé est simple : il imagine le pire, aussi improbable soit-il, aussi irréel soit-il, et il tente de le conjurer par avance. Le principe de précaution recale donc tout sur le niveau le plus bas de risque. Il souhaite, par exemple, que tout résiste à la vague centennale. Encore que l’exemple de la vague ne soit pas bon car cette vague a une probabilité réelle et certaines plateformes de forage en ont fait l’expérience. Le principe de précaution ne s’arrête pas à la grosse vague prévisible mais va aller jusqu’à celle imprévisible qu’on n’a jamais vu autrement qu’en imagination.

Zéro risque - zéro initiative

Son application conduit donc à zéro risque ce qui équivaut à zéro initiative autre que celles de stricte nécessité. Manger, dormir, par exemple, encore que leur contrôle sévère soit de stricte rigueur pour diminuer au maximum la responsabilité des responsables : que mange-t-on ? Quel contrôle alimentaire ? Etc. Les nécessités imposées par la vie sont les seuls lieux où l’autorité accepte encore une prise de risque : « puisque l’homme est obligé de manger, nous ne pouvons pas lui interdire de manger mais nous imposerons des boîtes où apparaissent tous les ingrédients du produit ; ainsi notre responsabilité ne sera pas engagée ».

Regardez une boîte de médicament : au milieu de toutes les mises en garde et contrindications, il devient pratiquement impossible de découvrir la posologie. Essayez avec un médicament nouveau et vous verrez. On finit par se demander si les médicaments ne sont pas plus dangereux que bienfaisants.

A l’opposé, tout ce qui n’est pas démontré comme nécessaire devient suspect d’apporter des ennuis gratuits dont on peut se passer. Au fond, le principe de précaution rêve d’une société humaine réduite aux aguets, où seules les nécessités vitales auraient pignon sur rue. Il tend donc à mettre la vie entre parenthèses : son modèle est la survie végétative. Son horizon est la vie monocellulaire, inchangée depuis des milliards d’années sur terre.

La question des moyens proportionnés aux buts poursuivis…

Parce qu’il naît de la peur, le principe de précaution a pour obsession l’élimination du risque ou, au moins, de toute responsabilité personnelle à l’égard d’un risque aussi extravagant soit-il. Il ne se pose pas la question des moyens proportionnés aux buts poursuivis, comme le fait la prudence, mais il veut des moyens le mettant à l’abri de toutes poursuites à son encontre. Craignant les pépins, il en ouvre d’autres pour se protéger.

Le principe de précaution s’impose comme une loi d’acier. La foi évoque la confiance dans la vie ou dans l’autre. Ainsi la vertu de prudence élargit son regard sur ce qu’il manque à l’homme pour grandir en vie éternelle. Le risque qu’elle pèse ne s’identifie pas au seul danger de la route. Elle assume aussi, dans son analyse, le risque de ne pas bouger. Mais le risque de l’inaction est ignoré du principe de précaution ou, en tous cas, il ne pèse jamais autant que celui du mouvement. Ne rien faire supporte moins d’accusation potentielle que de faire ou laisser faire. Devant le tribunal des médias, l’interdiction de l’action vaut toujours mieux que le mouvement qu’on aurait autorisé.

« Le principe de précaution est insensé », écrit Jean de Kervasdoué (Le Figaro du 30 septembre 2014). « Comment pourrait-il avoir un sens puisqu’il n’est jamais défini… De surcroît il est illogique : comment prendre des mesures proportionnées alors que la réalisation du dommage que l’on souhaite éviter est incertaine ?... Enfin, et surtout, ce principe ne s’intéresse qu’aux dommages et fait fi des bénéfices probables, voire certains… Avoir fait de la précaution un principe est un drame : il ne s’agit plus de tenter d’analyser des évolutions vraisemblables, compte tenu des informations disponibles, mais d’imaginer l’irréel, l’impensable, sous prétexte que les dommages causés pourraient être importants… » On ne peut mieux dire.

Le principe de précaution ne prend pas le risque de peser réellement le risque ; il économise l’énergie du calcul et en ce sens il s’oppose à la science. A terme, il ne sait plus compter. C’est tout ou rien, zéro ou un. Il ignore volontairement les statistiques : peu lui importe que le risque soit calculable ou pas, s’il correspond à des faits déjà produits. Il ne fait pas de distinction entre le risque imaginaire et le danger mesurable. Le risque imaginaire est celui qu’on peut se représenter mentalement ; or l’imagination humaine étant sans limite, l’homme peut construire sur tout événement l’idée d’un danger. J’ai connu un homme qui ne pouvait pas faire dix pas sans se croire en danger mortel : la faux de la mort l’accompagnait de partout. Le laissant une fois quelques instants sur un banc public pour répondre à un appel, je l’ai vu se recroqueviller sur lui-même, littéralement terrorisé. Quelle souffrance pour lui ! Personne n’hésitera à dire qu’il est malade. Or le principe de précaution est une forme parfaitement identifiable de la même maladie.

Jusqu’où devrons-nous être interdits et ligotés pour revenir à la vraie prudence ?

+ Luc Ravel

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Homélie de la Messe pour la Paix - 11 janvier 2015

messe pour la paix 2015Mes frères, l’humanité a besoin de pleurer, et c’est maintenant l’heure des larmes.  La France pleure. Le monde pleure. Par le silence, nous exprimions notre proximité. Ce matin, nous voulons vivre un grand moment religieux où la proximité devient prière.

A cette prière, nous joignons notre reconnaissance pour toutes les forces de sécurité et pour nos soldats. Chaque jour, depuis 13 ans, ils paient un lourd tribut pour nous défendre. Nos amis policiers ne sont pas les derniers à avoir payé le prix du sang. Ils font notre admiration. Ils sont notre fierté. Qu’ils soient remerciés et félicités par tous.  Ils ont encore montré aujourd’hui leurs compétences et leur dévouement.

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Homélie - Pour le 70ème anniversaire de la libération de Strasbourg

Homélie du 23 novembre 2014
A la Cathédrale de Strasbourg
Pour le 70ème anniversaire de la libération de Strasbourg

Ce 23 novembre 1944, quel vent fait flotter « nos couleurs, nos belles couleurs » sur la cathédrale de Strasbourg ? Je n’y étais pas mais je le devine dans la geste et les yeux de nos anciens…

Quelle brise faisait danser nos couleurs dans le ciel d’Alsace ?

J’entends encore, 70 ans plus tard, l’héroïsme à peine croyable de ces hommes de la 2ème DB : au terme d’une épopée quasi-mystique, d’une marche de funambules bravant les abîmes, ceux-là ont posé le drapeau tricolore au sommet de la flèche. Je n’oublie pas l’action merveilleuse de ceux de la 1ère DFL : ceux-ci, au bout de combats inouïs, ont su conservé ce que les premiers avaient pris.

Mais dans ces hommes, et dans le plus grand d’entre eux, le général Leclerc de Hauteclocque, respirait un souffle de géant, celui-là même dont Dieu usa pour faire de la poussière du sol un homme debout, une créature à son image.

Ce souffle, c’est la respiration de la liberté.

C’est ce que Dieu a voulu pour l’homme et pour les peuples. C’est ce qui résiste le mieux au pouvoir des hommes surtout lorsqu’ils deviennent despotiques. C’est aussi ce par quoi Dieu règne en l’unissant à sa grâce. La fête du Christ-Roi rejoint notre anniversaire et elle nous appelle donc aussi à une réflexion sur la liberté.

1. Une épopée pour temps fébriles : le serment libre d’hommes libres

Dans quel contexte sonne le clair appel à la liberté jeté par Leclerc et sa 2ème DB ?

« Leclerc nous a été retiré par Dieu sans que l’écume n’ai jamais pu l’atteindre.» Cette reconnaissance de Charles de Gaulle (Mémoires d’espoir, discours pour Leclerc, 18 juin 1949) nous la connaissons bien. Mais ne l’écartons pas de ce qui la précède : « Elle est, désormais, l’une de ces épopées par quoi les peuples consolent leurs malheurs, soutiennent leur fierté, nourrissent leur espérance… »

Il s’agit donc d’une période sombre. Eux-mêmes témoins car membres de la 2ème DB, les pères Cordier et Fouquer nous décrivent ainsi le général Leclerc :

« … Un modèle pour les temps de crise… Dans les temps de nuit et de doute, quand tant d’hommes et de femmes sont empêchés de vivre par toutes sortes de peurs, voici un homme d’espérance, voici un homme d’audace, voici un homme d’avenir, un prophète. » (p. 128)

Soixante-dix ans plus tard, nous ne sommes pas éloignés d’une époque où les risques reviennent. Le pape François n’hésite pas à situer notre moment dans une trajectoire historique née de la première guerre mondiale : « Aujourd’hui encore, après le deuxième échec d’une autre guerre mondiale, on peut, peut-être, parler d’une troisième guerre mondiale combattue « par morceaux », avec des crimes, des massacres, des destructions… » (13 septembre 2014 à Redipuglia)

Or précisément, en ces périodes douloureuses, mille promesses non tenues ne valent pas un seul serment libre faits par des hommes libres pour rendre les autres libres.

2. La liberté qui procède de la concentration de ses forces, de l’unité comme empire sur soi et de la foi vécue en action :

Quelle fut la liberté du général ? Comment une telle liberté a-t-elle pu s’épanouir et finalement renverser une telle situation ?

La devise du Général Leclerc, nous la connaissons : « Se commander à soi-même ». Il portait toujours sur lui une image de Charles de Foucauld au dos de laquelle il l’avait inscrite. Il confia à sa femme quelques jours avant son dernier départ : « Si l’on savait la lutte que je mène contre moi-même et cependant chaque soir je reviens à zéro ! » et il ajoute : « Confiance, la Providence y pourvoira. » (préface p.8) Sa liberté est donc réunion en lui st sur lui-même de ses forces. Unification réalisée en lui-même par un effort de volonté mais surtout par la foi.

« Le général Leclerc de Hauteclocque, mystique d’action, tel saint Louis, qui puisait les motivations de ses plus valeureuses audaces dans l’humble foi de l’homme debout face à son Dieu. » (p. 122) « Pour Philippe de Hauteclocque, la vie, l’action deviennent, par la foi de l’homme, expérience permanente de Dieu. » (Ibid. p. 14) Sa foi n’est pas séparée de sa vie mais elle irrigue tout : en ce sens il refuse le compartimentage de l’existence. La foi lui permet de concentrer toutes ses énergies au profit d’un seul but :

« Démontrer en action que la grandeur française est un acte de foi. » avait dit Leclerc (p.49) « Il a été l’homme d’une seule idée : la libération de la France, la grandeur de la France… C’est encore au fond de lui-même qu’il faut en chercher le secret : sa volonté d’unifier en lui, par la foi sous toutes ses formes, les forces qui y bouillonnaient et de les courber au service de son idéal. » (p.23)

La foi forge sa liberté en fédérant des énergies qui livraient à elles-mêmes l’auraient rendu insupportable aux autres : « Sans la foi, écriront ses camarades de combat, le caractère du général, si grand, si exigeant, si absolu, serait devenu inhumain : la foi le ramène à l’échelle humaine.» (Ibid. p. 23)

Voilà cette liberté qui agit et qui réussit parce qu’elle est un effort sur soi en vue d’une action pénétrante, percutante et responsable. « Le général avait au plus haut point le sens du possible et de l’impossible, l’instinct de la présence à où il pouvait être utile… » (p. 24)

3. La liberté de celui qui laisse l’autre libre, qui éveille la liberté autour d’elle.

L’esclavage rayonne l’esclavage. Les hommes libres éveillent des libertés. La liberté laisse l’autre libre. Davantage encore : elle éveille la liberté là où elle manque.

« « Les défauts on les voit tout de suite, soulignait-il. Dans un homme, il faut chercher les qualités… » Ce qui fera dire à l’un de ses proches collaborateurs après sa disparition : « Il nous tenait tous à bout de bras… et maintenant nous ne serons plus que nous-mêmes… » » (p. 38-39) « Entendez-le dire aux officiers : « Aidez vos hommes à se valoriser. » « Continuez, en répandant, dans le pays le patriotisme qui est amour des autres… »

Son immense force spirituelle se vérifie par la souveraine liberté qu’il laisse aux autres : « le général Leclerc allait à la messe, non seulement le dimanche, mais tous les jours si c’était possible. Il y avait 21 prêtres à la 2ème DB et les aumôniers divisionnaires célébrèrent souvent la messe pour le général. C’était là, comme tant d’autres, qu’il puisait à sa source l’énorme énergie spirituelle qu’il consommait dans ses actions et qu’il savait également communiquer aux autres… Ils en témoignent, bien que infiniment respectueux de leurs options personnelles, leur chef n’ai jamais rien dit, jamais rien fait qui pût paraître exercer sur eux quelque pression religieuse que ce soit. » (p. 111)

« Je crois que dans l’imprévisible qu’était Leclerc, car il était souvent imprévisible, était le signe qu’il était au service de Dieu et que Dieu l’utilisait. Il était soucieux qu’on laisse la possibilité de s’exprimer aux autres, expressions de la foi même si ce n’était pas la sienne. Par exemple à la libération de Strasbourg, une des premières choses qu’il a faites, c’est de faire rouvrir les synagogues. Ailleurs il a supprimé toutes les lois contre les francs-maçons, contre les juifs, tout ce qui pouvait nuire à la liberté. Parce que Leclerc voulait que les hommes soient libres. » (p. 144-145)

Il est du ressort d’un homme soulevé par Dieu de garder la direction ferme indiquée par sa liberté intérieure. Le reste nous rabaisse, ce qui est dur, ou nous distrait, ce qui est pire encore.

+ Luc Ravel, évêque aux armées

Livre de référence cité : Le général Leclerc ou se commander à soi-même, Maurice Cordier et Roger Fouquer, DDB, 1990

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La mémoire de « l’union sacrée » - Conférence à Compiègne le 10 octobre 2014

visite-mgr-luc-ravel-eveque-aux-armeesPar Mgr Luc Ravel, évêque aux armées

Comment trouver un socle commun pour notre interreligieux

L’actualité nous rejoint aujourd’hui par un prisme singulier : celui des guerres à l’extérieur ou des tensions à l’intérieur à caractère religieux. Chacun sent l’urgence de trouver de nouvelles clefs de lecture et recette de vie pour s’épargner des bouffées de colère et de rancoeurs durables.

On peut se joindre aux commémorations pour en dégager un sens profitable pour notre actualité sans être un spécialiste mais simplement en s’appuyant sur eux. Ni historien, ni spécialiste du dialogue interreligieux, l’évêque aux armées a l’avantage de connaître et de vivre avec ses aumôniers militaires un interreligieux concret. Les discussions pour une connaissance réciproque ne suffisent plus : c’est à une réelle convivialité que nous sommes appelés, à trouver des modes de vie concrets et efficaces pour être et vivre ensemble sur le même sol.

La mémoire du début de la grande Guerre nous met sous les yeux le sol commun, la terre mentale partagée par tous et sur laquelle les français se sont unis malgré des tensions religieuses et politiques extrêmement fortes. Voilà ma thèse : seul le patriotisme, la conscience et l’amour d’une même patrie autorise l’union et la convivialité entre les forces d’un même pays, religieuses mais aussi politiques.

  1. 1. Quelques rappels historiques de ce tout début de la guerre : l’union sacrée

1 et 2 août 1914 : mobilisation générale en France (décidée le samedi 1 août et effective le dimanche 2 août)

Dans la nuit du 1 au 2 août déclaration de guerre de l’Allemagne à la Russie.

Lundi 3 août 1914 à 18h45 l’ambassadeur d’Allemagne en France, von Schoen remet à Viviani la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France

Mardi 4 août 1914 : le message lu par le président du Conseil Viviani du président Poincaré à la chambre où il emploie l’expression « union sacrée », dont le sens premier est d’abord politique et militaire : « (La France) sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l’ennemi l’union sacrée, et qui sont, aujourd’hui, fraternellement assemblés dans une même indignation contre l’agresseur, et dans une même foi patriotique. »

Il s’agit de faire front. Cette expression a ses équivalents chez tous les belligérants. Poincaré explique dans ses mémoires, écrites douze ans plus tard, le sens de cette expression « l’union sacrée » : « l’union sacrée, sacrée comme le bataillon thébain, dont les guerriers, liés d’une indissoluble amitié, juraient de mourir ensemble, sacrée, comme les guerres entreprises par les grecs pour la défense du temple de Delphes, sacrée comme ce qui est grand, inviolable et presque surnaturel. » (Xavier Boniface, Histoire religieuse de la Grande Guerre, Fayard, 2014, p. 37)

Aucune dimension proprement religieuse n’apparaît dans cette « union sacrée » : en faire une sorte de communion interreligieuse, de conscience supérieure aux religions présentes relève d’un fantasme. Les religions, les forces spirituelles et politiques ne se sont pas unis mécaniquement entre elles. Elles se sont reconnues unies par un sol commun.

Cette valeur commune a deux faces : la face négative née spontanément. Il s’agit de « faire front contre ». Deux ennemis s’unissent contre un troisième. Ce côté demeure sombre parce qu’il inspire une terrible question : faut-il une « bonne guerre », comme disent les gens, faut-il une catastrophe pour enfin nous unir ? L’adversité est une force d’unité. Est-elle la seule ? Est-elle nécessaire ? Mais le discours de Poincaré décrit une autre face, positive : une même foi patriotique. Ce côté là ne naît pas de lui-même. Il y a fallu un effort d’éducation considérable, tel celui proposé par la IIIème République.

On peut parler assurément d’une religion de la patrie : Paul Bert, le comparse de Jules Ferry à l’Instruction Publique, proposait : « une pensée unique, une foi commune… c’est une religion de la Patrie, c’est ce culte et cet amour à la fois ardent et raisonné, dont nous voulons pénétrer le cœur et l’esprit de l’enfant, dont nous voulons l’imprégner jusqu’au moelles. » (6 août 1882) Le président du conseil, Viviani, reprend exactement cela à son compte : « Je salue tous les partis fondus aujourd’hui dans la religion de la Patrie », explique-t-il le 4 août 1914 à la chambre peu après la lecture du message du président Poincaré.

Tous les bords politiques ou religieux vont dans le même sens. Ainsi l’archevêque de Paris, le cardinal Amette dans une lettre au clergé et aux fidèles invite à prier pour la France en ces termes : « En face du danger qui menace le pays, toute division cesse parmi ses fils. Tous se lèvent dans un mouvement unanime de fidélité au devoir et de dévouement à la patrie. »

Il nous faudra moduler ces termes et surtout revisiter ce qu’ils recouvrent à l’aune des nationalismes qui ont recouvert le XXème siècle d’une couche de sang. Le nationalisme est le pur produit d’un patriotisme exagéré en ce sens que la religion de la patrie exclue les autres religions, en ce sens que la Patrie est devenue un Absolu remplaçant l’autre Absolu, l’Unique Dieu. Aussi le « dévouement à la Patrie » semble plus à même d’exprimer le véritable patriotisme que la « religion de la Patrie ».

  1. 2. Un intérêt de la commémoration : la solidarité nationale.

La situation actuelle est suffisamment embarrassante pour que nous ne nous y égarions pas. Nous avons besoin d’un fil conducteur ou de quelques signes de pistes pour marcher comme des hommes dans une situation intérieure et extérieure (ne les séparons pas) extrêmement compliquée voire excessivement fragile.

Bien entendu, chacun personnellement à ses repères, ses projets, ses soutiens, ses moyens. Et tout le monde bénéficie de l’aide divine ! Mais pour autant nous ne pouvons pas séparer nos destins individuels du destin de notre communauté. Nous ne pouvons pas être un homme heureux indépendamment des communautés auxquelles nous appartenons. Parmi elles, la plus importante au plan politique : la nation. Il y a un destin collectif de la France qui nous dépasse bien qu’il dépende de nous, un avenir collégial qui nous déborde bien qu’il ne puisse se réaliser sans chacun de nous. Et c’est donc en se tournant vers l’avenir de ces communautés, et de la France en particulier que nous nous retrouvons ce soir.

Redisons-le autrement : il ne s’agit pas ce soir, et en toute commémoration de la Grande Guerre, de chercher notre réussite personnelle ; je ne vous dirai pas s’il faut, demain, acheter votre maison ou la vendre, changer de métier ou garder la même profession, se taire ou parler etc. Mais nous pouvons à l’occasion de cette commémoration, réfléchir ensemble à ce que chacun doit faire personnellement pour le profit de cette communauté nationale telle qu’elle est voulue par Dieu et telle qu’elle profitera à vos enfants et aux enfants de vos enfants. Car ce que nous faisons de bien ou de mal rejaillit deux générations en dessous de la nôtre : « Les grands-pères ont mangé du raisin sec et les petits-enfants ont eu les dents agacés ». Quand les prophètes attirent l’attention sur la responsabilité personnelle (la religion du cœur), ils ne renient pas ce fait : socialement, collectivement, politiquement, ce que nous faisons engagent deux générations en dessous et les prodigieuses avancées techniques ne changent rien à cet enchaînement. C’est une responsabilité énorme.

Celui qui veut s’en tirer tout seul et laisser derrière lui le chaos, n’a qu’une envie : quitter le navire avant qu’il ne coule. Tandis que notre question initiale sera : que dois-je faire moi pour sauver le navire et sauver tout l’équipage ? Et la religion chrétienne rajoute : et c’est ainsi que loin de disparaître dans une masse informe, loin de renier mon bonheur personnel, je le trouverai car « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. »

On remarque le saut mental requis par rapport à tout individualisme, à tout corporatisme, à tout cléricalisme. L’individualisme vise à sauver sa peau. Le corporatisme à sauver son clan, ceux qui sont semblables à moi. Le cléricalisme est une forme de corporatisme peinte en religion : il s’agit de vouloir et de défendre les intérêts de l’Eglise. Comme si l’Eglise existait pour elle-même. Comme si une religion n’était pas au service des hommes et du monde pour le conduire à son achèvement dans la civilisation de l’amour.

Tel est le sens, tel est l’intérêt, tel est l’immense avantage que nous ayons en commémorant le début de la Grande Guerre. C’était aussi la question de cet fin du mois de juillet et de ce début du mois d’août 1914 : allions-nous rester divisés alors que nous entrions en guerre ? Serions-nous disloqués plus vite par nos inimitiés internes que par les attaques extérieures ?

Jaurès change son fusil d’épaule fin juillet juste avant son assassinat : de pacifiste convaincu, il se rend à la nécessité de faire front dans la guerre. Pour tous, va flamber la devise : « l’union sacrée». Tous vont s’emparer du mot de Poincaré en lui donnant des interprétations aussi diverses que les opinions politiques ou religieuses. Nous ne les discuterons pas ce soir.

Ce qui nous intéresse, c’est de faire mémoire ensemble pour nous unir et tromper toutes nos faiblesses dues à nos divisions. Le front tout à la fois social, sociétal, militaire, religieux, nous appelle à sa ligne de feu. Un engagement douloureux, peut être radical mais en tous cas personnel nous est demandé au nom d’un intérêt collectif et non plus individuel. Saurons-nous répondre ?

Nous allons évoquer ensemble, ce soir ou ces prochaines années, ces enfantements terribles, ces sacrifices immenses dont la guerre va accoucher : ne parlons pas trop vite et avec insouciance de cette « union sacrée » comme si elle était le remède sans douleur à nos vifs problèmes contemporains. Il n’y aura pas d’ « union sacrée » sans une conscience renouvelée du patriotisme, d’un projet collectif, d’un engagement personnel à la communauté de destin. Et sans sacrifice. Car seul le sacrifice fait passer le mot dans les faits. Si n’intéresse qu’un souci personnel d’un développement ou d’une survie, les difficultés ne proposent que la fuite. C’est apparemment la seule issue pour le sacrifice. Mon propos n’aura alors aucun intérêt comme toutes nos commémorations.

Mais si nous sommes chrétiens, répétons-nous deux choses :

La fuite n’est jamais l’heureuse issue humaine. De l’intérieur et seulement de l’intérieur, on fait changer les choses. De l’intérieur ne signifie pas immergé dans le monde comme un sous-marin dans l’eau, imperméable au milieu dans lequel il baigne. Mais « de l’intérieur» signifie : solidaire de ce monde battu pas les vagues. Par son incarnation, le Fils éternel a voulu nous sauver en devenant solidaire en tout des hommes : il a lié librement son destin au nôtre. Il s’est laissé emporté dans notre mort pour que nous soyons emporté dans sa résurrection. Désormais, nous partageons le même destin.

La communauté politique appelée « nation » n’est pas une invention humaine. Elle est voulue par Dieu pour épanouir l’homme. Bien sûr, ce n’est pas Dieu qui fixe les frontières ou qui révèle nos constitutions ! Il ne s’agit pas de sacraliser notre terre comme si elle était nôtre depuis le début des siècles. Ou de sacraliser tel ou tel régime politique. Encore moins de tomber dans l’idéologie de la IIIème République résumée par Viviani : « la religion de la nation » dont on sait qu’elle a débouché sur des nationalismes effrayants. Mais il nous faut affirmer que l’homme est par vocation un homme social et politique. Les nations sont voulues par Dieu et elles ont entre elles un lien de complémentarité pour former le grand corps du « genre humain ». Chacune à sa vocation dans le concert des nations. Un homme apatride n’est pas un saint mais un malheureux. La conscience que notre vraie Patrie est le Ciel n’élimine pas le fait que nous sommes encore dans le temps et que notre croissance dans le temps suppose la nation.

  1. 3. La patrie, fondement de l’inter-politique, de l’interreligieux, de l’intercommunauté.

Revenons à ces débuts de la Grande Guerre, vu sous un angle particulier, celui des croyants. Les chrétiens, mais c’est vrai aussi des juifs et des musulmans, meurent « Pour la France et pour l’Eglise ». Ou les variantes : pour Dieu et pour la Patrie (pro Deo et patria).

« Il m’est consolant de dire : Je meurs pour la France et pour l’Eglise. Je fais bien volontiers le don de mon sang et de ma pauvre vie pour que nous soyons vainqueurs et que la liberté soit accordée à l’Eglise dans ce cher pays qui avait mérité le nom de fille aînée de l’Eglise. » Abbé Pierre Berger, séminariste, tué le 27 août 1916 Les chrétiens n’hésitent pas à écrire qu’ils « mourront en chrétien et en soldat français. » « Dieu, la patrie, la société des Missions étrangères attendent que chacun fasse son devoir… » Mgr Morel archevêque de Pondichéry à ses confrères.

«  Mon cœur est tout à la patrie. Je me reproche même d’oublier Dieu pour la France. C’est à peine si je prie et cependant je suis en face de la mort ! Je me rassure au fond c’est bien Dieu que je sers en servant la patrie. » Sergent Rochon du Verdier, Séminariste tué le 7 septembre 1914

Et c’est ce qui va être fait et dont nous avons une preuve du sang terrible : pour les catholiques les chiffes parlent :

Séculiers : 25 400 mobilisés, 3 249 tués

Religieux : 9 323 mobilisés, 1 571 tués

Religieuse : 16 143 mobilisées, 378 tuées

Les autres religions sont sur le même pied, dans les proportions sociales.

Le patriotisme est le fond, le terreau, sur lequel s’établissent les autres valeurs politiques ou religieuses. « L’union sacrée » de la guerre révèle cette unité substantielle que la vie de Paix ne laissait pas ou peu entrevoir. Mais au fond, cette unité préexistait déjà, Poincaré n’a eu un tel succès qu’en raison de son existence.

Bien sûr des questions s’élèvent : est-on français avant d’être catholique ? Etc. Les cités charnelles sont-elles la chair de la Cité de Dieu ? Nous n’y entrerons pas ce soir.

De même que nous pourrions rajouter que cette union sacrée n’a jamais tari l’anticléricalisme qui resurgit dès le mois de septembre 1914… Et cette implication des croyants dans la guerre, leur esprit patriotique mettra du temps à être reconnu : la rumeur infâme et la réponse donnée, d’une part par Maurice Barrès et, d’autre part, par « la preuve du sang ».

Ce qui nous intéresse ici, en ce souvenir de 1914, tient dans une première donnée incontournable : une conscience nationale est nécessaire pour une « union sacrée » au quotidien, pour une convivialité réelle et stable où la diversité des forces en présence trouve des synergies acceptables pour tous. C’est l’intérêt du foie ou du cœur de travailler pour le corps tout entier quitte à ne pas être vu. Mais si l’organe singulier ignore ou refuse le corps dans son ensemble, comme un organe greffé, il y a rejet : tous en pâtissent. Et les organes ne s’unissent pas entre eux sans un projet commun plus haut que la résultante de leurs intérêts particuliers.

Rêver d’une « union sacrée » et en particulier d’un interreligieux sans parler de la nation, c’est faire fausse route et ne rien comprendre aux fondamentaux humains ; c’est construire des unités de façade sur du sable ; le sol sur lequel se construit l’unité nationale, n’est pas l’union des groupes religieux indépendamment d’une cohésion nationale. Nous sommes là dans le rêve ou la défiance, en tous cas sur une bien mauvaise conception de la laïcité propre à ceux qui n’y connaissent rien et veulent se défausser de leur responsabilité politique. Disons-le autrement : les forces religieuses mises en présence sur une même terre par l’histoire, ne sont pas responsables de l’unité d’un pays. C’est la tâche du politique. Quand celui-ci, par peur des religions (nommons les choses), les accuse de ne pas s’entendre entre elles et cherche à tout prix à les unifier dans un dénominateur commun dont aucune tête ne doit dépasser, il abandonne sa mission.

Nous avons dans l’armée l’expérience concrète de ces tentatives malhabiles de chefs qui se défaussent. Ce n’est pas aux aumôniers à trouver leur tronc commun. Au niveau personnel, ils doivent s’entendre entre eux pour vivre ensemble, partager les moyens etc. Et c’est ce qui se passe. Mais lorsque le chef se tourne vers eux pour leur demander de bâtir une célébration commune au motif qu’ils doivent être source de l’unité, il se trompe profondément et sécrète le mal-être.

Comment réveiller ou éveiller une conscience nationale ? Voilà la première question que je poserai si on veut m’interroger sur l’interreligieux concret dans une société. Là où on attend un discours pieux sur le commun des religions, là où on veut chercher je ne sais quelle théologie de supermarché, je retourne la question sur le politique. Que faites-vous pour une nouvelle conscience nationale, un patriotisme noble et sans peur où l’affirmation de la France conforte notre travail avec les autres nations ?

  1. 4. La foi et la mémoire de l’humanité : la contribution de la foi aux commémorations.

Il me semble que commémorer est une voie indispensable pour éveiller ou réveiller une conscience nationale, un patriotisme sain, réel et vigoureux mais évitant de tomber dans les pièges sournois du nationalisme. Nous parlons de la mémoire collective, c’est à dire de l’histoire remémorée à même de raviver la flamme sans duperie ou trompe l’œil.

Car il y a une mémoire collective comme il existe une mémoire personnelle. Que ces commémorations soient l’occasion d’une redécouverte de sa famille (les carnets de son grand-père etc.) ne peut que nous réjouir. Mais lorsque nous parlons de commémoration, nous parlons d’autre chose. Commémorer, c’est faire mémoire ensemble d’un passé commun.

Pour l’Eglise, commémorer, c’est d’abord contribuer avec d’autres à mettre en lumière une donnée anthropologique fondamentale : l’homme sage participe d’une mémoire collective « antérieure » à la mémoire individuelle. C’est le premier enjeu de notre commémoration.

En effet, comme le temps est en l’homme (la durée) et l’homme dans le temps (l’écoulement), la mémoire est en l’homme et l’homme dans la mémoire. Quand l’homme se souvient, il revient à sa mémoire individuelle où des éléments de son passé se sont gravés. Mais l’homme habite dans une mémoire collective exprimée par les Traditions de ses pères : « Les nations, de manière analogue aux individus, sont dotées d’une mémoire historique. »[1] Dans son poème « Quand je pense : Patrie… », Karol Wojtyla l’exprimait ainsi :

« Quand je pense : Patrie… - je l’exprime et je m’enracine, le cœur m’en parle comme d’une secrète frontière allant de moi vers les autres, nous embrassant tous en un passé plus ancien qu’aucun de nous.

C’est de ce passé -quand je pense : Patrie…- que j’émerge pour l’enfermer en moi tel un trésor.

Sans cesse je me demande comment le multiplier, comment élargir l’espace qu’il emplit. »[2]

C’est là aussi une démarche totalement judéo-chrétienne. Nous pouvons ajouter à cette dimension de la mémoire collective une contribution propre. Notre contribution propre reste ignorée largement encore aujourd’hui et c’est bien regrettable pour la France.

Ainsi la religion chrétienne, je me prononce pour ma religion, a le culte… de la mémoire ! Constamment l’homme ou le peuple est invité à se souvenir. Et, réciproquement, par un anthropomorphisme aisé à décrypter, ils prient Dieu de se souvenir de ses promesses. Le peuple de Dieu est ainsi le peuple à la longue mémoire. Et dès qu’il oublie les commandements de Dieu et ses merveilles réalisées jadis, dès qu’il oublie les promesses divines et les engagements humains qui y correspondent, il sombre dans le péché et s’égare dans des voies de misère. Le « présentisme » ambiant nous est présenté comme une ultime sagesse : vivre l’instant présent et juste l’instant présent. Mais très vite, il appauvrit et se termine en dislocation de l’homme asphyxié par une succession d’instants tous différents et sans lien entre eux.

Pour développer mon propos, j’en appelle au pape François dans son Encyclique Lumen Fidei du 29 juin 2013. Il aborde ce thème de la mémoire et du sens de la vie. Nous pourrions y trouver ce que la religion peut apporter dans nos commémorations, sa contribution propre, c’est à dire ni la technique de l’historien ni l’instrumentalisation du politique mais l’unité du temps dans sa marche en avant. Une unité qui donne sens à la vie de chacun.

  1. Une mémoire qui englobe déjà le futur :

« 9. Il est vrai qu’en tant que réponse à une Parole qui précède, la foi d’Abraham sera toujours un acte de mémoire. Toutefois cette mémoire ne fixe pas dans le passé mais, étant mémoire d’une promesse, elle devient capable d’ouvrir vers l’avenir, d’éclairer les pas au long de la route. On voit ainsi comment la foi, en tant que mémoire de l’avenir, memoria futuri, est étroitement liée à l’espérance. »

  1. L’unité du temps correspond à l’unité et l’unicité de Dieu :

« 13. Une fois perdue l’orientation fondamentale qui donne unité à son existence, l’homme se disperse dans la multiplicité de ses désirs. Se refusant à attendre le temps de la promesse, il se désintègre dans les mille instants de son histoire. Pour cela l’idolâtrie est toujours un polythéisme, un mouvement sans but qui va d’un seigneur à l’autre. »

  1. Le sens de la route commune :

« 25. Nous pouvons parler, à ce sujet, d’un grand oubli dans notre monde contemporain. La question sur la vérité est, en effet, une question de mémoire, de mémoire profonde, car elle s’adresse à ce qui nous précède et, de cette manière, elle peut réussir à nous unir au-delà de notre « moi » petit et limité. C’est une question sur l’origine du tout, à la lumière de laquelle on peut voir la destination et ainsi aussi le sens de la route commune. »

  1. La foi éclaire toute l’histoire :

« 28. La connaissance de la foi est une connaissance qui éclaire le chemin dans l’histoire. … À travers l’expérience des prophètes, dans la douleur de l’exil et dans l’espérance d’un retour définitif dans la cité sainte, Israël a eu l’intuition que cette vérité de Dieu s’étendait au-delà de son histoire, pour embrasser toute l’histoire du monde, depuis la création. La connaissance de la foi éclaire, non seulement le parcours particulier d’un peuple, mais tout le cours du monde créé, de ses origines à sa consommation. »

 

 

Bibliographie :

Max Gallo, 1914 le destin du monde, XO éditions, Paris 2013

Annette Becker, La guerre et la foi. De la mort à la mémoire 1914-1930, Armand Colin, Paris 1994

Xavier Boniface, Histoire religieuse de la Grande Guerre, Fayard, 2014

 

[1] Jean-Paul II, Mémoire et identité, Flammarion, 2005, p. 92

[2] Karol Wojtyla, Poèmes, éd. Cana/ Cerf, Paris, 1998

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Homélie pour la Consécration épiscopale de Mgr Jean-Marie Lovey

Le 28 septembre 2014 à la cathédrale de Sion

Qu’est-ce qu’un troupeau sans pasteur ? Et qu’est-ce qu’un pasteur sans troupeau ? J’aimerais donc parler à tous : au pasteur d’abord, aux brebis ensuite.

 

Un évêque reste l’homme qu’il est. C’est d’ailleurs ce que je peux souhaiter de meilleur à notre nouvel évêque. En tant qu’homme, il coïncide si bien à cette belle terre du Valais que nous pouvons tous en rendre grâce. C’est une bonne terre en forme de couffin, aux bords aiguisés, où coule le grand fleuve. C’est une bonne terre où le silence des cimes répond à la vie de la vallée. Là-haut sur les crêtes, on s’imbibe de silence comme l’éponge dans le torrent absorbe l’eau. D’un silence plein de vent, de lumière, de neige, de rocs et de risques qui font naître la liberté.

Quand il redescend dans la vallée, de cet homme imprégné de silence et pressé par les siens, il sort un « jus » précieux : l’art de l’écoute. Car l’écoute est un art. Et c’est peut être le seul qui fasse ce lien si fort du pasteur aux brebis, qui donne au pasteur de sentir l’odeur des brebis, de les connaître par leur nom, c’est à dire par l’intérieur. C’est grâce à cet art de l’écoute qu’un jour le pasteur fait connaître et reconnaître sa voix. Car sa voix est alors le surplus d’un cœur liquide. Sa voix est le débordement d’un mélange chimique réussi entre ce qu’il entend des brebis et ce qu’il reçoit du Christ Pasteur. Nous le savons : qu’est-ce qu’une parole forte si elle n’est pas portée par une voix connue ? Des mots parmi tant de bruits, des idées noyées dans les opinions… Elle ne touche pas. Elle ne concerne pas. C’est comme si elle ne s’adressait pas à nous. Pour qu’une parole d’évêque entraîne, elle doit être portée par une voix connue. Les brebis reconnaissent sa voix en ce qu’elle est le trop plein d’un cœur où sont mixés ensemble les mots des hommes et les mots de Dieu.

Cet art de l’écoute donne aussi à l’évêque de se situer « géographiquement » par rapport au troupeau. Le pape François nous l’explique ainsi :

« L’évêque doit toujours favoriser la communion missionnaire dans son église diocésaine… par conséquent, parfois il se mettra devant pour indiquer la route et soutenir l’espérance du peuple, d’autres fois, il sera simplement au milieu de tous dans une proximité simple et miséricordieuse, et, en certaines circonstances, il devra marcher derrière le peuple, pour aider ceux qui sont restés en arrière et -surtout- pour que le troupeau lui-même possède un odorat pour trouver de nouveaux chemins. » (Pape François, La joie de l’Evangile, § 31)

Savoir se situer n’est pas évident dans le flux continu des propositions, des appels, des manques d’un appareil encore très lourd. Mais l’art de l’écoute combat ce flux oppressant ; grâce à lui, l’évêque sait marcher où il faut : devant, au milieu, derrière.

L’évêque conduit le peuple mais le peuple construit l’évêque. L’effort à faire n’est pas seulement chez le jeune évêque. Le don de Dieu appelle une réponse de tous.

Il y a, bien sûr, le besoin de s’adapter à un nouveau « chef ». On aimait l’ancien, on le connaissait : le changement impose à tous un effort. Toute entreprise fonctionne ainsi. Je ne m’attarde pas sur ce point : il s’agit ici de bien autre chose.

L’effort à faire de la part des brebis, c’est d’abord d’expurger de leurs têtes l’idée d’un évêque tout fait, qui ne serait plus à faire une fois la célébration achevée : la consécration épiscopale ne fait pas d’un prêtre un super-prêtre à la façon des super-héros, instantanément dotés de super-pouvoirs. L’évêque ne devient pas un super-prêtre, plus fort, plus intelligent, plus saint que ses prêtres. Si c’était le cas, ça se saurait ! Il en va de l’évêque comme de tout chrétien : Baptisé, deviens ce que tu es. Evêque, deviens ce que tu es ! Dieu donne une semence qui se développe progressivement. C’est dans le temps avec les autres, dans les contacts avec les autres, dans un long apprentissage avec les autres, surtout avec le peuple confié, que nous mûrissons notre don épiscopal. La semence profite de la terre pour devenir un arbre immense. A condition que la terre joue le jeu.

Un souvenir personnel encore frais. Il y a cinq ans, d’un coup, sans expérience, sans aucune connaissance du milieu des aumôniers militaires, je suis devenu évêque aux armées françaises. D’un coup, tous attendaient de moi que je prenne des décisions rapides, justes, prudentes et… efficaces ! Quelle impression terrible de sentir tous les regards tournés vers moi, évêque ne sachant même pas encore marcher comme un évêque ! Bien sûr, il y avait là un beau témoignage de confiance ; une belle mise en lumière de la puissance de la grâce. Mais enfin, Dieu n’use pas de baguette magique. Le sacrement n’est pas une potion de sorcier qui nous transforme instantanément en un évêque complet et expérimenté.

On est évêque par le don de Dieu. Mais on devient évêque grâce à l’aide des brebis. Mes amis, puisque Dieu l’a fait évêque, aidez votre évêque à devenir évêque ! C’est là votre responsabilité première à son égard. Vous en rendrez des comptes à Dieu.

Quand saint Augustin évoque son fardeau d’évêque, il parle aussi au peuple de sa responsabilité. Dans un des sermons, il exhorte le peuple d’Hippone : « Que vos prières me viennent en aide, afin que (le Christ), daigne porter mon fardeau avec moi. Lorsque vous priez en ce sens, vous priez aussi pour vous ; car mon fardeau, celui dont je parle actuellement ; qu’est-ce d’autre, si ce n’est vous ? » (Sermon 340)

Le fardeau de l’évêque, sa mission, sa préoccupation, c’est vous. Non pas d’abord des choses à faire, un diocèse à faire tourner. Mais notre « cahier de charges » d’évêque, c’est vous. Vous, têtes brunes, blondes ou blanches, vous déjà plongés dans la vie ecclésiale ou encore loin de l’Eglise. Priez pour lui, non pour qu’il se convertisse à vos idées mais pour qu’il soit toujours plus uni au Christ. Voilà la première aide à l’évêque : prier que le Christ soit avec Lui au maximum.

Mais Augustin ajoute : « Priez pour que j’aie des forces, comme je prie pour que vous ne soyez pas trop lourds… » (Sermo 340). Voici la deuxième aide à l’évêque : ne soyez pas trop lourds. Mieux encore : devenez plus légers. Pardon pour ceux qui pâtissent déjà sur des régimes alimentaires mais je dois le redire avec saint Augustin : sur le plan de l’esprit, perdez du poids, allégez-vous. Mettez-vous au régime de l’Esprit saint en évitant le surpoids de la vanité, de l’individualisme. Si vous devenez plus légers par l’Amour, vous allègerez la charge de votre évêque…

Mais il s’agit d’un Amour en acte : « Prêtez attention, vous aussi au danger où vous êtes. …/… Les paroles vous plaisent, je réclame des actes. » (Sermon 17, 2 et 17). Nous en venons donc à la troisième manière d’aider votre évêque : obéissez-lui pour mettre en sons réels la partition que l’Esprit-Saint écrit dans vos cœurs.

Je m’attarde sur ce point car il y a à réfléchir sur cette obéissance. Peut-être résume-t-elle le lien entre les brebis et le pasteur ? Si le lien entre le pasteur et ses brebis est bien ajusté quand il se vit dans l’art de l’écoute, réciproquement, dans l’autre sens, le lien entre les brebis et le pasteur est bien ajusté quand il se vit dans l’art de l’obéissance.

J’en viens à ce beau témoignage de Madeleine Delbrêl à son retour d’un voyage éclair à Rome en mai 1952 :

« J’ai découvert pendant mon voyage, et à Rome, l’immense importance dans la foi et dans la vie de l’Eglise, des évêques… Il m’a semblé que, vis à vis de ce que nous appelons l’autorité, nous agissons tantôt comme des fétichistes, tantôt comme des libéraux. Nous ne refluons pas vers les évêques avec ce que nous rencontrons, connaissons du monde. Ou bien nous obéissons comme un soldat de 2ème classe ; ou bien nous présentons au mieux nos desiderata à leur signature. Nous n’apportons pas les images des yeux au cerveau, les sensations etc. Nous sommes sous le régime des autorisations, non de l’autorité, qui serait d’apporter de quoi « faire », de quoi être les « auteurs » de l’œuvre de Dieu. » (Madeleine Delbrêl, Voyage éclair à Rome, dans Nous autres gens des rues, Seuil, Paris 1966, pp. 137-139)

Je le redis à ma façon : la véritable obéissance, c’est de venir à votre évêque avec les yeux brillants, les oreilles ouvertes, les mains boueuses, certainement, les cœurs brûlants d’avoir palpé, senti, écouté, vu et partagé les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses de notre monde. L’Esprit vous guide dans le réel, dans votre famille, votre travail, votre inscription dans le monde. Laissez-le parler en vous. Parlez à votre évêque sous l’Esprit, parlez-lui des hommes qui souffrent et aussi de ceux qui chantent ; et pourquoi ils souffrent et pourquoi ils chantent ; et pourquoi ils pensent et pourquoi ils aiment ; et pourquoi ils vivent sans Dieu et pourquoi ils vivent de Dieu. Et terminez donc en lui disant : « me voici, que dois-je faire pour le Royaume ? »

Et c’est ainsi qu’à travers vous, l’évêque écoute toujours l’Esprit.

+ Luc Ravel, évêque aux armées françaises

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Saint du Jour

Nominis

3 août 2020

Tous les saints du jour Nominis
  • Sainte Lydie - Commerçante en pourpre convertie par Saint Paul (I siècle)
    Elle venait de la Grèce d'Asie et s'était installée à Philippes, port de la mer Egée pour son commerce de tissu et de pourpre. C'est là qu'elle rencontra saint Paul et saint Luc (Actes des Apôtres 16. 11). Ils vinrent habiter chez elle "Si vous voulez bien me considérer comme une servante de Dieu, descendez chez moi."Les Églises d'Orient fêtent cette païenne qui professait la foi juive et qui fut convertie au Christ par saint Paul lors de son passage à Philippes en Macédoine. Elle l'accueillit avec ses compagnons Silas et Luc (Actes 16. 11 à 15). Elle dut mourir vers 50-55, puisque Paul écrivant aux chrétiens de Philippes ne la mentionne pas dans sa lettre.Au 20 mai, commémoraison de sainte Lydie, la marchande de pourpre de Thyatire, qui, à Philippes de Macédoine, fut la première dans cette ville à croire à l'Évangile, après la prédication de l'Apôtre saint Paul.
  • Sainte Salomé la Myrophore - épouse de Zébédée et mère des apôtres Jacques et Jean (I siècle)
    Epouse de Zébédée, un des patrons pêcheurs de Bethsaïde, mère des apôtres Jacques et Jean, elle était de celles «qui suivaient Jésus et le servaient». Elle avait mis en avant ses deux fils pour qu'ils soient de chaque côté du Messie (Matthieu 20. 17 à 28) aux meilleures places dans le Royaume. Au jour de la Passion, elle était au pied de la Croix. Elle fut aussi de celles qui achetèrent des aromates pour embaumer le corps du Christ et qui le dimanche matin de Pâques trouvèrent le tombeau vide. Elle cherchait peut-être la meilleure place pour ses enfants, quelle mère n'en ferait pas autant? mais elle sut aussi venir à l'aube du matin de Pâques, alors que ses enfants n'y étaient point, et c'était pour Jésus. Illustration: Les Saintes Femmes (les Myrophores) se rendent au Sépulcre pour embaumer le corps du Christ - Abbaye Saint-Pierre de Mozat ou Mozac (Auvergne)Le culte des Saintes Maries Jacobé et Salomé est confirmé, en Provence, entre autres témoignages, par le concours de nombreux fidèles en l'église des Saintes Maries de la Mer, où des grâces abondantes ont été obtenues par leur patronage.Elles furent parmi les femmes qui accompagnaient Jésus au cours de sa vie apostolique et lui venaient en aide par leurs biens matériels.Marie Jacobé était mère de Jacques le Mineur, de José et peut-être de Simon le Zélote et de Jude.Salomé était mère de Jean et de Jacques le Majeur.Fidèles, avec Marie et Marie-Madeleine, au temps de la Passion, elles vinrent au sépulcre, le matin de Pâques, où un ange leur déclara que Jésus est vivant. Elles furent ainsi les premiers témoins de la Résurrection. (source: Les Saints du diocèse de Nîmes)