L'aumônerie de la Marine Nationale dans la Grande Guerre

le-pere-le-hellecoOn parle peu de l’aumônerie de la Marine Nationale durant la Grande Guerre. Pourtant des aumôniers étaient présents sur Terre comme sur Mer.

Le Père Pierre CHOMIENNE (père Mariste, décédé en 2007) a été aumônier de la Marine de 1957 à 1986. Il a écrit quelques pages sur l’histoire de l’aumônerie de la Marine.  Voici celles qui concernent la période 1870-1918.

Photo : le Père LE HELLECO décoré de la Légion d’Honneur ©BNF –Département Estampes et photographies – Agence de presse Meurisse – Réf 93.433 et 93.435

 

 Histoire de l’aumônerie de la Marine Nationale

La guerre de 1870 verra les marins mis à terre pour contribuer à la défense du pays, notamment au siège de Paris, où ils devinrent canonniers. Bien entendu, les aumôniers les suivirent.

La défaite de 1870 entraîna le déclin de la Flotte et donc celui des aumôniers. On n’en comptait plus que 44 en 1874.

Mais en 1878, la victoire des Républicains sur les Monarchistes leur permet d’appliquer leur programme, fortement teinté d’anticléricalisme. On supprime le poste d’Aumônier Général, ce qui entraîne la désorganisation et la cohérence de l’aumônerie. De ce fait, le Pape Léon XIII confie alors la juridiction pastorale aux évêques des ports où les aumôniers exercent leur ministère, qu’ils soient embarqués ou en poste à terre.

La loi de 1880, tout en sauvegardant le principe de l’Aumônerie Militaire, ne conserve pour le temps de paix qu’un certain nombre de postes « pour les militaires éloignés des églises par plus de 3 kilomètres, ainsi que les hôpitaux et pénitenciers militaires ».

Ainsi, les postes à terre, les écoles de la Marine garderont leurs aumôniers. Les aumôniers embarqués ne sont pas concernés par cette loi.

Aussi, ne cessera-t-on de demander des prêtres pour accompagner les marins dans toutes les expéditions coloniales de la Troisième République : Tunisie, Indochine, Madagascar, Océanie…

La séparation de l’Eglise et de l’Etat (1904-1906) amènera le décret du 6 février 1907 qui supprime le corps des Aumôniers de la Flotte. C’est la fin de la reconnaissance officielle des aumôniers. Il subsiste de ci de là quelques prêtres de paroisse dans les ports visitant les hôpitaux de la Marine, bénévolement et s’occupant des foyers des marins.

Pour parer à ce manque d’aumôniers - à une époque où l’Eglise de France doit s’organiser à la suite des lois de 1905 et a d’autres préoccupations que celle de l’aumônerie de Marine – les prêtres qui se sentent concernés par l’apostolat auprès des marins s’ingénient à trouver des moyens pour résoudre ce problème : les foyers, les journées de préparation au départ ou à l’embarquement, la liaison avec les curés signalant les jeunes arrivant dans la Marine.

Pendant ces 40 années où officiellement l’aumônerie est plus ou moins ignorée par le gouvernement, on peut dire que celle de la Marine a eu plus de latitude que celle de la Terre pour remplir sa mission auprès des jeunes, aidée qu’elle était lors des campagnes lointaines par les missionnaires français. En 1913, les règlements s’assouplissent et l’on entrera dans la grande tourmente de 1914 avec des prêtres qui n’avaient jamais rompu le lien avec « la Royale ».

Quand la guerre éclate en août 1914, certains prêtres qui avaient prêté un concours souvent bénévole, dans les postes à terre ou dans les campagnes extérieures où la Marine avait été engagée, font une « demande d’engagement pour la durée du conflit ».

On les retrouvera auprès des fusiliers-marins sur l’Yser où s’illustreront les Pères POUCHARD et LE HELLECO ; d’autres embarqués sur les diverses unités de l’Atlantique ou de la Méditerranée, notamment aux Dardanelles. Certains mêmes disparaîtront comme le Père JULIAN lors du torpillage du cuirassé « Léon Gambetta » en avril 1915.
Combien accompagnèrent les convois ou les navires-hôpitaux ! Tous, ainsi qu’on l’a signalé pour l’un d’entre eux «sur tous les bords ont rempli une tâche peu spectaculaire, mais qui comporte pour les ouvriers de Dieu, sa dose quotidienne d’endurance, de dévouement, voire d’angoisse et ce jusqu’à la fin des hostilités ».

En 1918, la paix étant revenue, on se retrouve avec le même statut qu’à la veille de la guerre, avec cependant la reconnaissance officielle des prêtres accrédités auprès des écoles : Navale, Mousses, Pupilles. De plus, l’évêque de Fréjus devient, (oh le beau titre !!) Inspecteur Apostolique près de la Flotte. C’est lui qui détache des prêtres mais à la disposition de la Marine. C’est l’époque où fleurissent les foyers catholiques dans les divers ports : celui de Brest fondé par l’enseigne de vaisseau d’Estienne d’Orves (fusillé en 1941 par les Allemands) avec le Père MAZURIÉ, la villa Jeanne d’Arc à Toulon, les foyers de Lorient, Cherbourg. (…)

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