Retour sur deux mois de mobilisation des aumôniers par Mgr Antoine de Romanet

Antoine de Romanet

Alors que depuis peu, la France amorce le processus de "déconfinement", Mgr Antoine de Romanet revient sur ces deux mois de mobilisation des armées et de leurs aumôniers. Interview. 

Comment cette période de confinement a-t-elle été perçue au sein des armées ?

Cette période a été un moment de mobilisation de tous au service du pays. Dans le strict respect des gestes barrières les missions se sont déroulées avec autant d’intensité que de diversité, partout où les forces armées sont déployées, sur le territoire national, en métropole comme dans les outre-mer. Pour les aumôniers ce fut un temps combinant l’intériorité et l’imagination, pour se rendre présent à tous dans un strict respect des règles sanitaires pour chacun.

Le confinement a bouleversé la vie de prière de l’ensemble des catholiques. Quelle(s) disposition(s) particulière(s) avez-vous mis en place au sein du Diocèse aux Armées ?

Les réponses ont été très diverses sur le terrain, et très « numériques » au siège de l’aumônerie, par la diffusion de messages vidéo hebdomadaires, par des propositions de célébration en famille chaque dimanche, par des vidéos ou des articles aidant à réfléchir sur les 7 dons du Saint Esprit ou sur les vertus en période de confinement…

 

Très rapidement le président de la République a annoncé le lancement de l’opération Résilience afin que l’armée apporte son aide et son soutien aux populations et aux services publics face à cette pandémie. Que vous inspire ce mot Résilience ?

Ce mot exprime pour le pays en général et pour les Armées en particulier l’aptitude à résister  aux chocs et à rebondir. Plus largement il s’agit de qualifier la capacité d’un corps, d’un organisme, d’un système, à surmonter une altération de son environnement et de pouvoir continuer à fonctionner en dépit de ces perturbations. C’est le terme qui a été retenu pour nommer l’opération des armées françaises pour faire face à l’épidémie de COVID-19, et il restera associé à cette réalité, comme une expression concrète de continuité, de rapidité et d’efficacité.

Comment est vécue la suspension des messes publiques au sein de la communauté militaire ?

La communauté militaire est solidaire des enjeux de la Nation. Si comme tous les Français beaucoup de militaires ont souffert de la suspension  des messes, tous ont compris qu’il s’est agi d’un enjeu majeur de santé publique, et le plus grand respect a été donné à toutes les exigences requises par la situation et demandées par le gouvernement.

Qu’ils soient présents dans les hôpitaux militaires, en opex ou avec les régiments, comment les missions des aumôniers militaires ont-elles évolué depuis le début du confinement ?

Les militaires et leurs aumôniers ont comme toujours répondu aux demandes du commandement dans la diversité des missions. Ainsi les marins du porte-hélicoptère amphibie Mistral ont début avril débarqué près de 500 tonnes de fret à Mayotte, associant des vivres au gel hydro-alcoolique, tandis qu’un BPC, Bâtiment de Projection et de Commandement a été envoyé depuis Toulon pour soutenir les Antilles. Les 8 Hôpitaux d’Instruction des Armées (HIA) ont quant à eux accueillis des malades du coronavirus, associé à l’hôpital de campagne déployé à Mulhouse. Un engagement qui représente plus qu’un symbole, l’expression de la proximité des Armées dans toutes les circonstances de l’histoire de notre pays.

Cette mobilisation de l’Armée comporte une composante spirituelle, qui s’exprime par la présence des aumôniers militaires. Pour les malades du Covid-19 arrivant dans les structures médicales gérées par les forces armées s’est posée une question urgente : comment les accompagner, et en particulier les mourants ?  Très vite, un hôpital a intégré son aumônier dans les équipes d’accueil, et un autre nous a rapidement demandé un aumônier - qu’il pourrait également former et équiper pour aller en ‘zone covid’, pour accompagner les malades et faire le lien avec les famille. Et ainsi de part en part.

Les missions de ces aumôniers furent tout autant une présence aux soignants qu’aux familles, aux malades et à ceux que la maladie finit par emporter, avec parfois l’organisation d’obsèques en format réduit, pour autant dignes et recueillies.  Dans ces hôpitaux militaires chargés de soulager le système hospitalier du pays ont aussi eu lieu, à la demande des familles, des adieux au visage, des levées de corps et des rituels adaptés aux circonstances.

Outre le désengorgement des hôpitaux dont les services de réanimation sont saturés,  l’appui à la logistique via le transport de fret et  la mise à disposition d’experts, les militaires de l’opération Résilience sont aussi appelés, dans le cadre d’un troisième domaine qui est la protection, à surveiller certains sites sensibles civils et militaires. On ne réalise pas toujours à quel point, si la vie militaire comporte des temps d’action rapide où il peut être fait usage de la force, pour le reste, au quotidien, il s’agit d’un travail d’entraînement, de patience et de veille.  Les militaires ne sont donc pas surpris par ce qui leur est demandé. C’est leur vocation, et toujours une grande fierté pour eux de pouvoir participer à l’effort national .

Mots-clés: Evêque aux Armées, coronavirus, Confinement

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