Homélie de la messe internationale du 61ème PMI

Présidée par Mgr Antoine de Romanet,
Evêque aux Armées Françaises
le dimanche 19 mai 2019

Lecture. Jean (13, 31-33a.34-35) : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres ».

Mes amis, cet Evangile nous met au cœur de tout. Il nous parle d’amour. Dieu est Amour. Nous avons été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, par amour et pour l’amour. Le commandement de l’amour. Aimer semble facile : toutes les chansons du monde nous invitent à aimer et nous sentons que nous sommes faits pour aimer ; nous sentons que nous sommes heureux lorsque nous aimons et lorsque nous sommes aimés. Pour autant, il y a une sorte d’électrochoc dans ces Paroles de Jésus : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres ». L’amour peut-il se commander ? Est-ce que je peux vous dire : « Aimez-moi ! C’est un ordre ! » ? Est-ce que l’amour n’est pas une réalité naturelle et spontanée ? Il y a des choses que j’aime et des choses que je n’aime pas : j’aime la musique classique, je n’aime pas la musique synthétique, ou l’inverse ; j’aime la vanille et je n’aime pas la fraise, ou l’inverse.

 

I – Aimer, au carrefour de plusieurs sens

Il nous faut réaliser que « aimer » est un mot au carrefour de plusieurs sens et que le français, notre langue, qui est si riche à bien des égards, est d’une pauvreté impressionnante sur ce registre précis.

a - le plaisir - le senti : excellent mais limité (risque égocentré/superficiel)

Il y a d’abord un premier niveau, celui du plaisir, du senti : j’aime la vanille ; j’aime la musique classique. C’est senti, mais c’est une expérience limitée. Le plaisir est une bonne chose, mais il y a deux limites : si le plaisir est mon seul mobile, il est vite égocentré ; et puis, il peut être superficiel et ne concerner que la surface de l’être. On peut éprouver du plaisir, tandis que le cœur profond reste indifférent.

b - le sentiment - le ressenti : excellent mais éphémère (fragile/inconstant)

Un deuxième niveau, c’est celui du sentiment : on passe du senti au ressenti. Le sentiment est excellent. Mais il est, à bien des égards, éphémère. Le sentiment, qui m’ouvre davantage à l’autre, est un degré d’approfondissement, mais il est fragile, précaire, inconstant. Il va et vient, comme la marée sur la plage. Il y a le risque que l’autre devienne un moyen au service du sentiment qu’il me procure. C’est saint Augustin qui écrit : « Je n’aimais pas, mais j’aimais aimer ».

c - la volonté + le désir + la décision : du ressenti au consenti - trois plans à articuler

Le plaisir. Le sentiment. La volonté : c’est ce troisième niveau, au-delà du plaisir et du sentiment, celui de la volonté. La volonté, c’est le désir plus la décision. On passe du ressenti au consenti. Le consentement. Encore une fois, le plaisir et le sentiment sont excellents, mais nous comprenons qu’il faut les articuler jusqu’à la volonté. Nous avons l’intuition que l’amour n’est pas simplement passion mais action, qu’il ne s’agit pas simplement de ressentir mais de consentir, de consentement à l’autre. La volonté, c’est l’engagement de tout l’être. Aimer, c’est vouloir aimer. Et nous comprenons, en réalisant l’importance de la volonté, que Jésus puisse nous donner à son sujet un commandement : « Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres ».

II – Aimer comme Jésus – le Bon Samaritain

Aimer comme Jésus, cela signifie aimer mon prochain.

a - qui est mon prochain ? Celui dont je me fais activement proche !

Qui est mon prochain ? C’est toute la leçon du Bon Samaritain. Mon prochain, c’est celui dont je me fais activement proche. Ce n’est pas une catégorie juridique ou extérieure. C’est la mesure de mon cœur, qui est la mesure de ma capacité à me faire le prochain de l’autre, à entrer en relation avec lui, à le connaître, pour l’aimer, lui vouloir du bien, non pas d’une manière subjective ou sur un simple registre du plaisir ou du sentiment, mais parce que je le regarde comme Jésus le regarde. A bien des égards, ma capacité à aimer se manifeste par ma capacité à me faire le prochain de l’autre.

b - un amour gratuit qui fait les premiers pas

Aimer comme Jésus, c’est un amour gratuit qui fait les premiers pas.

c - un amour en acte, concret, fidèle et sûr

C’est un amour en acte, concret, fidèle : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger ; j’étais malade et vous m’avez visité ». Parce qu’il ne s’agit pas simplement de faire de la poésie, de faire des volutes avec des mots. La philosophie grecque peut nous aider à aller un peu plus loin dans la compréhension de ce mot « amour », que le grec rend par trois vocables : éros, philia et agapè. Éros, c’est l’amour qui prend ; philia, c’est l’amour qui partage ; agapè, c’est l’amour qui donne.
. Éros, l’amour qui prend. C’est cette dimension de pulsion, d’élan vital, d’attirance, de désir, de concupiscence, de captation. On peut aimer érotiquement sans être aimé. L’amour qui prend, un amour qui a sans cesse besoin d’être purifié.
. Philia, l’amour qui partage, qui prend et qui donne, dans une dimension de solidarité. C’est un échange d’intérêts bien compris.
. Agapè, l’amour qui donne, sans contrepartie, si ce n’est le plaisir de donner ou de se donner. Agapè est dans le décentrement, la pure gratuité.
Nous comprenons ici qu’agapè, qui donne, est à l’opposé d’éros, qui prend. Agapè n’attend rien pour soi : c’est un pur Amour. C’est cet Amour d’agapè dans lequel le Christ nous introduit peu à peu. Et c’est cet extraordinaire dialogue que nous avons entendu entre Jésus et saint Pierre il y a quinze jours dans l’Evangile, ce dialogue où Jésus interroge Pierre. « Pierre, m’aimes-tu ? » « Agapao ? » (M’aimes-tu de cet amour qui donne ?). Et Pierre répond d’une manière qui est incompréhensible dans la traduction française : « Philao » (Seigneur, tu sais que je suis un pauvre pécheur, tu sais que je t’ai trahi. Je ne t’aime pas d’un amour de pure gratuité : je t’aime d’un amour de réciprocité, d’intérêts bien compris). Alors Jésus interroge une deuxième fois : « Pierre, agapao ? » (Est-ce que tu m’aimes d’un amour de gratuité ?). Et Pierre, tout peiné, de répondre : « Philao » (Mais, Seigneur, je suis un pauvre homme : je ne t’aime que par intérêts réciproques). Alors Jésus interroge une troisième fois Pierre, d’une manière magnifique et bouleversante : « Pierre, philao ? » (Est-ce que tu m’aimes d’un amour de réciprocité ?). Et Pierre de lui répondre : « Oui, Seigneur ! Philao ! » (Je t’aime de cet amour). Merveille de voir la manière dont Jésus vient rejoindre Pierre au niveau où il en est ! C’est exactement la même chose pour chacun d’entre nous ce matin : nous sommes tous, à des degrés divers, sur cette échelle qui va d’éros à philia et à agapè. Où que nous soyons, Jésus vient nous rejoindre, Jésus vient nous prendre par la main pour nous faire grandir. Cet Amour d’agapè, cet Amour de don gratuit, pourrait nous faire peur et nous écraser. C’est tout le contraire : c’est cette immensité de l’Amour de Dieu qui vient à notre rencontre et qui se met à notre niveau. Jésus vrai Dieu et vrai homme qui vient partager le concret de nos vies et nous rejoindre chacun, là où nous en sommes, pour nous faire grandir

III – Un amour qui vient de Dieu

a - la charité, nom divin de l’amour - Agapè - amour fraternel oblatif

Nous avons un mot en français pour traduire agapè : c’est le mot de « charité », qui est le nom divin de l’amour, un mot qui a été souvent galvaudé, ravalé au rang d’une pièce de monnaie que l’on donne au détour d’une rue. L’Amour-charité, c’est cet amour fraternel et oblatif, par contraste avec l’amour éros, égocentré et captatif. Passer de « l’autre pour moi » à « moi pour l’autre ». C’est le don qui amorce le mouvement, à partir de l’estime de soi. Aimer quelqu’un, c’est lui révéler sa beauté, lui vouloir du bien en pure gratuité.

b - unité profonde du donner et du recevoir : se recevoir de Dieu - décentrement

Là où l’Evangile nous fait faire un pas décisif par rapport à la catégorisation grecque, c’est que l’agapè n’est pas simplement issu de ma volonté : il s’agit d’un amour gratuit que je reçois d’abord de Dieu. Il s’agit, pour chacun d’entre nous, de nous laisser féconder par l’Amour du Seigneur, par sa Parole, par la prière, par les sacrements ; ouvrir notre cœur pour accueillir l’Amour-charité-agapè que le Seigneur porte vers chacun d’entre nous. C’est bien cet Amour pour lequel nous sommes faits ; c’est celui auquel nous aspirons tous, du plus profond de notre cœur. Nous ne pouvons envisager de le vivre que si, d’abord nous l’avons reçu. Il s’agit, d’abord et avant tout, de nous laisser être aimés, de nous laisser être bouleversés par l’Amour que Dieu nous porte. Le premier, Dieu nous aima et c’est à partir de cet Amour reçu qu’il peut y avoir un amour donné. Mes amis, laissons-nous aimer par le Seigneur, laissons notre cœur être touché, laissons-nous être bouleversés. Tout est à recevoir de Dieu pour être partagé à nos frères

c - au sommet du don, le pardon - indispensable à tout amour authentique

Et, au sommet du don, au sommet de l’Amour, il y a le pardon, que la Croix du Christ illustre mieux que tout. Sur cette terre, il n’y a pas d’amour possible sans pardon, un pardon à recevoir gratuitement pour le donner gratuitement. « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » : c’est à la mesure dont nous nous faisons des êtres de pardon et de miséricorde en vérité, que nous pouvons recevoir le pardon qui vient de Dieu en plénitude.

Alors, mes amis, oui il y a un commandement d’aimer et oui nous avons besoin d’engager notre volonté. Nous ne pouvons le faire qu’en nous recevant du Seigneur. Et c’est dans l’Eucharistie, de la manière la plus belle, la plus forte et la plus intense, que nous recevons cet Amour-charité-agapè du Père, pour féconder nos vies, pour les transformer, ici et maintenant.

Mes amis, laissons-nous saisir par cet Amour, cette charité, dont Dieu notre Père nous aime, chacun, personnellement. Et alors, nous pourrons rayonner cet Amour-charité en semence d’éternité.

Ubi caritas et amor, ubi caritas Deus ibi est !

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Amen.

Mots-clés: Evêque aux Armées, pmi, lourdes, homélie

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Saint du Jour

Nominis

22 septembre 2020

Tous les saints du jour Nominis
  • Saint Maurice - et ses compagnons de la légion thébéenne (✝ v. 287)
    et ses compagnons, militaires romains martyrisés à Auganuum (Agaune), devenu depuis Saint Maurice du Valais. Dès que Maximien devint empereur d'Occident (286), il décida d'y exterminer les chrétiens. Pour cela il fit venir de Thèbes en Égypte la légion qui s'y trouvait cantonnée. Il n'aurait pu tomber plus mal. Les six mille soldats qui la composaient étaient chrétiens. Ils refusèrent d'exécuter les ordres impériaux. Sur quoi ils furent massacrés jusqu'au dernier. Telle est du moins la légende de la Légion thébaine. Ce qui est vrai sans doute, c'est que le décurion Maurice et plusieurs légionnaires refusèrent de prendre part à une cérémonie païenne. Ce pourquoi ils furent exécutés. Au siècle suivant, une basilique s'élevait à cet endroit.Illustration: Erasmus de Formiae et Saint Maurice par Matthias Grünewald (1517-23), paroisse Notre-Dame de Capelou. - Lors de la persécution de Dioclétien (303-305) à Agaune dans le Valais, des soldats sont torturés et mis à mort pour leur foi. Un siècle et demi plus tard, l'évêque de Lyon, Eucher, rédige les récits de leur martyre d'après des traditions orales. Dès le début du VIIe siècle, saint Maurice est en grande vénération à Vienne et dans le diocèse de Grenoble. A la fin du XIe siècle, il devient le seul titulaire de la cathédrale de Vienne. (saints du diocèse de Grenoble)- Saint Maurice - Patron de nombreuses paroisses ou chapelles, mort pour défendre la foi aux premiers siècles de l'Église dans la région. (saints du diocèse d'Annecy)- Comme l'a figuré le célèbre tableau du Greco consacré au martyr de saint Maurice, la foi intrépide des soldats autour de leurs chefs et de sens moral élevé dans le refus d'un ordre injuste au péril de sa vie. (diocèse aux armées françaises)- "Maurice fut exécuté, au début du règne de l'empereur Maximien (289). Voici la 'légende' tirée du bréviaire de Pamiers: Maximien appelé par Dioclétien à partager son pouvoir impérial se rendit en Gaule. Son armée comprenait une légion appelée thébéenne (habitants de Thèbes) Les soldats étaient valeureux, très croyants; même sous les armes ils n'oublièrent pas les préceptes de l'Évangile. Maximien ordonna de sacrifier aux idoles à Octodorus (dans le Valais de la Suisse du Sud - 20km de Saint-Maurice)." (saints du diocèse de Pamiers)- Au début du VIIIe siècle, introduction du culte des reliques des martyrs de la légion thébaine, saint Maurice et ses compagnons, dans une annexe voûtée de la cathédrale. Officier d'un corps d'auxiliaires de l'armée romaine levés en Égypte et convertis au christianisme, Maurice souffrit le martyre vers 290. Refusant de poursuivre les chrétiens et de sacrifier aux dieux païens, Maurice et ses compagnons furent massacrés sur ordre impérial. (Les grandes heures de la cathédrale Saint-Maurice de Vienne)- Voir aussi l'histoire de ces martyrs sur le site de l'abbaye de Saint Maurice en Suisse.- Saint Candide (statue) est le patron de l'église de Picauville dans le Cotentin.- Le nom de la commune de Saint-Xandre (17138) vient, par déformation, de Saint Candide: Sanctus Scandidus. On trouve écrit dans des textes anciens: st Candé, st Candre, Sanctus Xandrius (1262), Sancedrium (1573). Saint Candide, officier de la légion thébaine (grecque), fut martyrisé avec ses compagnons à la fin du IIIe siècle sur l'ordre de l'empereur Maximin pour avoir refusé de combattre contre des chrétiens. (source: toponymie, commune de Saint-Xandre)À Agaune dans le Valais suisse, vers la fin du IIIe siècle, les saints martryrs Maurice, Exupère, Candide, soldats. Selon le récit de saint Eucher de Lyon, ils furent mis à mort pour le Christ avec leurs compagnons de la légion thébéenne et le vétéran Victor, sous l'empereur Maximilien, illustrant ainsi l'Église par leur glorieuse passion.
  • Saint Silvain - ermite du Ve siècle (V siècle)
    Un internaute nous dit  'St Silvain est fêté le 22 septembre. La légende l'a souvent assimilé au personnage de Zachée (St Pierre l'aurait envoyé en France, il aurait connu une très longue route). St Silvain est surtout connu pour être un ermite du Vème siècle (dates imprécises) et qui a évangélisé le Berry. Il a fait beaucoup de miracles dans sa vie, et aujourd'hui encore on le prie spécialement pour le "feu de st Silvain" (sorte d'érysipèle) et on lui confie particulièrement les enfants malades. La tête de St Silvain est une relique conservée à Levroux. Le 5ème dimanche après Pâques, il y a la "fête du Chef", pèlerinage en l'honneur de St Silvain à Levroux. On peut trouver le tombeau de St Silvain (les restes des ossements) à Celle près de St Amand dans le diocèse de Bourges. Un pèlerinage a lieu à la chapelle de St Silvain le 3ème dimanche de septembre.'