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Denier Toussaint 2019 extérieur

L'Eglise et l'arme nucléaire - Réflexions de Mgr Antoine de Romanet

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La Vie des Diocèses - émission de KTO du 24 juin 2019

  • Textes et Propos de Mgr Ravel

Homélie - Messe d'action de grâces - 23 mars 2017

homelie 23 mars 2017Cathédrale des Invalides 23 mars 2017

 Il faut, c’est à dire on doit et on peut, aller dans ce monde en hommes amicaux, joyeux, courageux et libres…

Je ne sais pas si j’y suis arrivé moi-même au cours de mes sept ans et demi au diocèse aux armées mais c’est un « programme » que je portais en mon cœur en y arrivant et il me porte encore.

Aller  : Aller, c’est à dire marcher vers un but. On peut bouger en tous sens, s’agiter ou être agité : mais tout ce qui bouge n’est pas vie...

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Messe pour la Paix - Cathédrale des Invalides 9 janvier 2017

messe pour la paix 1 2017Monseigneur Luc Ravel

1. La violence et la paix. 

On parle à nouveau de la violence, comme si on la découvrait pour la première fois. Mais la violence est une vieille compagne de l’homme. Une amie fidèle, hélas, un peu « collante », qui ne dit jamais non à ce que nous lui présentons et qui nous embarrasse après coup quand nous avons consenti à lui obéir.

 

La bien-pensance moderne a feint de l’ignorer. Comme si ne pas voir les choses aidait à les éliminer. Mais les bien-pensants passent et la violence reste. Et, en définitive, c’est elle qui les condamne à l’oubli. Regardons plutôt cette violence en face et découvrons la force qui la conquiert.

 

La violence existe et s’exerce à trois niveaux et la force qui lui répond c’est la Paix.

 

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Homélie : Ordinations d’Henry Hyvernat, Pierre-Marie Crespin et Damien Haas

4 juin 2016 à la cathédrale des Invalides

ordinations juin 2016Un jeune prêtre, M. l’abbé Gustave Lapierre, fait partie du 46ème Bataillon de chasseurs alpins en qualité d’infirmier. Mobilisé le 3 août 1914 à 27 ans, il écrit à son évêque (de Viviers) le 22 avril 1915 :

« Si, au soir de mon ordination, le 29 juin 1914, je vous avais demandé : « Monseigneur, quel poste me réservez-vous ? » et que vous m’eussiez répondu : « une aumônerie militaire », j’aurais pris votre réponse pour une plaisanterie. Et pourtant c’est la réalité…/… Ma paroisse comprend 250 âmes environ. Les plus jeunes de mes paroissiens ont 24 ans : aucun n’a dépassé la quarantaine…/… Le 46ème Bataillon de Chasseurs se recrute dans deux départements assez religieux (Ardèche, Gard). Aussi, chaque fois que nous sommes au repos, tous nos alpins assistent aux offices. Je les aime beaucoup, mes alpins ! J’ai entendu dire que le premier « poste » était celui auquel on s’attachait le plus.

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Centenaire de la bataille de Verdun - Cathédrale de Verdun

centenaire verdun 28 05 2016

Homélie du 28 mai 2016
L’homme de Verdun

Cent ans plus tard, ne serions-nous pas les descendants de ces hommes qui livrèrent ici la plus inouïe des batailles ? Cette bataille de Verdun, de février à décembre 1916, offre, à ceux qui l’ont vécu, une expérience ultime. Tout le poids de la Grande Guerre s’entasse sur ces dix mois et sur ces cent collines. D’autres batailles plus décisives...

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Messe à l'intention des victimes du 13 novembre 2015

mgr luc ravel treillisHomélie par Monseigneur Luc Ravel
Dimanche 15 novembre 2015
Eglise Notre-Dame du Val-de-Grâce

 

Dn 12,1-3 ; Ps 16(15) ; He 10, 11-14,18 ; Mc 13, 24-32

Nous sommes là, d'abord, pour partager une douleur. Les résultats tombent : ce ne sont pas seulement les cent-cinquante morts et les centaines de blessés très graves mais, à travers eux...

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Communiqué de Mgr Luc Ravel, évêque aux armées françaises

mgr ravel6Une douleur énorme s’est emparée de mon cœur au petit matin de ce samedi 14 novembre 2015. Aujourd’hui un acte de guerre a crevé le cœur de Paris. Aujourd’hui la France est blessée comme jamais depuis cinquante ans.

Nos aumôniers militaires sont et seront là, auprès de tous, pour tous, mais surtout auprès de nos soldats mobilisés depuis des mois, auprès de nos pompiers de Paris, intervenus dans les minutes qui ont suivi les massacres, auprès des familles et des corps des victimes évacués dans nos hôpitaux militaires et civils. Nous serons sur tous les fronts pour aider, soulager, accompagner.

J’invite tous les hommes de foi à prier, seuls, avec quelques voisins, en assemblée, dans la mesure de la prudence. Submergé d’émotions mélangées de pleurs et de cris, l’homme de foi réagit par la solidarité et la prière. Prions pour que l’Esprit nous donne le discernement : que devons-nous faire ? Que doit faire le Chef de l’Etat ? Que doivent faire notre armée et nos forces de sécurité ?

J’ajouterai encore quelques remarques à chaud.

Une violence inouïe nous a frappés. Nous, c’est à dire nos enfants, nos parents, nos amis. Nous, c’est à dire nos valeurs, notre histoire, notre avenir. Nous, c’est à dire la France, notre nation, notre patrie derrière un même drapeau. C’est collectivement que nous sommes attaqués. C’est la nation qui est visée. Il s’agit donc bien d’une guerre. Impitoyable. Elle ne fait que commencer.

Que faire alors ?

Corrigeons nos façons de parler, corrigeons les autres, s’il en est besoin. Personne en France n’a plus le droit de penser ou de dire : que ce n’est qu’un « accident », terrible mais passager ; que par rapport à la Grande Guerre, c’est peu de morts ; qu’il ne faut rien exagérer ; qu’il est outrancier de parler de guerre ; qu’il ne s’agit que de personnes perturbées ; qu’un simple renforcement de sécurité suffit ; etc. J’ai entendu tout cela ces derniers mois depuis les attentats de janvier. Hier, c’était agaçant. Aujourd’hui, c’est insupportable.

J’ajoute que la peur fait partie de la guerre. Tout militaire le sait. Ne pas avoir peur est impossible. Mais canaliser sa peur pour en faire une force d’union est possible. C’est une autre façon de parler du courage et de la fraternité.

Enfin, rappelons-nous que la grandeur d’un peuple se mesure à sa résistance, à sa résilience. La France n’a pas fini d’étonner les autres nations. Serrons-nous les coudes sans mépris de l’adversaire, sans méfiance entre nous.

Le Dieu de la Paix est présent aussi et peut-être surtout dans la guerre.  Il sait faire sortir le meilleur du pire. Je lui confie le monde et la France.

+ Luc Ravel

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Homélie pour la messe de fondation des Invalides - 20 septembre 2015

mgr ravel armesIl y a trois cents ans, s’endormait dans la mort le Roi soleil… Il laissait derrière lui une œuvre considérable. Mais, de toutes ses entreprises, fruits d’un règne de 72 ans, l’une émerge et surpasse toutes les autres : c’est l’édification des Invalides. C’est bien ainsi que le voyait Louis XIV lui-même en affirmant qu’il y découvrait « la plus grande pensée de son règne. » Et l’on trouve ce récit fait par ...

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Dire la naissance de la France

Messe pour la France drapeauxDans le cadre de la Neuvaine : Mode d'emploi

A force de douter de tout, on finit par ne plus croire en rien. Il en va de la France comme du reste. Au fond, la France existe-t-elle ? N’est-elle pas un songe fabriqué par nos sommeils pour nous éloigner du présent, de sa composition multiple, de ses courants divers ? La France, n’est-elle pas une invention bricolée par des nostalgiques d’un temps qui n’a jamais existé ?

A ces questions, extrêmes mais présentes aujourd’hui, il faut répondre. C’est à dire qu’il faut parler. Le silence ne suffit plus, fût-il réprobateur.

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Messe de Requiem pour Charles Pasqua Homélie par Mgr Luc Ravel

mgr luc ravel obseques charles pasquaVendredi 3 juillet 2015 - Saint Louis des Invalides

La vocation chrétienne de l’homme politique

Les nombreux témoins de Charles Pasqua exprimeront mieux que je ne saurais le faire, la densité de sa vie familiale, amicale, professionnelle et politique. Dans le cadre de cette liturgie pour le croyant qu’il était, le baptisé qu’il fut et le chrétien qu’il est de façon éternelle, je souhaite méditer sur la vocation chrétienne d’un homme politique.

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Homélie - Ordination diaconale de Henry Hyvernat

Samedi 20 juin 2015

Le diacre aux armées

Il n’y a qu’un sacrement de l’ordre : pour le dire selon une métaphore, un seul plant de vigne. Mais il donne des vins différents selon le terroir où il est planté. Le terroir, c’est le diocèse où notre diacre se trouve incardiné.

Et ainsi être diacre aux armées, par l’appel et la grâce, ce n’est pas tout à fait être diacre comme ailleurs. Ailleurs, surabondent de magnifiques services. Quelle grâce de servir dans les hôpitaux, les prisons, les paroisses ! Quelle grâce de servir au plus près de la vie professionnelle, au plus proche de la vie associative, au plus précis de la vie liturgique !

A côté de tous ces ministères diaconaux, il y a celui dans l’aumônerie militaire. Devenir diacre aux armées, par la réponse à l’appel et l’accueil de la grâce, c’est entrer dans un service particulier, extrêmement singulier. C’est accepter d’être doublement différent parce qu’on est diacre, et qu’on quitte l’état de laïc, et parce qu’on est aumônier militaire, militaire avec les militaires, au service de ceux qui peinent, frère de ceux qui combattent, soutien de ceux qui meurent pour la Patrie.

Avant d’essayer d’en distinguer la spécificité, notons son importance, peut-être même son urgence. Car nous sommes entrés en guerre. Que nous le voulions ou non, que nous ne sachions le voir ou non, nous sommes en guerre : des adversaires nous ont déclaré la guerre. Avec une belle régularité, le pape François évoque « cette troisième guerre mondiale combattue par morceaux », ce « climat de guerre » d’autant plus préoccupant que l’énervement psychologique se joint à de puissants réarmements militaires. Des esprits belliqueux se font jour pour des motifs idéologiques ou des raisons religieuses ;  des situations de pauvretés et d’inégalités sociales croissent : ce mélange forme le décor très favorable à une explosion majeure, si tant est que la mèche n’en soit pas déjà allumée. Dans ce climat international, le diacre aux armées sera absolument celui qui sert les serviteurs de la nation, celui qui incarne, auprès des soldats en armes, cet Esprit de Dieu en forme de service.

Prions pour la Paix car nous ne nous préparons pas à des lendemains qui chantent.

Quels traits peuvent nous aider à tracer le portrait-robot du diacre aux armées ?

Plus que les autres, il doit d’abord bannir tout cléricalisme de sa vie et de sa tête. En toutes missions, le cléricalisme est haïssable. Il consiste à se faire servir pour le seul motif qu’on est serviteur de Dieu ! Malheureusement ce n’est pas là un paradoxe théorique : il se trouve que le cléricalisme est le cancer du diacre et du prêtre et que c’est une maladie répandue. Elle s’empare de nous sans qu’on y prenne garde…

Je ne sais si le cléricalisme est plus supportable dans des paroisses où le niveau social autorise cet embourgeoisement des clercs. Je laisse cette question ouverte. Mais aux armées, l’aumônier n’a aucune marge de manœuvre : parce qu’il est aumônier militaire, il est l’égal de celui à qui il parle, du caporal au général. Jamais au-dessus, jamais au-dessous. Et parce qu’il est diacre, ce rapport d’égalité doit être vécu comme une relation de service : « en quoi, comment et où puis-je t’être utile ? » doit-il demander à son interlocuteur. Et s’il ne le lui dit pas, il doit le penser. Avec l’habitude et l’affinement de son sens pastoral, il n’aura même plus besoin de poser la question. Dieu lui montrera le service précis qu’il a à rendre à l’homme en face de lui.

Moins que les autres, il doit croire que son service serait purement « spirituel », hors du champ de la matière. Au milieu de gens qui peinent physiquement et psychiquement, il sent lui aussi le poids du jour, la fatigue physique et psychique. Parce qu’il est diacre comme le Christ, il sent ses reins douloureux, ses pieds à vif, ses yeux usés et lourds de sommeil ; il porte sur son visage les plis laissés par le sable du désert. Le tablier du serviteur prend pour lui la forme du treillis avant celle de la dalmatique. Aux armées, il ne peut porter celle-là qu’à la condition d’avoir porté celui-ci. On n’écoute sa parole au service de la Parole de Dieu qu’après l’avoir vu à la popote, à la cuisine, à la distribution du courrier, à la marche. Son service sacramentel ne commence pas à sa table de travail devant des livres. Il commence en préparant le café et en poussant la serpillère. C’est là qu’il s’achève aussi. Le Christ ressuscité apparaissant au bord du lac prépare lui-même le petit déjeuner à ses disciples. La scène est bien douce, encore faut-il la voir dans ses aspects concrets : Jésus fait cuire sur la roche le poisson. On n’a jamais vu un saint cesser un jour le service concret pour ne pas salir ses mains de diacre ou de prêtre. C’est au milieu de ce cycle du service concret que le diacre aux armées, après avoir prié, lit et médite la Parole de Dieu. C’est seulement à ce moment-là qu’il se met à prêcher, à marier, à baptiser, à enseigner.

Regardons avec prudence les clercs aux mains propres mais au cœur dur. Car il n’y a que la fatigue du service concret qui attendrisse durablement le cœur.

Autant que les autres hommes, aussi longtemps qu’eux, il apprend à être et devenir ainsi un homme. Le père Brottier affirmait : « Devenir des hommes, tel est notre idéal. C’est si nécessaire et si difficile à la fois… Ne soyez pas de ces ombres d’hommes qui vont devant eux au hasard de la route, poussés par on ne sait quel destin mystérieux… » Le diacre aux armées se souvient que notre Seigneur a passé les trente premières années de sa vie discrètement. Trente années de vie cachée précèdent sa vie publique. Trente années certainement de services très humbles et très ignorés des puissants de ce monde. Nous y trouvons notre modèle. Notre service est pénétré de cette vie cachée. Il est enveloppé de ces longues plages de silence, de prière discrète dans ces chapelles de fortune, aux confins du désert. Tel Moïse priant sur la montagne tandis que le peuple combat dans la vallée, ainsi le diacre aux armées prie dans son cœur alors que les hommes s’agitent et combattent autour de lui…

C’est ce diacre aux armées, cet homme en oraison, dans ces paysages abrutis de chaleur, qui est  le serviteur de nos armées. Le diacre aux armées porte en lui le cœur d’un moine avec le courage du soldat.

+ Luc Ravel

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Messe de l’initiation chrétienne du 57ème PMI

Mgr Luc Ravel 57 pmi 15 05 2015Samedi 16 mai 2015

 

Depuis quelques temps déjà, me trotte dans la tête et le cœur la conviction suivante : nous donnons l’impression que notre religion est compliquée. Que seuls les sages et les savants peuvent croire et pratiquer. Que seuls les gens très formés peuvent parler de Dieu. Ainsi dans nos armées, nous voyons une proportion d’officiers pratiquants plus importante que celle des sous-officiers, plus importante que celle des militaires du rang ou des matelots. Comme si la religion chrétienne était réservée à un certain degré hiérarchique, au moins dans sa pratique.

C’est là un constat. Mais un constat douloureux parce qu’il s’oppose à la volonté du Christ : « je ne suis pas venu pour les bien-portants mais pour les malades. » Et encore : « Je te bénis, Père, d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux tout-petits. » (Luc 10,21) Dans notre Evangile de ce jour, il ajoute : « Si quelqu’un a soif qu’il vienne à moi » comme pour nous dire qu’il n’y a pas d’autre condition pour devenir chrétien que d’avoir soif de lui !

Profitant de ces baptêmes et de ces confirmations, je veux faire une catéchèse très simple sur « le mystère ».

1.La fausse idée du mystère comme énigme.

Une mauvaise compréhension du mystère nous a conduit à cette crise dans l’Eglise. Oui, il y a des « mystères » dans l’Eglise mais ce n’est pas pour autant qu’ils doivent détourner les simples du Christ. On les a vu comme une devinette à résoudre. Une énigme à déchiffrer. Un grave problème philosophique à résoudre. Du coup, il fallait s’attaquer au mystère avec son intelligence. A défaut de le comprendre tout entier, au moins fallait-il en avoir une intelligence suffisante pour ne pas être un croyant crasseux ; Ainsi les conférences, les lectures et les cercles de réflexion sont apparus comme les points de passage obligés pour être un bon chrétien. Ainsi faisant, l’Evangile s’est éloigné des petits, des simples, du tout-venant pour lesquels il est fait.

Vraiment une grave erreur s’est introduite dans nos mentalités : le meilleur chrétien semblait être le plus savant en matière religieuse. Bref, on a confondu la foi et la théologie, le cœur et l’intelligence, la sainteté et la rationalité.

Pourtant les exemples ne manquent pas de simples plus chrétiens que les autres. Comment ne pas évoquer ici Sainte Geneviève ou Sainte Jeanne d’Arc ? Henri Brémond rapporte l’histoire de cette sœur qui parcourrait les campagnes pour catéchiser et évangéliser les jeunes filles. Un jour, elle rencontre une petite bergère occupée à ses moutons. Elle s’en approche, la salue et lui demande :

« Connais-tu le Notre Père ? » La jeune bergère lui répond : « Oh ! ma sœur, j’ai bien du mal avec le Notre Père. » Croyant avoir à faire à une personne ignorante, la sœur s’apprête à lui enseigner le Notre Père, comme Jésus l’avait fait avec ses disciples. A peine a-t-elle commencé, que la jeune fille l’interrompt : « Ma sœur, je sais les paroles, mais quand je commence et que je dis « Notre Père qui est aux Cieux », et que je réalise qu’au Ciel nous avons un Père qui nous aime tant, je me mets à pleurer et je ne peux pas aller plus loin. » La sœur est vite repartie en rendant grâce au Seigneur d’avoir éclairé les simples plus que les savants.

2.Qu’est-ce qu’un mystère ? Le vrai visage du mystère.

Prenons d’abord quelques images :

Si le mystère est un océan infini, l’intelligence veut le mesurer mais la foi cherche à naviguer dessus ou dessous. Le croyant devient alors un marin de Dieu.

Si le mystère est une forêt immense, l’intelligence veut dénombrer les arbres mais la foi cherche à y pénétrer. Le croyant devient alors un terrien de la vie, un marcheur de Dieu.

Si le mystère est un ciel cosmique, l’intelligence veut compter les étoiles mais la foi cherche à voler dans l’azur. Le croyant devient alors un aviateur de Dieu.

Si le mystère est un plat extraordinaire : l’intelligence veut en connaître la composition chimique mais la foi cherche à le manger. Le croyant devient alors un gourmet de Dieu.

Ou encore, si le mystère est une source, pour rejoindre l’image de notre Evangile, l’intelligence veut analyser son eau tandis que le croyant s’approche tout simplement pour boire. La différence entre le croyant et le savant, c’est la soif. Le savant n’a pas soif du mystère, il s’en approche comme un homme repu et il admire la source ou il l’ignore. Tandis que l’homme assoiffé galope vers la source !

 Le mystère est toujours quelque chose de Dieu. Il nous dépasse donc infiniment car quelque chose de Dieu, c’est toujours Dieu mais Dieu qui se présente à nous sous un certain angle. Par exemple, le baptême, c’est Dieu dans lequel on peut plonger, comme on plonge dans une piscine. L’Eucharistie, c’est Dieu qu’on peut manger. La confirmation, c’est Dieu qui chauffe et qui enflamme, etc… Bref, il n’est pas d’abord fait pour être analysé ou compris mais pour être vécu selon son mode, selon la manière où il se présente à nous : on ne va pas manger le baptême, je veux dire on ne va pas boire l’eau du baptistère ! Ainsi Dieu veut que nous participions à Lui à travers le « mystère ». Chaque mystère est une porte d’entrée pour l’homme.

 

3.La foi nous fait correspondre au mystère.

 Pour que nous puissions participer à chaque mystère, Dieu nous a donné la foi. Imaginez un homme sourd : il ne peut réagir à la plus belle musique du monde. La foi le guérit de sa surdité à Dieu. Elle lui permet d’entendre la parole de Dieu et de l’entendre comme une douce et belle musique : Dieu m’aime plus que je ne m’aime…

La foi est la capacité à boire et à manger le mystère. Elle transforme l’homme. Elle le rend compatible avec le mystère. Sans la foi, l’Eucharistie serait comme du pétrole ou du caillou : elle ne nous serait ni appétissante ni nourrissante.

La foi est la capacité à naviguer sur la mer infinie, elle s’inscrit en nous comme un bateau, bateau de la confiance sur la grande mer de Dieu.

La foi nous fait adhérer au mystère : il y a des colles qui adhèrent à certains supports et d’autres pas. La foi nous rend adhérant au mystère. Elle nous fait entrer en résonnance avec le mystère

 

4.Avant tout, le mystère se pratique.

 Il nous faut pratiquer. Le mystère et la foi qui va avec nous poussent, nous pressent de pratiquer concrètement. Une foi sans pratique réelle, c’est un homme qui a soif et s’arrête au bord de la source ! Pratiquer, c’est faire le geste concret de se baisser et de ramasser l’eau dans ses mains pour s’en rassasier. Pratiquer, c’est monter dans la barque et naviguer. C’est mettre ses chaussures et marcher. C’est prendre la fourchette et attaquer le plat.

L’intellectualisation de notre religion a produit cette curieuse idée que l’on pouvait être croyant non pratiquant. La marche de la foi, ce sont les observances. Entendons l’appel du prophète Ezéchiel : « Je mettrai en vous mon esprit, alors vous suivrez mes lois, vous observerez mes commandements. » Il s’agit bien de cela : vivre dans la République des chrétiens avec ses lois et ses règles. Les non-chrétiens nous le demandent : que faites-vous, vous les chrétiens ? Il est juste de répondre : nous aimons. Mais qu’est-ce qu’aimer sans l’observance des lois divines ? Oui, allons à la messe le dimanche, respectons les temps de jeun et de prière, partageons concrètement nos biens matériels.

La foi de demain sera concrète ou elle ne sera pas. Ceux qui nous rejoignent ne le font pas pour une idée chrétienne mais pour une vie chrétienne. Ils ne nous rejoignent pas parce que nous sommes meilleurs ni parce que nos idées sont plus belles. Mais parce que le Mystère est vrai. Ils y trouvent la vérité de leur vie. Puissent-ils toujours y trouver sa nourriture et son sens.

Amen.

Mgr Luc Ravel

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Messe d’ouverture France du 57ème PMI à Lourdes

Mgr Luc Ravel 57 pmi 15 05 2015Vendredi 15 mai 2015

Dans une vision, le Seigneur dit à Paul : « sois sans crainte, continue à parler, ne reste pas muet. Je suis avec toi, et personne n’essaiera de te maltraiter, car dans cette ville, j’ai à moi un peuple nombreux. » (Ac 18,9) Il nous le dit aussi, aujourd’hui et à chacun de nous.

1.Le courage de parler : « sois sans crainte »

Il faut du courage pour parler de Dieu. Il peut y avoir de la peur ou de la crainte chez bon nombre d’entre nous. Crainte qu’en parlant de Jésus, nous ne soyons ridiculisés, ostracisés, maltraités et, pourquoi pas, martyrisés. Les cas sont nombreux autour de  la France et peut-être un jour chez nous… Parler entre nous de ce  qui nous fait vivre ne pose pas de problème. Entre nous, dans une équipe de partage, un cercle biblique, une assemblée dominicale. Mais hors du cercle des « captifs » du Christ, et même juste à la périphérie de ce cercle, qu’en est-il ?

Il est normal que l’annonce de la Parole provoque des remous : même dite avec discrétion et délicatesse, même prononcée dans un dialogue chaleureux, même exprimée comme réponse à une question de l’autre, la parole de Dieu demeure provoquante. C’est un piment pour nos goûts tranquilles, une lumière violente pour nos yeux habitués aux ténèbres, une sonorité dérangeante pour nos oreilles imbibées de pensées toutes faites. Disons-le autrement : la parole de Dieu n’est jamais banale, elle ne rentre pas immédiatement  dans nos catégories de pensée habituelle. Avec l’éloignement du monde par rapport à l’Evangile, nous mesurons mieux combien notre discours est décalé : sur le Christ –Dieu incarné, quel mystère !- mais aussi sur l’homme quand nous parlons de la valeur de toute existence humaine dès ses commencements jusqu’à sa conclusion ultime.

Il est donc normal que les réactions singulières de nos auditeurs puissent éveiller en nous des craintes. Mais lorsque Dieu dit à Paul : « sois sans crainte », il parle comme le Christ à ses disciples : « n’ayez pas peur ». Que veut-il dire exactement ? Nous le savons, nous ne pouvons pas contrôler l’apparition de nos peurs. Un homme qui n’aurait jamais peur, n’est-il pas un inconscient ? Le Christ veut nous dire ceci : « oui, ayez peur un peu mais pas trop. Ayez peur que la parole de Dieu ne réveille pas les hommes. Elle est faite pour cela. Je n’ai pas parlé pour conforter les hommes dans leur petite vie tranquille mais dénuée de sens. Ayez un peu peur aussi de leurs réactions violentes ; ces réactions montrent que vous avez été fidèles à une Parole dérangeante. Mais n’ayez pas trop peur, ne laissez pas la peur dicter votre vie. Ne devenez pas muets par peur. » Or, la vertu qui nous permet d’agir avec nos peurs et au-delà d’elles, se nomme le courage.

2.Le devoir de parler : «Continue à parler »

Ayons le courage de parler parce que la foi est un savoir et un savoir-faire mais aussi un savoir-parler. Madeleine Delbrel l’exprime avec génie :

« Dans les milieux les plus contemporains, croire, c’est savoir, mais croire c’est aussi parler. Je ne sais où on a pu aller chercher l’opinion si courante aujourd’hui que parler soit facultatif quand on est chrétien. Je vous disais tout à l’heure que, dans un milieu incroyant, il y a nécessité chrétienne d’évangéliser. Je vais plus loin : je dis que si on ne peut pas choisir d’évangéliser ou de ne pas évangéliser, de parler ou de se taire, on ne peut même pas choisir de quoi on parlera.

Un exemple entre mille : un soir, réunion d’une quinzaine de personnes, majorité d’hommes, je les connais bien tous. L’un me dit : « Ecoute, tu ne vas tout de même pas me faire croire que tu crois, toi, que Jésus-Christ, après avoir été mort, il a recommencé à vivre. Est-ce que tu le crois ? » Eh bien, je vous assure qu’entre dire : « est ressuscité des morts le troisième jour » dans le Credo, ou répondre : « oui, je le crois », il n’y a pas de différence pour le fond de ce que l’on dit, mais il y a une drôle de différence dans l’effet que ça vous produit … Si le choix nous était laissé, la résurrection du Christ ne serait sûrement pas le sujet que nous choisirions pour un début d’évangélisation.

 

Il faut aussi que nous sachions bien qu’évangéliser, ce n’est pas convertir. Qu’annoncer la foi, ce n’est pas donner la foi. Nous sommes responsables de parler ou bien de nous taire, nous ne sommes pas responsables de l’efficacité de nos paroles. La foi, c’est Dieu qui la donne. » (Nous autres, gens des rues – Seuil, 1966 – p. 251-252)

Qu’ajouter à ces propos tenus dans les années  1960 par une femme vivant à Ivry, dans la capitale du communisme français ?

3.Le droit de parler : « Ne reste pas muet. »

Mais on nous fait ou nous nous faisons à nous-mêmes une grave objection pour parler librement de Dieu. On nous oppose la laïcité. Au nom du respect de la laïcité, avons-nous le droit de parler ? « La laïcité » nous interdirait toute annonce sur la place publique, tout signe ostentatoire, tout prosélytisme. Dans la sphère privée, et seulement là, on pourrait discrètement partager entre nous la parole de Dieu. Les conséquences de cette « laïcité » sont évidentes : on ne peut plus parler de Dieu à ceux avec qui on travaille, c’est-à-dire ceux avec qui on passe le plus de temps ; ni à l’école, ni dans un aéroport, ni dans le train… Or, c’est là que nous rencontrons les gens !

Un exemple, il y a quelques semaines : coincé dans l’aéroport de Casablanca à mon retour d’une visite pastorale en Centrafrique, j’attends dans l’aérogare et je regarde la foule énervée crier son désarroi. Comme les autres, je suis préoccupé d’une seule chose : mon avion va-t-il partir, quand et où ? Où allons-nous passer la nuit. Bref, je ne suis pas dans les bonnes conditions pour méditer ou dialoguer… Un homme inconnu se tient à côté de moi depuis quelques instants, droit et silencieux. Il ne semble pas agité comme les autres. Brusquement, sans préparation aucune, il se tourne vers moi et m’interroge : « expliquez-moi ce que c’est que le Carême ! » Devant mon air un peu ahuri, il s’explique posément : « j’ai une compagne musulmane qui fait le ramadan. Alors je me suis dit que puisque j’étais chrétien, j’allais faire le carême. Je vois que vous êtes prêtre, aussi je me suis dit que je pouvais vous interroger. » Mes amis, quelle leçon pour moi !

Bien entendu nous avons discuté, longuement et en plein aéroport, jusqu’au moment où la foule, lasse d’attendre, s’est éclatée. Nous nous sommes séparés, moi tâchant d’obtenir une chambre d’hôtel, péniblement gagnée vers 3h00 du matin…

Cette laïcité faite d’exclusions n’est pas humaine. Ne l’acceptons pas ainsi et soyons libres de suivre le commandement du Seigneur.

Voyez comment un homme politique intelligent gère la situation, au Ier siècle de notre ère, selon les principes du droit romain. Il s’agit de cette même scène des Actes des Apôtres avec le proconsul Gallion. Les juifs le sollicitent en espérant une condamnation contre Paul. Mais Gallion réagit de façon profondément juste, dans une application parfaite de la laïcité intelligente : « S’il s’agissait d’un délit ou d’un méfait grave, je recevrais votre plainte comme il se doit ; mais puisqu’il s’agit de discussions concernant la doctrine, les appellations et la Loi qui vous sont propres, cela vous regarde. Je ne veux pas être juge de vos affaires. » (Ac 18, 14-15) Quelle sagesse ! l’Etat ne s’arroge aucun droit en matière de doctrine ou de propagation. Il s’oppose aux crimes et aux délits. C’est tout.

Conclusion. Il est donc courageux, juste et légitime de parler. Il est sain de prononcer les mots qui disent l’amour de Dieu, les mots qui disent la liberté, les mots qu’attendent sans le savoir les hommes de notre temps. Car Dieu dit enfin à Paul : « car dans cette ville, j’ai à moi un peuple nombreux ». Ne décevons pas ce peuple qui attend la parole. Si nous ne sommes pas assez motivés par le commandement de Dieu, pensons au moins à ces hommes qui sont déjà à Lui ; ces hommes qui ne peuvent encore Le rejoindre parce que nous sommes restés muets sur Lui.

Dieu les oriente vers Lui. Dieu leur donne le désir de Lui. Et nous, nous leur fournissons la voie concrète. Parlons car nos mots sont le chemin qui leur permet d’aller à Dieu.

Amen.

Mgr Luc Ravel

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Le principe de précaution et la vertu de prudence (2)

Sans vouloir contester la sincérité de ceux qui ont introduit progressivement le principe de précaution dans la pensée puis dans le droit et maintenant dans la vie courante, il est temps d’en dénoncer son application actuelle, son joug hégémonique, son carcan dans certains domaines de la vie humaine. Il est l’heure surtout d’en démonter les finalités, plus sournoises qu’on ne le pense souvent, l’antihumanisme qu’il recouvre.

Mon propos d’évêque ne se borne pas à exprimer un mouvement d’humeur. Il est vrai que ce principe de précaution m’agace profondément. Mais nos agacements passent, nos humeurs sautillantes s’évaporent avec le soleil. La vraie question se cache sous les énervements. Avec le principe de précaution, on assiste en direct à la mainmise d’une idéologie sur la transcendance humaine, à la confiscation de la responsabilité fondée sur la liberté et la conscience. L’affaire est autrement plus grave que la dénonciation d’un excès légaliste ou de l’usage du parapluie pour éviter les ennuis.

Peu différent en son point de départ de la prudence ou de la prévention, le principe de précaution s’en écarte ensuite de plus en plus, pour dériver enfin dans la caricature paralysante que nous lui connaissons. De toute évidence, un responsable digne de ce nom doit prendre en compte le risque. Mais comment ? Par la prudence, la prévention ou le principe de précaution ? Tous les trois ont en commun de se situer avant l’acte à poser, la décision à prendre, l’événement à venir. Ils se doivent d’anticiper et d’anticiper sur les risques et les dangers. A partir de là, tout diffère.

La prudence s’assure contre les risques avérés, expérimentés et quantifiables : par exemple, les accidents de voiture sont suffisamment fréquents (hélas) pour qu’on puisse calculer leur probabilité selon les circonstances (vitesse, route mouillée...). Un conducteur responsable conduit avec prudence sur une route enneigée même s’il ne connaît pas les statistiques de la sécurité routière. La prudence intègre correctement le risque en le mesurant puis en le remettant dans le contexte plus large des avantages et des inconvénients. Un risque n’est pas toujours un inconvénient : il peut donner du goût à un sport ou à une mission. De façon générale, l’homme a besoin d’aventure pour devenir lui-même. La prudence, donc, n’élimine pas le risque, elle met l’homme en demeure de le prendre  parfois ! La prise de risque de l’engagement dans le mariage en est une bonne illustration. Ce n’est pas la prudence qui nous pousse à refuser toujours l’engagement mais le principe de précaution appliqué à la vie personnelle.

La prévention fait face à des risques réels parce que déjà expérimentés, comme la rupture d’un barrage. Mais elle s’élabore contre des risques dont elle ignore la probabilité réelle. Pour le dire d’une façon « cynique », on fait de la prévention autour des centrales nucléaires parce qu’il y a eu des accidents graves (Tchernobyl, Fukushima) mais il n’y en a pas eu « suffisamment » pour qu’on puisse en donner une probabilité scientifique. La prévention avance à tâtons mais elle incarne comme elle le peut sa responsabilité, en attendant mieux. Au fond, elle n’est pas si loin de la prudence mais d’une prudence en partie aveugle donc doublement méfiante. La prévention joue un rôle très important face aux risques sanitaires. L’hygiène de vie, les vaccinations préviennent des risques flous mais réels. Nous ne savons pas exactement ce qu’il nous en coûterait si nous ne nous tenons pas à un équilibre de vie. La distance entre la prévention intelligente et la précaution maligne est courte. La différence entre les deux tient à l’invasion de l’intelligence par l’imagination.

J’en viens au principe de précaution. Au contraire de la prudence et de la prévention, légitimes, il prétend prendre en compte des risques potentiels qu’il imagine mais qui ne sont pas encore avérés. Risques jamais expérimentés et donc non quantifiables. Alors que la science véritable s’efforce de calculer un risque lié à une découverte (les recherches génétiques par exemple), le principe de précaution ne s’embarrasse pas d’attendre ses résultats hypothétiques : il fonce et interdit tout au nom de la raison d’Etat. Cette raison d’Etat, nous allons le voir, n’est que la face officielle d’idéologies masquées, à peine déguisées aujourd’hui. Mais je souligne ici l’irrespect de la raison par l’imagination. Et si celle-ci est débordante, tout est gagné à la peur. Il n’est pas de situation ou d’action où, par l’imagination, l’on ne puisse attacher quelque risque cruel. Si ce principe devient directeur de notre existence individuelle ou sociale, il paralyse.

Un bus scolaire transporte des enfants ? « Imagine le pire et agis en conséquence » énonce le principe de précaution. Un voyage à l’étranger ? « Imagine le pire et agis en conséquence », répète le principe de précaution. On peut multiplier les exemples, la conclusion sera forcément la même : mieux vaut que le bus ne parte pas, que le voyage soit annulé, que la vie soit confisquée.  Et ce pour une raison toute simple : n’ayant ni observé ni mesuré (au sens scientifique) le risque qu’il met en avant, le principe de précaution ne peut s’en protéger efficacement, comme le fait la prudence ou la prévention, sauf à interdire le geste lui-même, sauf à bloquer l’élan de la vie imprévisible par essence. Tandis que la prudence agit et laisse agir voire ordonne d’agir, tandis que la prévention offre un cadre optimal à l’action, le principe de précaution momifie. Ni l’action mesurée par la prudence, ni même le cadre créé par la prévention ne lui conviennent. En réalité sous des dehors matou, c’est une torpille contre l’homme.

Le principe de précaution finit par se dénoncer lui-même d’abord dans les choix arbitraires de son domaine d’application. Chose étrange, il ne s’applique pas à tous les domaines de la vie : pourquoi interdire au nom du principe de précaution la recherche sur l’exploitation du gaz de schiste (et ne pas permettre l’exploration de solutions nouvelles pour une exploitation moins néfaste au plan écologique) et, dans le même temps, autoriser la recherche sur les embryons humains au motif qu’il faut bien que la science progresse ? Cet exemple suffit à montrer le caractère pernicieux du principe de précaution ; il n’est qu’un instrument de plus au service de certaines idéologies comme « l’écologie totale » visant à bannir l’homme du monde. Si l’évolution de la vie sur terre avait suivi le principe de précaution, rien n’aurait dépassé le stade de la vie monocellulaire, se répétant éternellement au fond des océans.

Le principe de précaution se déjuge ensuite en ignorant volontairement le risque qu’il y a à interdire. Voyons cela. L’homme brandissant le principe de précaution cause ainsi : « Si jamais tel jeune décède, on nous reprochera d’avoir organisé son voyage. » « Au cas où la terre tremble, on nous reprochera d’avoir construit cette centrale. » Mais il ne voit jamais le risque (réel pour le coup) à ne pas organiser ce voyage, à ne pas construire cette centrale nucléaire. Il y a aussi un danger à ne rien faire. Il est borgne, il ne peut fixer en même temps le risque et l’intérêt de la prise de risque. Il ne fixe que le risque de l’ascension en montagne mais il n’aperçoit pas le gain pour l’homme de faire l’ascension. Et comme son image de marque compte plus que le bien de ceux qu’il prétend protéger, il reste l’œil collé sur le danger tel qu’il l’a imaginé. Et c’est ainsi par exemple que, malgré les appels répétés, il ignore l’avantage qu’il y aurait à exploiter sous notre sol du gaz de schiste. Dans le même mouvement, il se refuse aussi à regarder le risque d’être toujours dépendant d’apports extérieurs, onéreux et fragiles. Polarisé sur certains risques, l’homme qui agite le principe de précaution n’a du monde et de la vie humaine qu’une vision à la fois partiale et partielle.

Comme on l’a dit plus haut, il n’agit pas ainsi par manque d’information mais par conviction idéologique. Dans l’exemple cité, la chose est claire car la logique sous-jacente s’énonce sous forme d’un syllogisme. Il y a d’abord un postulat : l’homme doit se passer des hydrocarbures et en trouver sous notre sol relancerait leur avantage sur d’autres énergies renouvelables. Or les gaz de schiste sont des hydrocarbures. Donc il ne faut pas trouver de gaz de schiste en France (et ailleurs). En quoi ce raisonnement est-il idéologique ? Comme dans toute idéologie, le postulat n’est jamais démontré. Tout en considérant les effets nocifs sur la terre d’un certain usage du pétrole, pourquoi refuser ce don fait à l’homme par le Dieu Créateur ? Au nom de quoi trier a priori les richesses de notre sous-sol en jugeant les unes mauvaises et les autres bonnes ? Pourquoi tenir pour diabolique tel produit plutôt que tel autre ? Derrière l’apparente rationalité, il y a une idée fondamentale qui va se vérifiant : brider l’homme pour un jour en finir avec lui. Ainsi, le principe de précaution vise à se débarrasser de l’homme sous couvert de le protéger. Il tente de substituer à la responsabilité personnelle de chacun une loi de sécurisation valable pour tous. Un code d’interdits remplace le jugement de chacun. C’est particulièrement flagrant dans le domaine de la sécurité.

Combien de fois par jour entendons-nous : « pour votre sécurité, ne faites pas ceci ou cela ! » La formule magique semble efficace pour faire avaler les pilules amères de l’interdiction. La faute en revient pour partie à notre histoire. Depuis mai 1968, on ne peut plus interdire directement quelque chose. Il faut donc prendre deux détours. Le premier évite le mot lui-même. Le second porte à l’oreille la justification de l’interdit avant même son énoncé. Avant de dire ce qu’on vous interdit, on vous explique qu’on ne cherche que notre bonheur. L’Etat en bon père de famille agit pour votre bien personnel. Qui peut en vouloir à celui qui veille sur sa sécurité ? Pour notre sécurité, on installe des caméras, on limite la vitesse, on légifère pour tout. Personne ne conteste le point de départ. Il est fondé de filmer certains espaces publics ou de forcer à ralentir en agglomération. Mais une chose bonne à petite dose devient inhumaine à forte dose. Un peu d’eau, c’est la vie, trop d’eau, c’est la noyade…

Il serait prudent de supprimer ce principe et de revenir à la prudence. Elle ne vise pas à interdire parce qu’elle ne se laisse pas enfermer dans le tout ou rien. La prudence n’utilise pas son imagination à inventer un risque. Elle en use pour cantonner les risques de sorte que le mouvement de la vie s’épanouisse. Elle marche au soleil adaptant sa course libre aux dangers et aux beautés du chemin. Elle sert un homme debout et responsable. Celui que nous présente la Bible.

+ Luc Ravel

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Homélie pour la messe chrismale - 31 mars 2015

Cathédrale des Invalides

Une plaque sera bénie à la fin de cette cérémonie. Elle rappelle le sacrifice de milliers de prêtres, religieux, religieuses tués lors de la Grande guerre. L’installation de cette plaque n’est pas seulement un devoir de mémoire pour honorer nos anciens. Elle est une invitation pressante à recevoir à nouveau et à neuf notre sacerdoce de prêtre. Lors de cette messe chrismale, nos prêtres renouvellent leurs promesses sacerdotales. Elle forme donc un lieu idéal pour nous rappeler le sacrifice auquel nous sommes appelés. A la suite du Christ, prêtres, donnons notre vie comme nos anciens dans les tranchées : offrons-là à l’heure de notre mort mais donnons-là au quotidien dans les combats qui sont les nôtres.

Nous pourrions nous mettre aujourd’hui derrière la figure immense de l’un d’entre eux, le Bienheureux Daniel Brottier.

Né en 1876, il est réformé en 1901 pour des raisons de santé. Il a pratiquement 38 ans lorsqu’il s’inscrit comme candidat pour être aumônier volontaire dès le 8 août 1914. Agréé le 23 août, il quitte Paris le 26 août pour la 26ème DI où il restera jusqu’au 20 mai 1919 sans un jour d’évacuation. Il sera de tous les combats de la Grande Guerre, d’Ypres à Verdun.

Fait chevalier de la Légion d’honneur en juin 1916, il est cité 6 fois. Le 29 juin 1918, sa sixième citation à l’ordre de l’armée, résume la façon dont ses chefs militaires le percevaient : « Ame magnifique où s’allient harmonieusement l’ardeur du soldat et le dévouement du prêtre. Légendaire au Régiment dont il partage toutes les heures pénibles. Pendant les attaques des 1er et 2 juin 1918 à Troesnes, parcourait la ligne pour relever, panser et secourir les blessés, allant les chercher en avant de nos postes, sous le feu intense des mitrailleuses et encourageant les combattants. Est resté à Troesnes malgré deux relèves de Bataillon, subissant un bombardement très dur. Exerce sur les combattants qu’il soutient moralement, aux heures difficiles, par ses encouragements et son exemple, l’influence la plus heureuse. »  

Le ministère de la guerre ne relève pas ce qui fait l’admiration habituelle du public « captif » : la piété, la foi et ces vertus chrétiennes que les incroyants ne peuvent pas admirer puisqu’ils les ignorent. Ces citations disent ce que les gens du dehors voient et reconnaissent dans les prêtres : la bravoure (« calme et réfléchie »), le dévouement, l’abnégation, le sang-froid,… Un ancien de Verdun avouait bien après la guerre : « Jamais, homme ne m’a donné plus grande impression de force, dans la douceur et la sérénité… (Maître Lacouture)

Mais il nous est donné de voir de plus près encore son cœur et sa manière d’être prêtre dans les tranchées.

La guerre fut l’expérience fondamentale pour sa vie de prêtre et il ne se passera pas un jour ensuite où il ne fera pas souvenir de ces journées de feu : « Si j’ai fait quelque chose de bien dans ma vie, c’est là que je l’ai fait. » Il parlait de Verdun où il monte à quatre reprises : « Dans ces tranchées transformées en rivière, depuis longtemps, on ne s’est pas déchaussé. Les pieds ont macéré dans la boue, dans la neige et sont meurtris ; la chaussure mouillée comprime douloureusement les chairs ; on marche sur des épingles… jamais je n’ai autant souffert. » Verdun dont il connaît les moindres recoins du champ de bataille, allant remplir les bidons des poilus torturés par la soif dans des conditions inouïes. Ses faits d’armes font la stupéfaction des soldats. Lui se contente de noter : « nous rentrons de la côte 304 (sur le champ de bataille de Verdun) couverts de gloire, mais un peu fourbus. »

Laissons-le raconter :

« On m’appelait l’aumônier verni, il est vrai que souvent exposé, j’ai été préservé des pires dangers comme par un miracle perpétuel. Mes habits ont été troués, déchirés, je n’ai jamais eu de vraies blessures…

 

C’est que le rôle de l’aumônier, d’infanterie surtout, requiert, s’il veut être à la hauteur de sa tâche, une abnégation et une bravoure surhumaine. Et non seulement cela, mais une force physique de beaucoup au-dessus  de la moyenne. S’il fallait recommencer ce que j’ai fait à Verdun et dans la Somme, je ne pourrais plus. Je ne pourrais plus porter des blessés sur mon dos, demeurer des nuits et des journées entières dans les trous d’obus, sous des bombardements insensés, sourire et plaisanter lorsqu’on se sent abruti par le froid, par la fatigue, par le sommeil, par la peur. Non, voyez-vous, tout cela, c’est quelque chose de surhumain.

 

Je sais bien qu’il y eut des aumôniers qui se contentaient d’être les amis des officiers, qui fréquentaient leurs popotes, et qu’on ne voyait jamais là où ça tapait dur. Tout cela est humain, hélas ! Mais voyez-vous, l’aumônier qui veut rester avec le poilu, qui veut vivre la vie du fantassin des premières lignes, partager son existence, ses privations, ses dangers, et bien c’est celui-là qui est le véritable aumônier et non celui qui reste dans un hôpital de l’arrière à vider des pots de chambre… car ce n’est pas par des phrases que l’on gagne les autres, mais bien par des actes.

 

Dans les tranchées, pendant les heures de repos, je ne parlais pas de religion avec mes hommes ; j’essayais de les mettre à l’aise et en confiance. Avec cela nous devenions camarades. Ensuite quand l’heure sonnait pour l’assaut je partais le premier, en tête, et je les entendais murmurer : ‘il n’a pas peur le curé’. Et bien ! Croyez-moi, quand ils me voyaient partir en avant d’eux, et les entraîner, c’était le plus beau sermon que je pouvais leur faire et j’étais sûr de les avoir tous à la messe le lendemain. »

Faire de son prochain un camarade, le mettre à l’aise et en confiance. En avril 1915, sur la Somme, alors que les soldats s’ennuient, il achète un appareil photographique : « j’ai songé à la photographie ! On photographierait non pas un soldat isolément mais une escouade, un bout de tranchée, une batterie, et on enverrait cela à la famille : une photographie du front… »

Pour autant, il n’en oubliait pas d’être prêtre :

Ainsi, bien que patriote, personne ne l’a jamais vu faire la moindre différence entre soldat français ou allemand, blessé ou mourant. Il confiait même : « Jusqu’au bout le fantassin allemand se sera montré égal à lui-même, brave et méprisant la mort… »

Prêtre, il célébrait autant qu’il le pouvait les sacrements et il n’hésitait pas à rappeler leurs devoirs de chrétiens à tous : « Demain, c’est Pâques, les enfants, je vous attends tous en confession ! » Et tous y allaient en commençant par les officiers.

Ces souvenirs se trouvent comme condensés dans sa croix d’aumônier militaire. Lorsqu’il en fera don à ses frères, il leur dira :

« Gardez-là, gardez-là bien précieusement, car elle a été le témoin muet pendant toute la guerre. Sur cette croix, combien de lèvres de mourants se sont collées ! Elle a reçu le soupir de tant de petits soldats, elle a touché tant de pauvres poitrines trouées, labourées,  déchiquetées !

Et je puis dire que si le cordon de cette croix pouvait exprimer tout le sang dont il a été imbibé, l’eau dans laquelle on le tremperait en deviendrait toute rouge. »

La phrase est connue mais elle dit tout de sa mission de prêtre dans la guerre.

Offrons et donnons notre vie : le prêtre offre le Corps du Christ et le sien avec.

+ Luc Ravel

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L’abominable principe de précaution et la belle vertu de prudence (1)

On entend de plus en plus remettre en cause le fameux « principe de précaution » dont nous savons qu’il est arrivé dans la vie publique par la voie du supposé réchauffement planétaire. Inscrit dans notre constitution française, il n’achève pas son parcours dans le Droit mais s’insinue aujourd’hui dans nos mentalités et finit par envahir tous les domaines. Si on laisse ce virus gagner encore du terrain, c’est la vie tout entière qui va s’arrêter ou sera susceptible d’être condamnée ; s’il y a encore de la vie, elle sera contrainte à la clandestinité, constamment suspectée par le pouvoir politique.

Il y a urgence à intervenir. Il y a urgence à ce que les hommes prudents se coalisent et, évacuant avec courage pour eux-mêmes le principe de précaution, qu’ils luttent pour sa disparition totale et du Droit et des mentalités.

Le pire est qu’on se prend à l’identifier avec la noble et belle vertu de prudence grâce à laquelle l’homme et les peuples vivent et grandissent non seulement contre les risques mais aussi avec eux. On confond les deux, souvent à dessein, pour justifier l’un par l’autre, pour habiller le principe de précaution de la caution de la prudence. Ainsi déguisées, nos peurs, apparemment légitimées par la prudence, se parent de la toge flamboyante de la responsabilité. En réalité, les deux instances intérieures diffèrent profondément. L’une est une vertu souple procédant par acte distinct ; elle remet l’ouvrage du discernement à chaque nouveauté ; ses conclusions ne se répètent jamais et elle adapte ses décisions aux circonstances. Elle fait du sur-mesure. L’autre est un code rigide ajustant les circonstances à lui-même. Il fait du prêt à porter. C’est justement un principe. Les principes ne sont pas mauvais en eux-mêmes, il faut même avoir quelques principes sauf à être complètement dévoyé.  Mais le problème du principe de précaution, c’est qu’il forme et déforme les faits pour qu’ils soient respectueux de lui-même, le principe de précaution. Il s’auto-satisfait de lui-même.

On comprend le mouvement : par définition, le principe est intangible. Sa force tient de sa fidélité à lui-même. Il a pour raison ultime d’agir pour se protéger lui-même. S’il prétend s’adapter alors il meurt en tant que principe. Il est de l’ordre de la loi, ou, plus précisément il génère les lois générales. Mais avec le principe doivent être posées deux questions : d’abord, est-il bon en lui-même ? Ensuite, comment s’applique-t-il ?

Le principe de précaution est-il bon en lui-même ?

La première question se pose car il existe des principes mauvais. Vérifions donc d’abord si ce principe est un principe d’humanité c’est à dire une loi écrite ou non écrite qui protège et fait grandir l’homme. Ou au contraire ne serait-ce pas une loi qui amenuise et infantilise l’homme et dont le but (inavoué) est de mettre le responsable à l’abri de la loi et des médias (surtout des médias) ? On peut se demander si, en laissant aux innocents les arguments gélatineux toujours avancés, le principe de précaution est une précaution non pas pour les personnes « protégées » mais pour celui qui en a la charge. Prenons un exemple : on interdit purement et simplement l’accès à tel pays ou à telle région au  motif qu’il y a des risques d’enlèvement ou d’assassinat. Le fait-on vraiment pour le bien des personnes à qui l’on fait cette interdiction ou pour se mettre à l’abri de toute poursuite ? On me répondra qu’il ne faut pas opposer les deux et qu’on peut dans la même interdiction penser à l’autre et penser à soi. Mais le mot lui-même devrait nous rendre prudent : il vient du latin praecavere où nous reconnaissons le verbe cavere employé dans la célèbre formule « cave canem », prends garde au chien. La posture précautionneuse est donc celle de la suspicion, de l’alerte, de la conscience d’un danger, à l’opposé de celle du veilleur qui a confiance, couve du regard le monde sans obstruer la vie des autres par ses propres peurs. Le principe de précaution respire la peur. Il transpire le manque de courage.

Comment s’applique le principe de précaution ?

La deuxième question surgit de l’application d’un principe, intemporel, à la réalité concrète. On ne passe pas directement du moteur aux roues ; il y a un embrayage et des rouages complexes. Or le principe de précaution est directement appliqué aux réalités, à la vie humaine et sociale. Ce qui redouble sa nocivité. Il n’épouse pas les rondeurs et les subtilités de l’existence concrète et il divorce de toute prise en compte des aléas de la vie. L’incertitude le fait vomir. Immédiatement appliqué aux choses, un principe condamne les autres principes et ampute la vie de sa richesse.

A ces deux questions, j’ajoute quelques réflexions qui rejoindront nos expériences quotidiennes.

Le principe de précaution cherche donc à éviter toutes conséquences sur soi. Il court à l’abri le plus proche. Son but n’est pas de gagner la tranchée adverse mais d’éviter les éclats d’obus. Pour lui l’important n’est pas la victoire mais le « zéro mort » ou tout au moins « zéro mort » dont je puisse être tenu pour responsable. Appliquent le principe de précaution tous ceux qui ne veulent pas que leur responsabilité soit engagée en face d’un échec. Le principe de précaution s’invite aujourd’hui à la table de tout responsable. Il semble souvent être le principe premier réglant le cours des actions (sauf des actions boursières, on l’a compris).

Son procédé est simple : il imagine le pire, aussi improbable soit-il, aussi irréel soit-il, et il tente de le conjurer par avance. Le principe de précaution recale donc tout sur le niveau le plus bas de risque. Il souhaite, par exemple, que tout résiste à la vague centennale. Encore que l’exemple de la vague ne soit pas bon car cette vague a une probabilité réelle et certaines plateformes de forage en ont fait l’expérience. Le principe de précaution ne s’arrête pas à la grosse vague prévisible mais va aller jusqu’à celle imprévisible qu’on n’a jamais vu autrement qu’en imagination.

Zéro risque - zéro initiative

Son application conduit donc à zéro risque ce qui équivaut à zéro initiative autre que celles de stricte nécessité. Manger, dormir, par exemple, encore que leur contrôle sévère soit de stricte rigueur pour diminuer au maximum la responsabilité des responsables : que mange-t-on ? Quel contrôle alimentaire ? Etc. Les nécessités imposées par la vie sont les seuls lieux où l’autorité accepte encore une prise de risque : « puisque l’homme est obligé de manger, nous ne pouvons pas lui interdire de manger mais nous imposerons des boîtes où apparaissent tous les ingrédients du produit ; ainsi notre responsabilité ne sera pas engagée ».

Regardez une boîte de médicament : au milieu de toutes les mises en garde et contrindications, il devient pratiquement impossible de découvrir la posologie. Essayez avec un médicament nouveau et vous verrez. On finit par se demander si les médicaments ne sont pas plus dangereux que bienfaisants.

A l’opposé, tout ce qui n’est pas démontré comme nécessaire devient suspect d’apporter des ennuis gratuits dont on peut se passer. Au fond, le principe de précaution rêve d’une société humaine réduite aux aguets, où seules les nécessités vitales auraient pignon sur rue. Il tend donc à mettre la vie entre parenthèses : son modèle est la survie végétative. Son horizon est la vie monocellulaire, inchangée depuis des milliards d’années sur terre.

La question des moyens proportionnés aux buts poursuivis…

Parce qu’il naît de la peur, le principe de précaution a pour obsession l’élimination du risque ou, au moins, de toute responsabilité personnelle à l’égard d’un risque aussi extravagant soit-il. Il ne se pose pas la question des moyens proportionnés aux buts poursuivis, comme le fait la prudence, mais il veut des moyens le mettant à l’abri de toutes poursuites à son encontre. Craignant les pépins, il en ouvre d’autres pour se protéger.

Le principe de précaution s’impose comme une loi d’acier. La foi évoque la confiance dans la vie ou dans l’autre. Ainsi la vertu de prudence élargit son regard sur ce qu’il manque à l’homme pour grandir en vie éternelle. Le risque qu’elle pèse ne s’identifie pas au seul danger de la route. Elle assume aussi, dans son analyse, le risque de ne pas bouger. Mais le risque de l’inaction est ignoré du principe de précaution ou, en tous cas, il ne pèse jamais autant que celui du mouvement. Ne rien faire supporte moins d’accusation potentielle que de faire ou laisser faire. Devant le tribunal des médias, l’interdiction de l’action vaut toujours mieux que le mouvement qu’on aurait autorisé.

« Le principe de précaution est insensé », écrit Jean de Kervasdoué (Le Figaro du 30 septembre 2014). « Comment pourrait-il avoir un sens puisqu’il n’est jamais défini… De surcroît il est illogique : comment prendre des mesures proportionnées alors que la réalisation du dommage que l’on souhaite éviter est incertaine ?... Enfin, et surtout, ce principe ne s’intéresse qu’aux dommages et fait fi des bénéfices probables, voire certains… Avoir fait de la précaution un principe est un drame : il ne s’agit plus de tenter d’analyser des évolutions vraisemblables, compte tenu des informations disponibles, mais d’imaginer l’irréel, l’impensable, sous prétexte que les dommages causés pourraient être importants… » On ne peut mieux dire.

Le principe de précaution ne prend pas le risque de peser réellement le risque ; il économise l’énergie du calcul et en ce sens il s’oppose à la science. A terme, il ne sait plus compter. C’est tout ou rien, zéro ou un. Il ignore volontairement les statistiques : peu lui importe que le risque soit calculable ou pas, s’il correspond à des faits déjà produits. Il ne fait pas de distinction entre le risque imaginaire et le danger mesurable. Le risque imaginaire est celui qu’on peut se représenter mentalement ; or l’imagination humaine étant sans limite, l’homme peut construire sur tout événement l’idée d’un danger. J’ai connu un homme qui ne pouvait pas faire dix pas sans se croire en danger mortel : la faux de la mort l’accompagnait de partout. Le laissant une fois quelques instants sur un banc public pour répondre à un appel, je l’ai vu se recroqueviller sur lui-même, littéralement terrorisé. Quelle souffrance pour lui ! Personne n’hésitera à dire qu’il est malade. Or le principe de précaution est une forme parfaitement identifiable de la même maladie.

Jusqu’où devrons-nous être interdits et ligotés pour revenir à la vraie prudence ?

+ Luc Ravel

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Saint du Jour

Nominis

26 septembre 2020

Tous les saints du jour Nominis
  • Saints Côme et Damien - Martyrs à Cyr (III siècle)
    Dès le Ve siècle, on trouve, en Orient et à Rome, des basiliques, des oratoires, de hôpitaux qui portent leurs noms. Il est très vraisemblable qu'ils soient morts ensemble pour la foi dans la ville de Cyr en Syrie. Peut-être même étaient-ils frères, selon ce que dit la légende. Venus d'Arabie pour exercer la médecine, ils soignaient les pauvres, délivraient les énergumènes, rendaient l'espoir aux pessimistes et la joie aux mélancoliques. Le gouverneur Lysias qu'ils avaient soigné, les condamna cependant à d'horribles tortures puis à être décapités. Ils étaient chrétiens. Fêtés le 1er juillet ou le 1er novembre en Orient. L'histoire qui suit, résumé des légendes entourant ces saints jumeaux, justifie suffisamment qu'au Moyen Age, ils soient devenus les patrons des docteurs ainsi que d'une variété de professions associées à la médecine, comme, à un certain moment, les barbiers.Côme et Damien sont les principaux et les plus connus de ces saints vénérés en Orient comme 'anargyroi', les 'sans argent'. Ils pratiquaient en effet la médecine sans demander de rémunérations à leurs patients. (Diocèse aux Armées françaises)- à voir aussi: exposition temporaire triptyque Saints Côme et Damien.Illustration: Saint Côme et Saint Damien - Société d'Histoire de la Pharmacie Le 26 septembre, le martyrologe romain fait mémoire des saints Côme et Damien, martyrs. Leur martyre fit d'eux des frères et les miracles fleurirent sur leur tombe, à Cyr en Syrie du nord, au point qu'ils furent considérés comme des médecins guérissant les malades gratuitement.

Les lectures du jour

Messe

(c) Association Épiscopale Liturgique pour les pays francophones - 2020 AELF
  • Première lecture : « Souviens-toi de ton Créateur, aux jours de ta jeunesse, avant que la poussière retourne à la terre, et le souffle, à Dieu » (Qo 11, 9 – 12, 8)

    Lecture du livre de Qohèleth

        Réjouis-toi, jeune homme, dans ton adolescence,
    et sois heureux aux jours de ta jeunesse.
    Suis les sentiers de ton cœur
    et les désirs de tes yeux !
    Mais sache que pour tout cela
    Dieu t’appellera en jugement.
        Éloigne de ton cœur le chagrin,
    écarte de ta chair la souffrance
    car l’adolescence et le printemps de la vie
    ne sont que vanité.

        Souviens-toi de ton Créateur,
    aux jours de ta jeunesse,
    avant que viennent les jours mauvais,
    et qu’approchent les années dont tu diras :
    « Je ne les aime pas » ;
        avant que s’obscurcissent le soleil et la lumière,
    la lune et les étoiles,
    et que reviennent les nuages après la pluie ;
        au jour où tremblent les gardiens de la maison,
    où se courbent les hommes vigoureux ;
    où les femmes, l’une après l’autre, cessent de moudre,
    où le jour baisse aux fenêtres ;
        quand la porte se ferme sur la rue,
    quand s’éteint la voix de la meule,
    quand s’arrête le chant de l’oiseau,
    et quand se taisent les chansons ;
        lorsqu’on redoute la montée
    et qu’on a des frayeurs en chemin ;
    l’amandier est en fleurs, la sauterelle s’alourdit,
    et la câpre ne produit aucun effet ;
    lorsque l’homme s’en va vers sa maison d’éternité,
    et que les pleureurs sont déjà au coin de la rue ;
        avant que le fil d’argent se détache,
    que la lampe d’or se brise,
    que la cruche se casse à la fontaine,
    que la poulie se fende sur le puits ;
        et que la poussière retourne à la terre
    comme elle en vint,
    et le souffle de vie, à Dieu qui l’a donné.

        Vanité des vanités, disait Qohèleth,
    tout est vanité !

                – Parole du Seigneur.

  • Psaume (Ps 89 (90), 3-4, 5-6, 12-13, 14.17abc)

    Refrain psalmique : (Ps 89, 1)

    D’âge en âge, Seigneur,
    tu as été notre refuge.

    Tu fais retourner l’homme à la poussière ;
    tu as dit : « Retournez, fils d’Adam ! »
    À tes yeux, mille ans sont comme hier,
    c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit.

    Tu les as balayés : ce n’est qu’un songe ;
    dès le matin, c’est une herbe changeante :
    elle fleurit le matin, elle change ;
    le soir, elle est fanée, desséchée.

    Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
    que nos cœurs pénètrent la sagesse.
    Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
    Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.

    Rassasie-nous de ton amour au matin,
    que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
    Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu !
    Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains.

  • Évangile : « Le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. Les disciples avaient peur de l’interroger sur cette parole » (Lc 9, 43b-45)

    Acclamation : (2 Tm 1, 10)

    Alléluia. Alléluia.
    Notre Sauveur, le Christ Jésus, a détruit la mort ;
    il a fait resplendir la vie par l’Évangile.
    Alléluia.

    Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

    En ce temps-là,
        comme tout le monde était dans l’admiration
    devant tout ce qu’il faisait,
    Jésus dit à ses disciples :
        « Ouvrez bien vos oreilles à ce que je vous dis maintenant :
    le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. »
        Mais les disciples ne comprenaient pas cette parole,
    elle leur était voilée,
    si bien qu’ils n’en percevaient pas le sens,
    et ils avaient peur de l’interroger sur cette parole.

                – Acclamons la Parole de Dieu.