Intervention de S.E. le Cardinal Marc Ouellet, Préfet de la Congrégation pour les Évêques - 54 PMI Samedi 12 mai

CINQUANTE-QUATRIÈME
P
ÈLERINAGE MILITAIRE INTERNATIONAL

Lourdes, 12 mai 2012


« L’APPORT SPÉCIFIQUE DES AUMONERIES MILITAIRES

DANS LA RECHERCHE DE LA PAIX ENTRE LES NATIONS »

S.E. le Cardinal Marc Ouellet, Préfet de la Congrégation pour les Évêques

Je tiens d’abord à exprimer mes salutations respectueuses aux Ordinaires Militaires et aux Délégués présents, aux Officiers généraux et aux Membres de gouvernements des différents pays qui participent à ce Pèlerinage; je salue, en particulier, S.E. Monseigneur Luc Ravel, Évêque aux Armées françaises, ainsi que tous ses collaborateurs, à commencer par le directeur du Pèlerinage Militaire International, et le remercie de m'avoir invité et offert l’occasion d’exposer un sujet d'une grande actualité et d’une importance croissante.

L’aumônerie militaire est au service des militaires. C’est la raison d’être de l’Ordinariat Militaire, d’un Diocèse aux armées.

Comme l'a souligné le Bienheureux Pape Jean-Paul II, l'Église « a toujours voulu offrir avec un zèle louable et proportionné [...] la prise en charge spirituelle des soldats »[1], en effet, poursuit Jean-Paul II : les militaires « constituent une catégorie sociale particulière »[2] , « en raison des conditions particulières de leur vie [...] ils ont besoin d'un soin pastoral concret et spécifique »[3]. Ces déclarations ont une double signification, individuelle et communautaire. D'une part, chaque militaire, en tant que baptisé, en raison de son état de vie, a besoin d'un soutien spécifique. D'autre part, le militaire, est membre d'une Église particulière, l'Église de l’Ordinariat Militaire, composée (en plus d'une hiérarchie ecclésiastique) par le « peuple chrétien militaire », c’est-à-dire les militaires et les employés des forces armées; leurs familles et le personnel de service; les élèves des écoles militaires, les patients et les employés des hôpitaux et des maisons de repos militaires ainsi que tous les fidèles, qu'ils soient ou non membres d'un institut religieux, qui exercent une activité de façon stable à la demande ou avec le consentement de l'Ordinaire Militaire[4].

Il en résulte que l'assistance spirituelle des militaires, pour être concrète et précise, doit être adaptée au statut du militaire, qui, avant d'être un membre d'une catégorie socio-professionnelle, celle de l’armée, est membre d'une communauté familiale et ecclésiale, mais qu’elle doit tenir compte aussi de l’évolution du rôle des militaires dans le contexte actuel.

Évolution du rôle des militaires dans le contexte contemporain

Nous assistons, dans le monde contemporain, à une évolution du rôle des militaires, toujours plus engagés dans des opérations humanitaires et dans des missions de paix qui suivent la guerre (les missions dites de maintien de la paix et de consolidation de la paix dans le langage juridique international). Les militaires sont appelés à devenir des « artisans de paix » (Mt 5:12), "des ministres de la sécurité et la liberté des peuples"[5], tel que l’enseigne le Concile Vatican II, et ils sont perçus de cette façon par la société civile. Le vaste point de vue du Compendium de la Doctrine Sociale de l'Église se résume en ces termes: «Toute personne qui sert dans l'armée est effectivement appelé à défendre le bien, la vérité et la justice dans le monde"[6].

De 1948 à 2012, il y a eu 66 missions de paix sous les auspices de l'Organisation des Nations Unies dans toutes les régions du monde ou dans les pays traversés par de graves conflits et des tensions de nature politique, culturelle ou religieuse (Il y en a plus de 16 actuellement). Dans ce contexte, le VIème Congrès des Ordinaires Militaires a réaffirmé que le militaire chrétien, en particulier, est appelé à se distinguer « non seulement par l'intégrité de sa vie et l'accueil inconditionnel de tous, mais aussi pour la clarté des raisons morales qui l'inspirent dans sa profession "[7].

Quel apport des aumôneries militaires dans ce contexte ?

Les aumôneries militaires ont pour mission d’apporter aux militaires une assistance spirituelle concrète et spécifique. Cette spécificité est motivée par l'état de vie et par le service rendu par le militaire, appelé à être artisan de paix, mais plus encore par le sens que la paix revêt pour le chrétien. Le militaire chrétien, en effet, est appelé non seulement à prévenir, gérer ou mettre fin à un conflit, mais aussi à contribuer à la réconciliation et à la construction d'un ordre fondé sur la vérité, la justice, l'amour et la liberté, selon la magistrale définition de paix laissée par le Bienheureux Jean XXIII dans l’Encyclique Pacem in Terris (n°18 et suivants). Le militaire chrétien en mission est appelé à être témoin de l'Évangile dans des situations difficiles et parfois dramatiques, et à donner de l'espoir aux plus faibles et à ceux qui sont sans défense; il est également appelé à coopérer à l'édification du Corps du Christ au sein de la réalité militaire même, comme ferment apostolique et missionnaire, tel que prescrit par la Constitution Apostolique Spirituali militum curae (n° IX).

Sur ces bases se révèlent d'une importance fondamentale l'évangélisation et la catéchèse des militaires. La pastorale militaire doit promouvoir la charité et la dignité humaine, l’unité de la famille humaine et la paix. Comme le faisait remarquer le Bienheureux Jean Paul II, lors du Jubilé de l'armée et des forces de police en 2000, aux militaires : « convient le rôle de sentinelle, qui regarde loin pour éviter le danger et promouvoir en tout lieu la justice et la paix » (n ° 2).

Enfin, puisque les missions de paix sont principalement de nature internationale et qu’elles offrent en conséquence au militaire catholique l'opportunité d'interagir avec des militaires et des civils de différentes religions, devraient être cultivés, en cohérence avec le Magistère, un esprit œcuménique envers les chrétiens des autres confessions, et un esprit de dialogue avec les fidèles des autres religions.

Les missions à l’étranger, mais aussi les temps de formation peuvent être des périodes de stress et les aumôneries sont un point de référence pour les soldats, les plus jeunes surtout, en particulier pour ceux qui se sentent seuls et ceux qui sont besoin de soutien. Par ailleurs, une attention particulière doit être accordée à la prise en charge spirituelle de la famille du soldat, appelée à soutenir humainement et spirituellement le militaire en sa mission.

Cette proximité et cet accompagnement que les aumôneries militaires apportent pendant la formation et à l’étranger ne sont jamais perdus. Les jeunes soldats reviendront à la maison, dans leur famille ou au travail avec une meilleure appréciation des valeurs spirituelles qui contribuent au bien de la société.

   La formation du militaire au droit humanitaire

Comme cela a été réaffirmé lors du VIème Congrès des Ordinaires Militaires à Rome, la formation du militaire au droit international humanitaire apparait, aujourd’hui, toujours plus nécessaire. Comme l'a souligné à plusieurs reprises le Saint-Père Benoît XVI dans son Message pour la célébration de la XXXIXème Journée mondiale de la paix : « le droit humanitaire doit être considéré parmi les expressions les plus heureuses et les plus efficaces des exigences qui émanent de la vérité de la paix » (n ° 7). Le droit humanitaire, en fait, est animé par la noble intention d'affirmer la dignité humaine et la solidarité entre les partis adverses, et de « réduire l'ampleur de la guerre »[8]. Le christianisme, avec son patrimoine humain et spirituel, et avec le témoignage de prêtres et de fidèles laïcs qui se sont consacrés au cours des siècles à l’assistance matérielle et spirituelle des militaires, a joué un rôle central dans la genèse et le développement du droit humanitaire.

Le Saint-Siège soutient le développement du droit humanitaire, depuis ses débuts, et en plus d’avoir reconnu tous les instruments en vigueur, il a adopté un engagement spécial pour la promotion et la formation au droit humanitaire. En particulier, la Congrégation pour les Évêques, conjointement avec le Conseil Pontifical pour la Justice et la Paix, a organisé à cet effet, trois Cours Internationaux pour la formation des Aumôniers militaires.

Dans le monde d’aujourd’hui, le droit humanitaire est aussi confronté à des questions très complexes, tellement complexes qu’elles poussent à mettre en doute sa propre adhésion à la réalité et son application concrète: il suffit de mentionner la guerre globale contre le terrorisme, le nombre croissant de conflits locaux, avec leurs graves implications internationales; l’avancée des concepts de guerre asymétrique et de guerre préventive, la mise en place de la Cour Pénale Internationale, l'utilisation d'armes de plus en plus sophistiquées et meurtrières. Cependant, malgré l’exigence d'une amélioration toujours grande de ce droit, comme l'a souligné le Saint-Père Benoît XVI dans le Message pour la célébration de la XXXIXème Journée mondiale de la Paix (n ° 7), il faut réaffirmer les principes et les fondements et l'application correcte du droit humanitaire, de façon à ce que puisse grandir toujours plus « la vérité de la paix », même au milieu des situations de guerre et de conflit.

On comprend, par conséquent, l'importance aujourd'hui de la formation du militaire au droit humanitaire, considérée par l'Église dans les Ordinariats Militaires comme une étape préliminaire et un élément essentiel de l'évangélisation même du militaire.[9] L'histoire montre clairement la voie à suivre autant que possible; l'Église de l’Ordinariat Militaire, en effet, se propose d'accorder une attention intelligente, prudente et respectueuse à la culture militaire, aux méthodes et aux systèmes d'enseignements, aux principes et contenus s’inspirant de la doctrine et de la pratique militaire; cela afin d'intégrer avec les principes de la religion Catholique la formation des forces armées.

Conclusion

Dans la perspective chrétienne, la paix représente une valeur qui doit être poursuivie dans tous les domaines de la vie humaine, privée et publique, elle est un droit fondamental de chaque personne et de chaque peuple. En fait, elle constitue, le don et le message de Jésus-Christ, venu apporter la paix (cf. Jn 14, 27), et la mission de l'Église, laquelle est, dans le Christ, « sacrement, c’est-à-dire, un signe et un instrument de la paix dans le monde et pour le monde »[10]. Toutefois, comme il est indiqué par le Concile Vatican II, la guerre n’est pas éradiquée de la condition humaine; une circonstance qui justifie l'existence, dans les États, des forces armées, dont l'action doit être mise au service de la paix[11].

Dans ce contexte, les missions de paix assument un rôle particulier grâce auxquelles on cherche à consolider ou à rétablir la paix à la suite d’un conflit armé; missions dans lesquelles le militaire est appelé à être artisan de paix. C’est particulièrement en ces missions que le militaire chrétien doit témoigner de l'Évangile de la vie et de la solidarité.

Le Saint-Père Benoît XVI à l'occasion de l'Audience accordée aux participants au VIème Congrès International des Ordinaires Militaires (22 Octobre 2011), a rappelé: "La vie militaire d'un chrétien doit être mise en relation avec le premier et le plus grand des commandements, celui de l'amour de Dieu et du prochain, parce que le militaire chrétien est appelée à réaliser une synthèse à travers laquelle il est possible d'être aussi militaire par amour, en accomplissant le « ministerium pacis inter arma ». Le Pape a conclu en disant: « Les raisons pastorales qui sont la base de l'Ordinariat Militaire sont de grande actualités. L'œuvre d'évangélisation dans le monde militaire exige une croissante responsabilisation, de sorte que dans ce contexte, elle soit une annonce toujours nouvelle, convaincue et joyeuse de Jésus-Christ, seul espoir de vie et de paix pour l’humanité ».



1 Jean-Paul II, Const. ap. Spirituali militum curae, part introductive.

2 Ibidem

3 Ibidem

4 Cf. Jean-Paul II, Const. ap. Spirituali militum curae, n° I et X.

[5] Concile Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, n°79.

[6] CONSEIL PONTIFICAL « JUSTICE ET PAIX », Compendium de la Doctrine Sociale de l'Église, n.502

7 Église Ordinariat Militaire, n°45.

[8]Concile Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, n°79.

[9]Cf. Église Ordinariat Militaire,n. 8.

[10] Cf. Église Ordinariat Militaire,n°9.

[11] Cf. Concile Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, n°79

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