Le Diocèse d'Orléans et la Guerre 1914-1918

Quand la mobilisation est décrétée le 1er août 1914, quand la guerre éclate le 3 août, c’est un bouleversement sans précédent qui s’abat sur la plupart des institutions françaises.

Le diocèse d’Orléans, comme tous les autres, n’est pas épargné.

L’évêque

Stanislas TouchetLe diocèse a comme pasteur Stanislas Touchet, un normand de 65 ans, prêtre à l’âge de 24 ans, évêque à 45 ans. Depuis son accession à ce siège épiscopal, voici 20 ans, il n’a de cesse de glorifier, par la parole et par la plume, Jeanne d’Arc. Il a fait ouvrir le procès de ses mérites au Vatican et a obtenu sa béatification en 1909. Il espère dans une étape ultérieure parvenir à la canonisation de la sainte (ce qui sera effectif en 1920, et vaudra à l’évêque d’Orléans le chapeau de cardinal). Il porte la parole de son héroïne en de nombreux points d’Europe (Belgique, Suisse, Italie…) et d’Amérique (États-Unis, Canada…) Pour lui, glorifier Jeanne, c’est aussi glorifier la France.

On peut aimer la France en restant très critique vis-à-vis de ceux qui la gouvernent. Au moment de la séparation de l’église et de l’état, l’évêque d’Orléans a dû quitter son évêché, les ecclésiastiques en formation ont abandonné le séminaire, les églises paroissiales et les presbytères ont été remis aux municipalités. Il en est résulté un grand ressentiment. Encore récemment, dans les Annales religieuses du diocèse d’Orléans, l’hebdomadaire qui est l’organe officiel du diocèse, l’évêque s’en prend violemment et nommément au Président du Conseil et au ministre de l’intérieur, René Viviani et Louis Malvy, qui ont décidé d’expulser de leur couvent et de leur maison deux congrégations féminines d’Orléans et de Malesherbes.

Quand l’orage gronde, l’évêque d’Orléans pense à l’Europe, pense à la paix, pense à la France. Dans un communiqué publié le 1er août 1914, il écrit : « L’Europe vit dans un vrai cauchemar depuis une semaine (…) Il faut prier : peut-être qu’au moment où ces lignes s’écrivent ne reste-t-il plus qu’à prier. » Il prescrit donc des prières quotidiennes pour la paix et termine « Dieu protège la France ! » L’oraison quotidienne pour la paix restera en vigueur pendant toute la durée du conflit.

* La source principale de cette étude réside dans les Annales religieuses du diocèse d’Orléans. Ont également été consultés les Ordos diocésains, qui renseignent sur la structure du clergé, ainsi que le Nécrologe diocésain, qui fournit des indications sur les décès.

 

Le clergé

Le clergé diocésain d’Orléans en août 1914 compte 535 prêtres. Le plus âgé a 86 ans, les deux plus jeunes, ordonnés avec 5 confrères le 29 juin, ont 24 ans. La moyenne d’âge est de 47 ans, la moitié des prêtres a moins de 45 ans (1). Des curés sont nommés dans les 293 paroisses du diocèse, certains desservant plusieurs clochers, notamment dans des zones rurales. Les curés des paroisses les plus importantes sont assistés par des vicaires (environ 70) ; des prêtres sont aumôniers de maisons religieuses ou d’institutions (une trentaine) ; un fort contingent (près d’une centaine) est affecté à l’enseignement, dans les séminaires, les collèges ou les écoles ; des prêtres, généralement âgés, n’ont pas d’affectation propre mais rendent des services pour la pastorale des zones où ils résident ou proches de leur domicile, on les nomme prêtres habitués (une trentaine).

Avec le coup de tonnerre de l’été 1914, 168 prêtres et 22 séminaristes sont mobilisés.

D’autres partiront ultérieurement, soit que le gouvernement appelle sous les drapeaux des classes plus âgées, soit que les plus jeunes séminaristes atteignent l’âge d’être enrôlés. Finalement, tous les ecclésiastiques de moins de 47 ans, reconnus aptes, seront sous les drapeaux.

Les Annales religieuses publient une lettre de l’évêque aux prêtres de son diocèse en date du 5 août s’adressant à ceux qui s’en vont et à ceux qui demeurent. Aux premiers il adresse des mots d’encouragement et des recommandations, et les assure de ses prières, eux qu’il a quasiment tous ordonnés depuis vingt ans qu’il est leur évêque. À ceux qui restent, il demande un effort pour assurer le meilleur service diocésain possible, en l’absence de nombreux desservants de paroisses et il incite à la prière et à celle des fidèles.

 

Le diocèse désorganisé

Cette lettre est accompagnée d’un tableau fixant l’organisation du service diocésain pour le temps de la mobilisation et celui de la guerre (2). Pour les 12 paroisses d’Orléans, des prêtres sont désignés officiellement pour aider les curés ; ces ecclésiastiques étaient souvent des enseignants ou des chanoines, parfois des religieux. Dans le reste du diocèse, 85 paroisses sont soit confiées à un curé d’une paroisse voisine, soit appelées à être desservies par un prêtre, par ailleurs aumônier, enseignant ou retiré ; à certains prêtres sont également confiés des vicariats.

Dans le même numéro des Annales religieuses en date du 8 août, on apprend que l’évêque nomme des aumôniers militaires sur la place d’Orléans, ainsi que les premiers aumôniers d’ambulance. Les ambulances sont des postes de soin ou de convalescence non permanents établis par le service de santé militaire, par la Croix rouge ou d’initiative privée.

Entre août et décembre 1914, les Annales religieuses font mention de 72 nominations d’aumôniers ou d’aumôniers adjoints dans une soixantaine d’ambulances. Celles-ci sont établies dans des gares (Les Aubrais, Orléans, Montargis), des lycées, collèges ou écoles, des châteaux ou maisons particulières. Dans la seule ville d’Orléans, on trouve des ambulances dans au moins 14 établissements religieux, soit la grande majorité de ceux-ci : grand séminaire, pensionnat Saint-Euverte, maisons de la Présentation, de la Sainte-Enfance, du Bon Secours, de Saint-Aignan, des Dominicaines, des Bénédictines, du Bon Pasteur, de la Visitation, des petites sœurs des pauvres, Œuvre de la jeunesse ouvrière… Rien n’est indiqué sur la nature de cette collaboration de la part de maisons religieuses, mais tout porte à penser qu’elle fut relativement spontanée, dans l’élan national pour aider nos armées et porter assistance à nos soldats. Parfois, un curé est nommé aumônier de toutes les ambulances qui seraient établies sur le territoire de sa paroisse ; d’autre fois, l’aumônier d’une communauté religieuse est également nommé aumônier des patients qui seraient accueillis dans cette communauté. On note même la nomination d’un aumônier et d’un adjoint pour les blessés et prisonniers allemands qui seraient présents à Orléans Il semble que ces nominations répondent à une exigence canonique. Celle-ci semble toutefois s’estomper car progressivement les Annales religieuses cessent la publication de ce genre de décisions de l’évêque.

L’organe officiel du diocèse, les Annales religieuses, modifie ses rubriques en fonction du conflit.

 

Les œuvres

Par une lettre du 29 septembre 1914, l’évêque annonce la création d’une œuvre, "L’Habit chaud du soldat" : « M. le Ministre de la Guerre a fait appel à l’initiative privée, afin qu’elle assure, pour sa part, des vêtements chauds à nos soldats ». Il est donc proposé de tricoter ou coudre des habits chauds, de confectionner ou ramasser des ceintures, gilets, tricots, chaussettes, gants… ou de verser des oboles en numéraire pour acheter du matériel.

Les Annales religieuses vont en conséquence publier chaque semaine le résultat des souscriptions dans le diocèse, avec les noms des donateurs.

En 1915, l’Intendance militaire est désormais à même de satisfaire aux besoins des militaires. L’évêque prend à nouveau la plume dans une lettre du 26 octobre 1915 : « Je veux vous annoncer que le Comité de notre œuvre de l’Habit chaud, qui a produit l’an dernier de si merveilleux résultats, grâce au zèle des patronnesses et à votre générosité, a résolu en vue d’un hiver qui s’annonce sévère, de continuer son action en la modifiant un peu. Nous continuerons de fournir, autant que possible des habits chauds aux formations qui nous en demanderont. Mais surtout, nous voudrions bien envoyer du pain et des vêtements à nos chers prisonniers. D’une enquête menée auprès de grands blessés revenus d’Allemagne, il suit que sans les secours en vêtements et en vivres, envoyés de la mère-patrie, beaucoup seraient morts de faim et de froid. » Il est désormais fait appel à la générosité pour L’Œuvre de l’habit chaud et du pain du prisonnier. Un an plus tard, elle se transforme en Œuvre du secours aux prisonniers de guerre.

 

Les mobilisés

Il existait dans les Annales religieuses deux rubriques nécrologiques, une pour annoncer le décès des membres du clergé du diocèse, une pour le décès de personnes proches de l’Eglise, souvent des personnes investies dans la vie du diocèse ou de leurs paroisses, ou des parents ou proches de membres du clergé. Ces deux rubriques s’étoffent : dans le numéro du 12 septembre, sont annoncés les premiers décès de militaires tués au combat, un lieutenant, ainsi qu’un sergent de 27 ans, ancien élève du Petit Séminaire. Dans le numéro du 26 septembre apparaît une nouvelle rubrique "Nos héros" qui recense les morts glorieuses parmi les quelques vingt mille ecclésiastiques, religieux, prêtres ou séminaristes français appelés sous les drapeaux. Le 1er décès d’un ecclésiastique orléanais mentionné est celui de l’abbé Charles Mahé, clerc minoré (3), dont on fait part le 19 décembre.

Les ecclésiastiques décédés ont droit à une rubrique nécrologique, rappelant leurs hauts faits, comme étudiants ou membres du clergé, et comme militaires. Une autre rubrique voit naturellement le jour, celle qui donne des nouvelles de nos prêtres et séminaristes aux armées, les courriers racontant la vie au front, mais aussi les nouvelles des blessés et convalescents, les promotions de grade, les distinctions reçues…

Il convient de faire régulièrement l’éloge du clergé combattant, pour répondre à de fausses nouvelles. Les Annales du 29 août 1914 fournissent des données sur la mobilisation dans certains diocèses. Celles du 7 novembre de la même année indiquent la présence d’évêques dans les rangs de l’armée (4).Pour ce qui est du diocèse d’Orléans, Mgr Touchet, en mars 1915, écrit à son clergé et à ses fidèles : « Les rangs de notre clergé paroissial s’éclaircissent de jour en jour. Près de la moitié de nos curés et de nos vicaires sont devenus soldats. Ils font bien leur devoir.

Beaucoup ont été cités à l’ordre du jour. La médaille militaire, des grades en ont récompensé quelques-uns. Tous, et moi spécialement, avons sujets d’être fiers de leur tenue aux armées.

Hélas ! l’un d’eux a payé son courage et son dévouement de la vie. (…) Quatre de nos grands séminaristes ont eu le même sort. »

En juillet de la même année, il s’adresse à nouveau aux prêtres et séminaristes mobilisés de son diocèse :

« Sachez où nous en sommes quant au nombre de nos mobilisés, de nos blessés, de nos prisonniers, de nos décorés, de nos cités à l’ordre du jour, de nos chers morts. Cette statistique un peu sèche vous intéressera cependant.

Donc, actuellement, notre Diocèse compte : 197 mobilisés prêtres et 33 séminaristes. Cinq blessés (pour cette rubrique comme pour les suivantes sont cités les noms, fonctions cléricales avant le conflit, et parfois quelques précisions). Trois séminaristes ont de même été frappés. Nous avons trois prisonniers (deux prêtres et un des séminaristes blessés).

Deux prêtres ont reçu la médaille de St-Georges (Russie), un la médaille militaire, quatre la croix de guerre, onze ont été cités à l’ordre du jour.

Nous avons eu la douleur très vive de perdre un vicaire. Notre Grand Séminaire a été cruellement meurtri. Nous avons perdu six de nos aspirants sur trente-huit. »(5)

Dans le mandement pour le carême 1916, Mgr Touchet égrène la liste des morts sur le front (4 prêtres, un sous-diacre, trois minorés, trois tonsurés, un séminariste) et celle des blessés (six prêtres, trois séminaristes). Il défend le rôle des prêtres brancardiers ou ambulanciers qui risquent leur vie en allant chercher les blessés sur le front, qui se dévouent pour aller soigner les contagieux.

 

Les accusations contre l’Eglise

L’opinion n’hésite pas à répandre des nouvelles calomnieuses. L’évêque d’Orléans va s’efforcer d’y répondre, directement ou indirectement. Le mandement pour le carême de 1916 commence par une "Lettre pastorale sur les rumeurs infâmes contraires à l’amour de la Patrie". Le prélat rappelle d’abord l’aide des catholiques à toutes les entreprises patriotiques (Journée du 75, Journée du Poilu, Habit chaud du soldat et Pain du prisonnier, noble et dur travail des ambulances). Il reprend ensuite une à une les accusations :

-Ce sont les curés qui ont voulu la guerre. Cette accusation ne tient pas, car quelle était l’influence des curés sur le gouvernement an août 1914 ? Et puis le clergé n’est pas épargné. L’évêque a perdu 33 % de ses séminaristes. Les presbytères sont privés de leurs curés.

-Les prêtres envoient de l’argent aux Prussiens afin de prolonger la guerre. Les curés veulent la prolongation de la guerre et aident à la collecte de l’or par la Banque de France. Ces deux accusations outrent le prélat.

-Les curés militarisés sont des embusqués. Il a déjà été répondu plus haut à cette accusation.

Indirectement, des récits de bravoure des membres du clergé français sont rappelés dans les pages des Annales religieuses, celles du diocèse d’Orléans, comme les autres.

-Sa Sainteté Benoît XV est un germanophile, car il veut une paix favorable aux Allemands.

Face à cette dernière accusation, Mgr Touchet réagit en se faisant régulièrement l’avocat du Pape. Le Pape a aidé aux échanges de prisonniers, notamment des grands blessés et des mutilés, inaptes à reprendre les armes (6). Le Pape subventionne les orphelins de guerre, même s’il le fait au-delà des frontières. Le Pape ne veut pas une paix qui agrée à l’Autriche et à l’Allemagne, il veut la paix. « Le Pape n’est ni Allemand, ni Français, ni Russe, ni Autrichien, ni Anglais ; depuis qu’il est Pape, il n’est même plus Italien, il est dénationalisé parce que le Pape est substantiellement, nécessairement l’homme international, le seul homme international. Il est cet homme international par état, puisqu’il est le Pontife universel ; Benoît XV est un homme international par tempérament, tant il est adapté à sa fonction, tant il y était prédestiné. »

Les Annales religieuses reviennent régulièrement sur l’action diplomatique du Pape.

Mais les comptes rendus jettent un regard particulier sur l’attitude du gouvernement français vis-à-vis du Saint-Siège. Quand en août 1917, Benoît XV écrit aux chefs des peuples belligérants, on précise que pour ce qui est des alliés, cette lettre a été envoyée à la Russie, à

la Belgique et au Brésil, et une quinzaine d’exemplaires sont adressés au roi d’Angleterre, en lui demandant d’en faire parvenir aux chefs de certains états n’entretenant pas de relations diplomatiques avec le Saint-Siège, tels que la France, l’Italie ou les États-Unis d’Amérique.

Dans l’autre camp, il y avait un nonce à Vienne et un autre à Munich, Mgr Pacelli depuis avril 1917. Le rédacteur, à plusieurs occasions, regrette l’attitude du gouvernement de la France qui refuse de reconnaître le Souverain pontife.

 

L’évêque voyage à l’étranger

Les Annales religieuses font état d’un déplacement de Mgr Touchet en Irlande en octobre 1916, d’un autre en Suisse en octobre 1917, et publient une partie des comptes rendus de ces voyages du prélat.

L’Irlande du sud s’agitait sourdement ; si le mouvement venait à s’accentuer, il aurait fallu immobiliser dans l’île des troupes anglaises, en vue du maintien de l’ordre ou de la répression. Et les alliés ne veulent pas de ce schéma. Ils soupçonnaient que les Allemands et leur propagande n’étaient pas étrangers à cette agitation. En conséquence, mais les Annales ne le disent pas, c’est à la demande du Quai d’Orsay et de l’ambassade de France à Londres que Mgr Touchet fut sollicité pour se rendre à la rencontre de l’épiscopat irlandais, considéré comme une autorité morale respectée en Irlande. Accompagné d’une petite délégation (7), l’évêque d’Orléans se rend à Londres et Dublin, ainsi qu’à Maynooth, le séminaire national irlandais, le vrai centre de l’église catholique dans l’île. Intervenant devant les étudiants, invités à l’assemblée plénière des archevêques et évêques irlandais, les prélats s’efforcent de renverser les sentiments germanophiles pour faire revivre les liens profonds qui unissent l’Irlande à la France.

Les étapes en Suisse, à Neuchâtel et Lausanne, sur le chemin vers Rome, étaient à l’instigation des blessés internés dans ce pays. Les paroles prononcées s’adressaient à ceux-ci, mais aussi aux autorités fédérales locales, avec l’appui des diplomates français en poste.

 

Le bilan à la fin des hostilités

plaque-diocese-orleansLes pertes chez les ecclésiastiques sont lourdes. Neuf prêtres ont perdu la vie tués à l’ennemi ou morts des suites de leurs blessures (8); d’autres reviennent infirmes ou affaiblis (9).

Dix-neuf grands séminaristes ne sont pas revenus du conflit (10).

Plaque apposée dans la chapelle du grand Séminaire d’Orléans

Nombre de laïcs ayant péri au combat étaient engagés dans l’église, ce qui va considérablement perturber l’organisation des paroisses une fois la paix revenue (11).

Le bilan moral est très lourd mais l’église, qui a vocation à prêcher l’espérance, a su chercher quel bénéfice tirer de ce malheur.

Nous l’avons vu plus haut, le conflit avec les puissances extérieures est survenu alors qu’au plan intérieur, un fort ressentiment était né de la séparation de l’Église et de l’État.

La guerre a contribué à diminuer les tensions entre Français, laïcs et cléricaux.

La présence des prêtres et séminaristes au front a sans doute contribué en quelques mois à davantage rapprocher ces ecclésiastiques du peuple que des décennies d’action sociale. La « camaraderie de combat » entre les prêtres aumôniers, brancardiers, officiers ou soldats combattants et leurs confrères civils a fait grandement respecter les premiers, alors que s’ils avaient joui d’une exemption de service militaire, ils auraient été perdus dans l’esprit du pays.

L’union sacrée entre tous les Français, avec l’oubli de ce qui les divisait, a grandement contribué à la paix sociale. Des dissensions persistent, après le conflit, mais moins vives, car l’apprentissage réciproque opéré face aux agressions extérieures ne saurait générer ensuite une intolérance aussi vive entre concitoyens.

De ce malheur, de cette lutte partagée, on espère, la paix revenue, une vie meilleure.

Les gens ont espéré qu’ils ne verraient "plus jamais cela", ils ont cependant sous-estimé les discordes, tant internes qu’extérieures, qui s’exalteront moins de vingt ans plus tard.

1er août 2014

 

(1) 58 prêtres ont de 24 à 30 ans, 163 ont de 31 à 40 ans, 110 de 41 à 50 ans, 103 de 51 à 60 ans, 81 de 60 à 75 ans et 20 ont plus de 75 ans.

(2) L’évêque rappelle qu’avant de partir, certains curés avaient conclu des arrangements avec des confrères pour organiser le service, et qu’il est prêt à en tenir compte le cas échéant. Il est à noter que pendant la durée du conflit, les Annales religieuses ne publieront pas d’autre tableau d’organisation du diocèse, alors même que des ecclésiastiques de classes de recensement plus anciennes seront appelés ultérieurement sous les drapeaux. La nomination d’un intérimaire apparaît nécessaire canoniquement car un prêtre mobilisé ne perd pas de ce fait le bénéfice de son emploi.

(3) On compte, parmi les ecclésiastiques du diocèse, les prêtres et les élèves du séminaire. Ces derniers étaient séminaristes, puis tonsurés, clercs minorés (ayant reçu au moins un des ordres mineurs de portier, lecteur, exorciste, acolyte) puis sous-diacres et diacres. Depuis la tonsure, les clercs ont droit au port de la soutane et au titre de M. l’abbé. Les décès ne sont pas toujours rapportés dans un ordre chronologique, car on peut rester plusieurs mois sans nouvelles d’un disparu, avant d’apprendre s’il est prisonnier, blessé ou décédé.

(4) Mgr Ruch, évêque coadjuteur de Nancy (qui sera fait chevalier de la Légion d’honneur en 1915), Mgr Perros, vicaire apostolique du Siam, Mgr Moury, vicaire apostolique de Côte d’Ivoire. On peut en 1916 ajouter le nom de Mgr de Llobet, évêque de Gap depuis l’année précédente (qui sera fait chevalier de la Légion d’honneur en 1919).

(5) Une loi ancienne prévoyait que les ecclésiastiques fussent affectés à des emplois de brancardiers ou  d’infirmiers, mais certains demandent à être nommés aumôniers régimentaires, et suivent donc leurs unités où qu’elles se trouvent. Les classes les plus récentes, jeunes prêtres et séminaristes, servent au front dans des unités combattantes. Cela explique que la mortalité des séminaristes est plus élevée que celle de leurs aînés.

(6) L’échange de prisonniers se fait par l’intermédiaire d’une Mission établie en Suisse. Mgr Touchet ne peut connaître le rôle qu’y joue un ecclésiastique français, prêtre de l’Oratoire, établi dans la Confédération Helvétique, Jules-Marie Courcoux, qui lui succédera en 1926 sur le siège épiscopal d’Orléans.

(7) Mgr Lenfant, évêque de Digne, Mgr Battifol, chanoine de Paris, l’abbé Flynn, de parents irlandais, curé de Suresnes, aumônier militaire près de Verdun.

(8) Six sont tués au combat, trois meurent des suites de leurs blessures, entre août 1914 et juillet 1918. Ils ont au moment de leur mort entre 27 et 40 ans. La plaque apposée au grand séminaire mentionne aussi le nom d’un prêtre mobilisé comme infirmier à l’hôpital de l’Ecole normale d’Orléans, qui s’est noyé dans la Loire au cours d’une baignade ; il est mort pendant une période militaire mais n’est pas mort pour la France.

(9) L’abbé Sevin, par exemple, revient de la guerre titulaire de la médaille des épidémies pour s’être porté volontaire pour soigner des compagnons d’armes ; il décède en 1919 à l’âge de 43 ans.

(10) Dix-huit sont élèves au Séminaire d’Orléans ; un autre, originaire du diocèse, était au Séminaire d’Issy. Ils ont au moment de leur mort entre 19 et 27 ans. Il y avait en août 1914 au grand séminaire une quarantaine de postulants à la prêtrise inscrits ; ce chiffre n’est pas aisé à déterminer, car les jeunes gens entraient, quittaient l’établissement au bout d’un ou deux ans pour le service militaire, revenaient, pouvaient accomplir des stages (notamment comme enseignants). Parmi les défunts, certains ne sont entrés au séminaire que les années postérieures à 1914. Pendant les années de guerre, ne restaient quasiment au séminaire que les jeunes non incorporés, en raison de leur âge ou de leur inaptitude, et quelques blessés ou convalescents. Certains séminaristes plus âgés continuaient leur formation sous les drapeaux, comme en font foi quelques ordinations (à des ordres mineurs ou majeurs) pendant des permissions.

(11) Signalons par exemple le décès du concierge du grand séminaire, mais aussi de bedeaux, sacristains, organistes...

 

Des renseignements complémentaires sur les sources de cette étude peuvent être sollicités en s’adressant à l’adresse suivante : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

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