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Interview de Marc Leroy, séminariste et lauréat 2020 du prix littéraire de l’armée de terre

L’édition 2020 du prix de l’armée de Terre a récompensé Espérer pour la France (éditions des Belles-Lettres), livre d’entretiens de notre séminariste Marc Leroy avec Hubert Germain, dernier Compagnon de la Libération, qui a combattu durant la Seconde Guerre mondiale au sein de la 13e DBLE. Le prix lui a été remis par le général Burkhard, chef d’état-major de l’armée de Terre.

Diplômé de l’ENSTA Bretagne et de l’ESSEC, Marc Leroy a travaillé pendant 8 ans au sein du groupe Air Liquide à Casablanca et à Paris, tout en étant bénévole au sein de l’association Enfance Maghreb Avenir. En 2017, il demande à entrer au séminaire pour le Diocèse aux Armées Françaises afin de devenir prêtre-aumônier militaire. Actuellement, Marc Leroy est étudiant en deuxième année de philosophie auprès de la faculté Notre-Dame du séminaire de Paris et aumônier militaire dans la réserve citoyenne.

Vous connaissez Hubert Germain depuis plusieurs années, qu’est-ce qui a motivé votre choix d’écrire ce livre ?

C’est en visitant les pensionnaires des Invalides que j’ai fait la rencontre d’Hubert Germain ; de cette rencontre une amitié est née. Me destinant à devenir prêtre-aumônier militaire, je considère que l’aumônier doit être le serviteur des serviteurs de la France. Or, lors de nos discussions à bâtons rompus sur des sujets très divers en lien avec son histoire, j’ai rapidement été convaincu que je ne pouvais rester le témoin privilégié de cet héritage, qu’il importait de le transmettre, de le partager, avec les jeunes, en général, et les jeunes soldats, en particulier. Hubert Germain, avec humilité, ne croyait pas à l’intérêt que d’autres pouvaient porter à son témoignage. Toutefois, une fois convaincu, il s’est prêté volontiers au jeu d’écriture à deux mains.

Hubert Germain est désormais le dernier compagnon de la Libération vivant, que représente son engagement à vos yeux ?

Hélie de Saint Marc dans ses mémoires, qui ont reçu les premières le prix littéraire de l’armée de Terre il y a vingt-cinq ans, constate que certains mots sont devenus tabous aujourd’hui : le courage, l’humilité, la fidélité, l’honneur. Lyautey dans Le rôle social de l’officier, ajoutait l’abnégation et précisait « que l’armée sera toujours la meilleure, sinon la seule école, où s’apprendront ces vertus.» Je vois donc l’engagement d’Hubert Germain comme la volonté de vivre concrètement ces vertus en cohérence avec son devoir. Ainsi, en 1940 il considérait que ce dernier lui imposait de poursuivre le combat ; en 2020 il considère qu’il lui commande de maintenir ardentes les braises des Compagnons de la Libération. Comme il le rappelle souvent, il n’a jamais rien demandé pour lui, il n’a jamais rien refusé à la France. Son engagement est aussi ce don de soi pour le bien commun. Le plus bel éloge que l’on puisse alors apporter à un tel exemple est de le suivre.

Quel message avez-vous souhaité adresser aux jeunes à travers ces entretiens ?

Comme le titre du livre l’annonce, c‘est d’abord un message d’espérance pour la France. Cette espérance qu’Hubert Germain avait fondée pour notre pays, et qu’il incarne, repose sur la conviction que les hommes doivent se rassembler, dépasser leurs différences sociales, religieuses et politiques. Je pense à Saint- Exupéry qui écrivait dans Citadelle : « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis. » Ainsi, en lisant notre livre, chaque jeune peut entendre cet homme de 100 ans lui transmettre une part de son aventure, mêlée à l’Histoire de France, ses réflexions à propos du devoir, de l’amitié, de la souffrance, de l’amour. Ce livre participera alors à la reconstruction du lien entre les générations par le respect dû à la mémoire des anciens – le More majorum de la Légion étrangère – et la transmission de notre histoire commune à travers des femmes et des hommes d’exception. « Être heureux comme Dieu en France. » c’est ainsi qu’au XIXe siècle les juifs ashkénazes évoquaient superbement notre pays où chacun pouvait vivre libre et en paix. Les jeunes Français veulent-ils participer aujourd’hui à la réalisation de cette espérance en suivant les pas de ceux qui les ont précédés ? L’action dont ils sont l’avenir trouvera sa justification dans la contemplation de notre passé.

Comment accueillez-vous la désignation de votre livre comme lauréat 2020 du prix Erwan Bergot ?

Je suis à la fois heureusement surpris et très honoré. Je réalise que lorsqu’on écrit un livre, une fois celui-ci achevé, il poursuit sa vie sans plus nous demander notre avis ! Tout ceci nous dépasse un peu. Convaincu que le message d’Hubert Germain méritait d’être mieux connu, je ne m’attendais pas cependant à voir en un an celui-ci mis sous presse par Les Belles Lettres et obtenir quelques semaines après le prix littéraire de l’armée de Terre. C’est un autre message pour les jeunes : n’ayez pas peur d’entreprendre, de croire en vos talents, en vos possibilités de servir le bien commun à travers une vie noble. Cela m’invite également à une grande humilité. C’est pourquoi ma plume, à l’exemple de celle d’Erwan Bergot, doit rester discrète et s’effacer devant les vrais serviteurs de la France qui se trouvent aujourd’hui, par ce prix, rassemblés derrière le dernier Compagnon de la Libération.