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L'Eglise et l'arme nucléaire - Réflexions de Mgr Antoine de Romanet

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La Vie des Diocèses - émission de KTO du 24 juin 2019

Homélie de la messe chrismale le mardi saint - 16 avril 2019

Cathédrale Saint-Louis des Invalides – mardi 16 avril 2019
Messe chrismale – C – Mardi Saint
Messe présidée par S.E. Mgr Antoine de Romanet de Beaune,
Evêque aux Armées Françaises
à l’intention des aumôniers militaires
et des fidèles du Diocèse aux Armées Françaises et de l’archidiocèse de Paris

Lectures. Livre d’Isaïe (61, 1-3a.6a.8b-9) : « Le Seigneur m’a consacré par l’onction, il m’a envoyé annoncer la Bonne Nouvelle aux humbles, et leur donner l’huile de joie » ; psaume 88 (89), 20ab.21, 22.25, 27.29 : Ton amour, Seigneur, sans fin je le chante (cf. Ps 88, 2a) ! Apocalypse de saint Jean (1, 5-8) : « Il a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père » ; acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres (cf. Is 61, 1). Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! Luc (4, 16-21) : « L’Esprit du Seigneur est sur moi ; il m’a consacré par l’onction ».

Homélie de S.E. Mgr Antoine de Romanet de Beaune.

La liturgie de ce Jeudi Saint nous offre un modèle de liturgie eucharistique. Nous avons une première lecture – du livre d’Isaïe –, un psaume, un deuxième texte de la Parole de Dieu et l’homélie qui est faite par Jésus. L’homélie est déjà faite, par Jésus lui-même, en six versets. Vous comprendrez que la concurrence effectivement est extraordinairement forte : on n’a encore jamais entendu un ecclésiastique se voir reprocher une homélie trop courte ! Jésus est, à l’évidence, dans ces quelques versets, au cœur de l’essentiel : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre ».

I – « Ce passage de l’Ecriture… »

Nous sommes au tout début de l’Evangile selon saint Luc ; c’est l’ouverture du ministère du Christ ; nous sommes au point de jonction entre la Première et la Nouvelle Alliance ; nous sommes dans cette synagogue où Jésus avait ses habitudes. Et Jésus parle la Parole ; Jésus est la Parole ; il est le Verbe créateur ; il est l’alpha et l’oméga, comme le Livre de l’Apocalypse vient de nous le redire avec force. Le Livre de la Genèse illustre la puissance de cette Parole qui DIT et cela EST. C’est cette Parole créatrice, c’est cette Parole première, c’est cette Parole initiale, par qui tous les mondes sont tenus, qui s’incarne en Jésus de Nazareth. « Au commencement était le Verbe », nous dit le prologue de saint Jean, « et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu ». La Parole : « Et le Verbe s’est fait chair et nous avons contemplé sa gloire ». Lorsque nous lisons dans l’Evangile « Jésus proclamait la Bonne Nouvelle », nous pourrions dire équivalemment : la Parole parlait la Parole. Jésus est la Parole, de la manière la plus fondamentale.

Et Jésus nous reprend ici cette parole d’Isaïe, pour nous en montrer l’actualité, non pas simplement pour ses auditeurs il y a vingt siècles, mais pour chacun d’entre nous au cœur de cette liturgie. Voilà qui nous redit la place centrale du Christ, au centre de l’histoire humaine, au centre de chacune de nos vies. Voilà qui nous redit cette place centrale de la Parole de Dieu, toujours nouvelle, toujours en avance sur son temps et sur nos cœurs, une Parole qui ne cesse de nous inviter à la conversion la plus radicale, une Parole à laquelle il nous faut toujours revenir de la manière la plus décisive, faute de quoi nous sombrons dans toutes les idéologies du temps, tous ces « -ismes » (romantisme, idéalisme…, et tant d’autres, qui traversent les époques).

Cette Parole de Dieu, elle est solide. Saint Luc, au début de son Evangile, nous dit combien il s’est informé avec grande précision, lui le médecin, le scientifique. Nous ne le savons que trop : il ne s’agit ni d’un mythe ni d’une fable, mais d’une réalité historique incontournable, devant laquelle chacune de nos libertés se trouve mise en demeure de se positionner.

II – « … que vous venez d’entendre… »

« Cette Parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre… ».

La Parole de Dieu révèle l’homme à lui-même. Elle nous révèle à nous-mêmes, dans la mesure où nous l’accueillons comme une interpellation personnelle. Nous le savons : la grande phrase qui parcourt toute la première Alliance tient en si peu de mots : « Ecoute, Israël, le Seigneur ton Dieu ! ». Mes Amis, qu’il est difficile d’écouter ! Combien l’écoute est une attitude spirituelle de renversement radical ! Nous pouvons nous interroger, chacun : comment avons-nous écouté cette Parole de Dieu ? Avons-nous préparé cette liturgie ? Avons-nous gravé dans nos cœurs ces quelques versets ?

Dans l’Evangile, la comparaison est souvent prise par Jésus entre la Parole et la semence. La question n’est pas l’abondance de la semence : elle est surabondante, dans la prodigalité du Père. La question, c’est celle de la terre qui la reçoit – chacun de nos cœurs : une terre labourée, sarclée, irriguée, ou une terre sèche, ou une terre remplie de pierres, ou une terre remplie de ronces. Cette Parole de Dieu qui nous est offerte au cœur de chacune de nos liturgies, cette Parole de Dieu qui nous est offerte jour après jour comme objet premier de nos méditations, de notre mise en présence du Seigneur, comment l’écoutons-nous véritablement ? Est-ce que notre cœur a soif ? Est-ce que nous désirons d’un grand désir ? Est-ce que notre cœur est labouré en profondeur pour accueillir cette semence et se laisser être fécondé ? Notre rapport à la Parole vivante de Dieu, qui est au cœur même de l’aventure spirituelle de chacune de nos vies, est ici questionné, de la manière la plus essentielle, par Jésus. « Cette Parole de l’Ecriture, que vous venez d’entendre ». Qu’avons-nous fait de ces Paroles ? Qu’allons-nous faire de ces Paroles ?

Cette Parole a l’extraordinaire capacité de nous répondre à la mesure de nos questions : si nous lui posons de petites questions, nous aurons de petites réponses ; si nous lui posons des questions larges, ouvertes et généreuses, nous aurons des réponses larges, ouvertes et généreuses, infiniment au-delà de tout ce que nous pourrions penser, espérer, envisager. Parce que, lorsque ce mouvement de conversion radicale nous donne d’être portés par la Parole du Seigneur, alors ce n’est pas l’exaucement de nos petits projets humains : c’est l’accueil du plan de Dieu. Et ce sont toutes les aventures spirituelles des saints qui nous précèdent, qui nous manifestent combien, s’étant laissé saisir par le Seigneur, ils sont portés au-delà de tout ce qu’ils auraient pu anticiper, souhaiter ou rêver. Parce que ce que Dieu veut nous offrir c’est au-delà de ce que nous pouvons penser : cette vie éternelle avec lui, dans son intimité. Cette Parole, toujours nouvelle.

 III – « … aujourd’hui s’accomplit »

« Cette Parole que vous venez d’entendre, aujourd’hui, elle s’accomplit ».

La Bonne Nouvelle, ce n’est pas d’abord ce que le Christ nous dit : c’est ce qu’il EST. Et cette Parole, elle s’accomplit à la mesure dont nous nous reconnaissons pauvres, captifs et aveugles. Nous pourrions nous dire, à nous tous qui avons reçu la grâce du sacerdoce, que la Parole de Dieu nous invite, aujourd’hui encore, à mobiliser notre énergie pour aller au-devant de nos frères, tous ces pauvres, tous ces éclopés, tous ces boiteux, qui peuplent nos églises et qui peuplent nos rues, dans une situation de supériorité et de cléricalisme, à l’évidence insupportable ! Le cœur même de notre vocation, et le cœur même de notre sacerdoce, il a été, par toute la formation que nous avons reçue et qui doit se déployer jour après jour dans notre vie spirituelle, de réaliser à quel point je suis le pauvre sur le chemin, combien je suis l’estropié de la manière la plus radicale, combien je suis le prisonnier, à tant d’égards, de tout ce qui m’entrave spirituellement dans ma marche à la suite du Seigneur. C’est moi qui ai besoin d’être libéré ; c’est moi qui ai besoin de retrouver la vue ; c’est moi qui suis opprimé. Et ce n’est qu’à la mesure dont je réalise la manière dont le Christ est venu me rejoindre dans ma radicale pauvreté, ce n’est qu’à la mesure où, jour après jour, dans notre vie spirituelle, nous nous remettons devant l’authenticité de nos vies qui est celle de ne devoir, en toute chose, qu’à la grâce du Seigneur de pouvoir être et se déployer.

Ce sacerdoce, dont nous allons renouveler devant vous dans un instant, les engagements pris au jour de notre ordination, c’est, d’abord et avant tout, l’ouverture de notre cœur à la grâce du Seigneur ; c’est l’accueil de cette onction sans cesse à revivifier, parce que ce n’est pas par nous-mêmes, d’aucune manière, par nos pauvres qualités, que nous pourrions prétendre à quoi que ce soit, ni sur le plan humain, ni, plus encore, sur le plan spirituel. Ce que le sacerdoce nous donne de vivre et d’expérimenter, c’est d’être, à notre pauvre mesure, canal de la grâce, en tant que jour après jour nous venons nous y ressourcer. Le Pape Benoît XVI vient nous redire avec beaucoup d’éloquence cette importance décisive, pour tous les baptisés et pour les prêtres et les consacrés en premier lieu, de ne cesser de se ressourcer dans cette vie de prière et de méditation, qui nous fait réaliser notre radicale pauvreté comme étant la première des Béatitudes. Alors, nous pouvons être envoyés ; alors, nous pouvons aller vers nos frères ; alors, nous pouvons côtoyer leurs cœurs. Parce que c’est un cœur meurtri et pardonné qui vient à la rencontre d’un frère lui aussi blessé. C’est à la mesure dont nous réalisons ce besoin vital que nous avons d’une Parole de salut que nous pouvons la proclamer et l’annoncer à nos frères. C’est ce que nous faisons à chaque Eucharistie : « Je confesse à Dieu tout-puissant… Je reconnais devant mes frères… » combien j’ai péché. Bienheureux ceux qui ne sont pas dans la toute-puissance et la volonté de domination. Et nous comprenons bien – cet Evangile nous le manifeste de la manière la plus belle – : la source intérieure, c’est Jésus, par l’Esprit-Saint qui l’habite et qui est présent, aujourd’hui, au cœur de son Eglise.

C’est le même Benoît XVI qui écrivait : « De la même manière que le Verbe s’est formé dans le sein de la Vierge Marie, la Parole s’est formée dans le sein de l’Eglise ». Rendons grâce pour cette Eglise, sainte et faite des pécheurs que nous sommes. Rendons grâce pour cette Eglise qui ne cesse de proclamer, génération après génération, dans toute sa force, les Paroles de l’Evangile. Rendons grâce pour l’Eglise qui nous a engendrés, les uns les autres, à la vie spirituelle par notre baptême et qui nous accompagne en nous nourrissant, dimanche après dimanche et jour après jour, de la grâce sacramentelle, liturgique, spirituelle. Que serions-nous sans l’Eglise ? A qui irions-nous ? Comment marcherions-nous à la suite du Seigneur, pauvres et petits, ballotés à la surface des vents, si cette Mère nourrissante n’était présente au quotidien ? Elle est là pour nous conduire vers le Christ, le seul libérateur de notre aujourd’hui réel et présent. Merveille du Christ qui nous invite à nous faire acteurs de notre libération !

Au cœur même du sacerdoce que nous partageons, il y a la grâce de développer notre baptême, dans le service de chacun d’entre vous. La joie du prêtre, c’est d’être acteur du salut qu’il transmet ; la joie du prêtre, c’est de partager, avec chaque baptisé, cette conviction que c’est chacun, personnellement, en première personne, qui sommes acteurs de notre salut et de notre vie éternelle. Ne nous laissons pas disperser par les brebis perdues ou errantes, par les pasteurs qui ont perdu le point fixe du Christ ! C’est bien chacun d’entre nous, de la manière la plus personnelle, à qui tout est donné par la grâce du baptême ; c’est bien chacun d’entre nous qui est appelé à nous déployer de la manière la plus forte.

Alors, oui, et dans la lumière de cet Evangile, aujourd’hui pour chacun d’entre nous, le Seigneur vient frapper à la porte de notre cœur. Aujourd’hui, pour chacun d’entre nous, le Seigneur nous invite à nous mettre en marche et à nous laisser transformer par cette Parole vivante, créatrice, recréatrice, cette Parole qui nous donne de revivre et de renaître en revivifiant la grâce de notre baptême.

D’une certaine manière, et pour prendre une image contemporaine, le grand danger, pour chacun d’entre nous, serait de laisser la Parole de Dieu à plat, comme une réalité qui nous fait face et qui nous reste étrangère. C’est à la mesure dont nous entrons dans un dialogue de cœur à cœur que cette Parole devient tridimensionnelle, qu’elle prend tout son relief et tout son poids, existentiel, qu’elle nous met en mouvement, et c’est le sens même de chacun des versets de l’Evangile, de chacune des Paroles du Christ et de la prière eucharistique que nous allons vivre dans un instant où le Christ vient nous prendre sur ses épaules pour nous conduire vers le Père.

Merveille du don de Dieu qui vient frapper à la porte de chacune de nos libertés, pour que, acteurs de notre propre vie et de notre propre salut, nous soyons chacun ferment de salut pour tous les hommes à qui nous sommes envoyés.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Amen.

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Homélie en version audio, cliquez ici pour la télécharger

Mots-clés: antoine de romanet, homélie, messe chrismale, mardi saint

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Saint du Jour

Nominis

4 août 2020

Tous les saints du jour Nominis
  • Saint Jean-Marie Vianney - Curé d'Ars (✝ 1859)
    Jean-Marie Vianney a grandi en pleine période de troubles révolutionnaires, c'est à dire aussi de persécution religieuse. Ainsi, Jean-Marie recevra sa première communion dans la clandestinité. Le jeune campagnard, qui n'a jamais fréquenté l'école, voudrait devenir prêtre mais son père est réticent. A vingt ans, il commence ses premières études, mais il est si peu doué pour les études que le séminaire de Lyon, où il a fini par entrer, décide de le renvoyer. Il parvient quand même à se présenter à l'ordination sacerdotale à Grenoble(*). Après un premier ministère à Ecully, il est nommé curé dans une petite paroisse de 230 habitants: Ars, à 40 km de Lyon. Il y restera jusqu'à sa mort. Sa bonté, la joie dont il rayonne, ses longues heures de prière devant le Saint-Sacrement, impressionnent peu à peu ses paroissiens. Pour écouter, réconforter et apaiser chacun, il reste jusqu'à seize ou dix huit heures par jour au confessionnal. Pendant les dernières années de sa vie, jusqu'à 100.000 pèlerins viendront chaque année pour entendre une parole de réconfort et de paix de la part de ce curé ignorant de tout, mais non pas du cœur des hommes ni de celui de Dieu. Complètement donné à sa tâche pastorale, épuisé, il aura ce mot vers la fin de sa vie: «Qu'il fait bon de mourir quand on a vécu sur la croix». Il est exaucé le 4 août 1859 quand il meurt à l'âge de 74 ans.Illustration: Statue du Curé d'Ars dans l'église Saint-Jean-Marie-Vianney à Rennes (*) En 1815, la chapelle du Grand séminaire, à deux pas de la cathédrale, accueille l'ordination du curé d'Ars, fait patron de tous les curés du monde par Pie X en 1905. (diocèse de Grenoble)- Béatifié le 8 janvier 1905, il est déclaré la même année, "patron des prêtres de France". Canonisé en 1925 par Pie XI, il sera proclamé en 1929 "patron de tous les Curés de l'univers" (Sanctuaire d'Ars) En 2009, année sacerdotale et célébration des 150 ans de sa mort.- Jubilé 2009 à Ars: «Je te montrerai le chemin du Ciel»- Pour le 150e anniversaire du décès du curé d'Ars, le sanctuaire d'Ars organisa les 3 et 4 août 2009 deux jours de festivités tournées autour du saint curé.- Le cardinal Barbarin a publié un décret élevant la mémoire liturgique du saint curé d'Ars, célébrée le 4 août, au rang de fête à l'intérieur du diocèse de Lyon. C'est une manière d'honorer de façon particulière saint Jean-Marie Vianney, que le pape Benoît XVI donne comme saint patron à tous les prêtres du monde, à l'occasion du 150e anniversaire de sa mort.- 2009-2010: une année sacerdotale.- Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859) Confesseur exceptionnel, le Curé d'Ars a consacré l'essentiel de son ministère à guider les cœurs des pénitents sur le chemin de la conversion.Figures de sainteté - site de l'Eglise catholique en France- Un grand témoin spirituel Saint Jean-Marie Vianney, curé d'Ars, par Mgr Dupleix.Mémoire de saint Jean-Marie Vianney, prêtre. Curé de la paroisse d'Ars, au diocèse de Belley, pendant plus de quarante ans, jusqu'à sa mort en 1859, il accomplit son ministère d'une manière admirable par sa prédication, sa prière continue et son exemple de pénitence. Chaque jour, il catéchisait enfants et adultes, réconciliait les pénitents, et une telle charité, puisée dans la sainte Eucharistie comme à sa source, resplendissait en lui qu'on venait de loin rechercher ses conseils, et qu'il conduisit à Dieu, avec sagesse, un grand nombre de personnes.