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La Vie des Diocèses - émission de KTO du 24 juin 2019

Homélie de la messe internationale du 61ème PMI

Présidée par Mgr Antoine de Romanet,
Evêque aux Armées Françaises
le dimanche 19 mai 2019

Lecture. Jean (13, 31-33a.34-35) : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres ».

Mes amis, cet Evangile nous met au cœur de tout. Il nous parle d’amour. Dieu est Amour. Nous avons été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, par amour et pour l’amour. Le commandement de l’amour. Aimer semble facile : toutes les chansons du monde nous invitent à aimer et nous sentons que nous sommes faits pour aimer ; nous sentons que nous sommes heureux lorsque nous aimons et lorsque nous sommes aimés. Pour autant, il y a une sorte d’électrochoc dans ces Paroles de Jésus : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres ». L’amour peut-il se commander ? Est-ce que je peux vous dire : « Aimez-moi ! C’est un ordre ! » ? Est-ce que l’amour n’est pas une réalité naturelle et spontanée ? Il y a des choses que j’aime et des choses que je n’aime pas : j’aime la musique classique, je n’aime pas la musique synthétique, ou l’inverse ; j’aime la vanille et je n’aime pas la fraise, ou l’inverse.

 

I – Aimer, au carrefour de plusieurs sens

Il nous faut réaliser que « aimer » est un mot au carrefour de plusieurs sens et que le français, notre langue, qui est si riche à bien des égards, est d’une pauvreté impressionnante sur ce registre précis.

a - le plaisir - le senti : excellent mais limité (risque égocentré/superficiel)

Il y a d’abord un premier niveau, celui du plaisir, du senti : j’aime la vanille ; j’aime la musique classique. C’est senti, mais c’est une expérience limitée. Le plaisir est une bonne chose, mais il y a deux limites : si le plaisir est mon seul mobile, il est vite égocentré ; et puis, il peut être superficiel et ne concerner que la surface de l’être. On peut éprouver du plaisir, tandis que le cœur profond reste indifférent.

b - le sentiment - le ressenti : excellent mais éphémère (fragile/inconstant)

Un deuxième niveau, c’est celui du sentiment : on passe du senti au ressenti. Le sentiment est excellent. Mais il est, à bien des égards, éphémère. Le sentiment, qui m’ouvre davantage à l’autre, est un degré d’approfondissement, mais il est fragile, précaire, inconstant. Il va et vient, comme la marée sur la plage. Il y a le risque que l’autre devienne un moyen au service du sentiment qu’il me procure. C’est saint Augustin qui écrit : « Je n’aimais pas, mais j’aimais aimer ».

c - la volonté + le désir + la décision : du ressenti au consenti - trois plans à articuler

Le plaisir. Le sentiment. La volonté : c’est ce troisième niveau, au-delà du plaisir et du sentiment, celui de la volonté. La volonté, c’est le désir plus la décision. On passe du ressenti au consenti. Le consentement. Encore une fois, le plaisir et le sentiment sont excellents, mais nous comprenons qu’il faut les articuler jusqu’à la volonté. Nous avons l’intuition que l’amour n’est pas simplement passion mais action, qu’il ne s’agit pas simplement de ressentir mais de consentir, de consentement à l’autre. La volonté, c’est l’engagement de tout l’être. Aimer, c’est vouloir aimer. Et nous comprenons, en réalisant l’importance de la volonté, que Jésus puisse nous donner à son sujet un commandement : « Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres ».

II – Aimer comme Jésus – le Bon Samaritain

Aimer comme Jésus, cela signifie aimer mon prochain.

a - qui est mon prochain ? Celui dont je me fais activement proche !

Qui est mon prochain ? C’est toute la leçon du Bon Samaritain. Mon prochain, c’est celui dont je me fais activement proche. Ce n’est pas une catégorie juridique ou extérieure. C’est la mesure de mon cœur, qui est la mesure de ma capacité à me faire le prochain de l’autre, à entrer en relation avec lui, à le connaître, pour l’aimer, lui vouloir du bien, non pas d’une manière subjective ou sur un simple registre du plaisir ou du sentiment, mais parce que je le regarde comme Jésus le regarde. A bien des égards, ma capacité à aimer se manifeste par ma capacité à me faire le prochain de l’autre.

b - un amour gratuit qui fait les premiers pas

Aimer comme Jésus, c’est un amour gratuit qui fait les premiers pas.

c - un amour en acte, concret, fidèle et sûr

C’est un amour en acte, concret, fidèle : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger ; j’étais malade et vous m’avez visité ». Parce qu’il ne s’agit pas simplement de faire de la poésie, de faire des volutes avec des mots. La philosophie grecque peut nous aider à aller un peu plus loin dans la compréhension de ce mot « amour », que le grec rend par trois vocables : éros, philia et agapè. Éros, c’est l’amour qui prend ; philia, c’est l’amour qui partage ; agapè, c’est l’amour qui donne.
. Éros, l’amour qui prend. C’est cette dimension de pulsion, d’élan vital, d’attirance, de désir, de concupiscence, de captation. On peut aimer érotiquement sans être aimé. L’amour qui prend, un amour qui a sans cesse besoin d’être purifié.
. Philia, l’amour qui partage, qui prend et qui donne, dans une dimension de solidarité. C’est un échange d’intérêts bien compris.
. Agapè, l’amour qui donne, sans contrepartie, si ce n’est le plaisir de donner ou de se donner. Agapè est dans le décentrement, la pure gratuité.
Nous comprenons ici qu’agapè, qui donne, est à l’opposé d’éros, qui prend. Agapè n’attend rien pour soi : c’est un pur Amour. C’est cet Amour d’agapè dans lequel le Christ nous introduit peu à peu. Et c’est cet extraordinaire dialogue que nous avons entendu entre Jésus et saint Pierre il y a quinze jours dans l’Evangile, ce dialogue où Jésus interroge Pierre. « Pierre, m’aimes-tu ? » « Agapao ? » (M’aimes-tu de cet amour qui donne ?). Et Pierre répond d’une manière qui est incompréhensible dans la traduction française : « Philao » (Seigneur, tu sais que je suis un pauvre pécheur, tu sais que je t’ai trahi. Je ne t’aime pas d’un amour de pure gratuité : je t’aime d’un amour de réciprocité, d’intérêts bien compris). Alors Jésus interroge une deuxième fois : « Pierre, agapao ? » (Est-ce que tu m’aimes d’un amour de gratuité ?). Et Pierre, tout peiné, de répondre : « Philao » (Mais, Seigneur, je suis un pauvre homme : je ne t’aime que par intérêts réciproques). Alors Jésus interroge une troisième fois Pierre, d’une manière magnifique et bouleversante : « Pierre, philao ? » (Est-ce que tu m’aimes d’un amour de réciprocité ?). Et Pierre de lui répondre : « Oui, Seigneur ! Philao ! » (Je t’aime de cet amour). Merveille de voir la manière dont Jésus vient rejoindre Pierre au niveau où il en est ! C’est exactement la même chose pour chacun d’entre nous ce matin : nous sommes tous, à des degrés divers, sur cette échelle qui va d’éros à philia et à agapè. Où que nous soyons, Jésus vient nous rejoindre, Jésus vient nous prendre par la main pour nous faire grandir. Cet Amour d’agapè, cet Amour de don gratuit, pourrait nous faire peur et nous écraser. C’est tout le contraire : c’est cette immensité de l’Amour de Dieu qui vient à notre rencontre et qui se met à notre niveau. Jésus vrai Dieu et vrai homme qui vient partager le concret de nos vies et nous rejoindre chacun, là où nous en sommes, pour nous faire grandir

III – Un amour qui vient de Dieu

a - la charité, nom divin de l’amour - Agapè - amour fraternel oblatif

Nous avons un mot en français pour traduire agapè : c’est le mot de « charité », qui est le nom divin de l’amour, un mot qui a été souvent galvaudé, ravalé au rang d’une pièce de monnaie que l’on donne au détour d’une rue. L’Amour-charité, c’est cet amour fraternel et oblatif, par contraste avec l’amour éros, égocentré et captatif. Passer de « l’autre pour moi » à « moi pour l’autre ». C’est le don qui amorce le mouvement, à partir de l’estime de soi. Aimer quelqu’un, c’est lui révéler sa beauté, lui vouloir du bien en pure gratuité.

b - unité profonde du donner et du recevoir : se recevoir de Dieu - décentrement

Là où l’Evangile nous fait faire un pas décisif par rapport à la catégorisation grecque, c’est que l’agapè n’est pas simplement issu de ma volonté : il s’agit d’un amour gratuit que je reçois d’abord de Dieu. Il s’agit, pour chacun d’entre nous, de nous laisser féconder par l’Amour du Seigneur, par sa Parole, par la prière, par les sacrements ; ouvrir notre cœur pour accueillir l’Amour-charité-agapè que le Seigneur porte vers chacun d’entre nous. C’est bien cet Amour pour lequel nous sommes faits ; c’est celui auquel nous aspirons tous, du plus profond de notre cœur. Nous ne pouvons envisager de le vivre que si, d’abord nous l’avons reçu. Il s’agit, d’abord et avant tout, de nous laisser être aimés, de nous laisser être bouleversés par l’Amour que Dieu nous porte. Le premier, Dieu nous aima et c’est à partir de cet Amour reçu qu’il peut y avoir un amour donné. Mes amis, laissons-nous aimer par le Seigneur, laissons notre cœur être touché, laissons-nous être bouleversés. Tout est à recevoir de Dieu pour être partagé à nos frères

c - au sommet du don, le pardon - indispensable à tout amour authentique

Et, au sommet du don, au sommet de l’Amour, il y a le pardon, que la Croix du Christ illustre mieux que tout. Sur cette terre, il n’y a pas d’amour possible sans pardon, un pardon à recevoir gratuitement pour le donner gratuitement. « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » : c’est à la mesure dont nous nous faisons des êtres de pardon et de miséricorde en vérité, que nous pouvons recevoir le pardon qui vient de Dieu en plénitude.

Alors, mes amis, oui il y a un commandement d’aimer et oui nous avons besoin d’engager notre volonté. Nous ne pouvons le faire qu’en nous recevant du Seigneur. Et c’est dans l’Eucharistie, de la manière la plus belle, la plus forte et la plus intense, que nous recevons cet Amour-charité-agapè du Père, pour féconder nos vies, pour les transformer, ici et maintenant.

Mes amis, laissons-nous saisir par cet Amour, cette charité, dont Dieu notre Père nous aime, chacun, personnellement. Et alors, nous pourrons rayonner cet Amour-charité en semence d’éternité.

Ubi caritas et amor, ubi caritas Deus ibi est !

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Amen.

Mots-clés: Evêque aux Armées, pmi, lourdes, homélie

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Saint du Jour

Nominis

23 août 2019

Tous les saints du jour
  • Sainte Rose de Lima - Vierge (✝ 1617)
    Première sainte du Nouveau Monde, elle fut canonisée en 1671. Rose de Flores (*) était la dixième enfant d'une pauvre famille espagnole de Lima au Pérou. Très vite, elle manifeste pour le Christ un amour si violent qu'elle multiplie les austérités. A 4 ans et demi, elle reçoit la grâce de savoir lire sans avoir appris, l'ayant simplement demandé dans la prière. Elle en profitera pour se nourrir de la vie de sainte Catherine de Sienne qui deviendra son modèle. A 5 ans, elle se consacre à Dieu. A 20 ans, elle prend l'habit des tertiaires dominicaines. Les onze années qui lui restent à vivre, elle les passera, à demi-recluse, dans un minuscule ermitage au fond du jardin de ses parents, dans la prière et une austérité effrayante. En échange, elle reçoit des grâces mystiques étonnantes. Dans le même temps, elle se dévoue au service des indiens, des enfants abandonnés et des vieillards infirmes. Ses visions éveillent les soupçons de l'Inquisition. Elle devra subir des examens et la sûreté doctrinale de ses réponses impressionnera ses interrogateurs. A sa mort, le petit peuple de Lima se presse sur sa tombe pour en recueillir un peu de terre.(*) Née Isabel De Flores Y Del Oliva, elle était si belle que, déjà quant elle était bébé, on l'appela Rose.Elle faisait partie des Saints patrons des JMJ de Madrid en 2011. Après une enfance déjà très mortifiée, elle prit l'habit des Soeurs du Tiers-Ordre dominicain et, à demi-recluse dans le jardin de ses parents, se livra à la pénitence et à l'oraison. Avec un zèle ardent pour le salut des pécheurs et des Indiens, pour qui elle souhaitait donner sa vie, elle se soumettait volontiers à toutes sortes d'austérités et de souffrances, pour les gagner au Christ. Elle mourut le 24 août 1617.