La cathédrale Saint-Louis des Invalides

 

cathedrale st louisLa cathédrale Saint-Louis des Invalides est un lieu de lumière et de vie. Elle célèbre la résurrection de Jésus, Christ et Sauveur, anticipation de notre propre Résurrection. Elle dit la foi des chrétiens en la vie éternelle. Elle incarne notre confiance et notre adoration en Dieu, Père de Jésus-Christ, source d’amour, de tendresse et de miséricorde. Elle symbolise le lien qui se tisse par l’évêque avec l’ensemble du corps épiscopal uni au successeur de Pierre. Elle révèle la relation de catholicité qui nous offre de dépasser nos frontières et nos cultures pour dilater nos esprits et considérer tout homme comme un frère à aimer dans la plénitude de sa dignité.

 

Ce lieu est d’abord et avant tout la chapelle des pensionnaires de l’Institution Nationale des Invalides, eux qui en sont la raison d’être première et fondatrice. Plus de trois siècles d’histoire de France continuent d’habiter la volonté de Louis XIV de prendre soin des soldats blessés. Demeuré fidèle à sa vocation initiale, l’hôtel des Invalides figure avec force l’union intrinsèque de l’âme et du corps pour la santé du soldat et la place essentielle que représente l’accompagnement spirituel dans tous les aspects de son engagement. Mes pensées rejoignent ici l’âme de ceux qui ont donné leur vie pour leur pays et auxquels chaque sonnerie aux morts rend hommage sous ces voutes. Celle des victimes de guerres, des enfants qui grandissent sans leurs parents tués au combat, des conjoints qui subissent la morsure du veuvage, des familles suppliciées par le drame … Mes prières portent chaque blessé de guerre et chaque invalide meurtri dans sa chair par le sacrifice de sa vie.

 

L’église des soldats

En ce lieu, église des soldats, s’inscrit l’histoire de la France et celle des innombrables vies offertes pour la patrie. Il conjugue la mémoire et l’avenir, la fidélité et l’engagement mis au service de la liberté, de l’égalité et de la fraternité qui fondent notre nation.

Les cathédrales de France, propriétés de la puissance publique et affectées au culte, associent de façon exemplaire l’Église et l’État, le politique et le religieux, en les élevant vers l’indicible. La cathédrale Saint-Louis des Invalides en est une illustration emblématique, articulant les responsabilités du Général Gouverneur Militaire de Paris, du Général Gouverneur des Invalides, du Médecin-Général directeur de l’Institution Nationale des Invalides, du  Général directeur des Musées de l’Armée et de l’Évêque aux armées françaises. Ce dernier témoigne au quotidien, liturgiquement et spirituellement, des raisons ayant présidé à la construction de l’édifice.

 

Le beau et grand principe de laïcité

D'une certaine manière, et de façon emblématique, la cathédrale Saint-Louis des Invalides immortalise avec incandescence dans sa pleine et entière signification éprouvée par les siècles, le beau et grand principe de laïcité. L’architecture manifeste ici avec grandeur, entre la cour d’honneur, la cathédrale et le dôme, l’articulation décisive entre l’Église et l’État. Pour les chrétiens ce principe entre fondamentalement en résonance avec l’essence même de leur être, ne serait-ce que parce que la notion d’« Église » est par définition liée au christianisme. Or il n’y a jamais eu « séparation de l’Église et de l’État », si l’on entend qu’une unité première se serait trouvée déchirée en deux. Ce qui a existé sont deux entités, depuis toujours bien distinctes, qui ont connu des périodes de coopération et d’autres d’éloignement. Mais jamais les deux n’ont-elles formé un tout.

 

Il faut souligner que la séparation entre autorité de l’État et autorité sacrée est à l’origine de la notion occidentale de liberté. Elle en constitue le socle :  deux communautés coexistent, liées l’une à l’autre mais aucune des deux ne présente un caractère de totalité. L’État ne détient nulle autorité religieuse qui pénètre jusqu'au plus intime de la conscience humaine. Et l’Église respecte César dans sa légitime compétence politique. Ainsi chacune des deux entités est-elle limitée dans son rayon d’action, et la liberté s’appuie-t-elle sur l’équilibre de cette relation. 

 

Emmanuel Macron, Président de la République, chef des armées, l’a éloquemment souligné le 9 avril 2018 au Collège des Bernardins : « La laïcité n’a certainement pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés la part de sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens. (…) La part catholique de la France, c’est cette part qui dans l’horizon séculier instille tout de même la question intranquille du salut, que chacun, qu’il croie ou ne croie pas, interprétera à sa manière, mais dont chacun pressent qu’elle met en jeu sa vie entière, le sens de cette vie, la portée qu’on lui donne et la trace qu’elle laissera. » 

 

Un lieu de mémoire et d’honneur

La cathédrale Saint-Louis des Invalides exprime ceci avec éclat. Les armées ont en effet ceci de spécifique qu’elles convoquent à la vérité des situations et des relations, sans échappatoire, dans ce que l’existence humaine a de plus concret. Le réel c’est mon compagnon d’armes, que je n’ai pas choisi, dont je ne connais pas ou ne partage pas les convictions religieuses ou philosophiques. Avec lui, je partage mes repas, nous combattons et nous allons peut-être mourir ensemble. Les questions les plus cruciales se posent à nous, ensemble, et de manière incontournable. Qu’est ce qui mérite aujourd'hui de donner ma Vie ? Qu’est ce qui justifie de prendre la Vie de l’autre ? Le quotidien de nos soldats et de leur commandement est d’être confrontés à la mort ! Il leur faut réfléchir, dès l’âge de 20 ans, à celle qu’ils peuvent donner ou à celle qui peut leur être infligée. Nos troupes ont tout le temps d’y penser, que ce soit dans la nuit noire du désert ou bien aux heures de veille dans nos centres-villes : la dimension spirituelle jaillit très spontanément. Cette expérience est essentielle. Elle appelle d’elle-même la question du sens, du fondement, du spirituel… Nos chefs militaires connaissent mieux que quiconque la vraie nature de l’homme : combien son corps et son cœur, son âme et son esprit ne font qu’un dans l’intensité de son engagement et le succès de l’action à mener. La cohérence est ici capitale. Qu’elle vienne à manquer et l’homme se désagrège. Sur le terrain, il est impensable d’asphyxier l’âme et l’esprit de ceux qui engagent leur vie en montant au front. La dimension religieuse fait partie intégrante de la réalité humaine. Elle est incontournable, et s’accompagne de l’absolu respect des convictions de chacun ainsi que de l’égalité entre tous. La cathédrale Saint-Louis des Invalides en est un symbole historique et contemporain, lieu de mémoire et d’honneur pour ceux qui ont donné leur vie pour leur pays.

 

Promouvoir la liberté et la dignité de l’homme

Au sein des armées de la République la manière dont la laïcité se vit est à bien des égards exemplaire. Nos soldats sont l’avant-garde de la défense des valeurs les plus fondamentales de notre pays. Les cultes doivent promouvoir la liberté et la dignité de l’homme, de tout homme, du tout de l’homme, de tous les hommes. C’est pour cela, et pour cela seulement, que donner sa vie prend un sens. Si le sacrifice suprême auquel chaque soldat est confronté peut s’envisager, c’est bien parce que l’homme dépasse l’homme, et qu’il porte en lui cette réalité spirituelle qui est son bien le plus précieux. Nul ne l’écrit mieux au cœur de Paris que cet édifice ancré en son centre, pour le bien de chacun et la liberté de tous, pour le bien de tous et la liberté de chacun. En une lumière offerte depuis vingt siècles par le Christ, lui qui est pour les chrétiens à jamais « le chemin, la vérité et la vie »

 

+ Antoine de Romanet
Evêque aux Armées françaises

Mots-clés: invalides, cathédrale, église des soldats, lieu de mémoire

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Saint du Jour

Nominis

11 décembre 2018

Tous les saints du jour
  • Saint Damase Ier - Pape (37 ème) de 366 à 384 (✝ 384)
    Fils de prêtre et membre du clergé romain par tradition familiale, Damase est élu Pape en 366 dans une époque troublée par les dissensions théologiques et les querelles de partis. On lui opposera même un antipape durant quelque temps. Il soutient la foi en la Trinité que les ariens combattaient. En même temps, il œuvre en faveur de la réconciliation des fidèles que divisaient alors les problèmes de la traduction entre le grec, langue traditionnelle de l'Église et le latin, langue populaire qui devenait la langue usuelle de l'Italie. Il aura l'audace de commander à saint Jérôme la traduction latine de la Bible, ce sera la Vulgate. Il organisa le culte des martyrs, nettoya et agrandit les catacombes où ils étaient inhumés et, sur leur tombe, il grave et compose des épigrammes qui font de lui un des premiers poètes latins chrétiens. Il fit écrire sur les murs des catacombes de saint Calixte: "Moi aussi, Damase, c'est ici que j'eusse voulu reposer si je n'avais pas craint de profaner les cendres des saints" et il se fit humblement enterrer dans une église voisine.Enluminure sur un Missel romain, XIVe siècle ->Mémoire de saint Damase Ier, pape. Dans une période difficile, il réunit de nombreux synodes pour défendre la foi de Nicée contre les schismes et les hérésies, il confia à saint Jérôme la traduction latine des livres saints, embellit avec piété les tombes des martyrs et les décora d'éloges versifiés. Lui-même, mort en 384, avait fait graver d'avance sur sa tombe, au cimetière de Calliste, un acte de foi : "Celui qui marche sur les eaux... fera se dresser Damase de ses cendres".
  • Saint Daniel le Stylite - Prêtre au Proche-Orient (✝ 489)
    Originaire de l'Asie Mineure, il passera les trente-trois dernières années de sa vie sur une colonne, au bord du Bosphore, c'est-à-dire une petite plate-forme montée sur deux piliers et entourée d'une balustrade. Il exhortait les fidèles qui venaient à ses pieds et laissait monter ceux qui voulaient lui parler.Illustration: Saint Daniel le Stylite d'après une enluminure du manuscrit 'le Ménologe de l'empereur Basile II'À Constantinople, en 493, saint Daniel, prêtre, surnommé le Stylite. Après avoir vécu dans un monastère et supporté de nombreux travaux, il se tint en haut d'une colonne à la manière et à l'exemple de saint Siméon le Stylite et y demeura pendant trente-trois ans et trois mois jusqu'à sa mort, sans se laisser briser par la violence du froid, de la chaleur ou des vents.