PMI 2026 : message de Mgr Antoine de Romanet aux pèlerins français

Suite à de nombreuses demandes, voici le texte de Mgr Antoine de Romanet qui a été publié dans le livret du pèlerin du 66ème Pèlerinage Militaire International. 

Photo Lacaze (DR)

Chers pèlerins,

Au cœur de ce 66ᵉ Pèlerinage Militaire International, nous nous rassemblons à Lourdes avec une conviction simple et exigeante, qui nous offre une perspective extraordinaire : la paix n’est pas une idée lointaine, mais une mission. L’an passé, nous étions invités à être des pèlerins d’espérance. Le thème « Sentinelle de la paix » qui nous guide cette année résonne ainsi dans une continuité, avec une force particulière dans le monde d’aujourd’hui. Car nous le savons mieux que beaucoup : la guerre est partout, parfois au plus près, parfois au loin, mais toujours dans le fracas des informations, dans l’inquiétude des peuples, dans les blessures des familles, et jusque dans le cœur de ceux qui portent le poids de décisions difficiles. Pour beaucoup, le quotidien semble assombri, et l’avenir incertain.

Et pourtant, au milieu de ces ténèbres, une lumière demeure : celle de la paix. L’audace, aujourd’hui, est peut-être justement celle-ci : choisir de tourner son regard vers cette lumière, refuser que la violence ait le dernier mot, et croire qu’un chemin est possible. Cette lumière, nous pouvons déjà la percevoir aux brûloirs de Lourdes, avec ces milliers de cierges posés par tant de personnes qui au plus profond d’elles-mêmes espèrent cette paix du cœur et du monde.

Saint Jean-Paul II parlait des soldats comme des « sentinelles de la paix ». Être sentinelle, c’est veiller. C’est tenir debout lorsque d’autres vacillent. C’est discerner dans la nuit le signe d’une espérance. C’est aussi aimer, protéger, servir, empêcher le pire quand cela est possible, et surtout préserver l’humanité, même lorsque les circonstances semblent l’écraser. Mais une sentinelle ne veille pas seule. Elle ne peut pas. Elle veille avec Dieu, et pour Dieu. Elle veille avec la force intérieure de la prière, avec la fidélité du service, avec la patience du dialogue, avec le courage du pardon. En effet, la paix véritable ne se réduit pas à l’absence de conflit mais se construit : elle est une œuvre de justice, une exigence de vérité, une fraternité à bâtir, jour après jour.

En venant à Lourdes, en forgeant cette force d’âme dans la foi, l’espérance et la charité, nous sommes invités à poser un geste spirituel fort : nous tourner vers la Reine de la Paix, la Vierge Marie. Elle est celle qui, dans l’Évangile, accueille la Parole, la garde dans son cœur et la donne au monde. Elle est celle qui demeure proche de tous ceux qui souffrent, de tous ceux qui pleurent, de tous ceux qui espèrent encore. À Lourdes, Marie nous guide vers une paix qui n’est ni naïve ni fragile : une paix qui résiste aux embruns, une paix qui console, une paix qui reconstruit pas à pas cette paix intérieure qui s’offrira ensuite au monde qui attend cette promesse : ‘Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté’. La Vierge Marie, que nous prions à la grotte de Massabielle, à la même place que la petite Bernadette, nous apprend à ne pas nous laisser enfermer dans cette acceptation d’un monde de ténèbres, à ne pas céder à la peur, à la fatalité, et à devenir, chacun à notre place, des artisans de réconciliation.

Chers pèlerins, que ce pèlerinage soit pour nous un temps de grâce : un temps pour déposer nos fardeaux ; un temps pour confier nos missions, nos familles, nos frères d’armes et nos nations ; un temps pour demander à Dieu le courage d’être artisans de cette paix.

Que la Vierge Marie, Reine de la Paix, fasse de nous des sentinelles de la paix, des hommes et des femmes capables de veiller, de servir et d’aimer, afin que, même au milieu des tempêtes, la paix demeure possible.

 

+ Antoine de Romanet

Evêque aux armées françaises