Propositions spirituelles pour suivre le Carême

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Le Carême a débuté, mettons-nous en chemin pour vivre ces 40 jours, grâce à :

Commencements

            Qu’y a-t-il de commun entre Platon, fils de haute noblesse athénienne dont l’œuvre inaugure la philosophie universelle et cette jeune femme de Galilée à qui, tout au long des siècles de tradition chrétienne, on s’adresse en disant : « Marie, pleine de grâce » ?

            De Platon, l’histoire retient un événement majeur, sa conversion à la philosophie liée à la mort de Socrate[1] : comment une cité peut-elle mettre en péril la vie de « l’homme le plus juste de son époque » ? Cette question poussera Platon à renoncer au rôle politique auquel sa naissance l’invitait naturellement à jouer dans la cité pour inventer un autre genre de vie, celui de l’enseignement et de l’écriture philosophiques.

            Quant à Marie, il faut ouvrir la littérature apocryphe[2]pour apprendre que ses parents, Anne et Joachim, étaient déjà âgés. Quand elle apparaît dans l’Écriture, nous sommes en Galilée, dans une ville appelée Nazareth. Marie est une jeune fille, « une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David appelé Joseph »[3]. L’annonce faite à Marie de la naissance de Jésus et cette naissance furent, sous le règne d’Hérode le Grand[4], des événements confidentiels.

            Avec Platon nous entrons dans le déploiement du logos, c’est-à-dire la raison ou le discours argumentatif. C’est en Marie que « le Verbe, le Logosdit l’évangéliste Jean, s’est fait chair »[5]. Et pourtant tous deux, Platon et Marie, chacun à leur façon, nous montrent de façon exemplaire la fécondité d’un silence qui écoute : se taire et faire silence pour laisser naître la parole, la parole produite par la pensée humaine et la parole vivante de Dieu[6].

            En effet, jamais dans toute son œuvre, Platon ne parle de lui ou ne parle en son nom ; il donne la parole à d’autres et d’abord à Socrate. Présentée sous forme de Dialogues, l’œuvre de Platon reflète le mouvement essentiel de la pensée, qui est, selon l’expression de Socrate, « un dialogue de l’âme avec elle-même » [7] ; et lorsque Socrate intervient, il met en œuvre une pédagogie du dialogue qui appelle une certaine qualité de silence. La maïeutique, procédé par lequel Socrate veut conduire son interlocuteur sur les chemins de la réflexion, nous enseigne cette disponibilité d’esprit et de cœur qui nous rend attentifs aux paroles de l’autre et capables de leur apporter une réponse.

            Marie, nourrie de l’Écriture depuis l’enfance, connaît la promesse faite à David[8]par l’intermédiaire de Nathan, le prophète : « Quand ta vie sera achevée et que tu reposeras auprès de tes pères, je te donnerai un successeur dans ta descendance, qui sera né de toi, et je rendrai stable ta royauté. C’est lui qui me construira une maison et je rendrai stable pour toujours son trône royal »[9]. Marie méditant tous les événements en son cœur est le modèle de ceux qui sont à l’écoute de la Parole[10]. Parce qu’elle a su accueillir cette Parole, « l’admirable échange » peut s’accomplir : le Verbe divin vient prendre notre humanité pour que nous revêtions sa divinité, c’est-à-dire que nous devenions à jamais vivants. « Faites tout ce qu’il vous dira »[11] : Marie invite chacun des croyants à écouter ce que dit cette Parole et à la mettre en pratique. Ainsi la maison du Seigneur sera stable pour toujours.

            Nous qui vivons dans un environnement bien trop souvent bavard, nous pouvons recevoir de ces témoins de silence, l’invitation à entrer nous-mêmes dans une écoute silencieuse : écoute de la parole de Dieu, écoute de tous ceux que nous rencontrons sur nos chemins. Cette écoute est la condition nécessaire pour que naissent des pensées authentiques et des paroles véritables.

                                                                                           Elisabeth Gueneley

 



[1] En 399 avant J.C., Socrate, âgé de 71 ans, est accusé par le tribunal d’Athènes de ne pas honorer les dieux de la cité et de corrompre la jeunesse par son enseignement. Condamné à une faible majorité, par 280 voix contre 220, à boire la ciguë, il préfère mourir plutôt que de transgresser les lois qui le condamnent injustement. On peut lire à ce sujet L’Apologie de Socrate écrite par Platon.

Platon verra dans cette condamnation inique le symbole de la désintégration d’Athènes.

[2] On appelle “apocryphes” – du grec, apocruphos, secret, caché - des écrits d’origine juive ou chrétienne qui n’ont pas été reconnus comme des livres saints authentiques par le Canon des Écritures.

[3] Voir l’évangile de Luc 1, 26. Nos références sont prises dans la traduction liturgique de la Bible.

[4] Hérode le Grand fut roi de Judée de 37 à 4 av. J.C.

[5] Jn 1, 14.

[6] He 4, 12.

[7] Voir Théétète, 189e de Platon.

[8]David est le deuxième roi d’Israël dont le règne s’étend de 1010 à 970 av. J.C. Plusieurs épisodes attachés à la figure de David restent célèbres ; on peut citer le combat de David, petit berger vainqueur du géant Goliath, 1R 17.

[9] 2 S 7, 12-13.

[10] Lc 2, 19.

[11]Jn 2, 6, Il s’agit du récit des noces de Cana et Marie, « la mère de Jésus » s’adresse aux serviteurs de la noce.

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