Message de Pâques 2019 de Mgr de Romanet

Pâques : Message de Mgr de Romanet aux aumôniers militaires

La cathédrale Saint-Louis des Invalides

 

cathedrale st louisLa cathédrale Saint-Louis des Invalides est un lieu de lumière et de vie. Elle célèbre la résurrection de Jésus, Christ et Sauveur, anticipation de notre propre Résurrection. Elle dit la foi des chrétiens en la vie éternelle. Elle incarne notre confiance et notre adoration en Dieu, Père de Jésus-Christ, source d’amour, de tendresse et de miséricorde. Elle symbolise le lien qui se tisse par l’évêque avec l’ensemble du corps épiscopal uni au successeur de Pierre. Elle révèle la relation de catholicité qui nous offre de dépasser nos frontières et nos cultures pour dilater nos esprits et considérer tout homme comme un frère à aimer dans la plénitude de sa dignité.

 

Ce lieu est d’abord et avant tout la chapelle des pensionnaires de l’Institution Nationale des Invalides, eux qui en sont la raison d’être première et fondatrice. Plus de trois siècles d’histoire de France continuent d’habiter la volonté de Louis XIV de prendre soin des soldats blessés. Demeuré fidèle à sa vocation initiale, l’hôtel des Invalides figure avec force l’union intrinsèque de l’âme et du corps pour la santé du soldat et la place essentielle que représente l’accompagnement spirituel dans tous les aspects de son engagement. Mes pensées rejoignent ici l’âme de ceux qui ont donné leur vie pour leur pays et auxquels chaque sonnerie aux morts rend hommage sous ces voutes. Celle des victimes de guerres, des enfants qui grandissent sans leurs parents tués au combat, des conjoints qui subissent la morsure du veuvage, des familles suppliciées par le drame … Mes prières portent chaque blessé de guerre et chaque invalide meurtri dans sa chair par le sacrifice de sa vie.

 

L’église des soldats

En ce lieu, église des soldats, s’inscrit l’histoire de la France et celle des innombrables vies offertes pour la patrie. Il conjugue la mémoire et l’avenir, la fidélité et l’engagement mis au service de la liberté, de l’égalité et de la fraternité qui fondent notre nation.

Les cathédrales de France, propriétés de la puissance publique et affectées au culte, associent de façon exemplaire l’Église et l’État, le politique et le religieux, en les élevant vers l’indicible. La cathédrale Saint-Louis des Invalides en est une illustration emblématique, articulant les responsabilités du Général Gouverneur Militaire de Paris, du Général Gouverneur des Invalides, du Médecin-Général directeur de l’Institution Nationale des Invalides, du  Général directeur des Musées de l’Armée et de l’Évêque aux armées françaises. Ce dernier témoigne au quotidien, liturgiquement et spirituellement, des raisons ayant présidé à la construction de l’édifice.

 

Le beau et grand principe de laïcité

D'une certaine manière, et de façon emblématique, la cathédrale Saint-Louis des Invalides immortalise avec incandescence dans sa pleine et entière signification éprouvée par les siècles, le beau et grand principe de laïcité. L’architecture manifeste ici avec grandeur, entre la cour d’honneur, la cathédrale et le dôme, l’articulation décisive entre l’Église et l’État. Pour les chrétiens ce principe entre fondamentalement en résonance avec l’essence même de leur être, ne serait-ce que parce que la notion d’« Église » est par définition liée au christianisme. Or il n’y a jamais eu « séparation de l’Église et de l’État », si l’on entend qu’une unité première se serait trouvée déchirée en deux. Ce qui a existé sont deux entités, depuis toujours bien distinctes, qui ont connu des périodes de coopération et d’autres d’éloignement. Mais jamais les deux n’ont-elles formé un tout.

 

Il faut souligner que la séparation entre autorité de l’État et autorité sacrée est à l’origine de la notion occidentale de liberté. Elle en constitue le socle :  deux communautés coexistent, liées l’une à l’autre mais aucune des deux ne présente un caractère de totalité. L’État ne détient nulle autorité religieuse qui pénètre jusqu'au plus intime de la conscience humaine. Et l’Église respecte César dans sa légitime compétence politique. Ainsi chacune des deux entités est-elle limitée dans son rayon d’action, et la liberté s’appuie-t-elle sur l’équilibre de cette relation. 

 

Emmanuel Macron, Président de la République, chef des armées, l’a éloquemment souligné le 9 avril 2018 au Collège des Bernardins : « La laïcité n’a certainement pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés la part de sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens. (…) La part catholique de la France, c’est cette part qui dans l’horizon séculier instille tout de même la question intranquille du salut, que chacun, qu’il croie ou ne croie pas, interprétera à sa manière, mais dont chacun pressent qu’elle met en jeu sa vie entière, le sens de cette vie, la portée qu’on lui donne et la trace qu’elle laissera. » 

 

Un lieu de mémoire et d’honneur

La cathédrale Saint-Louis des Invalides exprime ceci avec éclat. Les armées ont en effet ceci de spécifique qu’elles convoquent à la vérité des situations et des relations, sans échappatoire, dans ce que l’existence humaine a de plus concret. Le réel c’est mon compagnon d’armes, que je n’ai pas choisi, dont je ne connais pas ou ne partage pas les convictions religieuses ou philosophiques. Avec lui, je partage mes repas, nous combattons et nous allons peut-être mourir ensemble. Les questions les plus cruciales se posent à nous, ensemble, et de manière incontournable. Qu’est ce qui mérite aujourd'hui de donner ma Vie ? Qu’est ce qui justifie de prendre la Vie de l’autre ? Le quotidien de nos soldats et de leur commandement est d’être confrontés à la mort ! Il leur faut réfléchir, dès l’âge de 20 ans, à celle qu’ils peuvent donner ou à celle qui peut leur être infligée. Nos troupes ont tout le temps d’y penser, que ce soit dans la nuit noire du désert ou bien aux heures de veille dans nos centres-villes : la dimension spirituelle jaillit très spontanément. Cette expérience est essentielle. Elle appelle d’elle-même la question du sens, du fondement, du spirituel… Nos chefs militaires connaissent mieux que quiconque la vraie nature de l’homme : combien son corps et son cœur, son âme et son esprit ne font qu’un dans l’intensité de son engagement et le succès de l’action à mener. La cohérence est ici capitale. Qu’elle vienne à manquer et l’homme se désagrège. Sur le terrain, il est impensable d’asphyxier l’âme et l’esprit de ceux qui engagent leur vie en montant au front. La dimension religieuse fait partie intégrante de la réalité humaine. Elle est incontournable, et s’accompagne de l’absolu respect des convictions de chacun ainsi que de l’égalité entre tous. La cathédrale Saint-Louis des Invalides en est un symbole historique et contemporain, lieu de mémoire et d’honneur pour ceux qui ont donné leur vie pour leur pays.

 

Promouvoir la liberté et la dignité de l’homme

Au sein des armées de la République la manière dont la laïcité se vit est à bien des égards exemplaire. Nos soldats sont l’avant-garde de la défense des valeurs les plus fondamentales de notre pays. Les cultes doivent promouvoir la liberté et la dignité de l’homme, de tout homme, du tout de l’homme, de tous les hommes. C’est pour cela, et pour cela seulement, que donner sa vie prend un sens. Si le sacrifice suprême auquel chaque soldat est confronté peut s’envisager, c’est bien parce que l’homme dépasse l’homme, et qu’il porte en lui cette réalité spirituelle qui est son bien le plus précieux. Nul ne l’écrit mieux au cœur de Paris que cet édifice ancré en son centre, pour le bien de chacun et la liberté de tous, pour le bien de tous et la liberté de chacun. En une lumière offerte depuis vingt siècles par le Christ, lui qui est pour les chrétiens à jamais « le chemin, la vérité et la vie »

 

+ Antoine de Romanet
Evêque aux Armées françaises

Mots-clés: invalides, cathédrale, église des soldats, lieu de mémoire

Imprimer E-mail

Saint du Jour

Nominis

25 avril 2019

Tous les saints du jour
  • Saint Marc - Un des quatre évangélistes (I siècle.)
    Second dans l'ordre des évangiles synoptiques, serait-il l'inventeur du genre évangélique ? C'est possible puisque son livre, en mauvais grec, semé de sémitismes, fut composé très tôt à Rome, selon les données orales de Saint Pierre. Sans doute au plus tard en 70. L'auteur en serait le jeune Jean, surnommé Marc, fils de Marie chez qui la première communauté chrétienne de Jérusalem se réunissait pour prier (Actes 12. 12). Il accompagne Paul et Barnabé dans leur mission à Chypre. Peu après, il refuse de suivre Paul, en partance pour l'Asie Mineure. Il préfère rentrer à Jérusalem. Saint Paul lui en voudra, un moment, de ce lâchage : il préféra se séparer de Barnabé plutôt que de reprendre Marc (Acte 15. 39) Mais Marc se racheta et deviendra le visiteur du vieux prisonnier à Rome. Dans le même temps, saint Pierre le traite comme un fils (1ère lettre de Pierre 5. 13). Certains considèrent que saint Marc aurait été l'évangélisateur de l'Egypte. Ce n'est pas invraisemblable. D'autres affirment que son corps serait désormais à Venise. Après tout, pourquoi pas ? En tous cas, il fut un fidèle secrétaire pour saint Pierre dont il rédigea les "Mémoires", qui sont l'évangile selon saint Marc, à l'intention des Romains.De Jérusalem, il suivit d'abord saint Paul dans ses voyages missionnaires, puis s'attacha aux pas de saint Pierre, qui l'appelait son fils et dont, selon la tradition, il recueillit dans son Évangile la catéchèse aux Romains. Il aurait enfin fondé l'Église d'Alexandrie.