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Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique

Couv retrouver le sens du politique 2016 208x300Introduction du texte du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France aux habitants de notre pays intitulé « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ».

Si nous parlons aujourd’hui, c’est parce que nous aimons notre pays, et que nous sommes préoccupés par sa situation. Il ne s’agit pas pour nous d’alimenter la morosité par de sombres constats ; mais, en regardant les choses en face, d’apporter résolument notre pierre, notre réflexion, au débat que notre pays se doit d’avoir.

Nous ne sommes pas des spécialistes de la politique, mais nous partageons la vie de nos concitoyens. Nous les écoutons et les voyons vivre. Et ce qui touche la vie de l’homme est au cœur de la vie de l’Eglise. Comme le dit le Concile Vatican II :

« les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur »[1].

Or, il faudrait être sourds ou aveugles pour ne pas nous rendre compte de la lassitude, des frustrations, parfois des peurs et même de la colère, intensifiés par les attentats et les agressions, qui habitent une part importante des habitants de notre pays, et qui expriment ainsi des attentes et de profonds désirs de changements. Il faudrait être indifférents et insensibles pour ne pas être touchés par les situations de précarité et d’exclusion que vivent beaucoup sur le territoire national.

Ces cinquante dernières années, notre pays a énormément changé : économiquement, culturellement, socialement, religieusement… Il a connu en un laps de temps très court une profonde mutation qui n’est pas encore terminée. Les évolutions et les transformations ont créé de l’incertitude dans la société. Les références et les modalités de la vie ensemble ont bougé. Ce qui semblait enraciné et stable est devenu relatif et mouvant. Plus largement, c’est le monde tout entier qui a connu de très grands changements, et notre pays, dans l’Europe, donne le sentiment d’avoir du mal à se retrouver sur une vision partagée de l’avenir et ainsi imaginer son futur. L’affirmation sans cesse répétée du déclin de la France finit par éroder les dynamismes personnels et collectifs et, loin de contribuer à une prise de conscience, risque surtout d’ajouter un peu plus à la morosité ambiante.

Pourquoi prendre la parole ?

Tout simplement, parce que les catholiques, citoyens à part entière, qui vivent eux aussi ces transformations au milieu de leurs contemporains, ne peuvent se désintéresser de ce qui touche à la vie en société, la dignité et l’avenir de l’homme. Si dans la tradition judéo-chrétienne, Dieu appelle tout homme par son nom, ce n’est jamais en tant qu’individu isolé, mais c’est toujours comme membre d’un peuple et pour l’ensemble de ce peuple auquel il est renvoyé. L’espérance chrétienne n’est donc pas seulement individuelle, elle est aussi collective.

Ce n’est pas la première fois que les évêques de France, d’une manière ou d’une autre, veulent contribuer à la réflexion citoyenne. Ce fut par exemple le cas dans les années 70 avec un document important intitulé : « Pour une pratique chrétienne de la politique »[2]. Près de vingt-ans ans plus tard, elle a de nouveau pris la parole dans un contexte différent. A ce moment-là, il ne s’agissait plus de préciser le cadre et les limites de l’action politique, mais au contraire de réagir déjà contre la désaffection envers la chose publique, le retrait dans la sphère privée, l’individualisme. Ce fut la déclaration : « Politique: l’affaire de tous »[3]. Apparaissait alors la formule qui sera reprise quelques années plus tard dans une autre déclaration : il faut « réhabiliter la politique »[4].

A côté de ces textes importants, les évêques de France ont également pris position à plusieurs reprises sur divers sujets concernant la vie en société et la recherche du bien commun : défense de la dignité et de la vie humaine du début à la fin, protection de l’étranger, souci des plus pauvres, solidarité, justice, paix, etc…

Aujourd’hui, la situation de notre pays nous conduit à parler de nouveau. Plus que jamais, nous sentons que le vivre ensemble est fragilisé, fracturé, attaqué. Ce qui fonde la vie en société est remis en cause. Les notions traditionnelles et fondamentales de Nation, Patrie, République sont bousculées et ne représentent plus la même chose pour tous. Alors même que l’aspiration au débat est forte, il semble devenu de plus en plus difficile de se parler, les sensibilités sont exacerbées, et la violence, sous une forme ou sous une autre, n’est jamais très loin.

Tout récemment, en juin dernier, dans la perspective de l’année électorale importante que notre pays s’apprête à vivre, nous avons voulu « appeler nos concitoyens à tenir compte de certainsenjeux qui nous paraissent engager notre avenir de façon déterminante »[5]. Mais il nous faut aller encore plus loin. Au-delà des échéances politiques à venir où les débats de fond risquent toujours de devenir otages de calculs électoraux, c’est à une réflexion plus fondamentale sur le politique en lui-même qu’il nous semble urgent d’inviter. Pour un tel chantier, chacun doit s’interroger et prendre ses responsabilités. Nous ne pouvons pas laisser notre pays voir ce qui le fonde risquer de s’abimer gravement, avec toutes les conséquences qu’une société divisée peut connaître. C’est à un travail de refondation auquel il nous faut, ensemble, nous atteler. Mais rien ne pourra se faire sans un regard lucide sur la situation.

[1] Concile Vatican II, Constitution Pastorale Gaudium et Spes sur l’Eglise dans le monde de ce temps, 1965, n°1.

[2] Les Évêques de France, Pour une pratique chrétienne de la politique, Paris, Centurion, 1972.

[3] Commission sociale de l’épiscopat, Politique : affaire de tous, La Documentation catholique, 1er décembre 1991.

[4] Commission sociale de l’épiscopat, Réhabiliter la politique, Paris, Centurion, Cerf, Fleurus-Mame, 1999.

[5] Déclaration du Conseil Permanent de la Conférence des évêques de France : « 2017, année électorale : quelques éléments de réflexions » 

Table des matières
« Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique »
Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France aux habitants de notre pays

Introduction

  1. Retrouver le politique
  2. Une société en tension
  3. Ambivalences et paradoxes
  4. Un contrat social à repenser
  5. Différences culturelles et intégration
  6. L’éducation face à des identités fragiles et revendiquées
  7. La question du sens
  8. Une crise de la parole
  9. Pour une juste compréhension de la laïcité
  10. Un pays en attente, riche de tant de possibles

Conclusion
Quelques pistes pour échanger à partir du texte

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Message du Pape François pour la célébration de la XLIXème Journée Mondiale de la Paix

le saint siegeMESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
POUR LA CÉLÉBRATION
DE LA XLIXe JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX

1er JANVIER 2016
*

Dans la rubrique BONUS EGMIL janvier 2016

Gagne sur l’indifférence et remporte la paix !


1. Dieu n’est pas indifférent ! Dieu accorde de l’importance à l’humanité, Dieu ne l’abandonne pas
! Au début de l’année nouvelle, je voudrais accompagner de cette profonde conviction les voeux
d’abondantes bénédictions et de paix, sous le signe de l’espérance, pour l’avenir de tout homme
et de toute femme, de toute famille, peuple et nation du monde, ainsi que des Chefs d’État et de
Gouvernement et des Responsables des religions. En effet, ne perdons pas l’espérance de voir
en 2016 chacun, engagé fermement et avec confiance, à différents niveaux, à réaliser la justice et
à oeuvrer pour la paix. Oui, celle-ci est don de Dieu et oeuvre des hommes. La paix est don de
Dieu, mais don confié à tous les hommes et à toutes les femmes qui sont appelés à le réaliser.

Préserver les raisons de l’espérance

2. Les guerres et les actions terroristes, avec leurs tragiques conséquences, les séquestrations de
personnes, les persécutions pour des motifs ethniques ou religieux, les prévarications, ont marqué
l’année passée du début à la fin, se multipliant douloureusement en de nombreuses régions du
monde, au point de prendre les traits de ce qu’on pourrait appeler une « troisième guerre
mondiale par morceaux ». Mais certains événements des années passées et de l’année qui vient
de s’achever m’invitent, dans la perspective de l’année nouvelle, à renouveler l’exhortation à ne
pas perdre l’espérance dans la capacité de l’homme, avec la grâce de Dieu, à vaincre le mal et à
ne pas s’abandonner à la résignation et à l’indifférence. Les événements auxquels je me réfère
représentent la capacité de l’humanité à oeuvrer dans la solidarité au-delà des intérêts individuels,
de l’apathie et de l’indifférence vis-à-vis des situations critiques.
Parmi ceux-ci je voudrais rappeler l’effort fait pour favoriser la rencontre des leaders mondiaux,
dans le cadre de la COP 21, afin de chercher de nouvelles voies pour affronter les changements
climatiques et sauvegarder le bien être de la Terre, notre maison commune. Et cela renvoie à
deux événements précédents au niveau global : le Sommet d’Addis Abeba pour réunir des fonds
pour le développement durable du monde ; et l’adoption par les Nations Unies de l’Agenda 2030
pour le Développement Durable, visant à assurer, avant cette date, une existence plus digne à
tous, surtout aux populations pauvres de la planète.
2015 a été aussi une année spéciale pour l’Église, parce qu’elle a été marquée par le 50ème
anniversaire de la publication de deux documents du Concile Vatican II qui expriment de manière
très éloquente le sens de la solidarité de l’Église avec le monde. Le Pape Jean XXIII, au début du
Concile, a voulu ouvrir tout grand les fenêtres de l’Église pour que la communication entre elle et
le monde soit plus ouverte. Les deux documents, Nostra aetate et Gaudium et spes, sont des
expressions emblématiques de la nouvelle relation de dialogue, de solidarité et
d’accompagnement que l’Église veut introduire à l’intérieur de l’humanité. Dans la Déclaration
Nostra aetate l’Église a été appelée à s’ouvrir au dialogue avec les expressions religieuses non
chrétiennes. Dans la Constitution pastorale Gaudium et spes, puisque « les joies et les espoirs,
les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui
souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ
» [1], l’Église désire instaurer un dialogue avec la famille humaine sur les problèmes du monde, en
signe de solidarité et de respectueuse affection. [2]
Dans cette même perspective, avec le Jubilé de la Miséricorde, je veux inviter l’Église à prier et à
travailler pour que tout chrétien puisse mûrir un coeur humble et compatissant, capable
d’annoncer et de témoigner la miséricorde, de « pardonner et de donner », de s’ouvrir « à ceux qui
vivent dans les périphéries existentielles les plus différentes, que le monde moderne a souvent
créées de façon dramatique » sans tomber « dans l’indifférence qui humilie, dans l’habitude qui
anesthésie l’âme et empêche de découvrir la nouveauté dans le cynisme destructeur» [3].
Il y a de multiples raisons pour croire en la capacité de l’humanité à agir ensemble, en solidarité,
dans la reconnaissance de sa propre interconnexion et interdépendance, ayant à coeur les
membres les plus fragiles et la sauvegarde du bien commun. Cette attitude de coresponsabilité
solidaire est à la racine de la vocation fondamentale à la fraternité et à la vie commune. La dignité
et les relations interpersonnelles nous constituent comme êtres humains, voulus par Dieu à son
image et ressemblance. En tant que créatures dotées d’une inaliénable dignité, nous existons en
relation avec nos frères et soeurs, envers lesquels nous avons une responsabilité, et avec
lesquels nous agissons en solidarité. En dehors de cette relation, nous serions des êtres moins
humains. C’est justement ainsi que l’indifférence constitue une menace pour la famille humaine.
Alors que nous nous mettons en marche vers une année nouvelle, je voudrais inviter chacun à
reconnaître ce fait, pour vaincre l’indifférence et conquérir la paix.

Certaines formes d’indifférence

3. Il est certain que l’attitude de l’indifférent, de celui qui ferme le coeur pour ne pas prendre en
considération les autres, de celui qui ferme les yeux pour ne pas voir ce qui l’entoure ou qui
s’esquive pour ne pas être touché par les problèmes des autres, caractérise une typologie
humaine assez répandue et présente à chaque époque de l’histoire. Cependant, de nos jours,
cela a dépassé nettement le domaine individuel pour prendre une dimension globale et produire
ce phénomène de la « globalisation de l’indifférence ».
La première forme d’indifférence dans la société humaine est l’indifférence envers Dieu, dont
procède l’indifférence envers le prochain et envers la création. Et ceci est l’un des graves effets
d’un faux humanisme et d’un matérialisme pratique, combinés à une pensée relativiste et nihiliste.
L’homme pense être l’auteur de lui-même, de sa propre vie et de la société ; il se sent
autosuffisant, et il cherche non seulement à se substituer à Dieu, mais à le faire disparaître
complètement ; par conséquent, il pense ne rien devoir à personne, excepté à lui-même, et il
prétend avoir seulement des droits [4]. Contre cette auto-compréhension erronée de la personne,
Benoît XVI rappelait que ni l’homme ni son développement sont capables de se donner à soimême
leur propre signification ultime [5]. Et avant lui, Paul VI avait affirmé qu’« il n’est
d’humanisme vrai qu’ouvert à l’Absolu, dans la reconnaissance d’une vocation, qui donne l’idée
vraie de la vie humaine» [6].
L’indifférence envers le prochain prend différents visages. Il y a celui qui est bien informé, écoute
la radio, lit les journaux ou assiste aux programmes télévisés, mais il le fait de manière tiède,
presque dans une condition d’accoutumance : ces personnes connaissent vaguement les drames
qui affligent l’humanité mais elles ne se sentent pas impliquées, elles ne vivent pas la
compassion. Cela, c’est l’attitude de celui qui sait mais, qui garde son regard, sa pensée et son
action tournés vers lui-même. Malheureusement, nous devons constater que l’augmentation des
informations, propre à notre époque, ne signifie pas, en soi, une augmentation d’attention aux
problèmes, si elle n’est pas accompagnée d’une ouverture des consciences dans un sens
solidaire [7]. Bien plus, elle peut entraîner une certaine saturation qui anesthésie et, dans une
certaine mesure, relativise la gravité des problèmes. « Certains se satisfont simplement en
accusant les pauvres et les pays pauvres de leurs maux, avec des généralisations indues, et
prétendent trouver la solution dans une “éducation” qui les rassure et les transforme en êtres
apprivoisés et inoffensifs. Cela devient encore plus irritant si ceux qui sont exclus voient croître ce
cancer social qui est la corruption profondément enracinée dans de nombreux pays – dans les
gouvernements, dans l’entreprise et dans les institutions – quelle que soit l’idéologie politique des
gouvernants» [8].
Dans d’autres cas, l’indifférence se manifeste comme un manque d’attention vis-à-vis de la réalité
environnante, surtout la plus lointaine. Certaines personnes préfèrent ne pas chercher, ne pas
s’informer, et vivent leur bien-être et leur confort, sourdes au cri de douleur de l’humanité
souffrante. Presque sans nous en apercevoir, nous sommes devenus incapables d’éprouver de la
compassion pour les autres, pour leurs drames ; prendre soin d’eux ne nous intéresse pas,
comme si ce qui leur arrive était d’une responsabilité extérieure à nous, qui ne nous revient pas
[9]. « Quand nous allons bien et nous prenons nos aises, nous oublions sûrement de penser aux
autres (ce que Dieu le Père ne fait jamais), nous ne nous intéressons plus à leurs problèmes, à
leurs souffrances et aux injustices qu’ils subissent… Alors notre coeur tombe dans l’indifférence :
alors que je vais relativement bien et que tout me réussit, j’oublie ceux qui ne vont pas bien » [10].
En vivant dans une maison commune, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur son état
de santé, comme j’ai cherché à le faire dans Laudato si’. La pollution des eaux et de l’air,
l’exploitation sans discernement des forêts, la destruction de l’environnement, sont souvent le fruit
de l’indifférence de l’homme envers les autres, parce que tout est lié. Comme, aussi, le
comportement de l’homme avec les animaux a une influence sur ses relations avec les autres [11]
, pour ne pas parler de celui qui se permet de faire ailleurs ce qu’il n’ose pas faire chez lui [12].
Dans ces cas, et dans d’autres, l’indifférence provoque surtout une fermeture et un
désengagement, et finit ainsi par contribuer à l’absence de paix avec Dieu, avec le prochain et
avec la création.

La paix menacée par l’indifférence globalisée

4. L’indifférence envers Dieu dépasse la sphère intime et spirituelle de la personne individuelle, et
elle investit la sphère publique et sociale. Comme l’affirmait Benoît XVI, « il existe un lien intime
entre la glorification de Dieu et la paix des hommes sur la terre» [13]. En effet, « sans une
ouverture transcendante, l’homme devient facilement la proie du relativisme et, ensuite, il réussit
difficilement à agir selon la justice et à s’engager pour la paix» [14]. L’oubli et la négation de Dieu
qui conduisent l’homme à ne plus reconnaître aucune norme au-dessus de lui et à se prendre luimême
comme seule norme, ont produit des cruautés et des violences sans mesure [15].
Au niveau individuel et communautaire l’indifférence envers le prochain, fille de l’indifférence
envers Dieu, prend l’aspect de l’inertie et du désengagement qui alimentent la prolongation de
situations d’injustice et de grave déséquilibre social. Ces situations, à leur tour, peuvent conduire
à des conflits, ou en tout cas, générer un climat d’insatisfaction qui risque de déboucher tôt ou tard
sur des violences et de l’insécurité.
En ce sens, l’indifférence et le désengagement qui en est la conséquence constituent un manque
grave au devoir que toute personne a de contribuer, dans la mesure de ses capacités et de son
rôle dans la société, au bien commun, en particulier à la paix, qui est l’un des biens les plus
précieux de l’humanité [16].
Quand, ensuite, l’indifférence envers l’autre, envers sa dignité, ses droits fondamentaux et sa
liberté, investit le niveau institutionnel, dans une culture imprégnée de profit et d’hédonisme, elle
favorise et parfois justifie des actions et des politiques qui finissent par constituer des menaces à
la paix. Un tel comportement d’indifférence peut aussi en arriver à justifier certaines politiques
économiques déplorables, annonciatrices d’injustices, de divisions et de violences, en vue de
l’obtention de son propre bien être ou de celui de la nation. Souvent, en effet, les projets
économiques et politiques des hommes ont pour fin la conquête ou le maintien du pouvoir et des
richesses, même au prix de piétiner les droits et les exigences fondamentales des autres. Quand
les populations voient leurs propres droits élémentaires niés, comme la nourriture, l’eau,
l’assistance sanitaire ou le travail, elles sont tentées de se les procurer par la force [17].
De plus, l’indifférence vis-à-vis de l’environnement naturel, qui favorise la déforestation, la
pollution et les catastrophes naturelles qui déracinent des communautés entières de leur milieu de
vie en les contraignant à la précarité et à l’insécurité, crée de nouvelles pauvretés, de nouvelles
situations d’injustice aux conséquences souvent néfastes en termes de sécurité et de paix sociale.
Combien de guerres ont été conduites et combien seront encore faites à cause du manque de
ressources ou pour répondre à l’insatiable recherche de ressources naturelles [18] ?

De l’indifférence à la miséricorde : la conversion du coeur

5. Quand, il y a un an, dans le Message pour la Journée Mondiale de la Paix, “Non plus esclaves
mais frères”, j’évoquais la première icône biblique de la fraternité humaine, celle de Caïn et Abel
(cf. Gn 4, 1-16), c’était pour attirer l’attention sur la manière dont cette première fraternité a été
trahie. Caïn et Abel sont frères. Ils proviennent tous deux du même sein, ils sont égaux en dignité
et créés à l’image et ressemblance de Dieu ; mais leur fraternité de créature est rompue. « Non
seulement Caïn ne supporte pas son frère Abel, mais il le tue par envie » [19]. Le fratricide devient
alors la forme de trahison, et le refus par Caïn de la fraternité d’Abel est la première rupture dans
les relations familiales de fraternité, de solidarité et de respect réciproque.
Dieu intervient alors, pour appeler l’homme à la responsabilité à l’égard de son semblable, comme
il a fait lorsqu’Adam et Ève, les premiers parents, ont rompu la communion avec le Créateur. « Le
Seigneur dit à Caïn : “Où est ton frère Abel ?”. Il répondit : “Je ne sais pas. Suis-je le gardien de
mon frère ? ”. Le Seigneur reprit : “Qu’as-tu fait ! Écoute le sang de ton frère crier vers moi du sol !
” (Gn 4, 9-10).
Caïn dit ne pas savoir ce qui est arrivé à son frère, il dit ne pas être son gardien. Il ne se sent pas
responsable de sa vie, de son sort. Il ne se sent pas impliqué. Il est indifférent envers son frère,
bien qu’ils soient liés par l’origine commune. Quelle tristesse ! Quel drame fraternel, familial,
humain ! C’est la première manifestation de l’indifférence entre frères. Dieu, au contraire, n’est pas
indifférent : le sang d’Abel a grande valeur à ses yeux et il demande à Caïn d’en rendre compte.
Donc Dieu se révèle depuis les débuts de l’humanité comme Celui qui s’intéresse au sort de
l’homme. Quand plus tard, les fils d’Israël se trouvent en esclavage en Égypte, Dieu intervient à
nouveau. Il dit à Moïse : « J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte. J’ai entendu
son cri devant ses oppresseurs ; oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le délivrer
de la main des Égyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre plantureuse et vaste, vers
une terre qui ruisselle de lait et de miel » (Ex 3, 7-8). Il est important de noter les verbes qui
décrivent l’intervention de Dieu : il observe, il entend, il connaît, il descend, il libère. Dieu n’est pas
indifférent. Il est attentif et il agit.
De la même façon, en son Fils Jésus, Dieu est descendu parmi les hommes, il s’est incarné et il
s’est montré solidaire de l’humanité, en toute chose, excepté le péché. Jésus s’identifie avec
l’humanité : « l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8, 29). Il ne se contente pas d’enseigner aux
foules, mais il se préoccupe d’elles, spécialement quand il les voyait affamées (cf. Mc 6, 34-44) ou
sans travail (cf. Mt 20, 3). Son regard n’était pas tourné seulement vers les hommes, mais aussi
vers les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les plantes et les arbres, petits et grands ; il
embrassait le créé tout entier. Il voit, certainement, mais il ne se limite pas à cela, parce qu’il
touche les personnes, il parle avec elles, agit en leur faveur et fait du bien à celui qui est dans le
besoin. Non seulement, mais il se laisse émouvoir et il pleure (cf. Jn 11, 33-44). Et il agit pour
mettre fin à la souffrance, à la tristesse, à la misère et à la mort.
Jésus nous enseigne à être miséricordieux comme le Père (cf. Lc 6, 36). Dans la parabole du bon
samaritain (cf. Lc 10, 29-37), il dénonce l’omission d’aide devant l’urgente nécessité de ses
semblables : « Il le vit et passa outre » (cf. Lc 10, 31.32). En même temps, à l’aide de cet
exemple, il invite ses auditeurs, et en particulier ses disciples, à apprendre à s’arrêter devant les
souffrances de ce monde pour les soulager, devant les blessures des autres pour les soigner,
avec les moyens dont on dispose, à commencer par son temps, malgré les nombreuses
occupations. L’indifférence, en effet, cherche souvent des prétextes : dans l’observance des
préceptes rituels, dans la quantité de choses qu’il faut faire, dans les antagonismes qui nous
tienne éloignés les uns des autres, dans les préjudices de tout genre qui nous empêchent de nous
faire proche.
La miséricorde est le coeur de Dieu. Elle doit donc être aussi le coeur de tous ceux qui se
reconnaissent membres de l’unique grande famille de ses enfants ; un coeur qui bat fort partout où
la dignité humaine – reflet du visage de Dieu dans ses créatures – est en jeu. Jésus nous avertit :
l’amour pour les autres – les étrangers, les malades, les prisonniers, les sans-domicile-fixe, même
les ennemis – est l’unité de mesure de Dieu pour juger nos actions. De cela dépend notre destin
éternel. Il n’y a pas à s’étonner que l’apôtre Paul invite les chrétiens de Rome à se réjouir avec
ceux qui se réjouissent et à pleurer avec ceux qui pleurent (cf. Rm 12, 15), ou qu’il recommande à
ceux de Corinthe d’organiser des collectes en signe de solidarité avec les membres souffrants de
l’Église (cf. 1 Co 16, 2-3). Et saint Jean écrit : « Si quelqu’un, jouissant des biens de ce monde,
voit son frère dans la nécessité et lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeurait-il
en lui ? » (1 Jn 3, 17 ; cf. Jc 2, 15-16).
Voilà pourquoi « il est déterminant pour l’Eglise et pour la crédibilité de son annonce de vivre et de
témoigner elle-même de la miséricorde. Son langage et ses gestes doivent transmettre la
miséricorde pour pénétrer le coeur des personnes et les inciter à retrouver le chemin du retour au
Père. La vérité première de l’Eglise est l’amour du Christ. De cet amour, qui va jusqu’au pardon et
au don de soi, l’Eglise se fait servante et médiatrice auprès des hommes. En conséquence, là où
l’Eglise est présente, la miséricorde du Père doit être manifeste. Dans nos paroisses, les
communautés, les associations et les mouvements, en bref, là où il y a des chrétiens, quiconque
doit pouvoir trouver une “oasis de miséricorde”» [20].
Ainsi, nous aussi, nous sommes appelés à faire de l’amour, de la compassion, de la miséricorde
et de la solidarité un vrai programme de vie, un style de comportement dans nos relations les uns
avec les autres [21]. Cela demande la conversion du coeur : c’est à dire que la grâce de Dieu
transforme notre coeur de pierre en un coeur de chair (cf. Ex 36, 26), capables de s’ouvrir aux
autres avec une solidarité authentique. Cela en effet, est beaucoup plus qu’un « sentiment de
compassion vague ou d’attendrissement superficiel pour les maux subis par tant de personnes,
proches ou lointaines » [22]. La solidarité « est la détermination ferme et persévérante de travailler
pour le bien commun, c’est-à-dire pour le bien de tous et de chacun parce que tous nous sommes
vraiment responsables de tous » [23], parce que la compassion jaillit de la fraternité.
Ainsi comprise, la solidarité constitue l’attitude morale et sociale qui répond le mieux à la prise de
conscience des plaies de notre temps et de l’incontestable interdépendance qui existe toujours
plus, spécialement dans un monde globalisé, entre la vie de l’individu et de sa communauté dans
un lieu déterminé et celle des autres hommes et femmes dans le reste du monde [24].

Promouvoir une culture de solidarité et de miséricorde pour vaincre l’indifférence

6. La solidarité comme vertu morale et attitude sociale, fruit de la conversion personnelle, exige un
engagement d’une multiplicité de sujets, qui ont une responsabilité de caractère éducatif et
formateur.
Ma première pensée va aux familles, appelées à une mission éducative première et
incontournable. Elles constituent le premier lieu où se vivent et se transmettent les valeurs de
l’amour et de la fraternité, de la convivialité et du partage, de l’attention et du soin de l’autre. Elles
sont aussi le milieu privilégié pour la transmission de la foi, en commençant par ces simples
gestes de dévotion que les mères enseignent à leurs enfants [25].
Pour ce qui concerne les éducateurs et les formateurs qui, à l’école ou dans les différents centres
de socialisation infantile et juvénile, ont la tâche exigeante d’éduquer des enfants et des jeunes, ils
sont appelés à être conscients que leur responsabilité regarde les dimensions morales, spirituelles
et sociales de la personne. Les valeurs de la liberté, du respect réciproque et de la solidarité
peuvent être transmises dès le plus jeune âge. S’adressant aux responsables des institutions qui
ont des tâches éducatives, Benoît XVI a affirmé : « Que chaque structure éducative puisse être un
lieu d’ouverture au transcendant et aux autres ; un lieu de dialogue, de cohésion et d’écoute, où le
jeune se sente valorisé dans ses propres potentialités et ses richesses intérieures, et apprenne à
estimer vraiment ses frères. Que ce lieu puisse enseigner aussi à goûter la joie qui jaillit du fait de
vivre, jour après jour, dans la charité et dans la compassion envers le prochain, et dans la
participation active à la construction d’une société plus humaine et fraternelle » [26].
Les agents culturels et des moyens de communication sociale ont aussi une responsabilité dans
le domaine de l’éducation et de la formation, spécialement dans la société contemporaine, où
l’accès aux instruments d’information et de communication est toujours plus répandu. C’est leur
tâche de se mettre par-dessus tout au service de la vérité et non d’intérêts particuliers. Les
moyens de communication en effet, « non seulement informent, mais ils façonnent aussi l’esprit
de leurs destinataires et ils peuvent donc contribuer de façon notable à l’éducation des jeunes. Il
est important de retenir que le lien entre éducation et communication est très étroit : l’éducation
advient en effet par les moyens de communication, qui influent sur la formation de la personne
d’une manière positive ou négative »[27]. Les agents culturels et des media devraient être aussi
vigilants afin que la manière dont ils obtiennent et diffusent les informations soit toujours
juridiquement et moralement licite.

La paix : fruit d’une culture de solidarité, de miséricorde et de compassion

7. Conscients de la menace d’une globalisation de l’indifférence, nous ne pouvons pas ne pas
reconnaître que, dans le scenario décrit ci-dessus, s’insèrent aussi de nombreuses intiatives et
actions positives qui témoignent la compassion, la miséricorde et la solidarité dont l’homme est
capable.
Je voudrais rappeler quelques exemples d’engagement louable, qui montrent comment chacun
peut vaincre l’indifférence lorsqu’il choisit de ne pas détourner le regard de son prochain, et qui
constituent de bonnes pratiques sur le chemin vers une société plus humaine.
Il y a beaucoup d’organisations non grouvernementales et de groupes caritatifs, à l’intérieur de
l’Église et en dehors d’elle, dont les membres, à l’occasion d’épidémies, de calamités ou de
conflits armés, affrontent difficultés et dangers pour soigner les blessés et les malades et pour
enterrer les défunts. À côté d’elles, je voudrais mentionner les personnes et les associations qui
portent secours aux migrants qui traversent des déserts et sillonnent des mers à la recherche de
meilleures conditions de vie. Ces actions sont des oeuvres de miséricorde corporelle et spirituelle,
sur lesquelles nous serons jugés à la fin de notre vie.
Ma pensée va aux journalistes et aux photographes qui informent l’opinion publique sur les
situations difficiles qui interpellent les consciences, et à ceux qui s’engagent pour la défense des
droits humains, en particulier ceux des minorités ethniques et religieuses, des peuples indigènes,
des femmes et des enfants, et de tous ceux qui vivent dans des conditions de plus grande
vulnérabilité. Parmi eux, il y a aussi beaucoup de prêtres et de missionnaires qui, comme des
bons pasteurs, restent à côté de leurs fidèles et les soutiennent malgré les dangers et les
difficultés, en particulier durant les conflits armés.
Combien de familles, ensuite, au milieu de nombreuses difficultés sociales et de travail,
s’engagent concrètement pour éduquer leurs enfants “à contre-courant”, au prix de beaucoup de
sacrifices, aux valeurs de la solidarité, de la compassion et de la fraternité ! Combien de familles
ouvrent leurs coeurs et leurs maisons à celui qui est dans le besoin, comme aux réfugiés et aux
migrants ! Je veux remercier de façon particulière toutes les personnes, les familles, les paroisses,
les communautés religieuses, les monastères et les sanctuaires, qui ont répondu rapidement à
mon appel à accueillir une famille de réfugiés [28].
Enfin, je voudrais mentionner les jeunes qui s’unissent pour réaliser des projets de solidarité et
tous ceux qui ouvrent leurs mains pour aider le prochain dans le besoin dans leurs villes, dans
leurs pays ou dans d’autres régions du monde. Je veux remercier et encourager tous ceux qui
s’engagent dans des actions de ce genre, même si elles ne font pas l’objet de publicité : leur faim
et soif de justice sera rassasiée, leur miséricorde leur fera trouver miséricorde et, en tant
qu’artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu (cf. Mt 5, 6-9).

La paix dans le signe du Jubilé de la Miséricorde

8. Dans l’esprit du Jubilé de la Miséricorde, chacun est appeler à reconnaître comment
l’indifférence se manifeste dans sa propre vie, et à adopter un engagement concret pour
contribuer à améliorer la réalité dans laquelle il vit, à partir de sa propre famille, de son voisinage
ou de son milieu de travail.
Les États sont aussi appelés à des gestes concrets, à des actes de courage à l’égard des
personnes les plus fragiles de leurs sociétés, comme les prisonniers, les migrants, les chômeurs
et les malades.
Pour ce qui concerne les détenus, dans beaucoup de cas, il semble urgent d’adopter des mesures
concrètes pour améliorer leurs conditions de vie dans les prisons, accordant une attention
spéciale à ceux qui sont privés de liberté en attente de jugement [29], ayant à l’esprit la finalité de
rééducation de la sanction pénale et évaluant la possibilité d’insérer dans les législations
nationales des peines alternatives à la détention carcérale. Dans ce contexte, je désire renouveler
l’appel aux autorités étatiques pour l’abolition de la peine de mort, là où elle est encore en vigueur,
et à considérer la possibilité d’une amnistie.
En ce qui concerne les migrants, je voudrais inviter à repenser les législations sur les migrations,
afin qu’elles soient animées par la volonté de l’accueil, dans le respect des devoirs et des
responsabilités réciproques, et puissent faciliter l’intégration des migrants. Dans cette perspective,
une attention spéciale devrait être portée aux conditions de séjour des migrants, se rappelant que
la clandestinité risque de les entraîner vers la criminalité.
Je désire, en outre, en cette Année jubilaire, formuler un appel pressant aux responsables des
États à accomplir des gestes concrets en faveur de nos frères et soeurs qui souffrent à cause du
manque de travail, de terre et de toit. Je pense à la création de postes de travail décent, pour
lutter contre la plaie sociale du chômage, qui écrase un grand nombre de familles et de jeunes et
a des conséquences très importantes sur le maintien de la société tout entière. Le manque de
travail entame lourdement le sens de la dignité et de l’espérance, et peut être compensé
seulement partiellement par des subsides, également nécessaires, destinés aux chômeurs et à
leurs familles. Une attention spéciale devrait être donnée aux femmes – malheureusement encore
discriminées dans le domaine du travail – et à certaines catégories de travailleurs, dont les
conditions sont précaires ou dangereuses et dont les rétributions ne sont pas proportionnées à
l’importance de leur mission sociale.
Enfin, je voudrais inviter à accomplir des actions efficaces pour améliorer les conditions de vie des
malades, garantissant à tous l’accès à des soins médicaux et aux médicaments indispensables à
la vie, y compris la possibilité de soins à domicile.
Tournant leur regard au-delà de leurs propres frontières, les responsables des États sont aussi
appelés à renouveler leurs relations avec les autres peuples, permettant à tous une participation
effective et une inclusion à la vie de la communauté internationale, afin que la fraternité se réalise
également à l'intérieur de la famille des nations.
Dans cette perspective, je désire adresser un triple appel à s'abstenir d'entraîner les autres
peuples dans des conflits ou des guerres qui en détruisent non seulement les richesses
matérielles, culturelles et sociales, mais aussi – et pour longtemps – l'intégrité morale et spirituelle
; à l'effacement ou à la gestion soutenable de la dette internationale des pays les plus pauvres ; à
l'adoption de politiques de coopération qui, au lieu de se plier à la dictature de certaines
idéologies, soient respectueuses des valeurs des populations locales et qui, dans chaque cas, ne
portent pas atteinte au droit fondamental et inaliénable des enfants à naître à la vie.
Je confie ces réflexions, ainsi que mes meilleurs voeux pour la nouvelle année, à l'intercession de
Marie, la Très Sainte, Mère attentive aux besoins de l'humanité, afin qu'elle obtienne de son Fils
Jésus, Prince de la Paix, d’exaucer nos supplications et de bénir notre engagement quotidien pour
un monde fraternel et solidaire.


Du Vatican, le 8 décembre 2015
Solennité de l'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie
Ouverture du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde

FRANCISCUS

[1] Conc. Oecum. Vat. II, Const. Past. Gaudium et spes, n.1.
[2] Cf. Ibid. n.3.
[3] Bulle d’indiction du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, Misericordiae Vultus, nn. 14-15.
[4] Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate, n. 43.
[5] Cf. Ibid., n. 16.
[6] Lett. enc. Populorum progressio, n.42.
[7] « La société toujours plus globalisée nous rapproche, mais elle ne nous rend pas frères. La
raison, à elle seule, est capable de comprendre l’égalité entre les hommes et d’établir une
communauté de vie civique, mais elle ne parvient pas à créer la fraternité » (Benoît XVI, Lett. enc.
Caritas in veritate, n.19).
[8]Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 60.
[9]Cf. Ibid. n. 54.
[10] Message pour le Carême 2015.
[11] Cf. Lett. enc. Laudato si’, n.92.
[12] Cf. Ibid. n. 51.
[13] Discours à l’occasion des voeux au Corps Diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 7
janvier 2013.
[14] Ibidem.
[15] Cf. Benoît XVI, Intervention pendant la Journée de réflexion, de dialogue et de prière pour la
paix et la justice dans le monde, Assise, 27 octobre 2011.
[16] Cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, nn. 217-237.
[17] « Tant que ne s’éliminent pas l’exclusion sociale et la disparité sociale, dans la société et
entre les divers peuples, il sera impossible d’éradiquer la violence. On accuse les pauvres et les
populations les plus pauvres de la violence, mais, sans égalité de chances, les différentes formes
d’agression et de guerre trouveront un terrain fertile qui tôt ou tard provoquera l’explosion. Quand
la société – locale, nationale ou mondiale – abandonne dans la périphérie une partie d’elle-même,
il n’y a ni programmes politiques, ni forces de l’ordre ou d’intelligence qui puissent assurer sans fin
la tranquillité. Cela n’arrive pas seulement parce que la disparité sociale provoque la réaction
violente de ceux qui sont exclus du système, mais parce que le système social et économique est
injuste à sa racine. De même que le bien tend à se communiquer, de même le mal auquel on
consent, c'est-à-dire l’injustice, tend à répandre sa force nuisible et à démolir silencieusement les
bases de tout système politique et social, quelle que soit sa solidité » (Exhort. ap. Evangelii
gaudium, n. 59).
[18] Cf. Lett. enc. Laudato si’, nn. 31.48.
[19] Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2015, n. 2.
[20] Bulle d’indiction du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde Misericordiae Vultus, n. 12.
[21] Cf. ibid. n. 13.
[22] Jean-Paul II, Lett. enc. Sollecitudo rei socialis, n. 38.
[23] Ibid.
[24] Cf. Ibid.
[25] Cf. Catéchèse de l’Audience générale du 7 janvier 2015.
[26] Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2012, n. 2.
[27] Ibid.
[28] Cf. Angelus du 6 septembre 2015.
[29] Cf. Discours à la délégation de l’Association internationale de droit pénal, 23 octobre 2014.
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1915 : L’enlisement de la guerre et la paix impossible

egmil bonus webDans la rubrique BONUS EGMIL septembre 2015

Par Frédéric LE MOAL

Le conflit qui éclate en août 1914 constitue le premier conflit général en Europe depuis le cycle des guerres de la Révolution et de l’Empire (1792-1815). Ces guerres constituaient déjà en leur temps une rupture par rapport à celles de l’Ancien Régime puisqu’elles portaient en elles une radicalisation idéologique. N’opposaient-elles pas un peuple libre à des tyrans ? N’avaient-elles l’ambition de libérer l’humanité encore sous l’oppression monarchique et même de la régénérer ?

Cela dit, la violence de la guerre révolutionnaire laissait à la diplomatie un espace de manœuvre et n’empêcha pas la république française de signer des paix avec ses ennemis. Ajoutons que l’épopée napoléonienne comporte une multitude de paix négociées entre le Premier Empire et ses vaincus. Autrement dit, la paix restait toujours une option et on discutait entre ennemis pour y parvenir. Souvenons-nous des conciliabules secrets entre Jules Favre et Bismarck en 1870 au château de Ferrières en pleine guerre franco-prussienne.

Une telle rencontre, au plus haut niveau de l’Etat, n’a pas d’équivalent pour la Première Guerre mondiale. L’une des caractéristiques du premier conflit mondial réside précisément dans l’absence de toute négociation directe entre les belligérants pour tenter une sortie de guerre négociée, même si de multiples discussions ou sondages très secrets ont quand même eu lieu. On touche ici à l’une des interrogations majeures de cette période : pourquoi la diplomatie s’est-elle révélée incapable de rétablir la paix ? Comme nous allons le voir c’est dans la nature même du conflit que se trouve la réponse. Et l’année 1915 s’avère tout à fait éclairante sur ce point puisqu’elle voit l’enlisement définitif des combats tout en étant porteuse d’une espérance de paix en réalité factice.

L’année des offensives

Comme chacun sait, l’entrée en guerre de 1914 se fait avec la conviction que le conflit serait court, quelques mois pas plus. La paix reviendrait au mieux avec les vendanges, au pire avec Noël. Cette certitude, dont certains se gaussent aujourd’hui, reposaient pourtant sur des fondements solides : la précédente guerre, celle de 1870, s’était arrêtée en janvier, après six mois de combats ; l’économie mondiale ne supporterait pas le poids d’une guerre longue ; le mythe de la guerre napoléonienne et de la bataille décisive (d’Austerlitz à Sedan) interdisaient d’imaginer une guerre immobile. Bref, tout le monde, des acteurs économiques aux diplomates en passant par les responsables politiques et militaires, avait été formé à une guerre courte et bien peu parvenaient à dépasser cet horizon.

            Les grandes opérations de l’été et de l’automne 1914 n’ont pas permis la réalisation des plans militaires qui tous reposaient justement sur une bataille décisive. L’équivalence des forces entraine alors les belligérants dans une guerre de position marquée par le creusement des tranchées. Pourtant – et c’est là un point capital pour notre propos – l’idée qu’on entre dans une guerre longue ne s’impose absolument pas. L’année 1915 doit être, comme l’écrit le général Fayolle dans ses Carnets « l’année de la victoire (1) » donc de la paix. Pourquoi ?

            Tout simplement parce que personne, aussi bien au niveau militaire que politique, ne se résout à l’immobilisation des fronts. Arrêtons-nous sur le cas français. Les armées françaises, après la course à la mer, se sont enterrées de la mer du Nord jusqu’aux Vosges. Or, l’occupation des départements du nord du pays par l’Allemagne autant que l’immobilisme demeurent inacceptables. Il faut y mettre un terme. La percée décisive permettra de l’obtenir et de revenir à une guerre de mouvement, la seule en fin de compte conforme au dogme de la guerre courte. C’est d’autant plus crucial pour le généralissime Joffre qui connaît le chiffre effrayant des pertes et sait ce que la poursuite de la guerre coûterait au pays en termes de sang versé (2) . C’est dans cet état d’esprit qu’il commande les fameuses offensives de 1915, en Artois (mai-juin) puis en Champagne (septembre-octobre).

            L’espoir d’une victoire militaire décisive plane aussi au-dessus de la préparation de la grande opération contre les Dardanelles. On le sait, la marine britannique échoue à forcer les détroits turcs, comme elle échoue à débarquer des troupes à Gallipoli. Pourtant, à l’origine de l’opération se trouve la certitude de pourvoir briser l’Empire ottoman – ce que les Russes soumis à la pression turque dans le Caucase ne cessent de réclamer –, de s’emparer de Constantinople et d’éjecter les Ottomans du conflit. L’opposition de Joffre à cette opération ne doit pas masquer les soutiens dont les opérations périphériques bénéficient auprès de chefs militaires français. C’est le cas du général Franchet d’Espérey qui dès novembre 1914 préconise une attaque dans les Balkans contre l’Autriche-Hongrie qui permettrait de battre la Double Monarchie, d’atteindre l’Allemagne sur son flanc sud et de retrouver la guerre de mouvement (3) .

            Le refus de l’enlisement s’exprime d’une manière très nette dans les efforts redoublés pour faire basculer les neutres. En 1915, deux pays sortent de leur neutralité, l’Italie en mai avec l’Entente et la Bulgarie en octobre avec les Empires centraux. Si l’on s’arrête sur le cas de l’Italie, on remarque la certitude présente chez les Britanniques et les Français que sa participation fera basculer le conflit et y mettra un terme par la défaite de l’Autriche-Hongrie. Le général en chef Cadorna exprime une confiance totale en la victoire que lui apportera la puissante offensive de son armée sur le front de l’Isonzo dès l’été 1915 (4).

Cette première partie de la conférence a été publiée sur EGMIL du mois de septembre.

De l’autre côté de l’Europe en guerre, la mystique de l’offensive se fait aussi sentir. Les Austro-Allemands sont bien décidés à reprendre aux Russes les territoires perdus lors des opérations de 1914. Le général Falkenhayn dote la XIe armée de 12 divisions et d’une puissante artillerie destinées à rompre le front russe (5). Les résultats de l’offensive lancée le 5 mai 1915 en Pologne et en Galicie sont à la hauteur des espérances. Les Russes subissent « la pire catastrophe militaire de la guerre (6) » : les Empires centraux s’emparent de la Pologne avec Varsovie, de la Lituanie avec Vilnius et une partie de la Biélorussie. C’est 15% du territoire russe qui est perdu. Minsk et Kiev sont menacées. A l’inverse, les armées russes remportent le 17 janvier 1915 la victoire de Sarikamis dans le Caucase contre les forces ottomanes, puis continuent leur avancée grâce à l’attaque alliée sur les Dardanelles jugée prioritaire par Constantinople (7). Cette progression signe l’arrêt de mort des Arméniens, accusés de trahison au bénéfice des Russes.

            Enfin, ultime et déterminante victoire des Empires centraux pour l’année 1915, celle imposée à la Serbie à l’automne 1915. Suite à une attaque simultanée des Allemands, des Austro-Hongrois et des Bulgares, l’armée serbe, pourtant victorieuse en 1914, subit une succession de revers dont les conséquences sont graves : le pays est occupé et le gouvernement, accompagné des lambeaux de l’armée et de milliers de civils, s’enfuit à travers les montagnes d’Albanie où ils sont récupérés par la flotte alliée. Afin de sauver l’allié serbe, les Français ont débarqué des troupes en Grèce malgré sa neutralité, dans le port de Salonique, mais elles ne peuvent opérer leur jonction avec des Serbes en déroute (8). L’occupation de la Serbie permet aux Empires centraux de constituer un bloc homogène qui s’étale depuis le Proche-Orient jusqu’à la Baltique.

            L’année 1915 apparaît donc comme celle des grandes batailles et l’espoir de Fayolle d’une fin de la guerre semble bien réaliste. Pourtant le tableau que nous venons de dresser est trompeur. La multiplication des offensives sur l’ensemble des fronts ne conduit pas à la victoire décisive tant espérée, à la rupture définitive du front adverse. Pas plus Joffre en Artois ou en Champagne, que Mackensen en Pologne ou en Serbie, que Cadorna sur l’Isonzo, que Hamilton sur les Dardanelles ou que Ioudenitch dans le Caucase ne parvient à vaincre l’adversaire. Même les Serbes acculés ont refusé de signer une paix séparée et ont préféré la fuite pour reprendre le combat sur le front d’Orient. A la fin de l’année 1915, Fayolle dépité confie à son journal ; « Cette année se termine sans qu’on voit comment finir cette guerre […] Que faire ? Va-t-on reprendre les grandes tueries sous prétexte de percée (9) ? » Le pessimisme, à moins que ce ne soit tout simplement du réalisme, s’impose aussi chez certains responsables politiques, tel Aristide Briand qui arrive au pouvoir en France le 29 octobre 1915 avec la conviction que la guerre durera longtemps.

Les buts de guerre empêchent la fin de la guerre et la prolonge

            Tout cela nous conduit à poser une question capitale : l’enlisement des fronts est-il favorable à la paix ? Une espérance peut-elle naître de l’impossibilité de l’emporter de part et d’autre ? On pourrait le penser car du moment où les belligérants se trouvent dans une situation où l’écrasement militaire de l’ennemi est clairement irréalisable, seule une discussion diplomatique laisse entrevoir une issue. C’est la raison pour laquelle, à la fin de 1914 et au début de 1915, l’Allemagne, bloquée à l’Ouest, effectue des ouvertures en direction des Russes (10). De la même manière, Henry Kissinger pense qu’une paix de compromis était possible au printemps 1915 une fois consommé l’échec des offensives sanglantes (11). Mais plusieurs obstacles se dressent pour invalider un tel scénario.

            Il y a d’abord le chiffre des pertes (près de 500 000 tués du côté français suite aux offensives en Artois et en Champagne), lesquelles rendent difficile l’acceptation d’un arrêt des combats par une opinion publique qui demanderait alors : « A quoi bon ces sacrifices ? » Ensuite, l’autre clé se situe dans les buts de guerre. Les ambitieuses opérations militaires de 1915 sont en effet indissociables de la définition de buts de guerre tout aussi ambitieux, les deux éléments s’autoalimentant. Comme l’écrit Georges-Henri Soutou, « le rejet de la diplomatie pendant la guerre et la notion même d’une paix négociée, véritable rupture d’une tradition politique, correspondait à l’ascension aux extrêmes du conflit lui-même ainsi que des buts de guerre (12). » Dès l’automne 1914, la plupart des belligérants ont fixé leurs objectifs fondés sur des revendications territoriales le plus souvent considérables. Or ces buts de guerre rendent difficile la recherche d’un espace de marchandage autour duquel discuter. En outre, les rêves d’annexion des uns et des autres ne peuvent être réalisés par une paix négociée fondée sur l’absence de vainqueur et sur des compromis. Seule une paix victorieuse, obtenue sur le terrain militaire, par une défaite de l’ennemi, le permettra. Les offensives de 1915 servent aussi à réaliser cet objectif.

On en trouve une preuve dans les ouvertures faites par l’Allemagne en direction de la Russie au printemps 1915, au moment de son offensive victorieuse sur le front oriental. Berlin semble prête à aller loin pour arracher le retrait russe de la guerre (une restitution des territoires polonais conquis) et ainsi reporter ses forces à l’ouest. Le tsar Nicolas II s’y refuse aussi bien par fidélité à l’alliance avec les puissances occidentales que par volonté expansionniste (seule la victoire de l’Entente lui donnera la domination sur les Balkans et Constantinople) (13).

Ce qui nous conduit à une autre question : la paix n’est-elle pas perçue comme dangereuse ? En effet, on s’aperçoit qu’en 1915 la crainte d’une paix négociée alimente l’extension des buts de guerre. Cela apparaît clairement dans le dossier de Constantinople : c’est dans la crainte d’une paix séparée germano-russe qu’il faut chercher l’une des raisons de la bienveillance franco-britannique à propos des considérables ambitions russes sur les Détroits (14) ; ou encore dans la question des revendications serbes : dès la fin de 1914, et plus encore dans les derniers mois de 1915, les Français sont effrayés par les perspectives d’une paix séparée entre la Serbie et les Empires centraux. Afin de conjurer cette menace, Briand se voit contraint de promettre à des Serbes en déroute la satisfaction de leurs ambitions sur la Bosnie-Herzégovine, sur la Croatie et l’Adriatique, une fois la guerre gagnée par les armes (15). Ainsi les Serbes ont-ils donc plus intérêt à une poursuite des hostilités, en pariant sur une victoire, qu’à une négociation avec l’ennemi qui les conduirait à une satellisation. A partir de ce moment, le programme serbe change de nature. L’engrenage conduisant au conflit italo-yougoslave est amorcé.

En réalité, chez l’ensemble des belligérants, revient constamment l’idée que la paix négociée ne peut profiter qu’à l’adversaire au bénéfice d’une victoire incomplète, voire mutilée. En fin de compte, il s’est avéré que négocier la paix reviendrait à perdre. Dès septembre 1914, Berlin explique, pour justifier le refus de pourparlers, qu’une paix négociée n’apporterait ni victoire, ni paix durable (16). En somme, une simple pause.

L’espérance malgré tout ?

La fin de 1915 marque-t-elle la fin de l’espérance ? Jean-Jacques Becker, après avoir étudié les carnets de Fayolle, résume bien la situation en parlant « d’une sorte de désespérance qui ne signifie en aucun cas d’accepter, après tant de sacrifices, une défaite ou une paix de compromis mais une désespérance d’autant plus forte que ceux qui avaient cru à une initiative stratégique victorieuse en Orient savent qu’il n’en sera rien (17). » Certains comprennent que la guerre sera longue ce qui ne les poussent pas pour autant à œuvrer en faveur d’une solution négociée qui relève de la trahison.

La seule voix en faveur de la paix reste celle du pape. Dans les palais apostoliques, on scrute avec attention l’évolution sur les fronts. L’été 1915 correspond à une intensification des efforts de la diplomatie vaticane en faveur d’une paix négociée, la seule valable parce que la seule durable aux yeux de Benoit XV. Les victoires orientales de l’Allemagne laissent penser qu’elle serait prête à faire la paix, comme d’ailleurs les propositions aux Russes le confirment. C’est pourquoi le souverain pontife adresse le 28 juillet 1915 une exhortation apostolique « Aux peuples belligérants et à leurs chefs » pour mettre fin à la boucherie. Elle se heurte au refus des nations et des gouvernements de déposer les armes (18). C’est un échec mais qui ne désespère pas Benoit XV qui continuera, on le sait, ses efforts en 1916 et surtout en 1917.

Ce sur quoi se fracassent le pape et dans l’ensemble l’espérance d’une paix en 1915, en plus de l’enlisement des fronts et des buts de guerre, c’est la nature même du conflit en cours. Les deux camps n’aspirent ni à une paix d’empire qu’ils n’ont pas les moyens d’imposer, ni à une paix de compromis, mais à une paix d’hégémonie de l’un sur l’autre. Or, utiliser la diplomatie comme voie de sortie de la guerre revient à établir une paix de compromis territoriaux, une paix d’équilibre dont aucun des belligérants ne veut. Il est finalement clair que négocier une sortie de guerre par les voies diplomatiques équivaut, pour les acteurs décisionnels de la Grande Guerre, peu ou prou, à une défaite.

Monsieur Frédéric LE MOAL

Monsieur, Docteur en histoire à l’Université Paris IV-Sorbonne, spécialiste des Balkans durant la première guerre mondiale et de l’histoire des relations internationales, vous avez publié en 2006 un livre issu de votre thèse intitulé « La France et l’Italie dans les Balkans, 1914-1919 » pour lequel vous avez obtenu le Prix du Mémorial du Front d’Orient.

Vous êtes professeur au Lycée Militaire de Saint-Cyr l’Ecole ainsi qu’à l’Institut Albert Le Grand à Angers. Vous avez été également professeur au Collège d’enseignement supérieur de l’Armée de Terre (CESAT). 

Je citerai quelques-unes de vos publications :

- La Serbie, du martyre à la victoire 1914-1918. En 2008

- Le front yougoslave pendant la seconde guerre mondiale, Editions Soteca, 2012.

- Et votre dernier ouvrage qui vient tout juste de paraître : Victor Emmanuel III, un roi face à Mussolini, chez Perrin, 2015.

 

1 Cité par Jean-Jacques Becker, « Réflexions sur la guerre en 1915 sur le front occidental (d’après les notes des généraux Fayolle et Haig) in Guerres mondiales et conflits contemporains, 2005/3, n° 219, p.7.
2 Rémy Joffre, Joffre, Paris, Perrin, 2014, p.261.
3 Max Schiavon, Le front d’Orient. Du désastre des Dardanelles à la victoire finale, 1915-1918, Paris, Tallandier, 2014, p.29-30 et 33.
4 John R. Schindler, Isonzo, il massacro dimenticato della Grande Guerra, Gorizia, LEG, 2001.
5 Jean-Paul Bled, L’agonie d’une monarchie. Autriche-Hongrie, 1914-1920, Paris, Tallandier, 2014, p.119.
6 Alexandre Sumpf, La Grande Guerre oubliée. Russie, 1914-1918, Paris, Perrin, 2014, p.54.
7 Ibid., p.55.
8 Frédéric Le Moal, La Serbie du martyre à la victoire, 1914-1918, Saint-Cloud, Editions 14-18, 2008, p.
9 Cité par Jean-Jacques Becker, « Réflexions sur la guerre en 1915 sur le front occidental (d’après les notes des généraux Fayolle et Haig), op. cit., p.13.
10 H. E Goermans, War and punishment : the cause of war termination and the First World War, Princeton, Princeton University Press, 2000, p. 235-236.
11 Henry Kissinger, Diplomatie, Paris, Fayard, 1996, p. 199-200.
12 Georges-Henri Soutou, « La Première Guerre mondiale et l’ordre européen » in Politique étrangère, n°3-4, 2000, p. 844.
13 Georges-Henri Soutou, La grande illusion. Quand la France perdait la paix, 1914-1920, Paris, Tallandier, 2015, p.71.
14 Neilson Keith, Strategy and supply : the Anglo-Russian alliance. 1914-1917, London, G. Allen and Unwin, 1984, p. 77-78.
15 Frédéric Le Moal, La Serbie du martyre à la victoire, op. cit., p.
16 Fritz Fischer, Les buts de guerre de l’Allemagne impériale, Paris, Trévise, 1970, p. 128.
17 Jean-Jacques Becker, « Réflexions sur la guerre en 1915 sur le front occidental (d’après les notes des généraux Fayolle et Haig), op. cit., p.13.
18 Yves Chiron, Benoit XV, Paris, Perrin, 2014, p.170-171.

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Les religieux dans la guerre : entre épreuve et renaissance

carte postale grande guerre013Dans la rubrique BONUS EGMIL juillet Août 2015

Par Xavier Boniface

Conférence délivrée lors de la conférence des autorités, samedi 16 mai 2015 à l’occasion du 57ème PMI à Lourdes. La première partie de cette conférence a fait l’objet d’une publication dans la revue EGMIL de juillet août 2015. Vous en retrouverez ci-après l’intégralité.

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