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Le lieutenant Ernest PSICHARI, petit-fils de Renan

Lieutenant Ernest PSICHARILe Lieutenant Ernest  PSICHARI est tombé au Front le 22 août 1914. Né en 1883 il s’engage dans l’armée dès ses 20 ans. Il devient à la fois officier et écrivain.  Avant la guerre il se tourne vers la foi catholique et pense à la vie religieuse. 

Il sera ami de Charles Péguy et de Jacques Maritain. La guerre ayant empêché son entrée chez les Dominicains, Ernest Psichari devient tertiaire dominicain. 

La revue « La grande guerre du XXe siècle » (n° 7 d’août 1915) dans sa rubrique « morts glorieuses » reprend des articles consacrés au Lieutenant Ernest Psichari. 

 

Le Lieutenant Ernest PSICHARI, petit-fils de Renan
(mort au Front le 22 août 1914)

… Ernest Psichari, lieutenant d’artillerie coloniale, a été tué à Saint-Vincent-Rossignol, en Belgique, près de Virton, le 22 août, en défendant sa batterie. C’est une affaire où nous avons été 12 000  contre 120 000. Nul n’a broché. Le régiment s’est fait tuer ; lui et ses camarades, sur leurs pièces qu’ils avaient rendue inutilisables. Il a vu la mort venir. Ils avaient usé leurs dernières munitions. Voilà ce que me fait savoir son père…

Maurice Barrès
(L’Echo de Paris, 13 nov. 1914)

***

M. Psichari avait fait, l’an dernier, un brillant début dans les lettres par la publication de l’Appel des armes, un des plus beaux livres « militaires » qui aient paru depuis longtemps. Il fut distingué  par l’Académie française pour son grand prix de littérature ; mais elle lui préféra malheureusement ce Romain Rolland dont la germanophilie foncière vient de s’afficher d’une façon scandaleuse.

L’Appel des armes est une exaltation de la guerre et du métier militaire, une apologie enthousiaste de la discipline des camps. Il est piquant d’y voir un petit-fils de Renan, de l’auteur de l’Avenir de la science, bafouer l’idole du progrès, le scientisme, le laïcisme, et se mettre à l’école de Joseph de Maistre. Et c’est une consolation que d’y entendre à maintes reprises le descendant du triste auteur de la Vie de Jésus affirmer sa foi catholique et glorifier l’Eglise pour son intransigeance et son immutabilité.

Comme le dit quelque part M. Ernest Psichari, « le fils a pris le parti de ses pères contre son père ». Le petit-fils de Renan a senti se réveiller en lui la foi de ses anciens ascendants bretons, il a rectifié la lignée un instant déviée, renoué la tradition rompue.

L’auteur de l’Appel des armes mettait ce cri dans la bouche de son héros : « Si vous le voulez, Seigneur Dieu, donnez-moi la grâce de mourir dans une grande victoire, et faites qu’alors je voie au ciel votre splendeur. » Psichari est tombé avant la victoire, mais nous ne doutons pas que Dieu ait exaucé son dernier souhait, car nous savons par lui-même la force et la vivacité de ses sentiments chrétiens. Son grand ami Péguy et lui se sont retrouvés là-haut, dans la splendeur qui ne connaît pas de déclin.

Il était âgé de trente et un an. On dit qu’il avait avec son aïeul Renan une ressemblance physique très frappante.

(Croix, 12 nov. 1914)

***

Le R.P. M-A. Janvier, op, conférencier de Notre-Dame de Paris, écrit au directeur de la Croix (14 nov. 1914) :

Paris, 11 novembre 1914

            Mon cher ami,

            Je vous serais infiniment reconnaissant de recommander spécialement aux prières des catholiques le lieutenant d’artillerie coloniale Ernest Psichari, Tertiaire Dominicain de la Fraternité du Saint-Sacrement de Paris. Filleul et petit-fils de Renan, ce jeune homme montrait une âme d’une ardente et admirable générosité. Converti et dirigé par un Dominicain très distingué de la province de Lyon, il aspirait au sacrifice total de lui-même et brûlait de s’offrir en holocauste au Christ. Malgré les occupations multiples de son métier, il récitait chaque jour le bréviaire, et la surabondance de sa vie intérieure se répandait déjà dans sa génération. Au moment où la guerre éclata, il songeait à rompre totalement avec le monde en entrant dans la vie religieuse. Dieu a voulu récompenser et couronner prématurément ce jeune et vaillant serviteur. Que tous vos lecteurs lui accordent un souvenir dans leurs prières et s’efforcent d’imiter ses hautes vertus.

***

Citons encore la lettre suivante, écrite à Mgr Gibier, évêque de Versailles, qui avait conféré à Ernest Psichari le sacrement de confirmation :

Septuagésime, 8 février 1914

            Monseigneur,

            Voici juste un an que, dans cette claire et paisible chapelle du Séminaire de Versailles, Votre Grandeur faisait de moi, par la grâce de Notre-Seigneur, un chrétien. Je tremble en pensant à ce jour béni, à ces débuts si doux dans la vie chrétienne, à ces joies qui les ont suivis, enfin à cette belle année de lumière qui vient de s’achever pour moi. Mais votre nom, Monseigneur, est si mêlé à mes pensées que je ne peux pas laisser passer cet anniversaire sans vous redire ma filiale tendresse et ma respectueuse reconnaissance. De tout mon cœur je prie pour vous, pour votre diocèse, pour l’Eglise,  -  de tout mon cœur, et avec la ferme confiance que cette prière d’un « ouvrier  de la onzième heure » sera, elle aussi, entendue. Notre Seigneur, dans l’Evangile de ce matin, ne promet-il pas une magnifique audience à ce travailleur tardif et léger en œuvres qui est venu après les autres ?

Puissé-je donc être digne, Monseigneur, de cette ineffable bonté que notre Maître témoigne aux plus indignes de ses serviteurs ! Puissé-je entendre vraiment la leçon qu’il donnait aujourd’hui ! Je ne sais pas bien en ce moment ce qu’il veut de moi, mais c’est du moins dans la paix et le silence de l’âme que j’attends le moment où sa volonté daignera se manifester. Et ma plus humble prière, à la fin de cette année de prières, est pour demander l’exact discernement de cette sainte volonté et la force de l’accomplir pleinement.

Je vous confie, comme à un père, les besoins de mon cœur, mais vous m’en avez donné un peu le droit ! Votre bénédiction n’a-t-elle pas protégé les premiers pas que j’ai faits dans cette voie royale où vous m’avez-vous-même engagé le 8 février ?

C’est cette bénédiction que j’oser demander encore une fois à Votre Grandeur. Qu’Elle daigne croire à ma profonde vénération et à la très fidèle reconnaissance que je lui porte humblement.

Ernest Psichari
(Correspondant, 25 nov. 1914)


Illustrations

logo des Dominicains  (logo des Dominicains)

 

carte militaire mentionnant la mort dE. Psichari 
(carte militaire mentionnant la mort d’E. Psichari)

stèle élevée à la mémoire dE. Psichari à Rossignol
(stèle élevée à la mémoire d’E. Psichari, à Rossignol)

                       

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