« Brancardiers et infirmiers » « l’Infirmière »

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Deux vitraux de la chapelle de l’Ossuaire de Douaumont par George Desvallières, illustrations de la Miséricorde.

L’homme : George Desvallières (1861-1950) Fut un peintre reconnu et apprécié durant sa longue carrière, il est notamment connu pour avoir largement participé, avec Maurice Denis, au renouveau de l’art sacré dans les années 20.  Aujourd’hui son œuvre est à redécouvrir car elle est le témoignage précieux d’un artiste qui fut aussi un époux et un père de famille, un croyant et un combattant. Officier de réserve, George Desvallières s’engage en 1914, à 53 ans, il commandera un bataillon territorial de chasseurs à pied, durant ces quatre longues années de conflit il sera un chef attentif à la vie et au moral de ses hommes. Ce sera aussi pour lui une expérience spirituelle, aidé par son aumônier le Père Jacquin, il puisera dans la prière et dans l’eucharistie la force de surmonter les épreuves comme celle de la perte de son fils Daniel, mort au combat en 1915. Après la guerre il reviendra souvent sur la figure du Christ souffrant  dans les tranchées au côté des soldats. En 1927 il est choisi pour réaliser les cartons des vitraux de l’Ossuaire de Douaumont.

L’œuvre : Les vitraux de l’Ossuaire de Douaumont. Dès 1919, le chanoine Noël et Mgr Ginisty évêque de Verdun, soutenus par le général Pétain, lancent une souscription nationale pour la construction d’un monument destiné à commémorer le souvenir des 300 000 soldats tués à Verdun. L’architecte, Léon Azema, fait donc appel à Desvallières pour réaliser six vitraux pour la nef de la chapelle  et huit autres pour le chœur. Il lui suggère de  représenter  le plus fidèlement possible les traits des soldats tués dont la famille offrirait le vitrail. Pour réaliser les verres, George Desvallières fera appel au maitre-verrier Jean Hébert-Stevens, autre grande figure du renouveau de l’art sacré.

Au-dessus du chœur et de l’autel, Desvallières a placé huit vitraux représentants des croix ornés de la cocarde du souvenir français. Dans  la nef, ce sont deux triptyques qui illustrent, d’une part  La Rédemption : (La Rédemption, La Messe dans les tranchées, Brancardiers et infirmiers) ; D’autre part  l’Ascension : (l’Ascension, Le Poilu, l’Infirmière).

La verrière Brancardiers et infirmiers, fait partie du triptyque de la Rédemption : Sur le champ de bataille dévasté par les combats un groupe de brancardiers, qui semblent porter tout le poids de la guerre, ramènent un soldat mourant, ce dernier est assisté par  un aumônier qui lui présente la Croix et lui offre le baiser de paix et de consolation.  Ce geste du baiser  offert au mourant était familier au commandant Desvallières lorsqu’il disait adieu à l’un de ses chasseurs-alpins tués au front.  On peut remarquer que La verrière est traversée de deux diagonales formées, l’une par l’arbre brisé, symbole de la dévastation ; l’autre par cette lumière blanche qui vient du ciel et se pose sur le paysage tel un linceul et forme un contraste avec les couleurs du vitrail. La seconde verrière L’infirmière, fait partie du triptyque de l’Ascension, elle rappelle le sacrifice des personnels de santé durant les combats. Cette infirmière, encore revêtue de son uniforme blanc à croix rouge, est élevée au ciel au même titre que le soldat mort au front, là aussi l’artiste a joué sur le contraste du blanc de l’uniforme et des couleurs plus vives des anges qui l’accompagnent dans son élévation. A travers ces deux œuvres ont perçoit bien la sensibilité humaine et religieuse de Desvallières, son expérience en tant qu’artiste, combattant et  croyant, est ici mise service de la transmission du message chrétien alliant  souvenir et espérance.

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 Malgré la gravité des visages, ces œuvres ont étés  faites pour apporter un peu de consolation et d’espérance aux familles qui ont offerts ses vitraux en mémoire de leurs disparus et à tous ceux et celles, qui viennent se recueillir en ce lieu, pour honorer la mémoire de ceux qui ont donnés leur vie en combattant ou en soignant.

 En cette année de la miséricorde et à l’occasion du centenaire du début de la bataille de Verdun, ces vitraux de la chapelle de l’Ossuaire de Douaumont nous permettent donc de faire mémoire du passé et de nous recentrer sur nos missions d’aujourd’hui. Ils nous rappellent, que le soin apporté aux blessures physiques et morales, que la visite aux malades, que l’assistance aux mourants, font bien partie des œuvres de la miséricorde et qu’ils sont au cœur de notre mission d’aumôniers sur les champs de bataille d’aujourd’hui.

P. Jean Jacques Danel, ofm

Historien d’art.

N.B. Cet article doit beaucoup au travail de la petite-fille de George Desvallières, Catherine Ambroselli de Bayser, notamment dans son ouvrage :  George Desvallières et la Grande Guerre  paru en 2013  chez Somogy éditions d’art. Sur l’œuvre du peintre on pourra se reporter, entre autres, au site www.georgedesvallieres.com

 

 

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