Messe internationale PMI 2024

 

HOMÉLIE

de Son Excellence Monseigneur Paul Richard Gallagher

Secrétaire pour les Relations avec les États et les Organisations Internationales

Solennité de la Très Sainte Trinité

64ème Pèlerinage Militaire International

Basilique Saint-Pie-X, Lourdes, Dimanche 26 mai 2024 à 9h30

 

Chers frères dans l’épiscopat et le sacerdoce,

Autorités distinguées,

Chers frères et sœurs consacrés,

Chers amis,

Après la fête de la Pentecôte qui est venue clore le temps pascal, la liturgie nous fait vivre la solennité de la Très Sainte Trinité. C’est en son nom que nous sommes nés à la vie nouvelle, nous qui avons été baptisés « au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ». Dieu, Un et Trine, est si proche qu’il s’est fait pour nous Pain rompu, Corpus Domini, Pain de notre pèlerinage vers le ciel (dimanche prochain).

En écho aux lectures de ce jour, et au-delà des tragédies qui continuent de déchirer l’humanité, je puis ainsi vous livrer quelques pistes pour vivre pleinement le présent et regarder sereinement vers l’avenir, avec confiance, et surtout avec un autre regard, celui de la foi trinitaire.

Cette célébration de l’Eucharistie me donne tout d’abord l’occasion de transmettre à chacun d’entre vous, chers pèlerins militaires rassemblés à Lourdes pour ce 64e pèlerinage militaire international, les salutations et les encouragements de Sa Sainteté le pape François. À vous, qui êtes venus de plusieurs continents vous mettre sous la protection de Notre-Dame et demander au Seigneur le don de la paix pour notre monde et la clairvoyance dans votre vie personnelle et professionnelle, le pape François exprime son union dans la prière. Il souhaite que chacun et chacune d’entre vous puisse se mettre à l’école de la Vierge Marie, pour découvrir ou approfondir sa foi en Dieu trinitaire, Père, Fils et Esprit.

Un mystère ! C’est souvent ainsi qu’est présentée la Sainte Trinité, cœur de notre foi. Ce mystère d’un Dieu en trois personnes, combien de pères de l’Église et de mystiques ont tenté de l’expliquer en usant de métaphores pour le rendre plus intelligible !

Un jour, un curé de paroisse rencontra un groupe d’enfants qui se préparait pour la première communion. Il les reçut l’un après l’autre et les questionna sur leurs cours de catéchèse. Il demanda à une fillette : « Peux-tu me parler de la Sainte Trinité ? » L’enfant répondit, mais le curé étant un peu sourd, il se pencha vers elle et, tendant l’oreille, il lui dit : « Je m’excuse mon enfant, mais je ne comprends pas ». La petite fille lui chuchota alors sur le ton de la confidence : « Moi non plus, mon père, je ne comprends pas. C’est un mystère ! ».

Frères et sœurs,

Le plus important n’est pas de comprendre ce mystère de la Trinité, mais d’y entrer. Un mystère ne s’explique pas, il se médite. La vie de la Vierge Marie en est une illustration. La Bible révèle le mystère de Dieu comme une Alliance avec l’humanité. C’est le fil rouge qui va de la Genèse à l’Apocalypse : « je serai avec vous » ou « avec toi ». Dieu fait tout par amour, pour renouer l’amitié avec son peuple. Ce peuple était esclave en terre étrangère, mais Dieu a choisi Moïse pour le libérer et le conduire à travers le désert. Au moment où ce message leur est adressé, les Hébreux se préparent à entrer dans la Terre promise. Ils sont invités à mesurer toute la générosité de Dieu à leur égard. Il se révèle en faisant alliance avec eux.

Cette bonne nouvelle vaut aussi pour chacun d’entre nous : aujourd’hui comme hier, Dieu voit la misère de son peuple. Il partage la souffrance de celles et ceux qui ont tout perdu et qui sont jetés à la rue, il visite et console les familles endeuillées par les conflits, les blessés, les prisonniers, les exclus… Et il continue à venir dans ce monde tourmenté qui est le nôtre aujourd’hui. Il ne vient pas pour apporter des solutions immédiates à nos problèmes terrestres, mais pour nous proposer son amour et nous libérer de l’esclavage des ténèbres qui nous détourne de lui.

Si l’Esprit d’Amour a été répandu dans nos cœurs, c’est donc pour que nous devenions les porteurs de cette espérance au cœur du monde. Remplis de l’Esprit Saint, nous n’avons pas peur de témoigner de la Bonne Nouvelle de l’Amour de Dieu pour tout homme et toute femme. C’est là tout le sens de la fin de l’Évangile de Matthieu où Jésus envoie les Apôtres : “Allez ! De toutes les nations faites des disciples. Baptisez-les au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit.” Nous ne pouvons rester immobiles, figés, avec d’éternelles questions sur le tombeau vide. Il est temps de comprendre que Pâques n’est pas une fin, mais un commencement. Tout ce que Jésus a pu faire ou dire au cours de sa vie terrestre était une préparation à cette nouvelle aventure des hommes et des femmes. Avec la première alliance, Dieu ne s’adressait qu’au petit peuple d’Israël ; la nouvelle alliance est annoncée et offerte aux peuples du monde entier.

Il ne nous est pas demandé de faire des adeptes, mais d’accueillir des disciples du Christ. Nous ne devons pas nous comporter comme des propriétaires de la Parole révélée, mais comme ses serviteurs. Il n’est pas question d’enrôler, mais d’annoncer la bonne nouvelle et de baptiser. Le baptême, que beaucoup d’entre vous ont reçu lors de ce pèlerinage, vous a plongés dans cet océan d’amour qui est en Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. L’Évangile est une histoire d’amour qui n’est jamais achevée, une histoire d’amour toujours nouvelle et toujours ouverte.

Certes, le sacrement du baptême nous en ouvre la porte, en ce sens où il nous intègre comme enfants de Dieu et frères de Jésus ; mais pour beaucoup, hélas, le baptême reste un acte mort et n’est pas suivi de gestes concrets. Le sacrement de la confirmation constitue alors une autre étape pour grandir dans la foi et l’aventure avec Dieu sous la puissance de l’Esprit. Mais certains baptisés s’arrêtent en route et ne vont pas jusqu’à franchir le pas de ce dernier sacrement de l’Initiation chrétienne. Comment, dès lors, imaginer connaître Dieu si l’on ne met pas tout en œuvre pour grandir dans cette connaissance par la prière, les sacrements, l’assiduité à la Parole de Dieu et dans le service des frères ? Car nul ne peut sonder ici-bas les profondeurs de l’amour de Dieu s’il n’y est intégré, s’il refuse d’en faire l’expérience. C’est pourquoi, baptisés et confirmés de ce 64e Pèlerinage militaire international, vous qui êtes désormais des « coopérateurs de Dieu », je « vous exhorte à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de lui », en reprenant les paroles de l’Apôtre Paul (2 Co 5, 20 – 6,2).

À la charnière du XIXe et du XXe siècle, du côté de Dijon, une petite Française – qui allait devenir une grande sainte, canonisée il y a huit ans par le pape François – avait tout compris de la Trinité. Elle peut nous guider aujourd’hui dans une meilleure connaissance et compréhension de la Sainte Trinité. Elle s’appelait Elisabeth Cattez, devenue sœur Élisabeth de la Trinité (1880-1906) au Carmel. Tout a commencé après une communion : « Il me semble que rien ne dit plus l’amour qui est au Cœur de Dieu que l’Eucharistie : … c’est Lui en nous, nous en Lui et n’est-ce pas le Ciel sur la terre ? » écrira-t-ellePar la suite, elle a expérimenté au plus profond d’elle-même et tenté de partager ce que l’on appelle désormais l’inhabitation de la Trinité.

L’inhabitation de la Trinité, c’est la conviction profonde que Dieu fait en nous sa demeure, comme il l’a faite en Marie. Tout l’amour du Père nous est donné ; le Fils, Parole éternelle du Père, prend chair en notre chair et l’Esprit nous féconde pour devenir à notre tour habitation et témoins passionnés de l’Amour de Dieu, selon les paroles de Jésus-Christ : « Si quelqu’un m’aime, il observe mes commandements, et mon Père l’aimera et nous viendrons en lui, et nous ferons en lui notre demeure » (Jean 24, 23). Il suffit de se laisser conduire et guider par l’Esprit au cœur de l’Amour de Dieu. Et lorsque Dieu « habite » la personne, il la transforme par cette grâce. L’inhabitation de la Trinité dans notre âme doit donc nous soutenir et nous stimuler au quotidien dans notre marche vers la pleine participation à la gloire divine.

Chers amis,

Le thème de ce 64e pèlerinage militaire international : « …et que l’on y vienne en procession », est un rappel de votre vocation baptismale d’enfants de Dieu et de frères et sœurs de Jésus. Il vous invite, chers militaires hommes et femmes, à partir en procession et à raviver votre Lumière intérieure pour rayonner de la Présence lumineuse de Dieu trinitaire dans notre monde. Lourdes est ce lieu où l’on expérimente l’Église, on apprend l’Église à l’école de Marie, on se met en route à la suite du Christ, en chemin de conversion, pécheurs et malades en espérance de guérison, on avance avec courage dans ce pèlerinage de foi, sans regarder vers l’arrière pour ne pas se laisser séduire par d’autres lumières, tournés vers le Christ qui est « à l’origine et au terme de notre foi » (He 12,2).

Oui, à Lourdes, la porte de la foi vous est grande ouverte. Regardez et contemplez la Vierge Marie, elle est venue ici pour aider Bernadette à vivre une relation d’amitié profonde avec le Christ. Comme Bernadette, ayez pleine confiance en l’amour de Dieu. Il n’abandonne jamais ses enfants. Avec Bernadette, sous le regard de la Vierge Marie, apprenez la foi de l’Église, elle sera un soutien précieux dans votre métier aussi passionnant que difficile. N’ayez pas peur de professer votre foi, vous qui êtes si souvent confrontés au mal qui habite le cœur de l’homme, à la violence et à la haine ! Prenez du temps pour nourrir votre foi, en méditant la Parole de Dieu, en vivant des sacrements et de l’enseignement de l’Église, vous qui êtes venus jusqu’ici, à la source de la Grotte de Massabielle, la source de Lourdes, mais aussi la source de vos vies, afin de retourner à l’essentiel, à la racine, là où toute vie prend source et prend sens : la foi en Dieu trinitaire, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.