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Saint Christophe, patron de l’arme du Train

Le 25 juillet est fêté saint Christophe, patron de l’arme du Train
« Et par l’Empereur, vive le Train, et que saint Christophe nous protège ! »

(c) 519RT

Saint Christophe est mort martyr, en Orient, vers l’an 250 semble-t-il. Il exerçait le métier de passeur d’eau. C’est pourquoi l’arme du Train l’a choisi pour saint patron. A la maigre biographie que nous possédons, une tradition légendaire, née en Occident, ajoute les détails suivants.

« Christophe était un géant de douze coudées (cinq mètres de haut), qui prenait un arbre en guise de bâton, quand il sortait de chez lui. N’étant pas homme à servir le premier venu, il s’était loué comme garde du corps d’un grand empereur.  Mais il le quitta, 1’ayant vu se signer, quand on prononçait devant lui le nom du démon : « Le démon est plus fort que toi ? dit Christophe.  Alors, au revoir !  C’est lui que je veux servir. »  Peu de temps après, il quitta le démon, s’étant aperçu que celui-ci tremblait à la vue d’une croix : « Le crucifié est plus fort que toi ? Alors, adieu ! C’est à lui que je vais offrir mes services ». Un saint ermite le renseigna sur ce point : « Il te faudra jeûner, mon fils. – Impossible, mon Père, avec un appétit comme le mien. – Prier. – Mais en attendant que je sache mes prières ? – Aider ton prochain ». Christophe s’établit passeur d’eau au bord d’un torrent furieux où beaucoup se noyaient. Il faisait payer les riches ; les pauvres, il les passait gratis.  Une nuit, il fut hélé par un enfant. Il eut mille peines à le hisser sur son épaule et il pensa ne jamais atteindre l’autre rive. « Mais qui es-tu, mon enfant ? dit-il, en y arrivant ; tu pèses aussi lourd que le monde. – Je suis celui qui a créé le monde, répondit Jésus, et je suis venu t’annoncer que tu serais bientôt martyr, pour ta récompense ». Et il en fut ainsi. »

C’est sans doute à partir de cette rencontre que l’homme prit le nom de Christophoros (« porteur du Christ », en grec) qui donne Christophe en français, Christofer en anglais.

Regardez bien dans les églises de campagne, à l’occasion d’une prière ou d’une simple visite. Vous y verrez souvent la statue d’un géant, vêtements retroussés, un bâton ou un arbuste dans la main et sur les épaules un bambin jubilant. Parfois coiffé d’une auréole, c’est notre saint Christophe. Dans beaucoup de voitures également, si ce n’est dans la vôtre, vous apercevez en bonne place une médaille de saint Christophe, sans doute en raison du vieux dicton « Regarde Saint Christophe, et va-t’en rassuré ». Mais attention ! Cette médaille n’est pas un talisman qui nous garantirait infailliblement de tout accident. Si nous regardons le saint sur une médaille, c’est pour demander la grâce de l’imiter, en conduisant dans le respect de nos passagers, des autres conducteurs, et des règlements du code de la route. Quelles précautions ne prendrions-nous pas, si nous avions en charge dans notre véhicule le Christ en personne !

Mais revenons à la légende, si belle dans sa simplicité et pourtant si instructive, et suivons notre héros pas à pas.

Christophe veut bien être serviteur mais, dans l’orgueil de sa force, il prétend servir le plus grand, le plus haut placé, croyant peut-être – non sans naïveté – qu’il en recevra quelque lustre.  D’où une première réflexion : tous les conducteurs peuvent-ils être « le chauffeur du général ? », tous les officiers peuvent-ils être « le chef d’état-major du général ? »

Christophe a repéré que le plus grand, c’est le Christ ! Le sage ermite consulté par Christophe lui suggère d’aider son prochain, avec ses dispositions et ses talents, en attendant de savoir prier et peut-être devenir ermite à son tour. Ici se produit le premier miracle : la conversion de Christophe. Il commence à se dépouiller de son orgueil et consent à se mettre au service de tous ceux qui se présenteront pour franchir le torrent. Deuxième réflexion : toute place, toute affectation, prestigieuse ou non, permet de rendre service à tous et par là de servir l’unité militaire à laquelle nous appartenons.

Suit une deuxième conversion. Christophe pourrait, en justice, demander une petite gratification aux pauvres qu’il transporte au-dessus des ondes menaçantes. Mais non, il sait être désintéressé, donner de soi-même joyeusement, sans compensation et sans esprit de retour. On l’imagine bien, traitant ses passagers pauvres avec les mêmes égards que les passagers riches ou importants.

Troisième réflexion : savons-nous, quand l’occasion s’en présente, rendre un service ou assumer une tâche non prévue de façon gratuite, c’est-à-dire discrètement et sans faire valoir nos mérites ?

Arrive le grand miracle. Un faible se présente (un enfant) et pourtant, la tâche s’avère plus fatigante que jamais avec les plus pesants. C’est qu’avec le Christ lui-même, Christophe portait tous les frères du Christ ! Il comprend alors la parole de Jésus : « Ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous 1’avez fait ».

Quatrième réflexion : nous mettre au service des plus humbles de nos camarades, c’est servir le Christ lui-même.

Enfin le Christ annonce à Christophe qu’il subirait le martyre. Christophe ne pouvait alors deviner ce qui lui adviendrait, au jour de sa mort. Ce jour-là les rôles s’inversèrent, car le Seigneur prit Christophe dans ses bras et l’aida à franchir sans péril les eaux des souffrances les plus cruelles et de la mort. Le Seigneur pouvait le faire, puisqu’il avait le premier, fait le grand passage de ce monde terrestre à celui de la Résurrection. Depuis le jour de Pâques, il est devenu le grand Passeur des hommes, depuis ce monde jusqu’à son Père.

Dernière réflexion : n’ayons pas peur de la mort qui nous atteindra tous, un jour ou l’autre. Le meilleur moyen de nous y préparer est de « mourir à nous-même », de dépasser notre orgueil et notre égoïsme, jour après jour : en respectant et servant nos compagnons, quels qu’ils soient, en leur donnant les mêmes égards qu’au Roi des Rois.

Les conducteurs existaient dans l’Armée, depuis toujours, car toujours il fallut acheminer les hommes, les vivres et le matériel. Mais cette tâche prit une importance très grande avec les campagnes-éclairs de Napoléon 1er. Aussi l’Empereur créa-t-il l’arme du Train, en 1807.

Depuis bientôt deux siècles, notre arme a dû résoudre des tâches de plus en plus complexes pilotage de véhicules de plus en plus divers et sophistiqués, aiguillage de convois de plus en plus rapides, organisation de l’acheminement de volumes croissants destinés à la subsistance et au combat des armes de mêlée (la logistique). Pourtant, aussi irremplaçable qu’elle soit dans l’organisation générale des armées, notre tâche reste discrète. Notre plus grande victoire consiste en ce que tous et tout arrivent à bon port, en temps voulu, sans aucune anicroche. C’est le moment de méditer cette phrase de l’Eglise catholique « Servir, c’est régner ».  Oui, puisque c’est participer à l’attitude fondamentale d’humilité du Christ et de son serviteur Christophe.