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Charles de Foucauld, itinéraire de conversion

Le 15 mai 2022, Charles de Foucauld était canonisé par le Pape François à Rome.
Retour sur son parcours de conversion.

Photo : © afp.com/Vincenzo Pinto

Le plaisir : « Malheur à l’âme téméraire qui, en s’éloignant de vous, espérait qu’elle trouverait quelque chose de mieux ! » (Les Confessions, saint Augustin)

On insiste souvent, à juste titre, sur la jeunesse débridée de Charles de Foucauld qui l’aurait fait païen plutôt que chrétien et quitter la foi chrétienne de ses pères pour endosser la vie mondaine de ses pairs. Mais si on l’écoute bien, avant même le rejet de la morale chrétienne, c’est le rejet de la foi qu’il abandonne et ce, dès la fin de son adolescence vers 15-16 ans, au moment où il commence de penser par lui-même : « les philosophes sont tous en désaccord ; je demeurai douze ans sans rien nier et sans rien croire, désespérant de la vérité et ne croyant même pas en Dieu, aucune preuve ne paraissait assez suffisante » (lettre à un ami). Son intelligence vive lui aurait permis sans doute de rentrer à l’école polytechnique comme jadis son grand-père adoré si cela ne lui avait demandé alors plus d’efforts que n’en pouvait consentir sa paresse. Il réussit cependant à entrer à Saint-Cyr sans pour autant changer de vie avant que de choisir la Cavalerie. Pour autant, comme il l’avoue lui-même, alors que « sa vie commençait à être une mort » persistait, malgré tout, à la fois le « goût de l’étude, des lectures sérieuses, des belles choses ». Tout n’était pas mort en lui, ou plutôt, selon ses dires, Dieu conservait en son âme « les souvenirs du passé, l’estime du bien, l’attachement dormant comme un feu sous la cendre, mais existant toujours, à certaines belles et pieuses âmes » (Retraite à Nazareth, Novembre 1897). De plus, cet étourdissement mondain, comme l’avait pressenti cet autre grand converti de l’antiquité qui, par bien des côtés, lui ressemble comme un frère, saint Augustin, lui faisait être à « l’extérieur de lui-même » et expérimenter la vacuité d’une vie inutile : « Vous me faisiez sentir un vide douloureux, une tristesse, que je n’ai éprouvé qu’alors » (retraite à Nazareth, Novembre 1897). Accidents de cheval, duels empêchés in extremis, « santé inaltérable dans les lieux les plus malsains », si Charles de Foucauld s’était éloigné de Dieu, Dieu ne s’était pas éloigné de lui comme il le confesse encore : « Ô mon Dieu, comme vous aviez la main sur moi, et comme je la sentais peu ». (Retraite à Nazareth, Novembre 1897). Devait cependant venir le moment d’orienter sa vie vers plus de profondeur et de vérité.

Le plaisir du courage : « Demain je trouverai, l’évidence m’apparaîtra et je ne la lâcherai plus » (Les Confessions, saint Augustin)

Tout comme l’évêque d’Hippone, Charles de Foucauld trouva pour un temps des dérivatifs à sa quête d’absolu. Pour le premier, ce fut la philosophie et le manichéisme, pour le second, la défense de la Patrie et sa soif d’aventure. Démissionnaire il demande pourtant à reprendre du service dans son régiment de Chasseurs d’Afrique pour défendre ce bout de France d’alors par-delà la méditerranée afin qu’elle ne connaisse pas le sort de son Alsace perdue. C’est là que ses qualités humaines commencèrent à apparaître : « Au milieu des dangers et des privations des colonnes expéditionnaires, ce lettré fêtard se révéla être un soldat et un chef. Supportant gaiement les plus dures épreuves, payant régulièrement de sa personne, s’occupant avec dévouement de ses hommes, il faisait régulièrement l’admiration des vieux mexicains du régiment, des connaisseurs » (Général Laperrine). C’est dans ce même esprit, une fois le danger écarté, qu’il ne put reprendre son confort d’antan ni retrouver une certaine routine militaire. Dans des conditions rocambolesques, guidé par un ami juif, Mardochée, et empruntant son réseau souvent dangereux au milieu d’un monde résolument musulman et souvent hostile, il parcourt le Maroc alors largement inexploré afin d’établir des cartes précises. Ce fut là sans doute une expérience décisive qui allait structurer sa vie future faite de détachement, de pauvreté et de solitude.

Le bon plaisir de Dieu : « Tard je t’ai aimé, ô beauté si ancienne et si nouvelle » (Les Confessions, saint Augustin)

Comme toute conversion, il est intéressant de noter qu’elle prend du temps, avant ou après le facteur déclenchant. Pour saint Augustin, ce fut le « tolle lege », le moment innocent d’une chansonnette dans la douce brise d’un jardin protecteur. Pour Charles, cela fut l’injonction irrésistible après une première rencontre dans un salon parisien confortable d’un « Agenouillez-vous et confessez-vous à Dieu ». Mais dans les deux cas, il a fallu passer par le trébuchet d’un saint Ambroise ou d’un abbé Huvelin. La force de Dieu se conjugue toujours avec sa douceur. C’est l’histoire du combat spirituel de l’humanité depuis celui de Jacob avec l’Ange, c’est celui de saint Paul avec le Christ sur le chemin de Damas, celui de saint Augustin, de Charles de Foucauld, et sans doute de chacun d’entre nous. Nous n’en sortons jamais indemnes, pour notre plus grand bonheur ; boiteux, mais fier de recevoir enfin la bénédiction de Dieu après une nuit de combat qui a duré pour certains jusqu’à l’aube de leur mort. C’est là alors que nous sommes vaincus par la grâce, que tout peut enfin commencer : « Je ferai ce que je pourrai, et le Bon Dieu fera ce qu’il voudra. Priez pour moi, pour que par ma vie, je sois tel qu’Il puisse se servir de moi pour faire un peu de bien. Quoi qu’il arrive, si je suis bon, mon passage sur terre sera utile aux âmes, et si je suis tiède, j’aurai beau faire, nul bien ne se fera par moi » (Lettre du 4 février 1910 au RP Guérin).

Padré Alexis,
Aumônier à Mailly-le-Camp