Homélie de la messe pour la paix du 13 janvier 2019

Cathédrale Saint-Louis des Invalides – dimanche 13 janvier 2019
Fête du Baptême du Seigneur – C
Messe célébrée pour la paix et pour les défunts de la famille Vendeuvre
présidée par S.E. Mgr Antoine de Romanet, Evêque aux Armées françaises

Homélie de S.E. Mgr Antoine de Romanet, Evêque aux Armées françaises

Dans ces quelques lignes que nous venons d’entendre se trouve le point central de l’histoire de l’humanité : la rencontre entre Jean-Baptiste et Jésus, le plus grand des prophètes de la Première Alliance et Dieu fait homme en Jésus-Christ. Cette scène bouleversante nous dit la question centrale de l’identité de Jésus de Nazareth. Voilà dix siècles que le peuple de la promesse attend la venue d’un Messie ; voilà dix siècles que son cœur est labouré et que des indices lui sont donnés. Le livre d’Isaïe, dont nous avons entendu un extrait en première lecture, en est un des plus manifestes. Tout annonce la nécessité vitale de la venue d’un Messie et tout le désir durant ce temps d’attente et de maturation. Et, pour autant, le peuple, qui arrive à une sorte de maturité dans cette attente, s’interroge : est-ce que Jean-Baptiste ne serait pas le Messie ? Et Jean-Baptiste de renvoyer vers Jésus, lui dont il n’est pas digne de défaire la courroie de ses sandales.

Passage de la Première à la Nouvelle Alliance, passage de cette réalité de l’attente au don de la promesse qui, en Jésus-Christ, surpasse d’une manière incommensurable tout ce que pouvait attendre l’humanité. Qui pouvait imaginer que le Messie serait Dieu fait homme, la Parole créatrice venue nous rejoindre dans notre humanité ? C’est cet épisode bouleversant qui nous centre sur le Christ et qui est le lieu du passage d’une réalité extérieure, ce baptême de Jean, avec de l’eau qui coule, au baptême de Jésus, don de l’Esprit, don de Dieu lui-même venant habiter le cœur de sa créature.

I – « C’est toi, mon Fils bien-aimé » : l’identité de Jésus

« C’est toi, mon Fils bien-aimé » : c’est bien la question centrale de l’identité de Jésus.

a - S’il est un seul motif pour lequel les Evangiles ont été écrits, c’est pour nous mettre devant cette question qui, à la vérité, parcourt tous les Evangiles. Au milieu des Evangiles, cette question est dite à Pierre : « Pour toi, qui suis-je ? ». Et c’est le centurion romain qui, au pied de la Croix, s’exclamera : « Vraiment, cet homme est le Fils de Dieu ! ». Question centrale de l’identité de Jésus parce que, à partir du moment où nous le reconnaissons comme le Messie, Fils de Dieu, vrai Dieu et vrai homme, alors chaque verset de l’Evangile prend son poids de lumière et de vie éternelle.

b - Cette identité de Jésus est au cœur de notre foi chrétienne. Nous ne sommes pas les membres d’une confédération philosophique, nous ne sommes pas les défenseurs d’un ordre moral, nous ne sommes pas des adhérents à un système intellectuel. Nous sommes les disciples de Jésus, Christ et Seigneur, vrai Dieu et vrai homme venu nous ouvrir le chemin du Ciel.

c - Il faudra du temps aux Apôtres pour réaliser ce que signifie cette identité de Jésus. Et les Evangiles abondent en circonstances où les Apôtres sont en train de se disputer les places : lorsque le « Général Jésus » aura bouté l’envahisseur romain en dehors des frontières, qui sera ministre d’Etat, ministre plein et secrétaire d’Etat ? Les discussions sont explicites sur ce sujet ! Et s’il a fallu du temps pour les Apôtres pour réaliser qui est Jésus, nous pouvons nous poser chacun la question pour notre propre compte : où en suis-je de ma compréhension de l’identité de Jésus de Nazareth ? Est-ce que je suis au début, au milieu, à la fin ? Sans doute, quelque part entre tout cela. C’est bien la question centrale qui s’exprime par les fruits et l’engagement de nos vies.

II – « C’est toi mon Fils bien-aimé » : ma propre identité

« C’est toi mon Fils bien-aimé » : c’est la Parole que le Seigneur adresse ce matin à chacun d’entre nous. La plupart d’entre nous, nous sommes baptisés. Mais, que nous le soyons ou pas, nous sommes tous les enfants bien-aimés du Père et c’est à chacun d’entre nous que le Seigneur vient frapper à la porte de notre cœur.

a - Le baptême le dit d’une manière explicite. Notre baptême n’est pas un rite du passé. Aucun d’entre nous ne devrait pouvoir dire « J’ai été baptisé », comme s’il s’agissait d’une réalité du passé, mais « Je suis baptisé », aujourd’hui, au présent dans mon existence.

b - Une des plus belles images pour évoquer le baptême, notre baptême, c’est celle de la greffe. Vous voyez un arbre fruitier : on fait une entaille et on met un greffon. Ça, pour une part, c’est la célébration du baptême et, pour cela, on peut avoir des photos, des vidéos, des tampons et des certificats. Mais la question n’est pas là. La question est la manière dont le rameau est vivant, dont la sève passe et dont le rameau porte des feuilles, des fleurs et des fruits. « Je suis la vigne et vous êtes les sarments », nous dit le Seigneur. Et si la vie ne passe pas entre le cep et les sarments, les sarments secs, on en fait des fagots et on y met le feu. Cet avertissement de Jésus est là pour nous faire comprendre combien notre baptême est une promesse, une promesse extraordinaire de vie éternelle avec le Père, mais une promesse qui doit s’accomplir dans l’engagement personnel, en vérité, en Esprit, de chacune de nos vies.

c - Il s’agit d’accorder notre cœur et nos actes. Et c’est la question que, pour une part, nous pose cet Evangile : est-ce qu’il y a correspondance entre ce que je vis et ce que je suis ? En d’autres termes, est-ce que je réalise mon baptême ? Le mot « réaliser » a, en français, une signification très riche. Quand j’entends un exposé, d’abord je réalise intellectuellement ce dont on est en train de me parler, comme une dimension objective et à distance. Je ne vais véritablement réaliser cette dimension qu’en tant qu’elle aura touché mon cœur. C’est cette fameuse parole du Petit Prince chez Antoine de Saint Exupéry : « On ne connaît bien qu’avec le cœur ». Et je ne vais réaliser véritablement ce qui aura touché mon cœur que par mes mains. J’ai réalisé cela dans une conversation avec un professeur de mathématiques, prêtre, du collège Stanislas. C’était à l’époque où les prêtres étaient encore enseignants, pour certains. Il avait enseigné pendant trente ans les mathématiques et la géométrie, et il était passionné par les métiers du bois. Et, la retraite venue, il a fait l’équivalent d’un CAP ou d’un BTS d’ébénisterie. Il m’a dit : « J’ai réalisé la signification d’un théorème de géométrie que j’ai enseigné pendant trente ans, le jour où j’ai réalisé par mes mains la pièce de bois correspondante ». Eh bien, il nous faut, pour chacun d’entre nous, réaliser par toute notre vie le don de Dieu qui nous a été offert. Et c’est en réalisant, par mes mains et par l’engagement de mon existence, par les œuvres de charité qui sont l’expression de mon cœur, qu’alors je réalise avec une amplitude immense ce que j’avais commencé à concevoir dans mon esprit.

III – « C’est toi mon Fils bien-aimé » : le lieu fondamental de notre paix

Voilà, mes Amis, l’itinéraire de nos vies, pour une part : réaliser notre baptême. Et voilà le lieu fondamental de notre paix.

a - Je suis en paix, mon cœur est en paix, lorsqu’il y a harmonie, concordance entre le meilleur de ce que je porte dans mon cœur et ce que je vis concrètement au quotidien. Lorsqu’il y a cette harmonie, cette paix irradie de ma personne. Je ne suis pas en paix – et c’est le cas si souvent ! – lorsque mes actes concrets vont au rebours de ce que je sais être le bien, le vrai, le beau, le juste qui habitent mon cœur et qui m’appellent de la manière la plus fondamentale. Trouver la paix de son cœur en réalisant concrètement mon baptême.

b - Ce dont il s’agit, comme chrétiens, c’est d’abord de se reconnaître enfants bien-aimés du Père et de le recevoir en pure gratuité. Je ne suis pas en train de vous faire l’éloge de l’engagement de votre volonté. Je suis en train de nous inviter, tous, à entrer dans l’absolu gratuité de Dieu qui m’offre sa propre vie. C’est cela la conversion : c’est changer de registre pour m’ouvrir à Celui qui me donne la vie et qui me donne le sens de ma vie.

c - Et alors, je peux être en paix avec mes frères, parce que, réalisant que tout me vient de mon Père qui est aussi le Père de mon frère, alors nous sommes dans cette fraternité, la plus fondamentale et la plus essentielle. Comment voulons-nous être en paix, entre nous, comment voulons-nous être en paix entre nations, si nous ne nous reconnaissons pas, les uns et les autres, enfants du même Père ? Lorsque je n’ai pas cette reconnaissance, je suis dans une dimension de puissance, de domination, d’affirmation, de volonté, je veux me manifester par mes capacités propres qui passent si souvent, trop souvent, par le fait d’écraser celui qui est à mes côtés. Mes Amis, réaliser que nous sommes tous enfants du même Père, réaliser l’immensité du don de Dieu, réaliser que tout m’a été donné en pure gratuité : voilà le lieu fondamental de la paix de chacun de nos cœurs, de la paix que nous sommes invités à vivre entre frères, et de la paix entre les nations qui est absolument décisive et qui est, pour une part, entre nos mains dans les responsabilités qui sont les nôtres.

Cet Evangile se termine par quelques mots bouleversants : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie ».

Mes Amis, puissions-nous entendre cette Parole qui vient du Ciel, cette Parole du Père éternel, comme s’adressant personnellement à chacun d’entre nous, aujourd’hui, ce matin, d’une manière bouleversante. Parce que c’est bien, à chacun d’entre nous, à chacune de nos vies et à chacune de nos libertés que le Père éternel dit avec le plus grand amour : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie ».

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Amen.

Mots-clés: messe pour la paix, homélie

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