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75ème anniversaire du Débarquement

Conseil Régional de Basse Normandie National Archives USA

17/03/1916 – avec l’Armee d’Orient…

souvenir de saloniqueNOS PRETRES A SALONIQUE.

Après les tragiques péripéties de leur retraite de Serbie et en attendant de partager à nouveau la gloire et les dangers de leurs camarades du corps expéditionnaire, nos prêtres ardéchois, si nombreux à Salonique, sont pour le moment au repos –un repos tout relatif d’ailleurs ; et ils acceptent gaiement le sort qui leur est fait. Témoin cette lettre de l’un d’entre eux qui nous raconte spirituellement leurs  modestes occupations actuelles.

C’est de X…, où je me trouve toujours, que je viens encore une fois vous faire parvenir les meilleurs nouvelles. Depuis ma dernière lettre, nous avons changé de campement, et nous sommes venus nous installer sur les bords, mais  la cime, d’un profond ravin. Ma guitoune, dont les murs cette fois sont solidement bâtis avec de la boue, est exposée merveilleusement pour recevoir les premiers rayons du soleil d’Orient ! A l’intérieur, tout est presque confortable comme dans mon petit presbytère ardéchois ! Il y a même une élégante petite cheminée qui, dans les mauvais jours, est vite allumée pour réchauffer nos membres engourdis, et nous donner un peu – je vous dirai même beaucoup – de chaleur.
Vous le voyez, Monseigneur, c’est vrai petit bien-être que je jouis actuellement. Mon lit seul reste primitif et un peu dur – c’est l’ancien pieu de paille du début ! Qui est devenue maintenant une véritable poussière !.. De si peu je ne me plains pas – puisque je repose la nuit comme un bienheureux et cela me suffit !...

Dans la journée peu de temps à rester dans e petit « chez soi ». Les corvées ne manquent pas, elles sont même intéressantes.

La direction du Service de Santé a trouvé moyen de nous occuper utilement –nous les brancardiers- en nous chargeant de l’assainissement du camp sous toutes les formes. Matin et soir, on choisit parmi nous ceux qui front partie de l’équipe de la « Chasse aux Petits Papiers ». Les premiers prennent les pelles ! Les pioches…aux derniers ! Il faut de petits bâtons, académiquement taillés en pointe, et effilés comme de redoutables baïonnettes !... En avant ! Mort aux Papiers !... C’est notre inoffensif cri de guerre ! Cà et là… Ils tourbillonnent au moindre vent. Ils ne manquent pas en effet, les grands et les petits…Les rouges et les blancs ! Malgré nos chasses fructueuses,  les divers campements d’alentour ressemblent sans cesse à de véritables parterres émaillés de fleurs aux couleurs les plus variées ! Les fleurs sont nos papiers ! Aussi la besogne est facile et l’ennemi vite trouvé ! Sur le terrain…  Elégantes contorsions avec les reins ! Les bras ! Les jambes pour saisir avec les petits bâtons tous les papiers ! Dans cet art difficile je suis même devenu, Monseigneur un peu spécialiste. Ne pouvant rêver de devenir un jour Bâtonnier de l’ordre des avocats ! Je me trouve présentement très honoré, croyez-le bien, de mon titre plus modeste de Bâtonnier dans l’ordre des Petits Papiers !

L’équipe fait également la relève de toutes les « sentinelles »… Là-dessus je n’insiste pas –ce travail est plus terre-à-terre et n’a rien de brillant !... Mais que voulez-vous ? On fait son devoir…Et cela suffit. Et puis rien n’est petit, bas et méprisable quand on agit, comme nous le faisons tous, par esprit de foi et pour notre cher pays !

Entre temps, et pour varier, je suis aussi de l’Equipe des Cimetières C’est un peu au loin dans la plaine, du côté des premières lignes, que l’un d’eux se trouve établi. Il se dresse bien près de nos soldats – dure nécessité de la guerre – tout préparé pour les recevoir lorsqu’ils tomberont peut –être un jour dans la tranchée sous les obus, les balles ou la mitraille.
Son emplacement a été choisi et délimité avec soin. Maintenant il n’y a plus guère qu’à songer à l’embellissement du cimetière.
…De grandes allées y sont méthodiquement tracées et sablées…Les bordures sont faites avec le meilleur goût, spécialement avec des jacinthes et des iris… C’est un prêtre qui a reçu mission de fleurir le cimetière et les tombes ; aussi croyez que tout sera bien fait.
Dans notre défensive  tout a été prévu, Monseigneur, même les cimetières, au nombre de cinq pour la division. Nous semblons entièrement prêts pour un coup décisif si le bon Dieu veut bien combattre avec nous.

Comme voisins de campement, nous avons à quelques mètres de nous les artilleurs des autocanons. Nous avons en eux de bons protecteurs contre les Taubes et les avions. Du matin au soir, avec leur télémètre, ils fouillent le ciel dans tous les sens ; et sitôt qu’apparaissent les sinistres oiseaux, ils sont tous à leurs pièces pour les faire parler, dans les pans !... Pans !... Les plus retentissants. C’est intéressant et poignant, ces tirs contre avions, qu’il nous est donné de contempler de très près lorsque nous sommes au repos.

Voilà, Monseigneur, quelque chose de ce que je fais dans cette fameuse Macédoine Grecque où se concentrent  chaque jour des troupes de plus en plus nombreuses. N’ayez aucun souci à mon sujet ; je vais très bien, et malgré les six mois déjà passés en Orient, je me trouve toujours rempli de courage, de confiance, de bonne humeur et d’entrain, pour vous d’une grande affection !

Tous les jours j’ai le grand bonheur de célébrer la Sainte Messe, sur l’autel et dans le lieu où célèbre, le dimanche, pour tous les soldats, notre aumônier divisionnaire, le Bon Père Burtin.

Pauvre Bon Dieu ! Nous le trouvons dans un petit coin, à gauche, en rentrant chez l’aumônier. Son petit tabernacle est placé sur une modeste planche fixée en étagère sur un mur derrière lequel sont abrités les chevaux des officiers de l’Etat-Major de la Brigade ! …

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