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Homélie de la messe chrismale le mardi saint - 16 avril 2019

Cathédrale Saint-Louis des Invalides – mardi 16 avril 2019
Messe chrismale – C – Mardi Saint
Messe présidée par S.E. Mgr Antoine de Romanet de Beaune,
Evêque aux Armées Françaises
à l’intention des aumôniers militaires
et des fidèles du Diocèse aux Armées Françaises et de l’archidiocèse de Paris

Lectures. Livre d’Isaïe (61, 1-3a.6a.8b-9) : « Le Seigneur m’a consacré par l’onction, il m’a envoyé annoncer la Bonne Nouvelle aux humbles, et leur donner l’huile de joie » ; psaume 88 (89), 20ab.21, 22.25, 27.29 : Ton amour, Seigneur, sans fin je le chante (cf. Ps 88, 2a) ! Apocalypse de saint Jean (1, 5-8) : « Il a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père » ; acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres (cf. Is 61, 1). Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! Luc (4, 16-21) : « L’Esprit du Seigneur est sur moi ; il m’a consacré par l’onction ».

Homélie de S.E. Mgr Antoine de Romanet de Beaune.

La liturgie de ce Jeudi Saint nous offre un modèle de liturgie eucharistique. Nous avons une première lecture – du livre d’Isaïe –, un psaume, un deuxième texte de la Parole de Dieu et l’homélie qui est faite par Jésus. L’homélie est déjà faite, par Jésus lui-même, en six versets. Vous comprendrez que la concurrence effectivement est extraordinairement forte : on n’a encore jamais entendu un ecclésiastique se voir reprocher une homélie trop courte ! Jésus est, à l’évidence, dans ces quelques versets, au cœur de l’essentiel : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre ».

I – « Ce passage de l’Ecriture… »

Nous sommes au tout début de l’Evangile selon saint Luc ; c’est l’ouverture du ministère du Christ ; nous sommes au point de jonction entre la Première et la Nouvelle Alliance ; nous sommes dans cette synagogue où Jésus avait ses habitudes. Et Jésus parle la Parole ; Jésus est la Parole ; il est le Verbe créateur ; il est l’alpha et l’oméga, comme le Livre de l’Apocalypse vient de nous le redire avec force. Le Livre de la Genèse illustre la puissance de cette Parole qui DIT et cela EST. C’est cette Parole créatrice, c’est cette Parole première, c’est cette Parole initiale, par qui tous les mondes sont tenus, qui s’incarne en Jésus de Nazareth. « Au commencement était le Verbe », nous dit le prologue de saint Jean, « et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu ». La Parole : « Et le Verbe s’est fait chair et nous avons contemplé sa gloire ». Lorsque nous lisons dans l’Evangile « Jésus proclamait la Bonne Nouvelle », nous pourrions dire équivalemment : la Parole parlait la Parole. Jésus est la Parole, de la manière la plus fondamentale.

Et Jésus nous reprend ici cette parole d’Isaïe, pour nous en montrer l’actualité, non pas simplement pour ses auditeurs il y a vingt siècles, mais pour chacun d’entre nous au cœur de cette liturgie. Voilà qui nous redit la place centrale du Christ, au centre de l’histoire humaine, au centre de chacune de nos vies. Voilà qui nous redit cette place centrale de la Parole de Dieu, toujours nouvelle, toujours en avance sur son temps et sur nos cœurs, une Parole qui ne cesse de nous inviter à la conversion la plus radicale, une Parole à laquelle il nous faut toujours revenir de la manière la plus décisive, faute de quoi nous sombrons dans toutes les idéologies du temps, tous ces « -ismes » (romantisme, idéalisme…, et tant d’autres, qui traversent les époques).

Cette Parole de Dieu, elle est solide. Saint Luc, au début de son Evangile, nous dit combien il s’est informé avec grande précision, lui le médecin, le scientifique. Nous ne le savons que trop : il ne s’agit ni d’un mythe ni d’une fable, mais d’une réalité historique incontournable, devant laquelle chacune de nos libertés se trouve mise en demeure de se positionner.

II – « … que vous venez d’entendre… »

« Cette Parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre… ».

La Parole de Dieu révèle l’homme à lui-même. Elle nous révèle à nous-mêmes, dans la mesure où nous l’accueillons comme une interpellation personnelle. Nous le savons : la grande phrase qui parcourt toute la première Alliance tient en si peu de mots : « Ecoute, Israël, le Seigneur ton Dieu ! ». Mes Amis, qu’il est difficile d’écouter ! Combien l’écoute est une attitude spirituelle de renversement radical ! Nous pouvons nous interroger, chacun : comment avons-nous écouté cette Parole de Dieu ? Avons-nous préparé cette liturgie ? Avons-nous gravé dans nos cœurs ces quelques versets ?

Dans l’Evangile, la comparaison est souvent prise par Jésus entre la Parole et la semence. La question n’est pas l’abondance de la semence : elle est surabondante, dans la prodigalité du Père. La question, c’est celle de la terre qui la reçoit – chacun de nos cœurs : une terre labourée, sarclée, irriguée, ou une terre sèche, ou une terre remplie de pierres, ou une terre remplie de ronces. Cette Parole de Dieu qui nous est offerte au cœur de chacune de nos liturgies, cette Parole de Dieu qui nous est offerte jour après jour comme objet premier de nos méditations, de notre mise en présence du Seigneur, comment l’écoutons-nous véritablement ? Est-ce que notre cœur a soif ? Est-ce que nous désirons d’un grand désir ? Est-ce que notre cœur est labouré en profondeur pour accueillir cette semence et se laisser être fécondé ? Notre rapport à la Parole vivante de Dieu, qui est au cœur même de l’aventure spirituelle de chacune de nos vies, est ici questionné, de la manière la plus essentielle, par Jésus. « Cette Parole de l’Ecriture, que vous venez d’entendre ». Qu’avons-nous fait de ces Paroles ? Qu’allons-nous faire de ces Paroles ?

Cette Parole a l’extraordinaire capacité de nous répondre à la mesure de nos questions : si nous lui posons de petites questions, nous aurons de petites réponses ; si nous lui posons des questions larges, ouvertes et généreuses, nous aurons des réponses larges, ouvertes et généreuses, infiniment au-delà de tout ce que nous pourrions penser, espérer, envisager. Parce que, lorsque ce mouvement de conversion radicale nous donne d’être portés par la Parole du Seigneur, alors ce n’est pas l’exaucement de nos petits projets humains : c’est l’accueil du plan de Dieu. Et ce sont toutes les aventures spirituelles des saints qui nous précèdent, qui nous manifestent combien, s’étant laissé saisir par le Seigneur, ils sont portés au-delà de tout ce qu’ils auraient pu anticiper, souhaiter ou rêver. Parce que ce que Dieu veut nous offrir c’est au-delà de ce que nous pouvons penser : cette vie éternelle avec lui, dans son intimité. Cette Parole, toujours nouvelle.

 III – « … aujourd’hui s’accomplit »

« Cette Parole que vous venez d’entendre, aujourd’hui, elle s’accomplit ».

La Bonne Nouvelle, ce n’est pas d’abord ce que le Christ nous dit : c’est ce qu’il EST. Et cette Parole, elle s’accomplit à la mesure dont nous nous reconnaissons pauvres, captifs et aveugles. Nous pourrions nous dire, à nous tous qui avons reçu la grâce du sacerdoce, que la Parole de Dieu nous invite, aujourd’hui encore, à mobiliser notre énergie pour aller au-devant de nos frères, tous ces pauvres, tous ces éclopés, tous ces boiteux, qui peuplent nos églises et qui peuplent nos rues, dans une situation de supériorité et de cléricalisme, à l’évidence insupportable ! Le cœur même de notre vocation, et le cœur même de notre sacerdoce, il a été, par toute la formation que nous avons reçue et qui doit se déployer jour après jour dans notre vie spirituelle, de réaliser à quel point je suis le pauvre sur le chemin, combien je suis l’estropié de la manière la plus radicale, combien je suis le prisonnier, à tant d’égards, de tout ce qui m’entrave spirituellement dans ma marche à la suite du Seigneur. C’est moi qui ai besoin d’être libéré ; c’est moi qui ai besoin de retrouver la vue ; c’est moi qui suis opprimé. Et ce n’est qu’à la mesure dont je réalise la manière dont le Christ est venu me rejoindre dans ma radicale pauvreté, ce n’est qu’à la mesure où, jour après jour, dans notre vie spirituelle, nous nous remettons devant l’authenticité de nos vies qui est celle de ne devoir, en toute chose, qu’à la grâce du Seigneur de pouvoir être et se déployer.

Ce sacerdoce, dont nous allons renouveler devant vous dans un instant, les engagements pris au jour de notre ordination, c’est, d’abord et avant tout, l’ouverture de notre cœur à la grâce du Seigneur ; c’est l’accueil de cette onction sans cesse à revivifier, parce que ce n’est pas par nous-mêmes, d’aucune manière, par nos pauvres qualités, que nous pourrions prétendre à quoi que ce soit, ni sur le plan humain, ni, plus encore, sur le plan spirituel. Ce que le sacerdoce nous donne de vivre et d’expérimenter, c’est d’être, à notre pauvre mesure, canal de la grâce, en tant que jour après jour nous venons nous y ressourcer. Le Pape Benoît XVI vient nous redire avec beaucoup d’éloquence cette importance décisive, pour tous les baptisés et pour les prêtres et les consacrés en premier lieu, de ne cesser de se ressourcer dans cette vie de prière et de méditation, qui nous fait réaliser notre radicale pauvreté comme étant la première des Béatitudes. Alors, nous pouvons être envoyés ; alors, nous pouvons aller vers nos frères ; alors, nous pouvons côtoyer leurs cœurs. Parce que c’est un cœur meurtri et pardonné qui vient à la rencontre d’un frère lui aussi blessé. C’est à la mesure dont nous réalisons ce besoin vital que nous avons d’une Parole de salut que nous pouvons la proclamer et l’annoncer à nos frères. C’est ce que nous faisons à chaque Eucharistie : « Je confesse à Dieu tout-puissant… Je reconnais devant mes frères… » combien j’ai péché. Bienheureux ceux qui ne sont pas dans la toute-puissance et la volonté de domination. Et nous comprenons bien – cet Evangile nous le manifeste de la manière la plus belle – : la source intérieure, c’est Jésus, par l’Esprit-Saint qui l’habite et qui est présent, aujourd’hui, au cœur de son Eglise.

C’est le même Benoît XVI qui écrivait : « De la même manière que le Verbe s’est formé dans le sein de la Vierge Marie, la Parole s’est formée dans le sein de l’Eglise ». Rendons grâce pour cette Eglise, sainte et faite des pécheurs que nous sommes. Rendons grâce pour cette Eglise qui ne cesse de proclamer, génération après génération, dans toute sa force, les Paroles de l’Evangile. Rendons grâce pour l’Eglise qui nous a engendrés, les uns les autres, à la vie spirituelle par notre baptême et qui nous accompagne en nous nourrissant, dimanche après dimanche et jour après jour, de la grâce sacramentelle, liturgique, spirituelle. Que serions-nous sans l’Eglise ? A qui irions-nous ? Comment marcherions-nous à la suite du Seigneur, pauvres et petits, ballotés à la surface des vents, si cette Mère nourrissante n’était présente au quotidien ? Elle est là pour nous conduire vers le Christ, le seul libérateur de notre aujourd’hui réel et présent. Merveille du Christ qui nous invite à nous faire acteurs de notre libération !

Au cœur même du sacerdoce que nous partageons, il y a la grâce de développer notre baptême, dans le service de chacun d’entre vous. La joie du prêtre, c’est d’être acteur du salut qu’il transmet ; la joie du prêtre, c’est de partager, avec chaque baptisé, cette conviction que c’est chacun, personnellement, en première personne, qui sommes acteurs de notre salut et de notre vie éternelle. Ne nous laissons pas disperser par les brebis perdues ou errantes, par les pasteurs qui ont perdu le point fixe du Christ ! C’est bien chacun d’entre nous, de la manière la plus personnelle, à qui tout est donné par la grâce du baptême ; c’est bien chacun d’entre nous qui est appelé à nous déployer de la manière la plus forte.

Alors, oui, et dans la lumière de cet Evangile, aujourd’hui pour chacun d’entre nous, le Seigneur vient frapper à la porte de notre cœur. Aujourd’hui, pour chacun d’entre nous, le Seigneur nous invite à nous mettre en marche et à nous laisser transformer par cette Parole vivante, créatrice, recréatrice, cette Parole qui nous donne de revivre et de renaître en revivifiant la grâce de notre baptême.

D’une certaine manière, et pour prendre une image contemporaine, le grand danger, pour chacun d’entre nous, serait de laisser la Parole de Dieu à plat, comme une réalité qui nous fait face et qui nous reste étrangère. C’est à la mesure dont nous entrons dans un dialogue de cœur à cœur que cette Parole devient tridimensionnelle, qu’elle prend tout son relief et tout son poids, existentiel, qu’elle nous met en mouvement, et c’est le sens même de chacun des versets de l’Evangile, de chacune des Paroles du Christ et de la prière eucharistique que nous allons vivre dans un instant où le Christ vient nous prendre sur ses épaules pour nous conduire vers le Père.

Merveille du don de Dieu qui vient frapper à la porte de chacune de nos libertés, pour que, acteurs de notre propre vie et de notre propre salut, nous soyons chacun ferment de salut pour tous les hommes à qui nous sommes envoyés.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Amen.

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Homélie de la messe de l’initiation chrétienne du 60ème pèlerinage militaire international (PMI) à Lourdes

messe initiation chretienne 2018Chers Amis,

par cette célébration qui nous réunit, par ces sacrements du baptême, de la confirmation et de l’Eucharistie, nous sommes au cœur même de la vie chrétienne. Un chrétien, c’est quelqu’un qui se sait enfant bien-aimé du Père. Et la merveille du don de Dieu est de nous inviter, en nous reconnaissant fils du Père, à devenir frères les uns des autres.

Quelle merveille que de connaître Dieu par Jésus, le Fils bien-aimé ! Quelle merveille que d’être appelé à devenir fils de Dieu ! Quelle merveille de pouvoir appeler Dieu, le Créateur et Maître de toute chose, « Père ! », « Papa ! » ! Quelle merveille de se savoir aimé d’un Amour infini, quelles que puissent être les vicissitudes, les difficultés, les ombres de mon existence ! Dieu, notre Dieu, est un Père qui nous aime de la manière la plus certaine et la plus absolue.

Homélie de la messe de rentrée de Stanislas

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© Collège Stanislas

 

Homélie prononcée par Mgr Antoine de Romanet lors de la messe de rentrée du Collège Stanislas, le 7 septembre 2019, à Paris

 

Mes amis, en fêtant ce matin la nativité de la Vierge Marie, nous fêtons le don de la vie que nous fait le Seigneur, et la réponse d’amour à laquelle il nous invite. Est-ce que je suis dans le OUI de Marie et de Joseph, le OUI de la Vie ? Mes amis, nous sommes tous nés sur cette terre par la grâce de Dieu. Et Dieu nous offre par Jésus de naître au Ciel. Dieu fait tout pour nous, mais il ne fait rien sans nous. Dieu nous offre tout son amour, et cet amour s’adresse à notre liberté, à la liberté de chacun d’entre nous, à la liberté de chacune de nos vies. Ici à Stanislas, vous avez la grande chance d’être éduqué à la liberté. Et Marie avec Joseph est pour nous le plus beau des modèles. Marie et Joseph sont des chef d’œuvre  de liberté.

Homélie de la messe internationale du 61ème PMI

Présidée par Mgr Antoine de Romanet,
Evêque aux Armées Françaises
le dimanche 19 mai 2019

Lecture. Jean (13, 31-33a.34-35) : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres ».

Mes amis, cet Evangile nous met au cœur de tout. Il nous parle d’amour. Dieu est Amour. Nous avons été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, par amour et pour l’amour. Le commandement de l’amour. Aimer semble facile : toutes les chansons du monde nous invitent à aimer et nous sentons que nous sommes faits pour aimer ; nous sentons que nous sommes heureux lorsque nous aimons et lorsque nous sommes aimés. Pour autant, il y a une sorte d’électrochoc dans ces Paroles de Jésus : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres ». L’amour peut-il se commander ? Est-ce que je peux vous dire : « Aimez-moi ! C’est un ordre ! » ? Est-ce que l’amour n’est pas une réalité naturelle et spontanée ? Il y a des choses que j’aime et des choses que je n’aime pas : j’aime la musique classique, je n’aime pas la musique synthétique, ou l’inverse ; j’aime la vanille et je n’aime pas la fraise, ou l’inverse.

Homélie de la messe pour la paix du 13 janvier 2019

Cathédrale Saint-Louis des Invalides – dimanche 13 janvier 2019
Fête du Baptême du Seigneur – C
Messe célébrée pour la paix et pour les défunts de la famille Vendeuvre
présidée par S.E. Mgr Antoine de Romanet, Evêque aux Armées françaises

Homélie de S.E. Mgr Antoine de Romanet, Evêque aux Armées françaises

Dans ces quelques lignes que nous venons d’entendre se trouve le point central de l’histoire de l’humanité : la rencontre entre Jean-Baptiste et Jésus, le plus grand des prophètes de la Première Alliance et Dieu fait homme en Jésus-Christ. Cette scène bouleversante nous dit la question centrale de l’identité de Jésus de Nazareth. Voilà dix siècles que le peuple de la promesse attend la venue d’un Messie ; voilà dix siècles que son cœur est labouré et que des indices lui sont donnés. Le livre d’Isaïe, dont nous avons entendu un extrait en première lecture, en est un des plus manifestes. Tout annonce la nécessité vitale de la venue d’un Messie et tout le désir durant ce temps d’attente et de maturation. Et, pour autant, le peuple, qui arrive à une sorte de maturité dans cette attente, s’interroge : est-ce que Jean-Baptiste ne serait pas le Messie ? Et Jean-Baptiste de renvoyer vers Jésus, lui dont il n’est pas digne de défaire la courroie de ses sandales.

Passage de la Première à la Nouvelle Alliance, passage de cette réalité de l’attente au don de la promesse qui, en Jésus-Christ, surpasse d’une manière incommensurable tout ce que pouvait attendre l’humanité. Qui pouvait imaginer que le Messie serait Dieu fait homme, la Parole créatrice venue nous rejoindre dans notre humanité ? C’est cet épisode bouleversant qui nous centre sur le Christ et qui est le lieu du passage d’une réalité extérieure, ce baptême de Jean, avec de l’eau qui coule, au baptême de Jésus, don de l’Esprit, don de Dieu lui-même venant habiter le cœur de sa créature.

I – « C’est toi, mon Fils bien-aimé » : l’identité de Jésus

« C’est toi, mon Fils bien-aimé » : c’est bien la question centrale de l’identité de Jésus.

a - S’il est un seul motif pour lequel les Evangiles ont été écrits, c’est pour nous mettre devant cette question qui, à la vérité, parcourt tous les Evangiles. Au milieu des Evangiles, cette question est dite à Pierre : « Pour toi, qui suis-je ? ». Et c’est le centurion romain qui, au pied de la Croix, s’exclamera : « Vraiment, cet homme est le Fils de Dieu ! ». Question centrale de l’identité de Jésus parce que, à partir du moment où nous le reconnaissons comme le Messie, Fils de Dieu, vrai Dieu et vrai homme, alors chaque verset de l’Evangile prend son poids de lumière et de vie éternelle.

b - Cette identité de Jésus est au cœur de notre foi chrétienne. Nous ne sommes pas les membres d’une confédération philosophique, nous ne sommes pas les défenseurs d’un ordre moral, nous ne sommes pas des adhérents à un système intellectuel. Nous sommes les disciples de Jésus, Christ et Seigneur, vrai Dieu et vrai homme venu nous ouvrir le chemin du Ciel.

c - Il faudra du temps aux Apôtres pour réaliser ce que signifie cette identité de Jésus. Et les Evangiles abondent en circonstances où les Apôtres sont en train de se disputer les places : lorsque le « Général Jésus » aura bouté l’envahisseur romain en dehors des frontières, qui sera ministre d’Etat, ministre plein et secrétaire d’Etat ? Les discussions sont explicites sur ce sujet ! Et s’il a fallu du temps pour les Apôtres pour réaliser qui est Jésus, nous pouvons nous poser chacun la question pour notre propre compte : où en suis-je de ma compréhension de l’identité de Jésus de Nazareth ? Est-ce que je suis au début, au milieu, à la fin ? Sans doute, quelque part entre tout cela. C’est bien la question centrale qui s’exprime par les fruits et l’engagement de nos vies.

II – « C’est toi mon Fils bien-aimé » : ma propre identité

« C’est toi mon Fils bien-aimé » : c’est la Parole que le Seigneur adresse ce matin à chacun d’entre nous. La plupart d’entre nous, nous sommes baptisés. Mais, que nous le soyons ou pas, nous sommes tous les enfants bien-aimés du Père et c’est à chacun d’entre nous que le Seigneur vient frapper à la porte de notre cœur.

a - Le baptême le dit d’une manière explicite. Notre baptême n’est pas un rite du passé. Aucun d’entre nous ne devrait pouvoir dire « J’ai été baptisé », comme s’il s’agissait d’une réalité du passé, mais « Je suis baptisé », aujourd’hui, au présent dans mon existence.

b - Une des plus belles images pour évoquer le baptême, notre baptême, c’est celle de la greffe. Vous voyez un arbre fruitier : on fait une entaille et on met un greffon. Ça, pour une part, c’est la célébration du baptême et, pour cela, on peut avoir des photos, des vidéos, des tampons et des certificats. Mais la question n’est pas là. La question est la manière dont le rameau est vivant, dont la sève passe et dont le rameau porte des feuilles, des fleurs et des fruits. « Je suis la vigne et vous êtes les sarments », nous dit le Seigneur. Et si la vie ne passe pas entre le cep et les sarments, les sarments secs, on en fait des fagots et on y met le feu. Cet avertissement de Jésus est là pour nous faire comprendre combien notre baptême est une promesse, une promesse extraordinaire de vie éternelle avec le Père, mais une promesse qui doit s’accomplir dans l’engagement personnel, en vérité, en Esprit, de chacune de nos vies.

c - Il s’agit d’accorder notre cœur et nos actes. Et c’est la question que, pour une part, nous pose cet Evangile : est-ce qu’il y a correspondance entre ce que je vis et ce que je suis ? En d’autres termes, est-ce que je réalise mon baptême ? Le mot « réaliser » a, en français, une signification très riche. Quand j’entends un exposé, d’abord je réalise intellectuellement ce dont on est en train de me parler, comme une dimension objective et à distance. Je ne vais véritablement réaliser cette dimension qu’en tant qu’elle aura touché mon cœur. C’est cette fameuse parole du Petit Prince chez Antoine de Saint Exupéry : « On ne connaît bien qu’avec le cœur ». Et je ne vais réaliser véritablement ce qui aura touché mon cœur que par mes mains. J’ai réalisé cela dans une conversation avec un professeur de mathématiques, prêtre, du collège Stanislas. C’était à l’époque où les prêtres étaient encore enseignants, pour certains. Il avait enseigné pendant trente ans les mathématiques et la géométrie, et il était passionné par les métiers du bois. Et, la retraite venue, il a fait l’équivalent d’un CAP ou d’un BTS d’ébénisterie. Il m’a dit : « J’ai réalisé la signification d’un théorème de géométrie que j’ai enseigné pendant trente ans, le jour où j’ai réalisé par mes mains la pièce de bois correspondante ». Eh bien, il nous faut, pour chacun d’entre nous, réaliser par toute notre vie le don de Dieu qui nous a été offert. Et c’est en réalisant, par mes mains et par l’engagement de mon existence, par les œuvres de charité qui sont l’expression de mon cœur, qu’alors je réalise avec une amplitude immense ce que j’avais commencé à concevoir dans mon esprit.

III – « C’est toi mon Fils bien-aimé » : le lieu fondamental de notre paix

Voilà, mes Amis, l’itinéraire de nos vies, pour une part : réaliser notre baptême. Et voilà le lieu fondamental de notre paix.

a - Je suis en paix, mon cœur est en paix, lorsqu’il y a harmonie, concordance entre le meilleur de ce que je porte dans mon cœur et ce que je vis concrètement au quotidien. Lorsqu’il y a cette harmonie, cette paix irradie de ma personne. Je ne suis pas en paix – et c’est le cas si souvent ! – lorsque mes actes concrets vont au rebours de ce que je sais être le bien, le vrai, le beau, le juste qui habitent mon cœur et qui m’appellent de la manière la plus fondamentale. Trouver la paix de son cœur en réalisant concrètement mon baptême.

b - Ce dont il s’agit, comme chrétiens, c’est d’abord de se reconnaître enfants bien-aimés du Père et de le recevoir en pure gratuité. Je ne suis pas en train de vous faire l’éloge de l’engagement de votre volonté. Je suis en train de nous inviter, tous, à entrer dans l’absolu gratuité de Dieu qui m’offre sa propre vie. C’est cela la conversion : c’est changer de registre pour m’ouvrir à Celui qui me donne la vie et qui me donne le sens de ma vie.

c - Et alors, je peux être en paix avec mes frères, parce que, réalisant que tout me vient de mon Père qui est aussi le Père de mon frère, alors nous sommes dans cette fraternité, la plus fondamentale et la plus essentielle. Comment voulons-nous être en paix, entre nous, comment voulons-nous être en paix entre nations, si nous ne nous reconnaissons pas, les uns et les autres, enfants du même Père ? Lorsque je n’ai pas cette reconnaissance, je suis dans une dimension de puissance, de domination, d’affirmation, de volonté, je veux me manifester par mes capacités propres qui passent si souvent, trop souvent, par le fait d’écraser celui qui est à mes côtés. Mes Amis, réaliser que nous sommes tous enfants du même Père, réaliser l’immensité du don de Dieu, réaliser que tout m’a été donné en pure gratuité : voilà le lieu fondamental de la paix de chacun de nos cœurs, de la paix que nous sommes invités à vivre entre frères, et de la paix entre les nations qui est absolument décisive et qui est, pour une part, entre nos mains dans les responsabilités qui sont les nôtres.

Cet Evangile se termine par quelques mots bouleversants : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie ».

Mes Amis, puissions-nous entendre cette Parole qui vient du Ciel, cette Parole du Père éternel, comme s’adressant personnellement à chacun d’entre nous, aujourd’hui, ce matin, d’une manière bouleversante. Parce que c’est bien, à chacun d’entre nous, à chacune de nos vies et à chacune de nos libertés que le Père éternel dit avec le plus grand amour : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie ».

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Amen.

Homélie devant la 27ème Brigade d’Infanterie de Montagne - 14 juin 2019

Homélie de Mgr Antoine de Romanet, Evêque aux Armées
Devant les Troupes de la 27ème Brigade d’Infanterie de Montagne
Le vendredi 14 juin 2019 à Grenoble

 

Quelle joie de fêter ensemble cette fête de Saint Bernard de Menthon, le Saint des troupes de montagne, et de se remettre au cœur son magnifique idéal, toujours hissé vers plus haut, vers le meilleur, vers les sommets, jusqu’à risquer sa vie pour la défense de ses frères.
A la suite de Saint Bernard de Menthon, votre Saint patron, vous êtes invités à déployer trois vertus essentielles :
- L’esprit de pauvreté et d’humilité, une des vertus majeures de l’existence et tout particulièrement dans les armées. Humilité face au chef ; humilité face à soi-même et ses limites ; humilité face à ses hommes ; humilité face aux adversaires ; humilité face à la nature et à la montagne.
- L’esprit de fraternité, ce magnifique esprit de cordée qui fait que l’on se sait vitalement solidaires des uns des autres.
- L’esprit d’abnégation en acceptant d’engager sa vie pour en sauver une autre.

Les troupes de montagne développent magnifiquement au quotidien ces excellences morales. Tant dans leur entraînement et leur endurance que dans leur capacité d’adaptation. Ainsi ses qualités se sont-elles exercées avec grandeur au Mali, en Irak, en Afghanistan ou au Kosovo. Leur degré d’exigence requiert de puiser en soi d’importantes ressources. Saint Bernard peut se révéler ici d’une aide déterminante, lui qui nous indique le chemin de la prière, des cimes et surtout de la montée vers le Seigneur, l’unique essentiel qui habite au plus profond de nous-même. Ce lieu de la rencontre avec le Seigneur, c’est d’abord l’intime de notre cœur dans la vérité de notre existence.

Le passage de Matthieu 25 que nous venons d’entendre a bouleversé et converti d’innombrables chrétiens depuis 2000 ans. Il nous révèle de manière admirable au-delà des envolées de paroles et des volutes de mots toute l’authenticité de nos vies face à notre prochain. Celui qui nous est donné pour frère et dont nous faisons notre prochain. Matthieu témoigne que le Seigneur est venu sauver tous les hommes, ceux qui le connaissent comme ceux qui ne le connaissent pas et que l’essentiel se joue dans l’objectivation concrète de notre quotidien.

La suite du texte qui n’a pas été lue ici délivre un écho retentissant au passage précédent : « Allez-vous-en, maudits, dans le feu éternel, car j’avais faim et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais en prison, et vous ne m’avez pas visité. »

Jésus ne reproche pas aux réprouvés d’avoir pillé, menti, trafiqué ou tout autre acte délictueux, - « le juste pèche 7 fois par jour » -…. il leur reproche de n’avoir rien fait : « nada », « nothing », « rien ». Le vide…. Là réside le péché : en l’absence d’amour, de vérité, de justice, de bienveillance, l’absence, le vide encore et toujours…. Saisissant constat qui nous oblige à réaliser que dans nos existences, l’essentiel de ce que nous appelons péché est de l’ordre de l’omission.

Au début de cette eucharistie, nous avons proclamé ensemble comme nous en avons peut-être trop souvent l’habitude, de mémoire, : « Je confesse à Dieu tout puissant, je reconnais devant mes frères que j’ai péché, en pensée, en parole, par action et par omission… » Mais ne présumons-nous par « en pensée », ça ne se voit pas, ça ne s’entend pas, personne n’est au courant ? Par « en parole », nous sommes assez polis et maîtrisés ? Avons-nous dit des horreurs aujourd’hui, probablement pas ! « Par action », nous sommes plutôt bien élevés et pourrions dire, au moins à ce stade de la journée : « je n’ai pas tué, je n’ai pas volé… » « Moi, m’sieur je n’ai rien fait ! »

Pourtant, telles sont justement les questions à se poser : Qu’as-tu fait pour ton frère ? Quel est le poids d’amour de ma vie ? Comment concrètement suis-je allé à la rencontre de mon prochain ? Voilà qui nous sonde de la plus belle manière, nous qui connaissons le Christ. Nous qui entendons l’Évangile et savons combien le Christ se donne à nous en chacune de nos rencontres à travers chacun de nos frères. « Celui qui dit qu’il aime Dieu, et qui n’aime pas son frère, est un menteur » nous dit Saint Jean.

Merveille de la bonté de Dieu qui nous offre ces paroles fortes afin de nous ressaisir. Nous inviter à la conversion. Nous libérer d’une fascination qui pourrait être morbide face au côté sombre de notre être. À bien des égards, le péché n’a rigoureusement aucun intérêt si ce n’est de nous empêcher de faire le bien que Dieu attend de nous. Telle est la réalité cruciale de notre existence : comment puis-je la remplir pleinement de cette attention à l’autre, de cette attention au frère ? Un discernement qui doit d’abord se mesurer à l’aune de nos cœurs.

Merveille de la tendresse de Dieu qui nous accorde jour après jour de pouvoir relire notre quotidien pour y distinguer les moments plus particuliers, non pas où a percé le mal parce qu’encore une fois je n’ai ni tué ni volé, mais où n’a pas été accompli le bien pour lequel nous étions attendus. Afin d’accueillir cet amour que le Seigneur me porte et m’interroger sur la manière dont je le déploie et le diffuse autour de moi. Afin de lui en rendre grâce car Dieu me le livre en pure gratuité. Afin de bien comprendre que la vie éternelle que le Seigneur veut me confier relève de cette absolue gratuité qui est l’autre nom de la grâce.

Monter vers les sommets, telle est la magnifique aventure des troupes de montagne : entrer dans la contemplation de ces réalités majestueuses qui nous dépassent, nous emportent, nous élèvent. Nous extraient des abîmes aussi. Et surtout permettent très simplement de nous laisser être aimés par le Seigneur. De réaliser de manière bouleversante que le don de Dieu, - l’extraordinaire don de Dieu qui nous offre de partager sa vie pour toujours -, ne sera jamais obtenu par nos petits neurones, nos petits bras ou nos petites vertus mais dans l’accueil d’un don gratuit.
Or pour accueillir ce don gratuit, il me faut moi-même devenir un être de gratuité. C’est ce que nous exprimerons en disant dans quelques instants la prière du « Notre Père » « pardonne nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ».
Prétendre accueillir le pardon de Dieu suppose que nous soyons nous-mêmes des êtres de pardon et de miséricorde. Et quelle joie au sommet de la montagne de réaliser que le plus essentiel de ma vie, - celle de mes proches, de mon conjoint, de mes enfants, de mes parents, l’air que je respire, l’eau que je bois, le soleil qui m’éclaire est don gracieux de Dieu. Mais je ne peux le recevoir que si mon cœur se sculpte sur celui de Dieu, que si je deviens moi-même ce don de gratuité au quotidien. Dans un élan de décentrement qui crée en l’autre mon prochain et me concède le bonheur dans le don qui m’est accordé de l’avoir pour frère.

Tout cela, les Troupes de montagne le vivent librement dans l’exigence et la grandeur des missions qui sont les leurs, sachant combien Saint Bernard de Menthon s’est consacré à son prochain dans l’accueil gratuit et inconditionnel de chacun. Comme au Grand-Saint-Bernard, cet admirable hospice, votre Saint Patron nous invite à sa suite à faire toujours de votre cœur un lieu d’accueil gratuit, total et inconditionnel pour nos frères. Parce qu’en chacun d’eux, c’est le Christ lui-même qui doit habiter nos coeurs, pour aujourd’hui et pour toujours.

Au nom du père du fils et du Saint Esprit. Amen.

Homélie pour les obsèques du Père Michel KOCH

Père Michel KOCH -  photo © Jean ancien aumônier de la BA 128 MetzJob 19, 1.23-27a
Psaume 129
Jean 15, 1-17

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Pour les homélies de funérailles, il est fortement conseillé de ne pas faire le panégyrique et encore plus, l'hagiographie du défunt. Autrement dit, ne pas le transformer en saint, même si, et nous devons le rappeler ici et aujourd'hui, la sainteté est notre but à tous. Vous savez que si vous voulez devenir quelqu'un de parfait, il vous suffit de mourir pour devenir irréprochable : on ne se souvient que de vos qualités, passant sous le manteau vos défauts.

Une fois n'est pas coutume, je ne vais pas suivre aujourd'hui les prescriptions liturgiques, car prêcher pour les obsèques du Padré Michel Koch, sans parler du personnage, c'est mission impossible...