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Messe de Pâques 2021 – Homélie prononcée aux Invalides par le nonce apostolique Mgr Migliore

Homélie de Pâques

Monseigneur Celestino Migliore, Nonce Apostolique

Cathédrale Saint Louis des Invalides

4 avril 2021

 

L’apôtre Pierre, dans la première lecture de ce matin, nous dit : « Celui qu’ils ont crucifié, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts ».

La passion de Jésus a été un évènement public. La croix sur le Golgotha a été vue par tous, les autorités civiles romaines et religieuses hébraïques, les soldats, les passants, la foule qui incitait à la mort, les deux condamnés à mort, un groupe de femmes et l’évangéliste Jean.

La résurrection, est aussi un fait réel et historique, mais au contraire réservé à peu de personnes de l’entourage restreint de Jésus.

Personne au temps de Jésus, pas même ses partisans les plus intimes, ne s’attendait à la résurrection de Jésus. Ils n’avaient même pas le terme technique que nous utilisons aujourd’hui : ils ne connaissaient pas le verbe ressusciter. Les évangiles et les écrits du Nouveau Testament recourent à une profusion de termes pour décrire cet évènement si nouveau et inattendu. Ils utilisent les verbes réveiller, relever, remettre sur pied, exalter (Jésus assis à la droite de Dieu), entrer dans la vie (Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Lc 24,5).

Pour les chrétiens de la première heure et pour nous aujourd’hui, Pâques n’est pas la réanimation du cadavre de Jésus, mais son entrée dans une vie complètement nouvelle.

Les premiers chrétiens ont transmis une mémoire narrative du Ressuscité. Ils ont transmis une histoire, pas un concept de la résurrection. Pourquoi ?

Parce qu’on ne peut parler de la résurrection sans l’insérer dans le parcours d’une vie dans laquelle elle produit des changements. L’évènement de la Pâque se reconnaît par un chemin de transformation, de conversion, de triomphe de la vie. L’annonce de la Pâque est un fruit à accueillir mature, parce que c’est le Ressuscité qui œuvre en nous ; mais c’est aussi une invitation à prendre part au processus de maturation personnelle dans la foi et la charité.

La foi dans la résurrection exige d’être mise à l’épreuve par des actes concrets : avoir confiance en un Dieu qui relève, qui remet sur pied, même après un effondrement le plus total. La résurrection est cette révélation bouleversante : la puissance de Dieu se manifeste au moment de la plus grande fragilité.

Dans le monde des religions, le christianisme ne se distingue pas par des dévotions particulières, ni par des rites spécifiques, mais par une conviction fondatrice : il n’existe aucun échec, pour l’homme et pour le monde, que Dieu ne puisse surmonter. La mort n’existe pas sans la résurrection, œuvre de Dieu le Père.

Ressusciter déjà sur cette terre signifie vivre de manière différente, comme Saint Paul nous invite à le faire dans la seconde lecture « si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre ».

Tous les sondages révèlent que la foi dans la réincarnation aujourd’hui dépasse celle dans la résurrection ; dans le classement des croyances, la résurrection totalise peu de points. Certains chrétiens tentent même de concilier les deux, mais c’est du temps perdu : réincarnation et résurrection ne sont pas deux croyances compatibles. La première est fondée sur la migration des âmes, un mécanisme automatique basé sur la conduite de la personne. La résurrection, au contraire, est un avènement, un acte créateur de Dieu, dans lequel la grâce de Dieu correspond à la profession de foi et à la vie bonne du croyant.

Pour cela la Pâque a été une surprise absolue qui a suscité stupeur chez les premiers chrétiens et suscite, doit susciter de la stupeur encore aujourd’hui, ce matin, parmi nous venus « faire la Pâque ».

La stupeur est différente de l’admiration. L’admiration est à la mesure de ses propres goûts, de ses propres aspirations. La stupeur, au contraire, demeure ouverte à la nouveauté que l’on perçoit chez l’autre. Admirer n’amène pas toujours à suivre. La stupeur amène à se laisser remettre en question par l’autre.

La semaine dernière, au cours du dimanche des Rameaux, le Pape François se demandait ce qui étonne le plus dans la Pâque de Jésus ? Le fait qu’il a accueilli la souffrance et la mort et les a transformés en vie. Et maintenant nous savons que nous ne sommes pas seuls : Dieu est avec nous dans toute blessure, dans toute peur ; aucun mal, aucun péché n’a le dernier mot.

Alors, ce matin, demandons au Seigneur la grâce de faire la Pâque dans la stupeur.